Le centenaire encore vert

Posté par grosmytho le 11 novembre 2018

Je ne peux pas me retenir d’un petit coup de chapeau aux organisateurs des célébrations du centenaire de la fin de la Grande Guerre. Oui, je sais, Gros Mytho est plus connu pour sa plume acerbe, voire vitriolée, que pour les félicitations qu’il décerne avec une parcimonie confinant à l’avarice.

Macron inaugure les chrysanthèmesL’organisation était impec’. Macron a dignement inauguré les chrysanthèmes ; Merkel, avec sa mine de circonstance, célébré la défaite de son pays, en attendant celle de son parti. Netanyahou était là, se demandant un peu pourquoi sans doute ; Poutine, Erdogan, habituellement boudés, étaient cette fois invités. Le protocole a été respecté.

J’imagine que cela n’avait rien de facile ; il a fallu accommoder 72 des plus gros egos de la planète, d’où défi protocolaire en cascade ! Et puis, accorder les violons de leurs services de sécurité respectifs (enfin surtout celui des Américains qui comme d’hab’ ont effectué une sorte de reconstitution du D-Day avec tanks blindés, hélicos et tout le tintouin !) avec le dispositif national qui lui aussi se devait d’être à la hauteur… Enfin, proposer à tous un programme millimétré à la seconde près pour permettre trognes de circonstance (on commémore tout de même quelques millions de morts occidentales, en plus des autres), rencontres informelles entre personnes qui officiellement ne se causent pas, et ateliers susceptibles de justifier à la maison le déplacement de toute cette armada de luxe…

Bravo donc les organisateurs ; les quelques inévitables mini-couacs ont hollande sorcier de la pluieété habilement évités ou minimisés, comme lorsque le micro présidentiel refusa tout net de transmettre ubi et orbi les plates évidences idéalement calibrées qu’il avait prévu de nous asséner, un petit ramasseur de balles de Roland Garros était là pour lui proposer un micro de secours. Ou comme la pluie qui innonda la cérémonie malgré l’absence de François Hollande qu’on avait eu soin de tenir à distance respectable, à Tulle, pour essayer de conjurer le sort… Pas assez loin ! Quid du Sahel ? Le Blanc-qui-fait-pleuvoir y serait accueilli en héros, enfin !

le défiléComme l’a dit si justement Karl Marx, l’histoire se répète toujours, la première fois comme tragédie, et la seconde comme farce. Ce n’est pas la faute des organisateurs qu’on a été obligé d’assister, en cette période d’avant-guerre, à quelques détails grotesques. C’est celle du monde dans lequel nous vivons, qui n’est pas le pire, mais certainement pas non plus le meilleur des mondes possibles. Il y a cent ans, pendant que les Poilus pataugeaient dans la boue glacée et disputaient leur rations aux rats « gros comme des chats », Paris se livrait aux voluptés des Années folles, avec spectacles extravagants, strip-tease et champagne. La tradition a été dignement reprise avec la concurrence féroce des premières dames internationales pour la plus haute marche du podium… de la haute couture, qui arborant un tailleur Chanel et qui une guêpière Dior, qui son carré Hermès et qui son ensemble Givenchy ! Bon, heureusement leurs maris ne furent pas en reste lors du déjeuner et du dîner… si la presse a beaucoup glosé sur les « pommes de terre de la Somme » censées rappeler (sous une forme désamorcée, inoffensive) le rata des Poilus, elle a le plus souvent passé sous silence les grands crus qui l’accompagnaient et le champagne du dessert…

la foule des chefs d'etatCe n’est pas la faute des organisateurs, c’est juste le monde qui est comme ça… Les bus étaient là, prêts à accueillir les invités de marque pour les conduire à l’Elysée. Sauf évidemment Donald Trump, qui ne prend pas les transports en commun comme le vulgus pecum, lui ! Qui opte bien sûr, pour franchir le kilomètre et des poussières qui le sépare du déjeuner, pour son convoi blindé digne du Paris-Dakar. Ni évidemment Vladimir Poutine, incapable de se contenter du bus si le président américain ne se plie pas à l’exercice !

