L’arnaque du revenu universel

Posté par grosmytho le 4 février 2017

De même que l’homme fut longtemps en lutte contre la nature avant de finalement se mettre à la protéger, on continue de considérer le travail comme un fléau à éradiquer, avant de s’apercevoir (peut-être, un jour, bientôt ?) qu’il s’agit d’un bien à entretenir. « Moi président » tire sa révérence, les travailleurs fêtent dix ans de régime Dukon à base de couleuvres, et voilà relancée la parade des charlatans experts et des recettes miracles. Qui a raison ? La droite ou la gauche ?  placard

Ah, qu’il me débecte ce discours de gauche inspiré de la Genèse « pour ta punition tu devras travailler et gagner ta croûte à la sueur de ton front ! » 35 heures, lutte contre le travail de nuit, lutte contre le travail le dimanche, lutte contre tout ce qui peut arranger ces salauds de patrons ! Pour ces Jean Jaurès d’opérette, c’est toujours la lutte des classes. Moins de boulot pour le même blé, ça ne sort pas de là…

Ah, que je déteste ce discours de droite qui fait du salarié une bête de somme feignante et simulatrice, trop chère, poule de luxe, toujours susceptible de grève, d’absentéisme, de sabotage et qu’il faut à tout prix remplacer par des machines ou des esclaves du bout du monde. Moins de blé pour le même boulot, voilà leur panacée…

diminution-temps-travailA la jonction des deux, on a Hamon et son revenu universel. Hamon est un personnage historique : l’inventeur de l’ultime trahison des travailleurs par la gauche. Son revenu universel leur donne le coup de grâce : il les transforme en purs consommateurs, en fait des tributaires à de l’aumône publique, ôte leurs derniers arguments à ceux qui luttent pour l’emploi, donne raison à 100% à ceux qui dénoncent les feignants assistés qui « ne veulent pas bosser sinon ils en trouveraient, du boulot ». Sur le front de l’emploi, après tous ceux qui pendant quarante ans ont fait semblant de chercher des solutions, il est celui qui dit « laissons tomber ! »

De ce point de vue, on a raison de dire que la gauche et la droite, c’est kif-kif. Leur erreur est la même : faire du travail l’ennemi. Trop cher pour les uns, trop dur pour les autres, elles se relaient efficacement pour le laminer. Pas étonnant que le chômage augmente, avec l’alternance gauche-droite qui souffle le chaud et le froid ! Unies dans le culte du PIB qui affirme que la croissance seule créera l’emploi. La consommation est au taquet, les gens bardés d’iPhones et de tablettes s’endettent pour acheter leur troisième bagnole. De quelle croissance parle-t-on ? Jusqu’où peut-on accroître la consommation ? Le salarié occidental, déjà surmené au travail, est en plus un marathonien du loisir et un forcené des soldes. Doit-il se doper à la cocaïne-red bull pour faire encore mieux et plus ?

A quand un gouvernement d’extrême-clairvoyance qui lira Piketty et acceptera l’évidence ? La croissance à 3 ou 4 ou 5%, la croissance boostée par la consommation, c’est fini. Apprenons à vivre avec une croissance zéro. Et surtout, qui dépoussiérera ces études déjà plus toutes jeunes sur la sociologie du travail ? Qui redécouvrira que le travail est le meilleur lien social ? Que le lien social est indispensable aux citoyens ? Que ceux-ci, s’ils en sont privés, s’étiolent et végètent ? Deviennent dépressifs ? Agressifs ? Que le travail bien dosé, ni trop ni trop peu, assorti d’un stress modéré et de gratifications équitables, est un facteur de développement personnel, d’estime de soi et d’équilibre psychologique ?  valeur-travail

Trop nombreux sont ceux qui pointent la délocalisation vers les pays à bas salaires et l’automatisation comme des fléaux et des signes avant-coureurs de la fin du monde…

La délocalisation n’est pas, pour nos pays, la catastrophe que l’on nous décrit. Et d’une, elle débarrasse nos salariés de toute une foule de travaux dangereux, salissants, aliénants qu’ils ne peuvent ni ne veulent effectuer. Et de deux, elle a permis de réduire le prix de bien des babioles que peu de gens pourraient se payer si elles étaient fabriquées en France. Et de trois, 80% du prix de détail d’une babiole faite en Chine tombe en moyenne dans des poches françaises, qu’il s’agisse de la grande distribution, de l’Etat (impôts & taxes), des transporteurs, des concepteurs, des publicitaires, des commerciaux, etc. La question est de mieux répartir cette manne qui a tendance à tomber majoritairement dans quelques poches, toujours les mêmes.

L’automatisation et la mécanisation ne sont pas non plus le diable incarné. Il faut les considérer avec lucidité : dans certains cas ils sont néfastes à la santé, destructeurs d’emplois, anxiogènes. C’est par exemple le travail à la chaîne, les bornes automatiques, les horribles centres d’appels. Mais dans d’autres cas ils sont au contraire libérateurs, protecteurs, ergonomiques. Citons les grues et nacelles qui évitent aux maçons de se casser le dos à coltiner des briques ou l’informatisation qui permet de conserver et de brasser efficacement des données. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, automatisons intelligemment.

Mais surtout, révisons notre jugement sur le travail. Que l’on soit de gauche ou de droite, il faut évoluer. Le revenu universel ? Ridicule et néfaste : c’est gaspiller notre ressource la plus précieuse, l’énergie et la créativité des gens, pour en faire de purs consommateurs. C’est, par un procédé nouveau, détruire des emplois chez nous pour en créer en Chine.

Une croyance s’est implantée qui dit que seules les entreprises sont créatrices d’emploi. Ce mensonge a coûté assez cher, il faut le faire cesser. L’Etat doit retrouver son rôle d’acteur économique et social. Son job est aussi de créer des emplois. Pas forcément rentables à 100% mais utiles. Utiles à la société, à l’écologie, au lien social, à la culture, au bien-être, à l’agriculture à l’ancienne, à la sécurité routière, à la réinsertion, à la prévention de la délinquance, que sais-je. Cela coûtera toujours moins cher de payer des gens à faire quelque chose d’utile qu’à s’ennuyer. 

