Le centenaire encore vert

Posté par grosmytho le 11 novembre 2018

Je ne peux pas me retenir d’un petit coup de chapeau aux organisateurs des célébrations du centenaire de la fin de la Grande Guerre. Oui, je sais, Gros Mytho est plus connu pour sa plume acerbe, voire vitriolée, que pour les félicitations qu’il décerne avec une parcimonie confinant à l’avarice.

Macron inaugure les chrysanthèmesL’organisation était impec’. Macron a dignement inauguré les chrysanthèmes ; Merkel, avec sa mine de circonstance, célébré la défaite de son pays, en attendant celle de son parti. Netanyahou était là, se demandant un peu pourquoi sans doute ; Poutine, Erdogan, habituellement boudés, étaient cette fois invités. Le protocole a été respecté.

J’imagine que cela n’avait rien de facile ; il a fallu accommoder 72 des plus gros egos de la planète, d’où défi protocolaire en cascade ! Et puis, accorder les violons de leurs services de sécurité respectifs (enfin surtout celui des Américains qui comme d’hab’ ont effectué une sorte de reconstitution du D-Day avec tanks blindés, hélicos et tout le tintouin !) avec le dispositif national qui lui aussi se devait d’être à la hauteur… Enfin, proposer à tous un programme millimétré à la seconde près pour permettre trognes de circonstance (on commémore tout de même quelques millions de morts occidentales, en plus des autres), rencontres informelles entre personnes qui officiellement ne se causent pas, et ateliers susceptibles de justifier à la maison le déplacement de toute cette armada de luxe…

Bravo donc les organisateurs ; les quelques inévitables mini-couacs ont hollande sorcier de la pluieété habilement évités ou minimisés, comme lorsque le micro présidentiel refusa tout net de transmettre ubi et orbi les plates évidences idéalement calibrées qu’il avait prévu de nous asséner, un petit ramasseur de balles de Roland Garros était là pour lui proposer un micro de secours. Ou comme la pluie qui innonda la cérémonie malgré l’absence de François Hollande qu’on avait eu soin de tenir à distance respectable, à Tulle, pour essayer de conjurer le sort… Pas assez loin ! Quid du Sahel ? Le Blanc-qui-fait-pleuvoir y serait accueilli en héros, enfin !

le défiléComme l’a dit si justement Karl Marx, l’histoire se répète toujours, la première fois comme tragédie, et la seconde comme farce. Ce n’est pas la faute des organisateurs qu’on a été obligé d’assister, en cette période d’avant-guerre, à quelques détails grotesques. C’est celle du monde dans lequel nous vivons, qui n’est pas le pire, mais certainement pas non plus le meilleur des mondes possibles. Il y a cent ans, pendant que les Poilus pataugeaient dans la boue glacée et disputaient leur rations aux rats « gros comme des chats », Paris se livrait aux voluptés des Années folles, avec spectacles extravagants, strip-tease et champagne. La tradition a été dignement reprise avec la concurrence féroce des premières dames internationales pour la plus haute marche du podium… de la haute couture, qui arborant un tailleur Chanel et qui une guêpière Dior, qui son carré Hermès et qui son ensemble Givenchy ! Bon, heureusement leurs maris ne furent pas en reste lors du déjeuner et du dîner… si la presse a beaucoup glosé sur les « pommes de terre de la Somme » censées rappeler (sous une forme désamorcée, inoffensive) le rata des Poilus, elle a le plus souvent passé sous silence les grands crus qui l’accompagnaient et le champagne du dessert…

la foule des chefs d'etatCe n’est pas la faute des organisateurs, c’est juste le monde qui est comme ça… Les bus étaient là, prêts à accueillir les invités de marque pour les conduire à l’Elysée. Sauf évidemment Donald Trump, qui ne prend pas les transports en commun comme le vulgus pecum, lui ! Qui opte bien sûr, pour franchir le kilomètre et des poussières qui le sépare du déjeuner, pour son convoi blindé digne du Paris-Dakar. Ni évidemment Vladimir Poutine, incapable de se contenter du bus si le président américain ne se plie pas à l’exercice !

L’histoire ne dit pas quel sort le 45e président des USA a réservé à la porcelaine de Sèvres après les banderilles macroniennes de l’Arc de Triomphe : « le nationalisme est le contraire du patriotisme » avait-il asséné sans avoir l’air d’y toucher, un peu après la tirade sur « ceux qui optent pour le protectionnisme et le repli sur soi » ; espérons qu’elle était bien assurée, vu le caractère ‘taureau dans un magasin de porcelaine’ de Donald. Espérons surtout que l’ami américain portait bien son oreillette pendant le discours et qu’il a pu réceptionner une petite part au moins de l’émouvante évocation par M. Macron des « pères, des mères, des veuves, des sœurs, des fiancées » des millions de victimes du conflit. C’est à ce moment que l’on n’a pas pu s’empêcher de ressentir cette vérité trop évidente pour être généralement formulée : de tous les personnages présents, c’est bien lui le représentant de la nation va-t-en guerre, celle pour qui la guerre est avant tout une opportunité commerciale et un marché de reconstruction, celle où l’on n’imagine pas les affres du pays dévasté, occupé, asservi, amputé. Celle pour qui le summum de l’horreur et de l’injustice reste l’effondrement de deux immeubles. Celle où l’on croit par conséquent volontiers que la solution la plus efficace à tout différend international se trouve embarquée dans les flancs d’un drone ReaperTRump au cimetière

C’est peu probable. Si bien qu’on peut à peine lui reprocher d’avoir préféré s’échapper et couper court au Forum sur la paix, où on allait à nouveau le bombarder de remarques désobligeantes et de piques plus ou moins subtiles… lui préférant le silence approbateur des tombes du cimetière militaire US.

S’il est resté stoïque jusqu’au bout des cérémonies, le « chef du monde libre » a éloquemment montré par son langage corporel à quel point il se faisait tartir, assis au milieu de ces Européens si compliqués, à écouter leurs discours polyglottes et à assister aux danses des collégiens et aux concerts de musique classique. Les téléspectateurs, eux, ont eu droit à quelques petites digressions, principaFemenlement basées sur de magnifiques photos d’époque… et puis aussi sur l’inqualifiable agression de trois Femen à son encontre. Chose incroyable pour moi qui suis habitué aux news russes ou chinoises : non seulement l’incident non prévu au protocole n’a pas été gommé du journal de treize heures qui lui a consacré plusieurs minutes, mais en plus les seins nus n’étaient pas floutés. Habileté diabolique ? C’est en réalité le meilleur moyen pour empêcher qu’on lise les revendications pacifistes que ces terribles femelles s’étaient barbouillées sur le torse !   

Trump l'enfumeurLe festival des métaphores involontaires et des incidents lourds de sous-entendus ne s’est pas achevé avant la dernière minute des célébrations : alors que Trump faisait ses adieux à l’hôte des lieux, et que la limousine présidentielle blindée enfumait la cour de l’Elysée, multipliant à l’infini les allusions et les sous-entendus tragi-comiques. Comme pour faire un sympathique petit « fuck you » d’adieu à la capitale de la COP21 ! Comme pour suggérer que les désormais premiers producteurs mondiaux de pétrole grâce au gaz de schiste peuvent bien se permettre d’afficher leur gaspillage comme des sheiks d’Arabie Saoudite ! Ou comme pour abaisser un gentil écran de fumée sur les intentions et les impulsions du flamboyant président américain… 

Publié dans Non classé, Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

Ils décodent complètement !