L’histoire ne dit pas quel sort le 45e président des USA a réservé à la porcelaine de Sèvres après les banderilles macroniennes de l’Arc de Triomphe : « le nationalisme est le contraire du patriotisme » avait-il asséné sans avoir l’air d’y toucher, un peu après la tirade sur « ceux qui optent pour le protectionnisme et le repli sur soi » ; espérons qu’elle était bien assurée, vu le caractère ‘taureau dans un magasin de porcelaine’ de Donald. Espérons surtout que l’ami américain portait bien son oreillette pendant le discours et qu’il a pu réceptionner une petite part au moins de l’émouvante évocation par M. Macron des « pères, des mères, des veuves, des sœurs, des fiancées » des millions de victimes du conflit. C’est à ce moment que l’on n’a pas pu s’empêcher de ressentir cette vérité trop évidente pour être généralement formulée : de tous les personnages présents, c’est bien lui le représentant de la nation va-t-en guerre, celle pour qui la guerre est avant tout une opportunité commerciale et un marché de reconstruction, celle où l’on n’imagine pas les affres du pays dévasté, occupé, asservi, amputé. Celle pour qui le summum de l’horreur et de l’injustice reste l’effondrement de deux immeubles. Celle où l’on croit par conséquent volontiers que la solution la plus efficace à tout différend international se trouve embarquée dans les flancs d’un drone ReaperTRump au cimetière

C’est peu probable. Si bien qu’on peut à peine lui reprocher d’avoir préféré s’échapper et couper court au Forum sur la paix, où on allait à nouveau le bombarder de remarques désobligeantes et de piques plus ou moins subtiles… lui préférant le silence approbateur des tombes du cimetière militaire US.

S’il est resté stoïque jusqu’au bout des cérémonies, le « chef du monde libre » a éloquemment montré par son langage corporel à quel point il se faisait tartir, assis au milieu de ces Européens si compliqués, à écouter leurs discours polyglottes et à assister aux danses des collégiens et aux concerts de musique classique. Les téléspectateurs, eux, ont eu droit à quelques petites digressions, principaFemenlement basées sur de magnifiques photos d’époque… et puis aussi sur l’inqualifiable agression de trois Femen à son encontre. Chose incroyable pour moi qui suis habitué aux news russes ou chinoises : non seulement l’incident non prévu au protocole n’a pas été gommé du journal de treize heures qui lui a consacré plusieurs minutes, mais en plus les seins nus n’étaient pas floutés. Habileté diabolique ? C’est en réalité le meilleur moyen pour empêcher qu’on lise les revendications pacifistes que ces terribles femelles s’étaient barbouillées sur le torse !   

Trump l'enfumeurLe festival des métaphores involontaires et des incidents lourds de sous-entendus ne s’est pas achevé avant la dernière minute des célébrations : alors que Trump faisait ses adieux à l’hôte des lieux, et que la limousine présidentielle blindée enfumait la cour de l’Elysée, multipliant à l’infini les allusions et les sous-entendus tragi-comiques. Comme pour faire un sympathique petit « fuck you » d’adieu à la capitale de la COP21 ! Comme pour suggérer que les désormais premiers producteurs mondiaux de pétrole grâce au gaz de schiste peuvent bien se permettre d’afficher leur gaspillage comme des sheiks d’Arabie Saoudite ! Ou comme pour abaisser un gentil écran de fumée sur les intentions et les impulsions du flamboyant président américain… 

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Si c’était à refaire…

Posté par grosmytho le 4 novembre 2018

Qui nous débarrassera de ces deux inséparables ? Désormais c’est l’une contre l’autre. Tout contre, pour paraphraser Sacha Guitry. Ségolène publie un livre où elle décrit le quinquennat Hollande tel qu’elle l’a cauchemardé. Réponse méritée à François qui tantôt décrivait son quinquennat rêvé… Leçons du pouvoir : à un espace, un s et une cédille près, on serait d’accord avec lui. Malheureusement la cédille est là, le s aussi, et l’espace manque.   