Le chômage qui s’étend et se généralise dans certaines catégories de la population engendre la désœuvrance, une maladie mentale qui fait faire les pires conneries à des personnes qui voudraient trouver un sens à leur vie et dépenser cette énergie qui bout dans leurs veines. Tout aussi redoutable est le surmenage et la dépression qui frappent ceux qui « ont la chance de travailler ». Sous prétexte de concurrence sur le marché du travail, on leur impose des conditions de travail inhumaines, des cadences folles, des objectifs inatteignables. Résultat : burning-out, affections liées au boulot, voire suicides chez ces « privilégiés ».

Le travail c’est la santé, apprenons à le cultiver ! La croissance est une drogue, apprenons à nous en passer !

Publié dans Eco, Emploi, Politique, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

L’encerclement (des cons par les salauds et réciproquement)

Posté par grosmytho le 11 janvier 2016

J’ai regardé sur les conseils d’un pote le documentaire sur les méfaits du capitalisme qui date déjà un peu, puisqu’il est sorti en 2008, appelé l’Encerclement, du Canadien Richard Brouillette.50 years of capitalism

C’est drôle ce documentaire ; comme il donne la parole aux uns et aux autres, on s’aperçoit d’une chose rarement vue (puisqu’on écoute normalement un camp et qu’on déteste l’autre comme la peste). Libertariens et altermondialistes ont peur de la même chose, qu’ils voient arriver de deux côtés opposés.

Leur hantise : qu’on leur prenne leur bien. Mais ils soupçonnent deux entités différentes.

la-crise-financiere-expliquee-aux-nulsLes premiers, les libertariens, ont peur d’un Etat totalitaire, confiscatoire, qui leur « vole », pour le redistribuer à d’autres, aux parasites, le produit de leurs efforts. Les altermondialistes partagent la même peur, en sens inverse : celle des corporations, des monopoles, des monstres mutants du CAC40 qui leur vendent sous forme privatisée, à des prix astronomiques, les services qui étaient autrefois assurés gratuitement ou presque, éducation, santé, etc. Ou qui du moins étaient largement encadrés, modérés par l’Etat, garantis aux plus démunis. Or avec la privatisation de la sncf, de l’électricité, de l’eau, bientôt des logements sociaux, toutes ces garanties s’envolent les unes après les autres.

 

Il est évidemment plus facile de compatir avec les seconds qu’avec les premiers.nature-humaine-capitalisme

D’abord, parce que les premiers ont le vent en poupe. Dans le monde entier l’Etat recule, cède à leurs caprices, le vent du libre-échange et de la privatisation souffle à tout va. Législation, barrières tarifaires, réglementation du travail, tout craque, s’effondre, cède à leurs exigences insatiables. Je m’engage à pleurer sur le sort des riches lorsque le balancier repartira dans l’autre sens, qu’ils seront expropriés et parfois fusillés (les riches lâchent moins volontiers leur magot que les pauvres, qu’il suffit souvent d’effrayer ou de distraire).

 

Deuxièmement parce que la vision des premiers, conformément à leur théorie d’ailleurs, est très simpliste : occupés à faire de l’argent dans leur domaine d’expertise, ils n’ont que peu de temps à consacrer aux rébarbatives études de sociologie et d’économie, aux interactions et aux implications. Ils se contentent d’un slogan simple, qui est « l’Etat me vole pour donner mon argent aux pauvres, l’assistanat ruine le pays ». Alors que les altermondialistes, occupés à être chômeurs ou étudiants, disposent de temps pour aller sur internet, fouiller les forums, échanger des idées, refaire le monde, recalculer etc. D’où un discours bien plus diversifié, fouillé, argumenté, convainquant.

Troisièmement, enfin, parce que les premiers sont peu nombreux, minoritaires, souvent cyniques, brutaux, égomaniaques, tandis que les seconds représentent la foule, le pays, le monde, l’humanité finalement, dans sa diversité et sa touchante stupidité moutonnière.  

néo capitalisme

Reste qu’ils ont peur de la même chose : la perte matérielle, les uns par l’excès d’Etat, par l’insuffisance d’Etat pour les autres. Comment se fait-il que personne ne constate l’évidence ? Qu’il faut trouver un juste milieu ? Marre des balanciers qui tantôt arment les bolcheviks au couteau entre les dents, et tantôt les 200 familles ! Ce qu’il nous faut c’est un Etat fort, redistributeur, libéral avec les petites entreprises, vigilant avec les grosses, capable de tenir la bride des banques et des multinationales, comme de lâcher un peu la grappe aux PME. 

affiche_crisecapitalisme

Petite remarque complotiste pour conclure : comme à chaque fois qu’un film touche une question qui remet en cause la pensée unique, il est réalisé de façon à repousser le public. Plans fixes interminables, noir & blanc, intervenants au saut du lit qui expliquent, hésitent, se reprennent, se grattent le nez… des titres de chapitres et des résumés affichés sur fond noir et accompagnés de grincements sinistres… Jamais une image ou un graphique, un exemple, quelque chose d’autre que ce texte ultra-académique parlé ou écrit. Comme plus récemment Citizen four, il rafle les prix confidentiels du cinéma alternatif, mais n’atteint pas le public plus large. Seuls les altermondialistes les plus convaincus s’infligeront le visionnage intégral de ce monument de soporifisme qui dure 2h40…

Publié dans Eco, Propagande, Socio | Pas de Commentaire »

Le blaireau qui valait 100 milliards

Posté par grosmytho le 30 décembre 2015

Tim Cook devrait prendre exemple sur François Hollande : lorsqu’on a le charisme d’un blaireau, il vaut mieux la fermer, parce que tout ce que vous dites finit par se retourner contre vous.