Posté par grosmytho le 5 novembre 2018

Enfin ! En ces temps troublés où la multiplication des populismes n’en finit pas de rappeler les heures les plus sombres de gnagnagna, on l’attendait cet article des Décodeurs ! Tous s’y sont essayés, personne n’a su le faire ! Comment les définir ? Qui sont-ils ces « populistes » contre lesquels on nous met en garde ? Comment les reconnaître, ces loups dissimulés sous leur pelisse d’agneau ? Comment les débusquer, ces affreux qui se réclament de la volonté populaire ? Les Décodeurs, vous voyez bien qu’ils servent à quelque chose, apportent finalement les réponses tant attendues…

populisme définitionDes noms ! Ils ont bien raison de commencer par une liste (non exhaustive, bien sûr, hélas !) des affreux jojos auxquels vous ne devez en aucun cas ni sous aucun prétexte accorder votre précieux suffrage. Selon les pays, il s’agit de Donald Trump, de Jean Luc Mélenchon ou encore « Rodrigo Duterte, l’Autrichien Sebastian Kurz et son allié du FPÖ Heinz-Christian Strache, le duo italien Matteo Salvini-Luigi Di Maio et le Brésilien Jair Bolsonaro »… Enfin bon, du moment qu’ils apparaissent de partout comme des champignons après la pluie, il faudrait pour nous rassurer une recette claire, simple et facile pour les  détecter, les identifier, les démasquer !

Etape obligée quand on veut bien décoder : s’entendre sur les définitions. C’est le Larousse, dictionnaire préféré des décodeurs, qui s’y colle. Le populisme, y apprend-on, « est l’attitude politique consistant à se réclamer du peuple ».populist Erdogan

Heu… là, on peut connaître un instant de doute… Se réclamer du peuple, n’est-ce pas ce que font aussi tous les excellents démocrates estampillés premier choix, bio et sans hormones ? Il doit y avoir des critères plus précis, tout de même, non ? Ne jetons pas tout le monde dans le même sac ! Attention à la tentation du « tous pourris » qui est, me dit-on, le véritable cri de rappel des populistes ! Pas d’amalgame ! Pas de coupable confusion ! Séparons le bon grain de l’ivraie !

Des critères, nous rassure-t-on, il y en a ! Il y en a même tellement qu’une infographie est nécessaire pour y voir clair. Sans ménager leur peine, les Décodeurs ont identifié ces critères et passé les déclarations populistes au crible. Les voilà, les positions populistes bien alignées dans des tableaux, le champ sémantique se précise, on cerne au plus près la population contaminée : cette fois, plus d’échappatoire possible !

Sont populistes, donc, ceux qui se réclament de l’écologie… ou non ! Ceux qui veulent moins d’immigration… et ceux qui en demandent plus ! Ceux qui parlent protection sociale et souhaitent plus d’aides aux démunis. Mais aussi ceux qui veulent réduire ces aides ! Citons directement l’article, ça sera plus simple : « économie : de libéral comme Bolsonaro à interventionniste comme Orban… rôle de la religion dans la définition de la politique : important chez Erdogan, ou faible chez Duterte. » Embêtant… Le protectionnisme est classé populiste, mais le libre-échangisme ne l’est pas moins.

Duterte populisteNous voilà bien avancés ! Finalement, ce que nous disent les Décodeurs, c’est que le populisme est partout ! Il se cache potentiellement dans tous les discours. De gauche, de droite, violent ou modéré, classique ou novateur, tel un caméléon au milieu du carnaval de Rio, le populisme use de son mimétisme diabolique et de sa plasticité légendaire pour s’insérer dans les programmes politiques à première vue les plus irréprochables. Comme un véritable Aspartame politique, il vient saupoudrer tous les discours les mieux préparés. Et c’est cette ubiquité qui le rend si dangereux !

Comment faire dès lors, s’arrache-t-on les cheveux de désespoir ?

Rassurez-vous : les Décodeurs, fidèles à leur réputation d’incorruptibles pourfendeurs de mythes, sont parvenus à isoler trois signes de la bête féconde. Cette terrible engeance passe-muraille présente tout de même quelques marques de fabrique absolument infaillibles :

  • la fabrication de boucs émissaires… bon, là, désolé, mais ce qui me vient à l’esprit, c’était le « plombier polonais » du PS en 2005…
  • des « promesses d’autant plus exorbitantes que les moyens élaborés pour les satisfaire sont indigents » ; là encore, excusez-moi de faire du mauvais esprit, mais je revois la « courbe du chômage qui va s’inverser » en dépit (ou grâce à) l’absence de mesures nouvelles annoncées ;
  • la désignation d’un « ennemi à attaquer ou à détruire… alors là, si c’est pas Daech, le terrorisme international ou la recrudescence de l’antisémitisme qui sont visés, je donne ma langue au chat !  populisme français

On tourne en rond : même les trois critères soi-disant infaillibles ne le sont pas tant que ça…

 

 

 

populiste Trump

Comme on l’avait déjà constaté sur la problématique conspirationniste, l’autorité morale qui décide de distribuer les bons et les mauvais points se trouve vite enfermée dans ses contradictions. Le tri n’est pas si aisé à faire qu’il n’y paraît à première vue. Le choix se réduit à censurer tout le monde ou au contraire renoncer à réglementer.

Le pire (ou le plus drôle, au choix), ce sont les commentaires des lecteurs du Monde : on s’attendrait à un déferlement trollesque devant un article aussi ridiculement mal ficelé… Eh bien non : louanges, petites rectifications de détail, quelques nuances polies, et plein de soupirs de soulagement et de commentaires élogieux. Pas un seul troll populiste pour se gausser de cette tentative de décodage si louable qui échoue si misérablement.

Le doute n’est plus permis : si on n’arrive pas à distinguer le bon grain de l’ivraie, si toutes les tentatives de définition du populisme, y compris celles, éminemment autorisées, des Décodeurs, peuvent potentiellement s’appliquer à des politiques tout ce qu’il y a de plus absolument honnêtes et irréprochablement républicaines, cela n’est-il pas la preuve que ces deux noms désignent une seule et même chose ? Qu’ils sont le substantif officiel et le substantif insultant d’un seul et même concept ? CQFD. De même qu’il y a Allemand et Fritz, juif et youpin, banquier et requin de la finance, il y a démocratie et populisme. Politicien et politicard, démocrate et populiste. Deux faces d’une même médaille !

A Larousse donc d’actualiser sa définition ! Suggestion : Populisme – n. masc., substantif péjoratif. Volonté de séduire l’électorat par des affirmations, des formules et des promesses simplistes. Synonyme : démocratie. Antonymes : élitisme, académisme.