Le con du pouvoirSon livre propose deux choses : la première lisible dans les lignes, l’autre lisible entre les lignes. Le texte officiel, c’est un autosatisfecit. Les réformes courageuses, il les a menées à bout, les réformes importantes aussi, et les impopulaires, il ne s’y est pas dérobé. La leçon du pouvoir est simple : le meilleur président est celui qui laisse le pays en meilleur état qu’il ne l’a trouvé. Et, doit-on comprendre, qui laisse à son successeur paresseux et pusillanime la joie de tirer les marrons du feu : chômage enfin en [très légère] baisse, déficit en-dessous des 3%, des régions compétitives, etc (pas la Coupe du monde, qui n’était pas encore gagnée au moment de mettre sous presse !). Pour les durs de la comprennette, il enfonce le clou : « Je ne me plains pas que ces fruits péniblement acquis, ce soit Emmanuel Macron qui les récolte » (enfin un peu quand même).

Il s’explique sur l’apparente contradiction entre le fameux ‘Discours du Bourget’ et son programme : « j’ai déjà mon idée. Je l’ai formulée dès le discours du Bourget. Le désordre européen est trop périlleux pour que la France ne prenne pas les mesures nécessaires, fussent-elles difficiles. Nous mangerons d’abord notre pain noir. Une fois le redressement accompli, nous procéderons aux redistributions attendues. » Et puis, évidemment, le redressement prend un tout petit peu plus longtemps que prévu, et les mesures de gauche passent à la trappe… Comprenez : ça n’enlève rien à mon mérite.Résultat de recherche d'images pour "consigne de vote hollande au premier tour mai 2017"

En filigrane, subtile, flotte l’idée qu’il a eu bien tort de ne pas se représenter, et que finalement, 2023, ce n’est pas si loin que ça, il n’y aura pas besoin de le supplier longtemps pour qu’il décide de s’y recoller (il paraît qu’il était prévu d’intituler ce pavé Si c’était à refaire…).

François Hollande l’incompris… Il revient avec amertume sur « l’acharnement moutonnier » des journalistes contre lui. « Le succès éditorial supposait de me représenter avec une montre à l’envers, le cheveu décoiffé, le regard perdu ou la cravate de travers. » En effet. Difficile de ne pas constater, par contraste, le culte de la personnalité que la presse réserve à Jupiter… « Dans le livre-déballage du linge sale Un président ne devrait pas dire ça (il paraît que le titre original était Hollande devrait fermer sa gueule) on découvrait avec stupéfaction le Tartuffe de l’Elysée, son incompétence éternellement satisfaite, ses étonnements naïfs sur la méchanceté du monde, ses hargnes aussi soudaines que sans objet…

Amer, il ressasse les mensonges officiels qu’il a clairement assimilés au point d’y croire sur le terrorisme et la politique étrangère de la France. Amertume contre le « revirement d’Obama » qui devait autoriser le bombardement de la Syrie fin août 2013… bizarre : si c’est l’Amérique qui autorise et interdit, si notre diplomatie et notre politique étrangère ne nous appartiennent pas, si nous ne faisons qu’exécuter les ordres d’Obama, pourquoi s’occuper de juger de ce qui est bien et mal ? Si l’on n’est pas responsable, à quoi bon se tourmenter sur les conséquences de nos actes ? Ainsi qu’il ressortait déjà du livre de Davet et Lhomme, François fait sienne la délirante « théorie de la radicalisation » que personne de sérieux ne pouvait prendre au sérieux. « Le processus de radicalisation n’est pas continu. Il peut être très rapide (…) mais il est souvent progressif (…) favorisé par l’adhésion au salafisme, par la fréquentation de leaders engagés depuis longtemps dans le prosélytisme islamiste dans les quartiers, dans les mosquées ou en prison. » Tout de même, il avoue en sourdine que « notre intervention au Mali » et « notre engagement en Syrie » pouvaient avoir un rapport de cause à effet, éloigné, ténu, bien sûr, avec les violences qui parfois s’exercent ici ou là contre nos ressortissants… Un rapport qui bien sûr ne pourra pas entraîner le moindre ralentissement de nos actes de guerre humanitaire !