Qu’a dit le nouveau patron d’Apple ? Dans une récente interview, il s’est affirmé prêt à rapatrier le magot de 100 milliards de dollars qui dort dans les paradis fiscaux, le jour où l’imposition US qui serait aujourd’hui de 40% tomberait en dessous de 10%.Tim Cook

Ajoutant comme argument imparable que « le système fiscal est né de l’ère industrielle, il est inadapté à l’ère d’internet »… Ce que Tim Cook fait, par cette interview, c’est une proposition aux autorités fiscales étasuniennes : « je veux bien payer ce que je vous dois, si vous me consentez une ristourne de 75 à 80%. »

Son argument tient-il la route ? Je dis que non, et je diagnostique chez Monsieur Cook un syndrome psychiatrique : il se prend pour dieu.

Lorsqu’il dit « le système fiscal vient de l’ère industrielle » il a raison. A l’ère industrielle, on a vu des gens employer des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, les maintenir à un niveau de tout-juste subsistance, et amasser des fortunes colossales. Il a bien fallu inventer, mettre au point un système de redistribution pour permettre à l’Etat d’exercer son rôle et aussi de fournir les services que ces capitaines d’industrie ne fournissaient pas à leurs employés : retraites, écoles, routes, etc. Cela dit, les industries aussi redistribuaient directement une partie de leurs profits : employant des milliers de travailleurs, la masse salariale (même si elle était maigre) entretenait une grande partie de la population. Souvent les usines construisaient des logements, conduisaient des programmes de charité ou de bienfaisance.

apple poorQuid de l’ère internet selon Monsieur Cook ? Ressemble-t-elle à un système de type agraire, où la redistribution était automatique et donc l’impôt, inutile ? Bien au contraire, on arrive à une époque où plus rien n’est redistribué. C’est moins vrai pour Apple, qui a encore un pied dans l’industriel et qui fournit du hardware. C’est plus vrai pour Google, Twitter, LinkedIn, Amazon etc : des petits génies brevettent une idée, la mettent en œuvre par des contrats de service, font mouliner des algorithmes, font travailler gratuitement les internautes par le « crowdsourcing », et finalement bâtissent en dix ou quinze ans des empires pesant des centaines de milliards de dollars.Apple-Taxes

Des génies ? Certes. Des dieux ? N’exagérons pas. Certes ils sont génialement parvenus à mettre en place des systèmes qui emploient des centaines de milliers de personnes (très peu de salariés, surtout des prestataires), et à capter les sous de centaines de millions de clients. Formidable, génial, admirable, tout ce que l’on voudra. Mais leur système fonctionne parce que la société est là, développée, technologique, que des gens ont été alphabétisés, que des systèmes informatiques ont été inventés et mis au point par des programmes de recherche financés sur fonds publics, des infrastructures de télécoms sont en place, etc.

Et ils voudraient, Tim Cook, et ses copains actionnaires, être les seuls bénéficiaires ? Ils affirment sans rougir que leur idée et leurs 10 ans de travail valent 100 milliards de dollars, tandis que le reste, la société, l’Etat, les centaines de millions de gens qui travaillent gratuitement (à déchiffrer des captcha, liker, commenter, produire des contenus), les milliards de personnes qui cèdent gratuitement leurs données personnelles, tout cela compte pour du beurre ?

Monsieur Cook devrait s’estimer heureux, et non pas lésé, d’être imposé au tarif industriel. Si j’étais à la place du fisc américain, je serais moins tendre et je ferais passer ce taux à 80%.  

Publié dans Eco, Emploi, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

Mistral : de Charybde en Scylla

Posté par grosmytho le 8 septembre 2015

Il faut reconnaître à François Hollande deux qualités majeures pour un homme d’Etat : il est persévérant (dans l’erreur) et perfectionniste (dans le fiasco). Grâce à ses soins attentifs, à sa vigilance de tous les instants, à son inventivité créative, à sa clairvoyance sur le long terme, l’affaire des Mistral rivalise désormais avec la campagne de Russie en termes de Berezina de proportions historiques.pédalo

Le Canard enchaîné a révélé les dessous de l’accord calamiteux passé avec les Russes ; le quotidien russe Izvestia se penche quant à lui sur l’avenir sombre des bâtiments que le Président veut croire « pratiquement vendus »…

D’après les données recueillies et compilées par l’hebdomadaire satirique paraissant le mercredi (déjà démenties par l’intéressé mais confirmées sur Sud Radio par le général Norlain), la facture d’1 milliard d’Euros est largement sous-estimée. Il faut compter les frais d’annulation du contrat, la perte du contrat d’entretient sur trente ans, l’annulation des autres contrats en vue pour d’autres systèmes d’armes avec la Russie… Au total, 2,3 milliards au bas mot. Les Russes rient sous cape : remboursés des sommes avancées, ils vont pouvoir construire eux-mêmes, dans leurs chantiers navals, les deux navires qui étaient prévus au titre du transfert de technologie… voire plus : suite à la dévaluation du rouble en raison des sanctions européennes, les 45 milliards de roubles qu’ils ont déboursés ont donné lieu à un remboursement de 60 milliards par la France. Plus l’adaptation des 52 hélicos russes et des quais de la base navale de Vladivostok, royalement remboursés dans la foulée par notre pays qui décidément déborde de liquidités excédentaires.

Mais la catastrophe financière ne s’arrête pas là. Il faudra, apprend-on, compter avec les frais d’entretien, d’assurance et de gardiennage des coques, en attendant leur revente, que des estimations très vagues en provenance de diverses sources situent dans une fourchette allant de 1 à 5 millions d’Euros par mois.

Notre génial stratège élyséen nous annonce que les bâtiments que l’on a refusé de livrer à ses propriétaires légitimes ont déjà trouvé preneur… Deux pays à la pratique démocratique absolument irréprochable auraient d’ores et déjà signifié leur accord pour reprendre les Mistral construits dont la marine française ne veut sous aucun prétexte : l’Egypte et l’Arabie saoudite.