Publié dans Politique, Propagande, Socio | Pas de Commentaire »

Si c’était à refaire…

Posté par grosmytho le 4 novembre 2018

Qui nous débarrassera de ces deux inséparables ? Désormais c’est l’une contre l’autre. Tout contre, pour paraphraser Sacha Guitry. Ségolène publie un livre où elle décrit le quinquennat Hollande tel qu’elle l’a cauchemardé. Réponse méritée à François qui tantôt décrivait son quinquennat rêvé… Leçons du pouvoir : à un espace, un s et une cédille près, on serait d’accord avec lui. Malheureusement la cédille est là, le s aussi, et l’espace manque.   

Le con du pouvoirSon livre propose deux choses : la première lisible dans les lignes, l’autre lisible entre les lignes. Le texte officiel, c’est un autosatisfecit. Les réformes courageuses, il les a menées à bout, les réformes importantes aussi, et les impopulaires, il ne s’y est pas dérobé. La leçon du pouvoir est simple : le meilleur président est celui qui laisse le pays en meilleur état qu’il ne l’a trouvé. Et, doit-on comprendre, qui laisse à son successeur paresseux et pusillanime la joie de tirer les marrons du feu : chômage enfin en [très légère] baisse, déficit en-dessous des 3%, des régions compétitives, etc (pas la Coupe du monde, qui n’était pas encore gagnée au moment de mettre sous presse !). Pour les durs de la comprennette, il enfonce le clou : « Je ne me plains pas que ces fruits péniblement acquis, ce soit Emmanuel Macron qui les récolte » (enfin un peu quand même).

Il s’explique sur l’apparente contradiction entre le fameux ‘Discours du Bourget’ et son programme : « j’ai déjà mon idée. Je l’ai formulée dès le discours du Bourget. Le désordre européen est trop périlleux pour que la France ne prenne pas les mesures nécessaires, fussent-elles difficiles. Nous mangerons d’abord notre pain noir. Une fois le redressement accompli, nous procéderons aux redistributions attendues. » Et puis, évidemment, le redressement prend un tout petit peu plus longtemps que prévu, et les mesures de gauche passent à la trappe… Comprenez : ça n’enlève rien à mon mérite.Résultat de recherche d'images pour "consigne de vote hollande au premier tour mai 2017"

En filigrane, subtile, flotte l’idée qu’il a eu bien tort de ne pas se représenter, et que finalement, 2023, ce n’est pas si loin que ça, il n’y aura pas besoin de le supplier longtemps pour qu’il décide de s’y recoller (il paraît qu’il était prévu d’intituler ce pavé Si c’était à refaire…).

François Hollande l’incompris… Il revient avec amertume sur « l’acharnement moutonnier » des journalistes contre lui. « Le succès éditorial supposait de me représenter avec une montre à l’envers, le cheveu décoiffé, le regard perdu ou la cravate de travers. » En effet. Difficile de ne pas constater, par contraste, le culte de la personnalité que la presse réserve à Jupiter… « Dans le livre-déballage du linge sale Un président ne devrait pas dire ça (il paraît que le titre original était Hollande devrait fermer sa gueule) on découvrait avec stupéfaction le Tartuffe de l’Elysée, son incompétence éternellement satisfaite, ses étonnements naïfs sur la méchanceté du monde, ses hargnes aussi soudaines que sans objet…

Amer, il ressasse les mensonges officiels qu’il a clairement assimilés au point d’y croire sur le terrorisme et la politique étrangère de la France. Amertume contre le « revirement d’Obama » qui devait autoriser le bombardement de la Syrie fin août 2013… bizarre : si c’est l’Amérique qui autorise et interdit, si notre diplomatie et notre politique étrangère ne nous appartiennent pas, si nous ne faisons qu’exécuter les ordres d’Obama, pourquoi s’occuper de juger de ce qui est bien et mal ? Si l’on n’est pas responsable, à quoi bon se tourmenter sur les conséquences de nos actes ? Ainsi qu’il ressortait déjà du livre de Davet et Lhomme, François fait sienne la délirante « théorie de la radicalisation » que personne de sérieux ne pouvait prendre au sérieux. « Le processus de radicalisation n’est pas continu. Il peut être très rapide (…) mais il est souvent progressif (…) favorisé par l’adhésion au salafisme, par la fréquentation de leaders engagés depuis longtemps dans le prosélytisme islamiste dans les quartiers, dans les mosquées ou en prison. » Tout de même, il avoue en sourdine que « notre intervention au Mali » et « notre engagement en Syrie » pouvaient avoir un rapport de cause à effet, éloigné, ténu, bien sûr, avec les violences qui parfois s’exercent ici ou là contre nos ressortissants… Un rapport qui bien sûr ne pourra pas entraîner le moindre ralentissement de nos actes de guerre humanitaire !

il a un don

Réécriture du quinquennat ? Les dix-huit chapitres intitulés chacun d’un verbe retracent pourtant (inconsciemment ?) la descente aux enfers que fut la présidence Hollande : après la tonalité majoritairement active, positive des premiers (présider, décider, voyager, vivre, choisir), la seconde moitié comprend surtout des verbes négatifs (regretter, punir, rompre, renoncer…) Le livre se termine sur un bien mièvre ‘espérer’… Qu’espère François Hollande pour la France ? Pour sa postérité personnelle ? Pas grand-chose, si l’on en juge par la volée de bois vert qu’il assène à son successeur en guise de plan média pour la sortie de son opus…

Le livre reprend et développe l’incroyable « Macron m’a trahi ». On reste submergé, épaté, bluffé par la mauvaise foi hollandaise : non seulement l’ennemi de la finance a nommé le financier au gouvernement ; une fois déclaré son renoncement à se présenter, une fois décrété le refus de Macron à se plier à la discipline de la primaire, il accable Hamon de camouflets méprisants et tire à boulets rouges sur la gauche et Mélenchon. Dignité présidentielle, me direz-vous ? Dès le soir du premier tour il monte au créneau pour soutenir, sans ménager ses grimaces ni ses déhanchements, le « traître » MacronRésultat de recherche d'images pour "consigne de vote hollande au premier tour mai 2017"

François Hollande, c’est le digne élève de Mitterrand : la trahison comme art et comme mode de vie. Après avoir trahi ses engagements puis nommé de nouveaux traîtres de classe à sa succession, il trahit ses successeurs en dénonçant leur action qui s’inscrit pourtant dans la continuité de la sienne. Après avoir servi Mitterrand, l’ancien ministre vichyste qui livra le pays à la finance, il aura fait la courte échelle à Macron, le banquier thatchéro-reaganien dissimulé sous la même pelisse socialiste que lui. Macron est un Hollande qui ose. Trahi, François Hollande ? Seulement par lui-même.  

Ennuyeuse, prévisible, cette autobiographie constitue un document historique précieux. Elle documente l’ampleur du malentendu entre un président qui observe dans le rétroviseur le pays des « sans-dents » et la France réelle livrée au hollandisme décomplexé.

Publié dans Fiches de lecture, Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

Qui a dit « ça va mieux! » ?

Posté par grosmytho le 29 janvier 2018

Vous avez remarqué ? La France va mieux !