il a un don

Réécriture du quinquennat ? Les dix-huit chapitres intitulés chacun d’un verbe retracent pourtant (inconsciemment ?) la descente aux enfers que fut la présidence Hollande : après la tonalité majoritairement active, positive des premiers (présider, décider, voyager, vivre, choisir), la seconde moitié comprend surtout des verbes négatifs (regretter, punir, rompre, renoncer…) Le livre se termine sur un bien mièvre ‘espérer’… Qu’espère François Hollande pour la France ? Pour sa postérité personnelle ? Pas grand-chose, si l’on en juge par la volée de bois vert qu’il assène à son successeur en guise de plan média pour la sortie de son opus…

Le livre reprend et développe l’incroyable « Macron m’a trahi ». On reste submergé, épaté, bluffé par la mauvaise foi hollandaise : non seulement l’ennemi de la finance a nommé le financier au gouvernement ; une fois déclaré son renoncement à se présenter, une fois décrété le refus de Macron à se plier à la discipline de la primaire, il accable Hamon de camouflets méprisants et tire à boulets rouges sur la gauche et Mélenchon. Dignité présidentielle, me direz-vous ? Dès le soir du premier tour il monte au créneau pour soutenir, sans ménager ses grimaces ni ses déhanchements, le « traître » MacronRésultat de recherche d'images pour "consigne de vote hollande au premier tour mai 2017"

François Hollande, c’est le digne élève de Mitterrand : la trahison comme art et comme mode de vie. Après avoir trahi ses engagements puis nommé de nouveaux traîtres de classe à sa succession, il trahit ses successeurs en dénonçant leur action qui s’inscrit pourtant dans la continuité de la sienne. Après avoir servi Mitterrand, l’ancien ministre vichyste qui livra le pays à la finance, il aura fait la courte échelle à Macron, le banquier thatchéro-reaganien dissimulé sous la même pelisse socialiste que lui. Macron est un Hollande qui ose. Trahi, François Hollande ? Seulement par lui-même.  

Ennuyeuse, prévisible, cette autobiographie constitue un document historique précieux. Elle documente l’ampleur du malentendu entre un président qui observe dans le rétroviseur le pays des « sans-dents » et la France réelle livrée au hollandisme décomplexé.

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Denuclearization ou 비핵화 ? nuance !

Posté par grosmytho le 16 mai 2018

D’un côté ou de l’autre du Pacifique, le terme de dénucléarisation n’a pas la même signification. Alors que du côté des faucons américains on se réjouit un peu vite de l’apparente volonté de Kim Jong-un de négocier la paix, la presse mainstream fait semblant d’ignorer le nœud de l’affaire : vers quel traité de paix va-t-on ?

la presse se déchaînePar denuclearization de la péninsule de Corée, les Américains envisagent bien évidemment une Corée du Nord renonçant de façon vérifiable à ses armes nucléaires, aux lanceurs et à toutes les technologies coûteuses qu’elle a mis quelques décennies à perfectionner au prix de sacrifices immenses. Une Corée qui ouvrirait aux observateurs américains (plutôt qu’à ceux de l’ONU ou de l’AIEA) l’accès permanent, 24h/24 à toutes ses installations de recherche ou d’expérimentation, dûment démantelées. Une Corée potentiellement réunifiée, mais qui bien évidemment continuerait de bénéficier de la « garantie de souveraineté »… C’est à dire d’abriter les bases aériennes et navales où sont stationnés 28 000 soldats américains, qui organisent annuellement de colossales manœuvres militaires sur terre, sur mer et dans les airs à quelques encablures de Pékin et de l’Extrême Orient russe !