Hélas, comme le souligne le quotidien russe (édition du 31 août) : il ne s’agit que d’une promesse intenable de plus. Premièrement, parce que si la France a effectivement recouvré son droit de propriété sur les coques désarmées, elle n’aura pas pour autant le droit de les fourguer à qui elle veut : la Russie dispose d’un droit de veto, (sans limite de durée, à en croire les Izvestia) dont elle pourra user, voire même abuser, à son gré pour se venger un peu des humiliations subies. Apparemment, le veto est mis pour l’Arabie saoudite mais l’option égyptienne bénéficierait d’un a priori favorable.

Deuxièmement, et c’est plus embêtant encore, le Mistral est un BPC (bâtiment de projection et de commandement) qui, comme son nom l’indique, est prévu pour commander un important groupe naval. Vedettes, destroyers, sous-marins d’attaque, sont censés entourer et défendre le navire-amiral, qui serait vulnérable et inutilisable sans eux… Des équipements que ne possèdent pas le Canada ou le Brésil, souvent cités comme candidats possibles au rachat. On voit mal l’Egypte investir dans ce genre de babioles complémentaires, même à prix cassés.

Il y a donc fort à parier que les deux Mistral vont rester en rade plusieurs mois, voire plusieurs années, avant qu’on ne finisse par leur appliquer la solution, déplorable sur les plans politique et environnemental, qui consiste à les couler ou à les démanteler.

Pas avant 2017, bien sûr, parce que ce serait là le dernier clou dans le cercueil politique de « Moi-Président »…

Publié dans Eco, Propagande | Pas de Commentaire »

Le Super-U du XXè siècle

Posté par grosmytho le 20 décembre 2014

Revenu du SuperU (enfin c’était il y a quelques jours) avec deux bonnes nouvelles qui réchauffent le cœur. C’était mieux avant, certes, mais ce mieux et cet avant repointeraient-ils timidement leurs nez bien amochés ? Je ne m’y attendais pas, mais force est de constater.

Ma montre pas chère, made in China, précise, avec alarme et éclairage, au bracelet caoutchouc curieusement solide (normalement c’est ce qui cède en premier) et au cadran d’une résistance aux rayures étonnante, m’avait tout de même lâché : pas trop grave, c’est l’un de ces petits tuyaux métalliques à ressort qui fixent le bracelet, voyez ? Frappé par une branche que je coupais, il a cédé. Tordu, il ne se remet pas en place. A la caisse de SuperU, la dame m’informe, désolée, que « Non, les bracelets, on ne fait plus… » Mais aussi que « attendez, il m’en reste quelques-uns, de quand on faisait encore, je vais voir si j’ai la bonne taille ». Et de sortir la boîte, et de trifouiller, sans mentir, dix minutes, pour en essayer plusieurs et trouver le bon.montre

La dame n’est plus toute jeune : elle est plus vingtième siècle que vingt-et-unième, voyez ? Elle a le temps, elle le prend, elle cherche à rendre service, transposant un peu de son savoir-vivre civil sur son lieu de travail (ça se faisait au vingtième siècle : prendre un café, discuter un peu, offrir un café, même, que personne ne payait  grâce à la carte personnel du magasin, pas comptabilisée). Au vingt-et-unième siècle, pour chaque centime, c’est l’abus de biens sociaux. Une minute passée avec un client qui n’achète rien, techniquement c’est du vol, du détournement de fonds (temps=argent), du bénévolat non autorisé par la hiérarchie. Alors pensez, dix ! Faute professionnelle, de quoi l’envoyer chez Paul Emploi sans préavis). Bref. Elle me trouve le bitoniau de la bonne taille mais n’arrive pas à l’enfiler.

 

Au bout d’un moment, le XXIème siècle planant, menaçant comme un drone, au-dessus de sa tête, elle me dit : « C’est la bonne taille, je vous le donne, si vous avez la patience, vous pourrez l’installer vous-même ? » et d’aller chercher un bout de scotch (pas facturé, çui-là non plus) pour le fixer au fond de ma montre. Je remercie bien bas, je m’éloigne sourire aux lèvres. Et à la maison, en deux minutes, je l’installe. Réparation gratuite ? Sur le temps de travail de la préposée à l’info ? Je sais, je sais, au vingtième siècle, ça ne surprenait personne. Au vingt-et-unième, c’est carrément de la science-fiction.

Ah oui je disais deux surprises : la seconde c’est au rayon « boîtes de thon ». Je suis fan des boîtes de thon, que je trouve assez réussies esthétiquement, et puis j’en aime la contenance (104 g, juste bien pour un, mais ça peut faire en salade pour deux aussi, voire plus), le goût (j’aime mieux les « à l’huile » que les « au naturel » ; l’huile d’olive a ma préférence, je me dis que poisson + huile d’olive… c’est pratiquement le menu crétois pour 2 Euros – manque la bouteille de vin rouge, quand même). Bref : tout à mon exercice de recherche de la boîte idoine (toutes choses égales par ailleurs, je préfère les « miettes » qui font plus « déchets, si tu prends pas on les jette », que « thon entier » qui m’inspire l’impression « ah bordel aujourd’hui il a fallu en jeter cinq avant d’en avoir un bon »), mais curieusement il arrive (et c’est pas rare) que les miettes soient plus chères au kilo que les entiers… mystère. Est-ce parce que l’huile d’olive est recyclée à base d’hydrocarbures usagées pour les entiers, et première pression, effectuée par une vierge effarouchée, à froid pour les miettes ? Dans ces cas-là, je ne vous dis pas le cas de conscience… mais là, ce jour-là, celui de la bonne nouvelle, mes yeux tombèrent sur une mention qui me remplit d’allégresse (avant que mon allégresse ne se contamine d’une petite dose fielleuse de doute cynique, et vous savez comme moi qu’une goutte de fiel suffit à contaminer toute une barrique d’eau de source…). Bref : la mention dit « pêché à la canne ».