Hollande MatchCe n’est pas qu’on a moins de chômeurs, ni qu’on pollue moins… On n’est pas débarrassés du roundup et rien ne laisse supposer que nos politiciens sont soudainement devenus vertueux. Les Balkany courent toujours, Cahuzac aussi, Dassault, Woert, Fillon et consorts se sentent tirés d’affaire… Les supermarchés continuent la traite des paysans, et ces derniers continuent de nous empoisonner au régime de Bruxelles… Les terroristes sont toujours aussi motivés, grâce aux multiples frappes de drones que nos militaires distribuent dans nombre de pays lointains.

Objectivement, rien n’a changé depuis le quinquennat Hollande, ou alors pour s’agraver. Et pourtant, le déclinisme qui s’étalait dans tous les journaux a fait place à un curieux et rafraîchissant optimisme. Si avant, il n’était question que d’entreprises qui fermaient, aujourd’hui il y a partout des start-ups, des entrepreneurs dynamiques, des fermes modèles. A la télé, on nous montre des jeunes habités par un idéal, des vieux heureux de profiter de leur retraite… A l’époque Hollande, chaque jour, la première page de nos feuilles de chou arborait la dernière photobomb de Flamby, tantôt grimaçant un sourire niais, tantôt lisant son discours sous la pluie avec son air de chien puni. A l’ère Macron, on découvre les portraits flatteurs de « Jupiter ».

Un véritable culte de la personnalité

Hollande expressQue s’est-il passé ? Simple : Hollande était pote avec les journalistes, et ceux-ci ne se privaient pas de lui faire des niches. Macron, lui, est pote avec leurs actionnaires. Et ça change tout. Désormais c’est la Pravda contrôlée par le KGB.

Hollande faisait ses blagues et ses bons mots avec des journalistes qu’il avait à la bonne, il leur glissait des confidences en « off ». Ou pas. Leurs collègues moins favorisés, jaloux, se vengeaient. Et puis les plus favorisées, en fin de mandat, trahissaient. Que de gloses (méritées) sur l’inversion de la courbe ! Que de fiel déversé sur les amours présidentielles ! La sinistrose s’est installée presque dès le premier jour et jusqu’à la fin du mandat ça n’a été qu’actes manqués et catastrophes !

Hollande le point

Jupiter le point

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis mai 2017, changement de ton. Non seulement le président est « jupitérien », non seulement il est porté aux nues, mais « en même temps » c’est le pays qui se découvre soudain des atouts, des forces, des perspectives… La différence, c’est qu’au lieu de fricoter avec les journaleux, Macron s’entend avec leurs actionnaires. Et ça, franchement, pour avoir des bons articles, ça vaut mieux.

Cette hypothèse est facile à vérifier en se remémorant le quinquennat Sarkozy : lui aussi était pote avec les patrons de presse (ou alors il les menaçait, ce qui revient au même) et le début de quinquennat a été très similaire à celui de Macron : on lui gommait les bourrelets, on le présentait en « omniprésident » capable de prendre tous les problèmes à bras-le-corps… Ensuite, peu à peu, tout s’est dégradé. Monsieur Sarko avait pris la grosse tête, il s’était disputé avec la plupart de ses amis milliardaires, et ainsi commença sa descente aux enfers.

Macron Obs

 

Affaire à suivre : Jupiter partagera-t-il le sort de ses malheureux prédécesseurs ? Comme dirait son coach de la banque Rotschild : « Tout dépend de toi, Manu, tout dépend de toi… » 

« Tu nous boostes la loi travail, tu nous en remets une couche sur les retraites, tu sucres les APL et tu vires l’ISF… Tu privatises la Poste et la Sneufeu… fais-toi plaisir ! »

   C’est toi le patron, après tout non?

 

 

Publié dans Eco, Emploi, Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

L’éternelle question russe

Posté par grosmytho le 18 janvier 2018

La Russie s’apprête à élire pour la quatrième fois Vladimir Poutine. Homme providentiel pour une majorité de Russes, il est un dictateur pire que Pinochet pour l’Occident et une petite frange d’opposants russes. Le point de la situation et des forces en présence en quelques tableaux concoctés par notre correspondant sur place Youri Popoff.

MOSCOU – L’élection présidentielle qui se tiendra en Russie le 11 mars 2018 pose une fois de plus la question, jamais résolue en Russie, du renouvellement du pouvoir central. Si l’alternance a souvent été relativement paisible, comme lorsque Boris Eltsine démissionna à minuit le 1er janvier 2000, elle n’a jamais été simple ni exempte de risques. Déjà à l’époque féodale, peu de tsars mouraient dans leur lit. L’Union soviétique a eu ces secrétaires généraux qui restaient en fonction jusqu’à leur dernier souffle, puis des foires d’empoigne entre successeurs potentiels aussi difficile à dissimuler qu’à éviter. La Russie eltsinienne a tenté de briser cette fatalité en adoptant le modèle français de république présidentielle basée sur l’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif.

A deux mois seulement du jour J, la campagne électorale se poursuit dans une relative indifférence. Les Russes savent à quoi s’en tenir : avant même l’annonce définitive de la liste des candidats autorisés à se présenter, on connaît déjà le résultat qui, d’une façon ou d’une autre, sortira des urnes le 11 mars prochain. « La démocratie, c’est quand le processus est déterminé à l’avance mais le résultat incertain. En Russie, le résultat est prédéterminé, c’est le processus pour y parvenir qui varie » dit-on ici.

mikhail gorbatchevCette année, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, on voit un « pluralisme neuf » s’opposer au « pluralisme ancien ». Depuis les années 1990, la politique russe est dominée par une poignée de patriarches qui s’opposent, certains disent pour la galerie, au clan Eltsine-Poutine. Il s’agit principalement de Vladimir Jirinovski (nationaliste), de Guennadi Ziouganov (communiste) et de Grigory Yavlinski (néolibéral). Depuis quelques années, et plus encore ces derniers mois, on voit une « jeune garde » entrer en scène pour défier ces reliques du passé, aux premiers rangs desquels Alexei Navalny et Ksenia Sobtchak. Si l’ancienne garde s’oppose dans un schéma proche de notre opposition droite-gauche, considérant comme entendus les principes de fonctionnement autoritaire de l’Etat russe, ces nouveaux venus veulent remettre en cause ce système lui-même. Alexei Navalny enfourche le cheval de bataille de la lutte contre la corruption et annonce son intention d’établir un Etat de droit, tandis que Ksenia Sobtchak milite pour une Russie moderne, démocratique, respectueuse des valeurs et des codes en vigueur en Europe.  guennadi ziouganov

La Constitution russe, calquée sur le modèle français de la Ve république, en reprend les principales dispositions : Parlement bicaméral, régime présidentiel, élection au suffrage universel des représentants régionaux (législatives) et du chef de l’exécutif (présidentielles). En Russie comme en France, le scrutin présidentiel se joue en deux tours, les deux candidats ayant obtenu les meilleurs scores au premier tour s’affrontant au second. Comme en France, le système des partis fait que différentes familles politiques se partagent les sièges au Parlement et proposent des candidats à la présidentielle. Ce qui distingue la Russie des démocraties « véritables », c’est que la séparation des pouvoirs reste très relative. La dépendance des branches judiciaire et législative vis-à-vis de l’exécutif donne au président russe des pouvoirs plus étendus encore que ceux, déjà excessifs, du président français. Cette concentration des pouvoirs rend très risquée l’élection au suffrage universel, un problème déjà identifié à l’époque par Tocqueville :

alexis de tocqueville« Il est clair que plus le pouvoir exécutif a de prérogatives, plus l’appât est grand; plus l’ambition des prétendants est excitée, plus aussi elle trouve d’appui dans une foule d’ambitions secondaires qui espèrent se partager la puissance après que leur candidat aura triomphé.