Mais voilà qu’aujourd’hui intervient un nouveau coup de théâtre : la Corée du Nord pourrait revoir les conditions d’un accord, voire même annuler la fameuse rencontre au sommet prévue entre MM. Kim et Trump ! Que s’est-il passé ? Toujours soucieuse de renforcer la thèse du dirigeant nord-coréen mentalement instable, la presse en rajoute des tonnes : « il souffle le chaud et le froid » (on avait entendu ça au sujet de Saddam aussi) ; il se focalise sur des éléments mineurs pour remettre en cause les avancées (comme l’affirme Le Monde). Mineurs, vraiment ?  qui a le plus fou

Il y a eu d’abord la sortie de John Bolton le 29 avril. Le tout nouveau conseiller à la sécurité affirmait sans la moindre vergogne que les Etats-Unis se baseront sur le « modèle libyen » dans leurs négociations avec la Corée du Nord. Celui où l’on a, en 2004, obtenu de Kadhafi qu’il renonce à tout programme nucléaire, avant de fomenter des soulèvements dans son pays qui ont conduit à son élimination en 2011. On aurait pu croire à une maladresse de la part d’un va-t-en-guerre notoire. Mais une semaine plus tard, c’est son chef en personne qui en remettait une couche, dénonçant unilatéralement l’accord passé avec l’Iran, réaffirmant une fois de plus le principe historique : les accords signés par les Etats-Unis ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits. Et puis là, on vient d’apprendre que les manœuvres militaires USA-Corée du Sud, avec exercices de débarquement et participation de bombardiers B-52 capables d’emporter des charges nucléaires, allaient reprendre prochainement, après la « retenue » observée lors des JO et pendant les négociations récentes.

peaceAlors Kim veut-il « mettre des bâtons dans les roues d’un processus diplomatique en jouant de quelque chose qui semble minime », comme le suggère un expert cité par Le Monde ? Ou veut-il simplement souligner l’évidence qu’avec leurs bombardiers stratégiques stationnés à quelques îles de là, les Etats-Unis se réservent le droit de renucléariser la péninsule coréenne, à tout moment et à leur profit exclusif. Donc de vider de sa substance l’accord éventuel.

Fidèles à leur tradition de la négociation asymétrique, les Etats-Unis traitent le reste du monde comme autrefois les Peaux-rouges, l’histoire l’a amplement montré : par des traités iniques quand c’est possible, par la guerre ou les couvertures infectées au typhus s’il le faut. La parole donnée n’est respectée que face à un adversaire trop dangereux pour être méprisé. C’est pourquoi d’autres partenaires doivent entrer dans le processus. Il faut au minimum que les Etats-Unis acceptent de fermer leurs bases sur le territoire coréen, et que la Chine et peut-être la Russie jouent le rôle de garants de la sécurité de la péninsule. Ce n’est qu’à ces conditions qu’on peut espérer une paix durable.  sont ils cons

Kim est-il fou à lier, ainsi que l’affirme de longue date la presse internationale ? Pour le vérifier, il suffira d’examiner le résultat des négociations pour l’instant encore prévues pour le 12 juin. Si Kim accepte de céder son arsenal dans un accord bilatéral, c’est clair, il est mûr pour l’hôpital psychiatrique.

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Qui a dit « ça va mieux! » ?

Posté par grosmytho le 29 janvier 2018

Vous avez remarqué ? La France va mieux !

Hollande MatchCe n’est pas qu’on a moins de chômeurs, ni qu’on pollue moins… On n’est pas débarrassés du roundup et rien ne laisse supposer que nos politiciens sont soudainement devenus vertueux. Les Balkany courent toujours, Cahuzac aussi, Dassault, Woert, Fillon et consorts se sentent tirés d’affaire… Les supermarchés continuent la traite des paysans, et ces derniers continuent de nous empoisonner au régime de Bruxelles… Les terroristes sont toujours aussi motivés, grâce aux multiples frappes de drones que nos militaires distribuent dans nombre de pays lointains.