miettes de thonOui, vous m’avez bien entendu. Du vingt-et-unième siècle, celui où l’on arrache, au filet raclant le fond, tout ce qu’un coin d’océan contient de bouffable, avant de faire le tri sur le pont et de rebalancer 90% à la mer, pour garder qui les thons, qui les ailerons de requin et qui les morues, on repasse carrément au XIXème, celui où l’on partait en mer avec des cannes à pêche et des appâts, pour tirer de la flotte des poissons carnivores (thons, espadons, que sais-je, je crois que la morue aussi, à l’époque, se pêchait comme ça). Eh bien si j’en crois l’étiquette de SuperU, cette époque revient, et (ce qui me fait quand même douter un peu) ce n’est même pas plus cher que le thon « normal », celui qu’on sélectionne au milieu de tonnes et de tonnes de poissons comestibles mais rejetés morts parce que, ici et maintenant, c’est du thon qu’on pêche (quotas, etc).

 

Peut-être qu’un jour on renoncera même à l’heure d’hiver (héritage débile et contre-productif d’une période où, le pétrole renchérissant spectaculairement, il fallait bien annoncer quelque mesure elle aussi spectaculaire) ?

Je suis un optimiste prudent (donc caché).

Publié dans Eco, Emploi, Socio | Pas de Commentaire »

Le Poing sur la Chine

Posté par grosmytho le 7 décembre 2014

Je cherchais à retrouver ce graphique ! Bordel où l’avais-je vu ce graphique dont l’entrefilet explicatif expliquait exactement le contraire ! Celui où j’ai dû me frotter les yeux, incrédule, prendre ma calculette, me refrotter les yeux, et me rendre à l’évidence : ils nous mentent, ils nous mentent sans rougir ! Ils disent le contraire de la vérité, comme ça, avec naturel, comme si ça allait de soi ! Bref la pièce à conviction qui illustrait mes préventions contre la presse mainstream bien d’chez nous…

Bouleversant mes cartons où s’entassent papelards qui pourraient servir et vieux journaux, magazines poussiéreux et gazettes mangées aux mites, j’aboyai à Amandine de fouiller une fois de plus les internets à la recherche de quelque chose d’approchant.

Eh ben figurez-vous, ça n’arrive que dans les blogs, ces histoires-là, on a trouvé en même temps ! Poussant un rugissement victorieux en brandissant la coupure toute jaunie, j’entendais Amandine dans le salon qui glapissait d’excitation !

Bon, moi d’abord : observez ce graphique, intitulé l’Empire du Milieu lâche un peu de lest. Vous voyez comme moi que, de 8,25 yuans pour 1 dollar à 6,80 yuans, la monnaie chinoise s’est fortement appréciée vis-à-vis du dollar américain : de 21% exactement en 5 ans. Par rapport à l’Euro, c’est moins net puisque celui-ci aussi se renforçait sur cette période par rapport à la monnaie étasunienne.

Lisez maintenant l’explication, le « déchiffrage », puisque c’est ainsi que s’appelle la rubrique du cahier « économie » du Point de la semaine du 1Le Point 1jul2010er juillet 2010 : à en croire les économistes-déchiffreurs, le yuan n’aurait au contraire « cessé de se dévaloriser par rapport au dollar » ! Ce qui agace les Occidentaux, bla-bla-bla. Admirez un peu le tour de passe-passe ! Ce qui agace les Occidentaux, en réalité, c’est que la Chine ne saborde pas son économie en réévaluant d’un coup, brutalement, sa monnaie. Qu’elle choisisse de la réévaluer progressivement, pour accompagner en douceur le mouvement de modernisation de son industrie, voilà qui a le don d’ « agacer » voire même d’exaspérer les « Occidentaux » (en fait les Etats-Unis, qui souhaiteraient voir augmenter fortement le prix des babioles qu’ils importent à crédit par containers entiers et qu’ils n’ont de toute manière aucune intention de payer).

Amandine avait trouvé aussi ! Mais pas la même chose : Le Point aussi, la Chine aussi, mais dans un tout autre contexte. Le Point était condamné pour racisme antichinois suite à un article caricatural sur les pratiques des immigrants chinois en France. « L’humour n’est pas passé » aurait déclaré le rédac’-chef. Un argument recevable lorsque c’est un humoriste comme Zemmour ou Dieudonné qui se fait épingler ; un peu facile pour un « newsmagazine » hebdomadaire qui se veut sérieux.

Le point veut-il faire le point sur l’actualité ou entretenir les préjugés d’un autre âge? A quand une réédition des caricatures antichinoises de l’époque des guerres de l’opium?

chine G8

 

 

Publié dans Eco, Propagande | Pas de Commentaire »

Un centenaire bien mal en point…

Posté par grosmytho le 22 octobre 2014

impotsLes commémorations ont du bon : elles permettent de mettre le nez sur des choses auxquelles on ne fait pas attention normalement. En 2014, on commémore les 100 ans de la Grande guerre… et aussi de l’impôt sur le revenu !

Ce n’est pas anodin, de mettre    en place un truc pareil. Imaginez un peu : jusque-là, votre salaire était à vous. Pas épais, sans seuil minimal, mais au moins vous pouviez le boire en bonne conscience. Le produit de votre travail, la France était encore largement agricole, était maigre, peut-être, mais il était à vous. C’était pour ça qu’on avait fait 1789 : le droit de propriété, la fin des privilèges, l’abolition de la taille et de la gabelle. Dans la France des 200 familles, aux inégalités plus fortes qu’aujourd’hui, il y avait un impôt sur le patrimoine (la fameuse taxe sur les portes et les fenêtres). Mais le revenu était sacré ! La sueur de votre front ! En donner la moitié à l’Etat ? Pas fou, non ? Il aura fallu les Boches, les fleurs au fusil, l’ivresse patriotique pour instaurer ça.