Les dangers du système d’élection croissent donc en proportion directe de l’influence exercée par le pouvoir exécutif sur les affaires de l’État.»[1]

Le choix fait par la Russie d’élire son président au suffrage universel illustre son côté « europhile » ; le fait de lui donner des pouvoirs de despote procède de son caractère « slavophile ». La Russie est éternellement tiraillée entre son admiration pour l’Europe et son besoin de suivre sa propre pente. D’où ce système politique hybride, ni entièrement démocratique, ni absolument monarchique, où l’on demande son avis au peuple tout en se méfiant de ses foucades. Le renouvellement ne peut s’y faire que par cooptation : Eltsine a nommé en Poutine son successeur, et Poutine, le jour venu, fera de même (il l’a fait en 2008 en nommant Dmitry Medvedev). Ce que l’on observe à l’approche d’une élection, ce n’est pas une campagne électorale à proprement parler, mais plutôt une sorte de prise de position, pour ou contre, de toutes les forces politiques. L’élection propose au peuple de valider et non de choisir. emmanuel todd

Ces périodes d’agitation politique sont perçues, en Russie et ailleurs, comme des périodes de vulnérabilité aux influences étrangères. En Russie, « vieille puissance européenne, la seule force indépendante du système globalisé qui a réussi à se maintenir »[2], le regain de tension avec l’Occident fait craindre le scénario d’une agitation démocratique pilotée de l’étranger sur le modèle des « révolutions de couleur » déjà observé en Géorgie en 2003, puis en Ukraine en 2004 (« révolution orange »), en 2005 avec le coup d’Etat « des tulipes » au Kirghizstan, puis à nouveau l’Ukraine en 2013-14 sur la place Maïdan. Voir la Russie sombrer dans un tel « chaos démocratique », c’est la hantise de Vladimir Poutine et de la « vieille garde » politique. C’est un tel soulèvement démocratique qu’espère ouvertement la « jeune garde ».

Une majorité de l’opinion préfère s’en remettre à un leader paternaliste, voire autoritaire, plutôt que de se risquer à nouveau dans un libéralisme politique qui renouerait avec la tragique expérience démocratique des années 90 accompagnée de la « thérapie de choc » économique. Il est difficile, pour un Occidental qui lisait quotidiennement des louanges sur Gorbatchev le démocrate, puis sur Eltsine le pragmatique, d’imaginer le niveau de ressentiment des Russes envers ces deux dirigeants auxquels ils doivent une des pages les plus sombres de leur histoire. Corruption, népotisme, hyperinflation, chômage, déclassement : l’effondrement économique, politique, social qui accompagna la démocratisation a laissé dans l’opinion une trace comparable à une guerre dont on commence seulement à se relever. Perçu depuis 1999 comme le « serreur de boulons », Vladimir Poutine, 65 ans, a donc beau jeu de se présenter comme la seule alternative au désordre.

clin d'oeilL’ancien chef du FSB (successeur du KGB), nommé Premier ministre en 1999, a fait de la « verticale du pouvoir » son credo. Depuis le premier jour de son règne, son obsession a été d’éliminer tout pouvoir qui ne découle pas en ligne directe de celui du président. Aucune autorité indépendante n’existe plus en Russie : ni la justice, qui est inféodée à l’exécutif dès que les affaires traitées prennent une nature politique, ni la branche législative, qui est sans cesse tenue par une très visible « laisse patriotique », ni même les partis politiques, qui doivent donner, pour être autorisés à fonctionner, toutes sortes de garanties exorbitantes, ni évidemment la télévision, considérée comme le 4e pouvoir. Les autorités se sont convaincues au fil des ans que ni la presse écrite, ni la radio, ni internet ne possèdent ce pouvoir d’influence sur l’opinion publique, c’est pourquoi ces trois types de médias y jouissent d’une liberté de ton similaire à celle qu’ils ont en Occident. Il serait intéressant de procéder à une analyse plus fine de l’attitude des autorités confrontées à l’apparition de blogueurs de plus en plus influents, de leaders d’opinion sur Twitter ou Facebook, et de « chaînes Youtube » suivies par des millions d’internautes. Certains politiciens s’en inquiètent et appellent à un contrôle plus strict des nouveaux médias. Tout cela fait du président, libre de conduire sa politique et maître de l’interprétation qui en est donnée au public, un être exceptionnel auquel personne ne peut réellement se comparer.

C’est bien ainsi que le député indépendant Vladimir Ryzhkov analyse la stratégie électorale probable du chef de l’Etat qui sera candidat pour la quatrième fois à sa propre succession. « Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir sous la casquette de chef militaire inflexible, seul capable de mater l’insurrection tchétchène. En 2004, il incarnait l’ordre républicain et le retour d’une forme de fierté nationale. Passant la main à Dmitri Medvedev, c’est pourtant lui et non le président, qui a géré la crise en Géorgie en 2008. En 2012, il a repris les rênes avec pour objectif de restaurer l’influence internationale de la Russie. Cette année, c’est évident, il va se poser en ‘bon père de famille’ et transformer l’élection en plébiscite. » Dès lors, il est peu probable que des trublions, jeunes ou vieux, parviennent à perturber ce message de conservation des acquis qui sera le thème principal de la consultation : les premiers sondages du Centre Levada le créditent de 53% des intentions de vote, contre 3 à 4% pour ses concurrents les plus sérieux. Ce sera « lui ou le chaos. »  le résistant

« Le chaos, c’est lui » affirme en substance son principal opposant, Alexei Navalny, 41 ans. Ancien bureaucrate devenu entrepreneur, puis juriste blogueur, il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, et son message porté par une carrure athlétique et une voix posée résonne dans une grande partie de l’opinion. Pour mémoire, il avait pu participer aux élections municipales à Moscou en 2013 et obtenu un score plus qu’honorable de 27% des voix. Il est aujourd’hui avec Vladimir Jirinovski l’un des rares politiciens en situation d’organiser des meetings à grande échelle dans toutes les principales villes du pays. Il ne s’en prive pas, malgré les menaces de mort qui lui sont régulièrement adressées. Que ce soit devant les foules de ses admirateurs ou sur son émission hebdomadaire diffusée à 20h18 sur Youtube, il ne mâche pas ses mots. Il martèle son message lors de chacune de ses interventions : « Poutine est le principal pourri », « ce qu’il faut combattre c’est le système Poutine », réfutant l’image traditionnelle du « bon tsar » impuissant à discipliner ses subordonnés.