Objectivement, rien n’a changé depuis le quinquennat Hollande, ou alors pour s’agraver. Et pourtant, le déclinisme qui s’étalait dans tous les journaux a fait place à un curieux et rafraîchissant optimisme. Si avant, il n’était question que d’entreprises qui fermaient, aujourd’hui il y a partout des start-ups, des entrepreneurs dynamiques, des fermes modèles. A la télé, on nous montre des jeunes habités par un idéal, des vieux heureux de profiter de leur retraite… A l’époque Hollande, chaque jour, la première page de nos feuilles de chou arborait la dernière photobomb de Flamby, tantôt grimaçant un sourire niais, tantôt lisant son discours sous la pluie avec son air de chien puni. A l’ère Macron, on découvre les portraits flatteurs de « Jupiter ».

Un véritable culte de la personnalité

Hollande expressQue s’est-il passé ? Simple : Hollande était pote avec les journalistes, et ceux-ci ne se privaient pas de lui faire des niches. Macron, lui, est pote avec leurs actionnaires. Et ça change tout. Désormais c’est la Pravda contrôlée par le KGB.

Hollande faisait ses blagues et ses bons mots avec des journalistes qu’il avait à la bonne, il leur glissait des confidences en « off ». Ou pas. Leurs collègues moins favorisés, jaloux, se vengeaient. Et puis les plus favorisées, en fin de mandat, trahissaient. Que de gloses (méritées) sur l’inversion de la courbe ! Que de fiel déversé sur les amours présidentielles ! La sinistrose s’est installée presque dès le premier jour et jusqu’à la fin du mandat ça n’a été qu’actes manqués et catastrophes !

Hollande le point

Jupiter le point

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis mai 2017, changement de ton. Non seulement le président est « jupitérien », non seulement il est porté aux nues, mais « en même temps » c’est le pays qui se découvre soudain des atouts, des forces, des perspectives… La différence, c’est qu’au lieu de fricoter avec les journaleux, Macron s’entend avec leurs actionnaires. Et ça, franchement, pour avoir des bons articles, ça vaut mieux.

Cette hypothèse est facile à vérifier en se remémorant le quinquennat Sarkozy : lui aussi était pote avec les patrons de presse (ou alors il les menaçait, ce qui revient au même) et le début de quinquennat a été très similaire à celui de Macron : on lui gommait les bourrelets, on le présentait en « omniprésident » capable de prendre tous les problèmes à bras-le-corps… Ensuite, peu à peu, tout s’est dégradé. Monsieur Sarko avait pris la grosse tête, il s’était disputé avec la plupart de ses amis milliardaires, et ainsi commença sa descente aux enfers.

Macron Obs

 

Affaire à suivre : Jupiter partagera-t-il le sort de ses malheureux prédécesseurs ? Comme dirait son coach de la banque Rotschild : « Tout dépend de toi, Manu, tout dépend de toi… » 

« Tu nous boostes la loi travail, tu nous en remets une couche sur les retraites, tu sucres les APL et tu vires l’ISF… Tu privatises la Poste et la Sneufeu… fais-toi plaisir ! »

   C’est toi le patron, après tout non?

 

 

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Quand l’Europe s’interroge sur la Russie…

Posté par grosmytho le 6 décembre 2017

« Où est la Russie ? » s’interroge le magazine allemand Stern. Incrédule, j’étudie l’article qui se base sur une enquête d’opinion conduite en Russie, en Allemagne  et en Pologne, autour du thème « Les Russes sont-ils des vrais Européens ? La Russie fait-elle ou non partie de l’Europe ? » Europe des peuples

Où l’on voit qu’une question mal posée est source inépuisable de sophismes. La Russie est un concept historiquement, juridiquement et géographiquement clair, l’Europe non. Faire de la première l’objet du mystère et de la seconde le mètre-étalon, c’est la sortie de route assurée.

A se demander si la Russie est européenne, on voit la question se retourner. On sait ce qu’est la Russie, mais qu’est-ce donc que l’Europe ? C’est un concept ethnique et non géographique. Donc malléable, discutable. Les premiers géographes européens ont trouvé qu’il était dégradant de partager le même continent avec ces peuplades arriérées de Chine, d’Iran ou d’Inde. Ils ont préféré découper l’Eurasie d’une frontière arbitraire. L’Oural ? Pourquoi pas les Alpes ? Pourquoi pas l’Himalaya ? Pourquoi pas la Volga ?  Europe des langues

De quelle Europe parle-t-on ? L’UE ? Les pays membres du Conseil de l’Europe ? Les territoires compris entre l’Atlantique et l’Oural ? Mais où se poursuit la frontière, au Sud de l’Oural ? Le Caucase est-il européen ?