Apparemment l’Etat y avait déjà un peu réfléchi. Lorsque les Allemands sont arrivés, la défense des frontières, pas prête, a été enfoncée, mais l’impôt sur le revenu, lui, il est sorti flambant neuf des cartons. Fin prêt à l’emploi !

augmentation des impôtsEt aujourd’hui, comment se porte-t-il, l’ancêtre ? Disons que ça ne va pas bien fort, mais il n’a pas l’air de vouloir casser sa pipe de sitôt. D’une part, tout le monde a admis qu’il est nécessaire et normal de verser à l’Etat une partie de son revenu, pour payer les routes et les écoles (de moins en moins) et rembourser la dette (de plus en plus).

D’autre part, l’IRPP (Impôt sur le revenu des personnes physiques), enjeu de toutes les batailles politiques, n’a cessé depuis cent ans de se complexifier. Tous les intérêts corporatistes, toutes les politiques natalistes, toutes les péripéties régionales ou sociétales ont laissé leur empreinte, sous la forme d’une loi ou au moins d’un décret d’application, dans le Code des impôts. D’une exonération, d’un abattement, d’un plafond, d’une déduction, d’une réintégration, d’une majoration différée, d’une décote, enfin bref d’une des centaines de petites conduites dérivées qui font la magnifique usine à gaz que nous connaissons aujourd’hui. L’Impôt sur le revenu est l’encyclopédie des revendications et des batailles catégorielles de ces cent dernières années.

impôts-hollandeProgressif dans son esprit, dégressif dans la réalité, vous lirez Piketty pour plus de détails. Progressiste dans ses intentions (l’impôt se veut redistributif), réactionnaire dans son essence (l’ « inquisition fiscale » qui frappe les classes moyennes). Je ne vous livre qu’un chiffre, celui qui m’a abasourdi. Excédé par tous les arguments de tous les tenants du moins d’impôt, fatigué par les jérémiades des tenants du « mieux d’impôt », je me suis procuré le chiffre de tous les revenus en France (salaires, dividendes, retraites etc) que j’ai divisé par la somme que l’impôt sur le revenu rapportait aux caisses de l’Etat. Tenez-vous bien, ça secoue : le taux moyen d’imposition, en France, toutes catégories de revenu confondues, est d’environ 4%.

déclarationComparez ça à ce que vous payez, et posez-vous les questions qui se bousculent forcément. Mais surtout imaginez : si l’on payait tous, chacun, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’on aime ça ou pas, 10% de ce que l’on gagne. Milliardaires, pauvres, sans distinction de race, de couleur de cheveux ou de quotient intellectuel. Raisonnable, non ? Et surtout, le produit de l’IRPP serait multiplié par 2,5. Elle serait pas belle, la vie ? 

Plus de casse-tête des déclarations ! Plus de jalousies de classe ! Plus d’accusations d’assistanat ! Et, cerise sur le gâteau: le budget de l’Etat, rééquilibré, recevrait les louanges mérités de Bruxelles…

Publié dans Eco, Emploi, Socio | Pas de Commentaire »

Le Royaume Désuni

Posté par grosmytho le 20 septembre 2014

Resultat-EcosseLes Ecossais se sont prononcés : à 55% c’est non.

Dommage, serait-on tenté de penser. Le divorce semblait naturel entre l’Ecosse social-démocrate, scandinave de cœur, opposée aux guerres coloniales et assoiffée de protection sociale, et l’Angleterre à la mentalité anti-pauvres, sa financiarisation à outrance et sa volonté de participer à toutes les petites guerres victorieuses de l’allié Etasunien.

Avec une unanimité suspecte, tout ce que le monde compte de chefs, de dignitaires et de dirigeants s’était prononcé contre l’indépendance écossaise. Obama promettait des catastrophes, minaudait que l’Ecosse indépendante risquait de ne pas être accueillie au sein de l’Otan. Les poupées gigognes de l’UE avaient prévenu que l’Ecosse, en tant que pays neuf, serait jetée hors de l’Union et devrait suivre la procédure longue et humiliante réservée aux pays candidats… avec la quasi-certitude d’un veto de l’Espagne, du Royaume-Uni, de la Belgique.  David Cameron avait pour sa part prononcé des discours aussi insipides que larmoyants, alternant menaces et promesses pour essayer de faire changer d’avis ces irascibles voisiEu for indepns du Nord. Evidemment, avec tout ce beau monde engagé vent debout contre l’indépendance de l’Ecosse, il fallait s’attendre à des manœuvres peu reluisantes. CIA, NSA, MI5, d’autres encore, devaient être sur les dents pour discréditer les dirigeants indépendantistes, tenter de brouiller le message régionaliste, jeter le doute et le discrédit sur l’avenir de la Calédonie…

Immédiatement après l’annonce des résultats, j’ai demandé à Amandine de fouiller les internets à la recherche de nouvelles de manifs monstres, de soupçons de trucage des votes, etc. Il y a bien ici et là des vidéos youtube montrant des urnes bourrées et des surveillances relâchées ; mais c’est facile à mettre en scène ailleurs et ne constitue pas vraiment une preuve. J’avais rencontré (à Pékin !) des indépendantistes convaincus, et ils étaient enthousiastes et sûrs de gagner. Croyez-moi, s’il y avait le moindre soupçon de fraude, ceux-là seraient aujourd’hui sur les barricades, en train d’incendier des bus et de lancer des tomates sur la BBC. Mais non : il faut se rendre à l’évidence, les Ecossais sont sont désappointés, mais convaincus du résultat. C’est la gueule de bois et non l’indignation qui règne…

Que s’est-il passé?    yes

Pour moi c’est clair : les indépendantistes ont péché par manque de professionnalisme.

Et pourtant ce n’était pas évident de faire pire, dans la surenchère grotesque, que la campagne « Better Together ». Le mépris affiché de Cameron pour un référendum qu’il croyait gagné d’avance, puis ses promesses fébriles de dernière minute lorsque les sondages indiquaient que le Oui pouvait l’emporter, ont pu faire vomir l’Ecossais le plus loyaliste.