Pourra-t-il être candidat ? C’est pratiquement exclu, la Commission électorale centrale l’a déjà annoncé de façon informelle. Condamné au pénal, il est frappé d’inéligibilité. C’est là le « paradoxe Navalny » : le pourfendeur de la corruption est lui-même sous le coup de plusieurs poursuites ayant trait à ses activités politico-économiques dans les régions de Kirov et de Yaroslavl. Bien entendu, dans un pays où l’indépendance de la justice est pour le moins relative, il bénéficie d’une immunité quasi-totale dans l’opinion publique, et les autorités judiciaires sont vues comme a priori au service du Kremlin. Certains affirment pourtant qu’il n’a endossé son pourpoint d’opposant politique que pour échapper aux poursuites dont il fait l’objet sur plusieurs dossiers d’enrichissement personnel dont le plus ancien remonte à 2009. D’autres pointent sa participation au programme américain de « Yale world fellow » pour suggérer son affiliation au « parti de l’étranger ».

« Opération mains propres » à l’intérieur, « opération réconciliation » à l’extérieur : sa plateforme électorale remet en cause les grandes orientations géopolitiques de l’époque Poutine. Alexei Navalny préconise une révision douloureuse des budgets militaires, un désengagement sur les théâtres extérieurs et une renégociation du statut de la Crimée. Sur le plan économique en revanche, son approche correspond à celle qui a été suivie jusque-là : non-remise en cause des privatisations de 1991-1996, poursuite de l’intégration à l’économie globalisée par le truchement de l’OMC et des accords multilatéraux.

A l’opposé du spectre politique se trouve Guennadi Ziouganov, 73 ans, doyen et indéboulonnable secrétaire du parti communiste, vétéran électoral. Depuis vingt-cinq ans il préside à l’« européisation » de l’ancien parti unique qui a vu son potentiel électoral chuter de plus de 30% à environ 17% des voix aux dernières consultations électorales. Suffisamment autoritaire pour résister à ses opposants en interne, il se réserve depuis 2000 la place de candidat à chaque élection présidentielle. Fort de son image de représentant des travailleurs, de ses mains rugueuses et de sa voix caverneuse, exercé à débiter sur un registre funèbre mais convaincant les doléances du prolétariat, il est tragiquement dépourvu de charisme et incarne bien, par son débit laborieux et la lenteur de ses réparties, le passéisme dont l’accusent ses contradicteurs. Les premiers sondages d’opinion ne lui promettent pour l’instant que 3 à 4% des voix.

On peut en dire presque autant du chef du parti néo-conservateur Yabloko (la pomme), Grigori Yavlinski. Lui aussi vétéran de la politique et chef de parti inamovible depuis le début des années 1990, lui aussi martelant inlassablement les mêmes formules, il n’a cependant pas été candidat en 2008 et en 2012 faute de produire un nombre suffisant de signatures validées par la Commission électorale centrale. « Jeune réformateur » à l’époque Eltsine, il avait frappé les esprits par son « programme des 500 jours », une thérapie de choc inspirée de l’école américaine des Chicago Boys, similaire à celle qui fut mise en œuvre par son rival néo-conservateur Egor Gaïdar et qui avait provoqué faillites, licenciements de masse et hyperinflation. Comme tous les grands idéologues, il voit dans l’échec de sa méthode la preuve de sa justesse. Il propose donc logiquement de la répéter avec plus de rigueur et en augmentant les doses. Il est pour l’instant crédité d’un score inférieur à 1% des voix.

le clown fatigué devenu sageVladimir Jirinovski, 71 ans, troisième mousquetaire de la politique russe, bat tous les records de persévérance puisqu’il s’apprête à participer à sa 6e élection présidentielle. Après avoir obtenu un peu moins de 10% des voix en 2008 et en 2012, il est aujourd’hui crédité d’environ 4% des intentions de vote. Figure qualifiée d’ultra-nationaliste par la presse étrangère, considéré comme un épouvantail à l’époque Eltsine, il s’efface désormais derrière Vladimir Poutine qui a endossé dans les médias occidentaux le rôle du méchant. S’il est peut-être l’un des meilleurs analystes de la situation politique, il est sans conteste le plus redoutable orateur. Habile à mettre les rieurs de son côté par une tirade imprévisible lorsqu’il est désarçonné, il n’a que rarement recours à cet artifice tant c’est lui qui généralement domine les débats de sa voix curieusement criarde, parfois éraillée, grâce à des formules qui font mouche : « Des mécontents, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Citez-moi un pays, une époque où le peuple dit: ‘c’est bon, tout va bien, nous sommes contents, nous avons ce que nous voulons’ ». Il résume assez bien l’opinion générale lorsqu’il dit: « La démocratie n’est pas faite pour nous. La démocratie c’est la rue, la rue c’est l’émeute, l’émeute, c’est le sang et la tragédie. Assez de révolutions ! Assez de tragédies ! Il nous faut un tsar, un patriarche, un chef dont l’autorité morale apaise la politique. »

Mais la vedette de ces élections nouvelle formule est sans conteste Ksenia Sobtchak. A 36 ans, la candidate à la candidature est la cadette et la nouvelle venue, et c’est elle qui fait le buzz. Elle apporte de l’animation à une campagne qui menaçait d’être terne. Si elle peut à première vue passer pour la « Paris Hilton russe », force est de constater qu’elle est bien plus que cela. L’ancienne journaliste politique issue de la téléréalité est la personnalité la plus controversée du spectre politique : en témoignent les premiers sondages du Centre Levada qui la créditent de 1% seulement des intentions de vote, même si « 9% des personnes interrogées n’excluent pas de la soutenir ». Un potentiel intéressant pour la fashionista représentative de la jeunesse dorée du pays qui se pose en héritière morale de son père Anatoly Sobtchak, ancien maire de Saint Pétersbourg, mentor de Vladimir Poutine et père de la Constitution russe. Si son programme reste assez peu détaillé, elle tranche d’ores et déjà avec le reste de l’establishment par ses positions résolument pro-occidentales et pro-démocratiques.  la candidate

C’est ce dernier aspect qui rend ces élections intéressantes: certains analystes les déclarent déjà « historiques ». Même si le débat politique russe a toujours été virulent entre les partisans de plus de libéralisme ou d’un retour au collectivisme, ceux d’une détente avec l’Occident et ceux qui prônaient une politique étrangère plus sourcilleuse, la question n’a jamais été soulevée d’un renoncement au statut de grande puissance au profit d’une intégration à l’Occident. Rendre la Crimée et se ranger aux exigences de la communauté internationale, notamment en matière de standards démocratiques et de droits humains, c’est en gros ce qui filtre pour l’instant du programme de Mme Sobtchak. Riche et célèbre, la « révolutionnaire en vison » est cependant très impopulaire jusque dans les rangs réformateurs où on lui reproche son mode de vie de jet-setteuse et ses déclarations volontiers méprisantes envers les « pouilleux » qu’elle n’aime pas retrouver sur son chemin lors de ses escapades dédiées au shopping, à Londres ou à Monaco. Sa prise de position au sujet de la Crimée a touché un nerf sensible dans l’opinion qui voit majoritairement dans « le retour de la Crimée dans le giron de la Patrie » une première réaffirmation, aussi rare que précieuse, de la capacité de la Russie à défendre ses intérêts vitaux.