L’auteur de l’article esquive rapidement la dimension géographique pour proposer l’Europe comme un ensemble culturel. Là encore, ce qui semble évident a priori se complique dès qu’on s’y attarde une seconde : qu’est-ce que la « culture européenne » ? Certes, un grand nombre d’artistes, de scientifiques et de penseurs nés dans cette zone se sont mutuellement influencés, mais peut-on dire que ces œuvres forment un ensemble dissociable des œuvres nées ailleurs ? Voltaire parle des coutumes des Chinois, Montesquieu appelle à témoin les Perses, la science des Lumières s’appuie sur les mathématiques arabes, la littérature « européenne » se diffuse dans le monde où elle se décline en mille versions hybridées. N’en déplaise à Emmanuel Macron, s’il existe bien une culture française, il n’y a pas de culture européenne ! Il y a une culture humaine qui s’est développée en Europe et ailleurs, qui s’est mélangée ici et singularisée là.  Europe géopolitique

L’auteur nous présente alors son troisième personnage fictif : l’Europe des valeurs. Encore une fois, tout est limpide tant qu’on ne tente pas de les définir. Quelles sont donc ces valeurs qui seraient typiques en Europe et exotiques ailleurs ? La démocratie ? Mais la première démocratie de type moderne est née en Amérique ! Les pays d’Europe ne sont pas tous démocratiques, ou pas depuis longtemps ; alors que bien des pays non européens au contraire ont une tradition démocratique. Les droits de l’homme ? La charte fut peut-être parisienne à l’origine, mais elle codifiait des valeurs universelles et intemporelles. D’ailleurs leur interprétation varie très largement, en Europe même, d’un pays à l’autre.

Dès lors, qu’est- ce qui définit l’Europe ? Qui sont ces Européens auxquels on veut ajouter ou au contraire retrancher les Russes ?

Géographie, culture, valeurs : par quelque bout qu’on la saisisse, l’Europe est éminemment discutable. Artificielle. Mouvante. Un concept datant de l’époque coloniale à l’avenir douteux.  

Au lieu de s’interroger sur les Russes et la Russie, l’Europe ferait bien de s’interroger sur elle-même. Qui est-elle ? Que propose-t-elle au monde et à ses propres citoyens ? Quels objectifs communs, quelles valeurs communes pour rassembler ces gens qui parlent des langues différentes et vivent sous des climats différents ?

Eurasie« Il y a longtemps que l’Europe n’a pas produit d’idée neuve » affirmait récemment le doyen de la Faculté de l’économie et de la politique mondiales Serguei Karaganov lors d’un forum stratégique en Russie. C’était pour expliquer le tournant stratégique de la Russie vers la Chine, l’Asie centrale et le développement de l’idée eurasiatique. Une stratégie dans laquelle l’Europe, ce « bout de continent », a toute sa place.

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Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

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L’arnaque du revenu universel

Posté par grosmytho le 4 février 2017

De même que l’homme fut longtemps en lutte contre la nature avant de finalement se mettre à la protéger, on continue de considérer le travail comme un fléau à éradiquer, avant de s’apercevoir (peut-être, un jour, bientôt ?) qu’il s’agit d’un bien à entretenir. « Moi président » tire sa révérence, les travailleurs fêtent dix ans de régime Dukon à base de couleuvres, et voilà relancée la parade des charlatans experts et des recettes miracles. Qui a raison ? La droite ou la gauche ?  placard

Ah, qu’il me débecte ce discours de gauche inspiré de la Genèse « pour ta punition tu devras travailler et gagner ta croûte à la sueur de ton front ! » 35 heures, lutte contre le travail de nuit, lutte contre le travail le dimanche, lutte contre tout ce qui peut arranger ces salauds de patrons ! Pour ces Jean Jaurès d’opérette, c’est toujours la lutte des classes. Moins de boulot pour le même blé, ça ne sort pas de là…