Mais ils ont pourtant réussi. independenceAlex Salmond (le chef du parti indépendantiste) est parvenu à dérouter son électorat en ne préparant aucune réponse à la question que tout le monde se posait : quelle monnaie pour l’Ecosse indépendante ?    

Lorsqu’on lui posait LA question, celle qui inquiétait tous les Ecossais, qu’ils soient pour ou contre, il répondait par des affirmations vagues et trahissait son manque de préparation. « On continuera d’utiliser la Livre anglaise, et advienne que pourra » qu’il avait balancé ! Cela alors que Londres clamait haut et fort qu’il n’en était pas question, que la banque centrale d’Angleterre s’y opposerait, etc. Alors que l’UE affirmait haut et fort que l’Ecosse devrait se passer de l’Euro ! Sur une question aussi capitale pour l’électorat, il était criminel de ne pas présenter un scénario, un schéma, un truc qui tienne debout. D’ailleurs l’analyse des intentions de vote le montre: ont voté massivement pour le Oui, les jeunes sans le sou, les étudiants, toutes ces racailles d’assistés au compte perpétuellement dans le rouge. Alors que les retraités, eux, ont eu un sursaut de dernière minute: qui va payer les retraites ? Et avec quoi ?

catalans

On nous dit maintenant que l’exemple écossais va donner des idées à la Catalogne ou à la Bavière ? Permettez-moi d’en douter : une bonne équipe de foot, un bon potentiel touristique et un accent régional ne suffisent pas à nourrir le combat pour l’indépendance. L’exemple écossais le montre : il faut beaucoup, beaucoup plus que ça pour faire une nation. Rendez-vous le 9 novembre à Barcelone !

Publié dans Eco, Propagande, Socio | Pas de Commentaire »

Crimée : tous à poil !

Posté par grosmytho le 18 mars 2014

C’est le printemps, il fait beau, et on a envie de chanter, avec JF Copé : tous à poil ! A poil l’Ukraine ! A poil l’UE ! A poil les USA ! A poil la presse !

crimea

 

L’aventure criméenne est un test en plusieurs dimensions.

Test avant tout pour l’Ukraine : son aptitude à évoluer vers la démocratie. Depuis son indépendance c’est le pays d’ex-URSS où l’expérience démocratique était la plus profonde mais aussi la plus chaotique. Contrairement aux pays baltes qui ont pris le pli assez facilement et sans grosses déconvenues, de l’intégration-éclair dans l’Otan à l’intégration dans l’UE, voire même pour l’Estonie et la Lettonie l’adoption de l’Euro. Contrairement aux « stans » (Kazakhstan, Kyrgizstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) qui ont tous opté pour des formes de dictature assez dure et généralement peu éclairée par les anciens chefs du PC régional reconvertis au capitalisme autocratique. Comme en Russie, en Arménie, en Géorgie, la démocratie se cherche en Ukraine. Il y a des germes et il y a des rechutes. Des élections généralement entachées de fraude et de coups de théâtre, des bagarres au parlement, les populismes toujours à fleur de peau. C’est un test d’aptitude de l’Ukraine à l’indépendance politique (envers la Russie, mais aussi l’Otan, l’UE), économique (gaz, aide internationale). Un test d’aptitude de l’Ukraine à cicatriser ses blessures territoriales et à reprendre une vie équilibrée après.

Un test pour la Russie. Oubliez ces histoires de minorités menacées : en Russie comme en Crimée, les deux minorités les plus importantes sont les Ukrainiens et les Tatars. Ces gens cohabitent depuis des siècles, en Russie, en Crimée, en Ukraine. La langue non plus n’est pas le problème : tous parlent russe (mais se réclament de cultures nationales différentes). Les questions sont autres. La Russie réussira-t-elle à intégrer rapidement la Crimée avec laquelle elle n’a pas de frontière terrestre ? Que se passera-t-il à Kharkov et à Donetsk ? Où passe réellement la frontière entre les peuples de Kiev et de Moscou ?

Sur ce test s’en greffent d’autres. La Crimée nous ramène à une véritable conférence de Yalta. La Russie vient à nouveau de gagner un coup de poker (après l’affaire géorgienne en 2008, après le sauvetage in extremis de la Syrie en 2013) : elle renaît donc en grande puissance capable de défendre ses intérêts contre la volonté d’une communauté mondiale soudée. L’Occident va-t-il prendre acte de ce changement et accepter la Russie comme acteur incontournable ? Ou va-t-il (comme c’est apparemment le cas aujourd’hui) la ranger dans la catégorie des Etats-parias contre lesquels on empile sanctions et menaces (Cuba, Corée du Nord, Iran, Syrie, Chine etc) ? Ces Etats que l’on n’ose pas attaquer militairement et contre lesquels on défoule une vertueuse et permanente indignation ?

L’Occident va devoir réévaluer la place de la Russie dans les affaires du monde, et cela peut conduire à une forme de découplage. Les USA vont sûrement refuser de prendre en compte les intérêts de la Russie en Europe de l’Est et continuer d’avancer leurs pions avec l’Otan : Kiev est la prochaine pièce à prendre sur cet échiquier. Mais l’Europe va retrouver ses choix déchirants d’autrefois entre amis (d’outre-Atlantique) et famille (Russie). Fin de la leçon d’anglais : on retrouve les réalités du gaz, des marchés en croissance, des opportunités de coopération technologique, militaire et même politique. L’Allemagne a la première compris cela – elle ne votera pas les sanctions.

