Le centenaire encore vert

Posté par grosmytho le 11 novembre 2018

Je ne peux pas me retenir d’un petit coup de chapeau aux organisateurs des célébrations du centenaire de la fin de la Grande Guerre. Oui, je sais, Gros Mytho est plus connu pour sa plume acerbe, voire vitriolée, que pour les félicitations qu’il décerne avec une parcimonie confinant à l’avarice.

Macron inaugure les chrysanthèmesL’organisation était impec’. Macron a dignement inauguré les chrysanthèmes ; Merkel, avec sa mine de circonstance, célébré la défaite de son pays, en attendant celle de son parti. Netanyahou était là, se demandant un peu pourquoi sans doute ; Poutine, Erdogan, habituellement boudés, étaient cette fois invités. Le protocole a été respecté.

J’imagine que cela n’avait rien de facile ; il a fallu accommoder 72 des plus gros egos de la planète, d’où défi protocolaire en cascade ! Et puis, accorder les violons de leurs services de sécurité respectifs (enfin surtout celui des Américains qui comme d’hab’ ont effectué une sorte de reconstitution du D-Day avec tanks blindés, hélicos et tout le tintouin !) avec le dispositif national qui lui aussi se devait d’être à la hauteur… Enfin, proposer à tous un programme millimétré à la seconde près pour permettre trognes de circonstance (on commémore tout de même quelques millions de morts occidentales, en plus des autres), rencontres informelles entre personnes qui officiellement ne se causent pas, et ateliers susceptibles de justifier à la maison le déplacement de toute cette armada de luxe…

Bravo donc les organisateurs ; les quelques inévitables mini-couacs ont hollande sorcier de la pluieété habilement évités ou minimisés, comme lorsque le micro présidentiel refusa tout net de transmettre ubi et orbi les plates évidences idéalement calibrées qu’il avait prévu de nous asséner, un petit ramasseur de balles de Roland Garros était là pour lui proposer un micro de secours. Ou comme la pluie qui innonda la cérémonie malgré l’absence de François Hollande qu’on avait eu soin de tenir à distance respectable, à Tulle, pour essayer de conjurer le sort… Pas assez loin ! Quid du Sahel ? Le Blanc-qui-fait-pleuvoir y serait accueilli en héros, enfin !

le défiléComme l’a dit si justement Karl Marx, l’histoire se répète toujours, la première fois comme tragédie, et la seconde comme farce. Ce n’est pas la faute des organisateurs qu’on a été obligé d’assister, en cette période d’avant-guerre, à quelques détails grotesques. C’est celle du monde dans lequel nous vivons, qui n’est pas le pire, mais certainement pas non plus le meilleur des mondes possibles. Il y a cent ans, pendant que les Poilus pataugeaient dans la boue glacée et disputaient leur rations aux rats « gros comme des chats », Paris se livrait aux voluptés des Années folles, avec spectacles extravagants, strip-tease et champagne. La tradition a été dignement reprise avec la concurrence féroce des premières dames internationales pour la plus haute marche du podium… de la haute couture, qui arborant un tailleur Chanel et qui une guêpière Dior, qui son carré Hermès et qui son ensemble Givenchy ! Bon, heureusement leurs maris ne furent pas en reste lors du déjeuner et du dîner… si la presse a beaucoup glosé sur les « pommes de terre de la Somme » censées rappeler (sous une forme désamorcée, inoffensive) le rata des Poilus, elle a le plus souvent passé sous silence les grands crus qui l’accompagnaient et le champagne du dessert…

la foule des chefs d'etatCe n’est pas la faute des organisateurs, c’est juste le monde qui est comme ça… Les bus étaient là, prêts à accueillir les invités de marque pour les conduire à l’Elysée. Sauf évidemment Donald Trump, qui ne prend pas les transports en commun comme le vulgus pecum, lui ! Qui opte bien sûr, pour franchir le kilomètre et des poussières qui le sépare du déjeuner, pour son convoi blindé digne du Paris-Dakar. Ni évidemment Vladimir Poutine, incapable de se contenter du bus si le président américain ne se plie pas à l’exercice !

L’histoire ne dit pas quel sort le 45e président des USA a réservé à la porcelaine de Sèvres après les banderilles macroniennes de l’Arc de Triomphe : « le nationalisme est le contraire du patriotisme » avait-il asséné sans avoir l’air d’y toucher, un peu après la tirade sur « ceux qui optent pour le protectionnisme et le repli sur soi » ; espérons qu’elle était bien assurée, vu le caractère ‘taureau dans un magasin de porcelaine’ de Donald. Espérons surtout que l’ami américain portait bien son oreillette pendant le discours et qu’il a pu réceptionner une petite part au moins de l’émouvante évocation par M. Macron des « pères, des mères, des veuves, des sœurs, des fiancées » des millions de victimes du conflit. C’est à ce moment que l’on n’a pas pu s’empêcher de ressentir cette vérité trop évidente pour être généralement formulée : de tous les personnages présents, c’est bien lui le représentant de la nation va-t-en guerre, celle pour qui la guerre est avant tout une opportunité commerciale et un marché de reconstruction, celle où l’on n’imagine pas les affres du pays dévasté, occupé, asservi, amputé. Celle pour qui le summum de l’horreur et de l’injustice reste l’effondrement de deux immeubles. Celle où l’on croit par conséquent volontiers que la solution la plus efficace à tout différend international se trouve embarquée dans les flancs d’un drone ReaperTRump au cimetière

C’est peu probable. Si bien qu’on peut à peine lui reprocher d’avoir préféré s’échapper et couper court au Forum sur la paix, où on allait à nouveau le bombarder de remarques désobligeantes et de piques plus ou moins subtiles… lui préférant le silence approbateur des tombes du cimetière militaire US.

S’il est resté stoïque jusqu’au bout des cérémonies, le « chef du monde libre » a éloquemment montré par son langage corporel à quel point il se faisait tartir, assis au milieu de ces Européens si compliqués, à écouter leurs discours polyglottes et à assister aux danses des collégiens et aux concerts de musique classique. Les téléspectateurs, eux, ont eu droit à quelques petites digressions, principaFemenlement basées sur de magnifiques photos d’époque… et puis aussi sur l’inqualifiable agression de trois Femen à son encontre. Chose incroyable pour moi qui suis habitué aux news russes ou chinoises : non seulement l’incident non prévu au protocole n’a pas été gommé du journal de treize heures qui lui a consacré plusieurs minutes, mais en plus les seins nus n’étaient pas floutés. Habileté diabolique ? C’est en réalité le meilleur moyen pour empêcher qu’on lise les revendications pacifistes que ces terribles femelles s’étaient barbouillées sur le torse !   

Trump l'enfumeurLe festival des métaphores involontaires et des incidents lourds de sous-entendus ne s’est pas achevé avant la dernière minute des célébrations : alors que Trump faisait ses adieux à l’hôte des lieux, et que la limousine présidentielle blindée enfumait la cour de l’Elysée, multipliant à l’infini les allusions et les sous-entendus tragi-comiques. Comme pour faire un sympathique petit « fuck you » d’adieu à la capitale de la COP21 ! Comme pour suggérer que les désormais premiers producteurs mondiaux de pétrole grâce au gaz de schiste peuvent bien se permettre d’afficher leur gaspillage comme des sheiks d’Arabie Saoudite ! Ou comme pour abaisser un gentil écran de fumée sur les intentions et les impulsions du flamboyant président américain… 

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