sergei udaltsovSergei Udaltsov, un opposant à Poutine proche du PC, la décrit comme un « cheval de Troie du Kremlin ». Il n’est pas le seul à voir dans sa candidature ce que l’on appelle en Russie une « technologie sale », c’est à dire un artifice mis en place par le pouvoir pour manipuler l’opinion. Si c’est le cas, on pourra dire que le Kremlin aura fait d’une pierre deux coups : discréditer l’ensemble du mouvement anti-Poutine par la présence, aux côtés des opposants sincères et idéalistes, pro-démocratie, d’une candidate au profil et aux prises de position clivantes. Deuxièmement, elle pourrait contribuer à attirer vers les urnes les classes moyennes-supérieures, fortement dépolitisées, de l’électorat et ainsi accroître la participation, donc la légitimité du scrutin. D’autres analystes au contraire voient en l’émergence de Ksenia Sobtchak un signe de l’efficacité des sanctions internationales qui frappent surtout cette partie privilégiée de la population. « Les classes moyennes-supérieures sont frappées de plein fouet par les sanctions qui rendent plus difficiles l’obtention de visas et menacent leurs avoirs à l’étranger. Mme Sobtchak, qui propose de renoncer aux attributs de grande puissance de la Russie en échange d’une intégration au camp occidental, leur parle un langage qu’ils comprennent, même si le personnage en lui-même leur est antipathique. » Ivan Vichnievsky, journaliste politique, considère qu’elle « est la seule représentante des valeurs de l’Occident. Elle bénéficie à la fois de soutiens à l’étranger et de sympathies au cœur de l’appareil, et pourrait représenter, si une situation de type Maïdan devait se développer, une figure acceptable par les deux parties ».

Cela dit, l’option d’une réconciliation avec l’Occident est problématique pour une majorité de l’opinion.

Pour une raison historique : peu de gens croient que l’Occident soit prêt à renoncer à sa russophobie traditionnelle, quels que soient les efforts de la Russie pour se transformer. L’époque Eltsine est encore présente dans les esprits, où la main tendue russe n’a rencontré à l’Ouest que méfiance, voire mépris. L’Otan a profité de la dissolution du Pacte de Varsovie pour avancer ses pions en Europe de l’Est, les multinationales ont profité de l’effondrement économique pour racheter tout ce qui pouvait l’être et tenté de prendre le contrôle d’actifs stratégiques dans le pétrole, le gaz, la défense… A chaque fois que la Russie faisait mine de défendre telle ou telle parcelle de souveraineté, tel ou tel intérêt vital, une rhétorique de guerre froide réapparaissait  immédiatement dans les médias occidentaux pour dénoncer le « retour de l’ours russe » et brandir des menaces de sanctions économiques.

Pour une raison pratique : on voit mal ce que l’Occident aurait à offrir à la Russie en échange de son renoncement au statut de grande puissance. L’Otan ne reviendra pas sur ses avancées ni n’intègrera la Russie, l’UE n’offrira pas de coopération ou investissements sérieux à un pays seulement associé, encore moins ne voudra-t-elle s’encombrer d’un nouveau membre de cette importance. Les États-Unis en profiteront probablement pour prendre pied partout où la Russie laissera le champ libre, que ce soit en Syrie, en Ukraine, au Venezuela ou ailleurs. Le seul résultat tangible serait donc la levée des sanctions économiques, lesquelles ne présentent pas que des inconvénients à l’heure actuelle (redéploiement de l’économie, mobilisation nationaliste de l’opinion), ce qui ferait surtout l’affaire de l’Europe (en recouvrant son accès à son plus important marché d’export agricole).

C’est pourquoi il n’est pas absurde, du point de vue russe, de qualifier la candidature de Ksenia Sobtchak comme le « parti de l’étranger », et c’est là l’avis d’une majorité des analystes politiques. Elle-même ne fait rien pour le réfuter, puisqu’elle a choisi comme directeur de campagne Igor Malachenko, proche du clan Clinton et ancien conseiller de Boris Eltsine (artisan de sa réélection quasi-miraculeuse en 1996), en remplacement d’Alexei Sitnikov, lui aussi très lié aux milieux politiques américains.

Cette élection nous interpelle en tant qu’Européens nés et grandis dans l’idéal démocratique. Les Russes restent des Européens à part : même s’ils partagent avec l’Europe un grand nombre de valeurs et traditions, peu nombreux pourtant sont ceux qui voient dans la démocratie une panacée ou un objectif en soi. La raison en est la descente aux enfers qui a suivi la transition démocratique en 1991, et dont les effets se font encore sentir vingt cinq ans plus tard. Les estimations varient, mais l’ensemble de la classe politique s’accorde à considérer cette période comme un « génocide économique » qui aurait coûté au pays entre 20 et 30 millions de citoyens, suite aux effets cumulés de la surmortalité (libéralisation de la médecine, crise sanitaire, crise économique), du krach démographique et de l’émigration massive.  caricature3

Même si le « ras-le-bol-de-Poutine » existe en Russie, il a été balayé par une vague de patriotisme suite à l’annexion de la Crimée (ici, on dit « le retour de la Crimée dans la patrie »). Ce premier point marqué après une longue série de vexations infligées par l’Occident est venu juste à temps pour légitimer la ligne souverainiste qui a toujours été celle de Poutine. Les sanctions, les Russes sont largement d’avis de les supporter, et nombreuses sont les voix qui affirment que, sous ce prétexte ou un autre, l’Occident les aurait de toute façon mises en place. Depuis 2014, l’opposition à Poutine a du plomb dans l’aile, et la relative unité qu’on observait sur la place Bolotnaya en 2011 s’est dissoute. Les anciens, Kassianov, Kasparov, Koudrine, ont renoncé, jugeant que le jeu n’en valait plus la chandelle. Les jeunes, Navalny, Sobtchak, Udaltsov, se disputent tant sur le programme de l’opposition que sur la stratégie à adopter. Exilé à Londres, le milliardaire Mikhail Khodorkovski observe et soutient l’opposition à Poutine tout en remarquant : « Qu’Alexei Navalny soit ou non autorisé à participer, cette élection n’en sera pas une. Il faut refuser de participer à une farce électorale qui ne fera que légitimer le pouvoir en place. »

emil cioran« Par rapport à l’Occident, tout en Russie se hausse d’un degré » écrivait Cioran[3]. C’est vrai de ces élections aussi : farce pour les uns, étape historique pour les autres, l’hystérie sur les plateaux télé contraste avec la placidité de l’homme de la rue. La Russie est un miroir grossissant où l’Europe peut voir ses propres travers, exagérés. Jusqu’en 1991, elle a pu y admirer les défauts du socialisme privé de contre-pouvoirs, puis de 1991 à 2000 les affres de l’ultra-libéralisme dérégulé… Depuis 2000, la Russie nous joue une parodie qu’on pourrait appeler « la démocratie en état d’urgence ». Comme on aime dire ici, l’homme intelligent apprend de ses erreurs, l’homme sage apprend des erreurs des autres…


[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835

[2] Emmanuel Todd, Ou en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine. Seuil, 2017

[3] Cioran, Histoire et utopie (1960)

Publié dans Politique, Propagande, Russie, Socio | Pas de Commentaire »

Quand l’Europe s’interroge sur la Russie…

Posté par grosmytho le 6 décembre 2017

« Où est la Russie ? » s’interroge le magazine allemand Stern. Incrédule, j’étudie l’article qui se base sur une enquête d’opinion conduite en Russie, en Allemagne  et en Pologne, autour du thème « Les Russes sont-ils des vrais Européens ? La Russie fait-elle ou non partie de l’Europe ? » Europe des peuples

Où l’on voit qu’une question mal posée est source inépuisable de sophismes. La Russie est un concept historiquement, juridiquement et géographiquement clair, l’Europe non. Faire de la première l’objet du mystère et de la seconde le mètre-étalon, c’est la sortie de route assurée.