La presse occidentale va elle aussi devoir évoluer ! Notre presse n’est libre que dans les limites qui vont de l’atlantisme modéré à extrême. Dans le cas de la Crimée, on l’a vue hésiter ; le challenge propagandistique était trop gros. Lisez les articles du Monde, et ensuite déroulez les commentaires : quand la ficelle est trop grosse, les contradictions trop évidentes, le public ne suit plus. Poutine n’est pas Hitler, les Criméens ne sont pas les Sudètes, un référendum n’est pas un crime contre l’humanité. Allons plus loin : les inquiétudes étasuniennes ne sont pas démocratiques mais géostratégiques ; le gouvernement putschiste de Kiev largement coopté par Washington n’est pas légitime ; la lumière doit être faite sur ces mystérieux snipers qui tiraient sur la foule et sur la police sur la place Maïdan.

Le cas criméen braque le projecteur sur les contradictions du monde occidental qui se voit toujours en chevalier blanc démocratique, parce que soudain les rôles sont renversés. C’est la Russie qui intervient et l’Occident qui se trouve face au fait accompli. Le droit des peuples à l’autodétermination fonctionnerait pour tous (l’Ecosse prépare un référendum en septembre), sauf lorsqu’ils choisissent la Russie ? L’intervention militaire dans des pays souverains serait toujours morale (Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Libye, Mali, Centrafrique, la liste est trop longue) et légitime, sauf quand c’est la Russie ?

Aujourd’hui la Russie, demain la Chine, après-demain le Brésil et l’Inde : le monde est redevenu multipolaire. La réunion du G8 de Sotchi ne sera pas annulée : elle va servir de nouveau Yalta.

 DERNIERE MINUTE: le dossier le plus détaillé à lire pour ceux qui veulent vraiment comprendre la situation ukrainienne est là avec texte, vidéos, infographies et tout.

Publié dans Eco, Propagande, Socio | Pas de Commentaire »

Le nouveau service de Google

Posté par grosmytho le 1 mars 2014

« Une Américaine agressée parce qu’elle portait des GoogleGlass » titre Bigbrowser. Parce qu’elle les portait ? Ou parce qu’elle les utilisait sur des inconnus dans un bar ? Cet incident indécent soulève toutes les questions de ce début de siècle. Les possibilités techniques augmentent les pouvoirs des personnes et obligent à redéfinir les frontières entre droits et devoirs. google-glass-banned-sign

Imaginez qu’on puisse acheter et piloter un exosquelette métallique d’une puissance et d’une rapidité telles que vous risquez de tuer quelqu’un à la moindre fausse manœuvre. Il faudrait réglementer leur usage, encadrer leur vente et leur entretien, etc. Tiens, justement ça existe déjà : la voiture. Le code de la route, le permis de conduire. La gendarmerie, les alcootests, les radars automatiques.

Joy-of-Tech-Glass-vs-iWatchÇa va faire pareil avec les caméras et les Google glass. On a le droit de filmer dans les lieux publics : ça semble logique. Vous êtes touriste, vous filmez la rue, les monuments, vous-même dans un bar etc. A priori personne ne conteste. Petit distinguo tout de même : la loi parle de sujet principal et de sujets secondaires. Vous filmez la cathédrale, un quidam traverse le parvis, OK. Vous suivez ce quidam avec votre caméra dans les rues pour voir où il va, qui il rencontre, où il habite : pas OK.

L’idée de base, c’est que la rue est à tout le monde. Les gens s’attendent à être vus et éventuellement photographiés. Ils sont habillés et se comportent normalement. Quid dans un bar ? Bourrés, en train de chahuter avec leurs potes ? En train de draguer extra-conjugalement ? Au karaoké, en train de chanter faux ? Il y a des situations limite où on veut bien être vu mais pas filmé par des tiers. Mais il n’y a pas de mécanisme pour l’empêcher. On va dire que cela relève de l’appréciation de chacun.

Ce qui est interdit clairement, c’est la diffusion publique payante. Le droit à l’image, retrouver les quidams pour leur faire signer une autorisation de diffusion, les cinéastes amateurs ou professionnels connaissent bien ça. Photos de manifs, d’accidents : c’est le droit d’informer qui prend le dessus sur le droit à l’image.

dilbert-comics-google-glass-invention

La vraie question, celle qui n’est pas résolue apparemment, c’est la diffusion gratuite. Autorisée ? Interdite ? Qui va empêcher et contrôler la mise de ces vidéos sur Facebook et sur Youtube ?  Le désagrément d’être vu bourré ne justifie probablement pas le fait de passer sa vie à traquer l’apparition de LA vidéo sur internet (d’autant qu’on a chacun quelques dizaines de cas où…). Donc il faut vivre avec ? Apparemment c’est une nouveauté qui ne plaît pas à tout le monde : la fille aux GoogleGlass illustre le cas d’école. Elle filme des gens, les gens lui demandent d’arrêter, l’agressent verbalement, elle poste la vidéo sur internet. Tout en se posant en victime d’ « agression », elle leur donne finalement raison : elle était bel et bien en train de les filmer, et elle a bel et bien posté le film sur internet, sans leur consentement.

Ça va finir comme avec la voiture : avec la généralisation des GG, les altercations de ce type vont disparaître du fait de l’égalisation des pratiques. Une fois que tout le monde filmera, plus personne ne s’indignera. Les gens non équipés seront comme les piétons d’aujourd’hui : on leur ménagera un territoire-alibi, des « trottoirs numériques » et des « cyber-passages cloutés », zones d’ombre où ils pourront se réfugier.  Des cas limite seront définis (relations sexuelles ? exhibitionnisme ? propos racistes ?) et des amendes seront fixées pour leur diffusion. Et puis la main invisible va vous caresser dans le sens du poil : des agences de gestion de votre image numérique vous proposeront leurs services. Vous signez, elles filtrent le net en permanence pour trouver les vidéos compromettantes de vous, elles engagent les procédures, récoltent les amendes et vous en reversent (ou non) une partie…

La protection de votre vie privée : le nouveau service de Google ! Ça va s’appeler GoogleParadox©.

Nerd glasses cutout isolated on white background

Publié dans Eco, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

12
 

ghd mini straighteners |
Pgdgsecondeespagnol |
Weixiu |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Sria037
| Ma renaissance
| Download2