Ivan Petrovich Président !

Posté par grosmytho le 9 juin 2013

En me promenant dans les ruelles sombres de Moscou l’autre soir je me remémorais cet épisode assez surréaliste où, arrivé à Moscou depuis quelques mois, comprenant encore très peu le russe, je m’introduisis subrepticement dans un amphi de la faculté de psychologie pour y écouter un cours.

 

Ce que j’y entendis (mon imagination délirante complétant parfois ce que je ne pouvais saisir au vol) me stupéfia. Non seulement de découvrir la richesse de l’apport de l’école russe de psychologie, dont les grands noms sont peu connus en Occident (souvent à consonnance juive d’ailleurs). Mais plus encore d’entendre prononcer le nom du fondateur de cette école ! Ivan Petrovitch Pavlov (Ryazan 14 septembre 1849 – St Petersbourg 27 février 1936). Pavlov ! Le célèbre biologiste qui décrivit le réflexe conditionnel ou conditionné, que l’on appelle aujourd’hui pavlovien ! Lui-même en personne !

 

(comme toutes les grandes découvertes, celle-ci fut largement due au hasard. Pavlov était biologiste et effectuait des recherches sur le rôle de la salive dans les processus digestifs. C’est en cherchant des moyens de faire saliver des chiens qu’il remarqua que ceux-ci salivaient avant même d’être en contact visuel ou olfactif avec la nourriture, et, subodorant quelque découverte historique, il changea son fusil d’épaule et mit au point l’expérience de la clochette et du chien qui salive qui le rendit célèbre)Ivan Petrovich Président ! dans Psycho ivan-petrovitch-en-personne1-300x225

 

Pavlov psychologue ? Avouez que c’est pour le moins choquant ! Comment ces histoires de chiens saliveurs peuvent-elles avoir le moindre rapport avec les subtilités de la psychologie (par définition réservée à l’humain) ? Biologie ! Physiologie ! Pas psychologie ! Ne mêlons pas les torchons et les serviettes !

 

Hélas ! Le premier mouvement de surprise passé, il faut se rendre à l’évidence. Où commence la psychologie (donc l’étude des mécanismes intellectuels) sinon au réflexe conditionné, c’est-à-dire en ce point d’intersection entre le purement fonctionnel (les réflexes innés) et le purement intellectuel (la réflexion) ? Comment étudier les interactions compliquées des symboles, des mythes, des névroses et des complexes si l’on prétend ignorer leur part de conditionné ? Si l’on rejette avec mépris dans la cuisine des biologistes ce dernier cordon qui nous retient encore, nous hommes, dans le règne animal ? Qui nous empêche, nous créatures supérieures, de disposer en toute liberté de nos facultés ? Qui pose les limites indépassables de la condition humaine ?

 

Freud a inventé la psychanalyse et établi une méthode de psychothérapie. Mais le titre de fondateur de la psychologie en tant que science revient manifestement à Pavlov. Et encore : Ivan Petrovitch est bien plus que cela. Il est la clé du monde post-moderne.

 

Pavlov est le saint patron des publicitaires ! Sur quoi se basent les techniques publicitaires, sinon sur le réflexe pavlovien de reconnaissance inconsciente des produits (vus à la télé, associés à ces éclatants sourires témoins du bonheur sans nuage causé par la consommation dudit produit) ? Depuis le positionnement de la marque, en passant par la promesse consommateur, l’accroche publicitaire, le design des emballages, l’ergonomie du produit, l’image de marque, etc tout se base sur un conditionnement du consommateur. Sur la mise en place de réflexes d’identification et de reconnaissance, de recherche, de comportement, typiquement pavloviens.

 

Il est le saint patron des enseignants ! Que ce soit la conduite de véhicules de tourisme, le pilotage de vélos ou l’étude du chinois, tout apprentissage est conditionnement (acquisition de réflexes) ; tout savoir se décline en réflexes conditionnés où l’habitude remplace la réflexion ! Feu rouge, je m’arrête, feu vert, je démarre. J’attache ma ceinture en m’asseyant au volant, etc. J’accorde le verbe avec le participe sans me poser de questions existentielles.

 

Il est d’abord et surtout le saint patron des politiciens, et encore plus (en notre temps de démocratie plasmo-cathodique) celui des patrons de la télé ! Et par extension celui de leurs sponsors : le CAC 40 ! Les nouvelles du 20 h vous dépriment ? Pas étonnant. Laissez-moi (et mon ami Ivan Petrovitch) vous expliquer pourquoi.shar-pei2-300x250 Pavlov dans Socio

shar-pei3-300x225 psychologie

Le moral des Français est bas parce qu’ils ne croient pas en l’action salvatrice du gouvernement. Hein que c’est bizarre, vu de Russie ? ou d’Angleterre ? Poutine ne fait rien pour mon pouvoir d’achat ! Cameron ne lutte pas suffisamment contre les licenciements ! Le moral des Français est fonction de leur confiance en l’action gouvernementale ? Mieux (ou pire), ces deux grandeurs sont considérées comme interchangeables et on passe de l’une à l’autre sans conversion ni transition. Foi dans votre avenir personnel = foi dans le gouvernement. Ah bon ? Quel est le rapport ? Qui, et surtout comment, est parvenu à persuader les vraies gens, celles qu’on voit à la télé, que leur avenir est piloté au quotidien par le gouvernement ?

 

La réponse est simple. Depuis longtemps la politique ne consiste plus à prendre des décisions, mais en une stricte mise en musique du message médiatique ambiant. Un véritable conditionnement pavlovien qui met magiquement en relation événements et promesses en réalité dépourvues de lien logique ou causal : voitures qui brûlent/kärcher dans les cités ; trou de la sécu/expulsions massives d’étrangers ; chômage/politique de prix des supermarchés, etc. Après le « président du pouvoir d’achat », c’est le « président normal » qui invite les Français à abuser de leur penchant naturel et à interpeler le gouvernement sur la moindre de leurs contrariétés domestiques. Hélas, il ne bénéficie pas de la même proximité que son prédécesseur avec les propriétaires de la télé.

 

Alors que ce sont eux qui font l’opinion. Si les nouvelles du 20 h vous remplissaient d’un allègre optimisme, vous voteriez à gauche, comme tous les idéalistes. On vous projette donc le film d’une société assiégée de l’intérieur et de l’extérieur par la conjugaison des forces maléfiques de l’immigration subie, des escroqueries à l’allocation-chômage et de l’insupportable inertie de la racaille bureaucratique. Les voitures brûlent au 20h? Frileux & angoissés, vous votez à droite.

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