A se demander si la Russie est européenne, on voit la question se retourner. On sait ce qu’est la Russie, mais qu’est-ce donc que l’Europe ? C’est un concept ethnique et non géographique. Donc malléable, discutable. Les premiers géographes européens ont trouvé qu’il était dégradant de partager le même continent avec ces peuplades arriérées de Chine, d’Iran ou d’Inde. Ils ont préféré découper l’Eurasie d’une frontière arbitraire. L’Oural ? Pourquoi pas les Alpes ? Pourquoi pas l’Himalaya ? Pourquoi pas la Volga ?  Europe des langues

De quelle Europe parle-t-on ? L’UE ? Les pays membres du Conseil de l’Europe ? Les territoires compris entre l’Atlantique et l’Oural ? Mais où se poursuit la frontière, au Sud de l’Oural ? Le Caucase est-il européen ?

L’auteur de l’article esquive rapidement la dimension géographique pour proposer l’Europe comme un ensemble culturel. Là encore, ce qui semble évident a priori se complique dès qu’on s’y attarde une seconde : qu’est-ce que la « culture européenne » ? Certes, un grand nombre d’artistes, de scientifiques et de penseurs nés dans cette zone se sont mutuellement influencés, mais peut-on dire que ces œuvres forment un ensemble dissociable des œuvres nées ailleurs ? Voltaire parle des coutumes des Chinois, Montesquieu appelle à témoin les Perses, la science des Lumières s’appuie sur les mathématiques arabes, la littérature « européenne » se diffuse dans le monde où elle se décline en mille versions hybridées. N’en déplaise à Emmanuel Macron, s’il existe bien une culture française, il n’y a pas de culture européenne ! Il y a une culture humaine qui s’est développée en Europe et ailleurs, qui s’est mélangée ici et singularisée là.  Europe géopolitique

L’auteur nous présente alors son troisième personnage fictif : l’Europe des valeurs. Encore une fois, tout est limpide tant qu’on ne tente pas de les définir. Quelles sont donc ces valeurs qui seraient typiques en Europe et exotiques ailleurs ? La démocratie ? Mais la première démocratie de type moderne est née en Amérique ! Les pays d’Europe ne sont pas tous démocratiques, ou pas depuis longtemps ; alors que bien des pays non européens au contraire ont une tradition démocratique. Les droits de l’homme ? La charte fut peut-être parisienne à l’origine, mais elle codifiait des valeurs universelles et intemporelles. D’ailleurs leur interprétation varie très largement, en Europe même, d’un pays à l’autre.

Dès lors, qu’est- ce qui définit l’Europe ? Qui sont ces Européens auxquels on veut ajouter ou au contraire retrancher les Russes ?

Géographie, culture, valeurs : par quelque bout qu’on la saisisse, l’Europe est éminemment discutable. Artificielle. Mouvante. Un concept datant de l’époque coloniale à l’avenir douteux.  

Au lieu de s’interroger sur les Russes et la Russie, l’Europe ferait bien de s’interroger sur elle-même. Qui est-elle ? Que propose-t-elle au monde et à ses propres citoyens ? Quels objectifs communs, quelles valeurs communes pour rassembler ces gens qui parlent des langues différentes et vivent sous des climats différents ?

Eurasie« Il y a longtemps que l’Europe n’a pas produit d’idée neuve » affirmait récemment le doyen de la Faculté de l’économie et de la politique mondiales Serguei Karaganov lors d’un forum stratégique en Russie. C’était pour expliquer le tournant stratégique de la Russie vers la Chine, l’Asie centrale et le développement de l’idée eurasiatique. Une stratégie dans laquelle l’Europe, ce « bout de continent », a toute sa place.

Publié dans Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

Publié dans Non classé, Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

Saint Barack Obama, priez pour nous

Posté par grosmytho le 2 février 2017

Trump le balourd revient, trait de plume après trait de plume, sur les mesures progressistes qu’Obama a promulguées, pour la galerie, dans les derniers jours de sa présidence. Et tout est désormais de sa faute.

trumpDevilL’Histoire est injuste. Kennedy a commencé la guerre du Vietnam, Nixon l’a terminée. Mais ce que l’histoire a retenu, c’est le sourire du premier et les grimaces du second. Obama s’est inspiré de cet exemple pour vider habilement dans le jardin de Trump les poubelles de son double mandat.

Les deux mandats d’Obama ont été l’âge d’or du pétrole de schiste, ceux où Big-Oil s’est enrichi massivement en provoquant une catastrophe écologique sans précédent sur le territoire US ? Peu importe : d’un Executive Order précipité, il fait semblant de vouloir interdire les forages en Arctique. Comme prévu, Trump l’a annulé, et la tache d’huile orne son costume, tandis que celui de Barack retrouve sa virginité immaculée.

Pendant ses deux mandats, Obama a pourchassé impitoyablement les lanceurs d’alerte qu’il avait promis de protéger ? Il a assiégé Assange et promis à Snowden le traitement réservé à la haute trahison ? Ah tiens non, voilà qu’il gracie spectaculairement Chelsea Manning dans les derniers jours de son bail, passant les deux autres à son successeur qui enfile le costume de méchant persécuteur de justiciers.

Barack a pendant tout son mandat soutenu le terrorisme, protégé Daech et Al-Qaeda en Syrie et s’est livré, à coups de drones et de groupes terroristes « modérés », à un horrible « terrorisme télécommandé » dans des pays musulmans ? Heureusement, avec sa rhétorique islamophobe, c’est Trump qui joue au méchant flic, laissant à Obama, la larmichette à l’œil, le rôle du flic gentil.   saint obama

On doit à Obama la reconduction du Patriot Act qu’il a renforcé en autorisant la NSA à espionner les Américains et à enregistrer des données et des conversations sans mandat sur le territoire US. Mais il retrouve, grâce au grossier canular « Trump élu grâce aux cyberattaques russes », sa pucélitude effarouchée. L’Amérique se réveille cyber-victime du duo Trump-Poutine, Obama entre dans l’histoire comme le défenseur incorruptible des libertés individuelles !

Bien joué Barack ! Pas de cent jours, pas de période de grâce : à peine entré en fonctions, tout est désormais la faute à Trump. Et Saint Obama peut attendre tranquillement sa canonisation prochaine.

Publié dans Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

Afficher l'image d'origine

 

« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

Publié dans Politique, Propagande | Pas de Commentaire »

Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

Publié dans Politique, Propagande, Psycho, Socio | Pas de Commentaire »

12345...7
 

ghd mini straighteners |
Pgdgsecondeespagnol |
Weixiu |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Sria037
| Ma renaissance
| Download2