Ah, que je déteste ce discours de droite qui fait du salarié une bête de somme feignante et simulatrice, trop chère, poule de luxe, toujours susceptible de grève, d’absentéisme, de sabotage et qu’il faut à tout prix remplacer par des machines ou des esclaves du bout du monde. Moins de blé pour le même boulot, voilà leur panacée…

diminution-temps-travailA la jonction des deux, on a Hamon et son revenu universel. Hamon est un personnage historique : l’inventeur de l’ultime trahison des travailleurs par la gauche. Son revenu universel leur donne le coup de grâce : il les transforme en purs consommateurs, en fait des tributaires à de l’aumône publique, ôte leurs derniers arguments à ceux qui luttent pour l’emploi, donne raison à 100% à ceux qui dénoncent les feignants assistés qui « ne veulent pas bosser sinon ils en trouveraient, du boulot ». Sur le front de l’emploi, après tous ceux qui pendant quarante ans ont fait semblant de chercher des solutions, il est celui qui dit « laissons tomber ! »

De ce point de vue, on a raison de dire que la gauche et la droite, c’est kif-kif. Leur erreur est la même : faire du travail l’ennemi. Trop cher pour les uns, trop dur pour les autres, elles se relaient efficacement pour le laminer. Pas étonnant que le chômage augmente, avec l’alternance gauche-droite qui souffle le chaud et le froid ! Unies dans le culte du PIB qui affirme que la croissance seule créera l’emploi. La consommation est au taquet, les gens bardés d’iPhones et de tablettes s’endettent pour acheter leur troisième bagnole. De quelle croissance parle-t-on ? Jusqu’où peut-on accroître la consommation ? Le salarié occidental, déjà surmené au travail, est en plus un marathonien du loisir et un forcené des soldes. Doit-il se doper à la cocaïne-red bull pour faire encore mieux et plus ?

A quand un gouvernement d’extrême-clairvoyance qui lira Piketty et acceptera l’évidence ? La croissance à 3 ou 4 ou 5%, la croissance boostée par la consommation, c’est fini. Apprenons à vivre avec une croissance zéro. Et surtout, qui dépoussiérera ces études déjà plus toutes jeunes sur la sociologie du travail ? Qui redécouvrira que le travail est le meilleur lien social ? Que le lien social est indispensable aux citoyens ? Que ceux-ci, s’ils en sont privés, s’étiolent et végètent ? Deviennent dépressifs ? Agressifs ? Que le travail bien dosé, ni trop ni trop peu, assorti d’un stress modéré et de gratifications équitables, est un facteur de développement personnel, d’estime de soi et d’équilibre psychologique ?  valeur-travail

Trop nombreux sont ceux qui pointent la délocalisation vers les pays à bas salaires et l’automatisation comme des fléaux et des signes avant-coureurs de la fin du monde…

La délocalisation n’est pas, pour nos pays, la catastrophe que l’on nous décrit. Et d’une, elle débarrasse nos salariés de toute une foule de travaux dangereux, salissants, aliénants qu’ils ne peuvent ni ne veulent effectuer. Et de deux, elle a permis de réduire le prix de bien des babioles que peu de gens pourraient se payer si elles étaient fabriquées en France. Et de trois, 80% du prix de détail d’une babiole faite en Chine tombe en moyenne dans des poches françaises, qu’il s’agisse de la grande distribution, de l’Etat (impôts & taxes), des transporteurs, des concepteurs, des publicitaires, des commerciaux, etc. La question est de mieux répartir cette manne qui a tendance à tomber majoritairement dans quelques poches, toujours les mêmes.

L’automatisation et la mécanisation ne sont pas non plus le diable incarné. Il faut les considérer avec lucidité : dans certains cas ils sont néfastes à la santé, destructeurs d’emplois, anxiogènes. C’est par exemple le travail à la chaîne, les bornes automatiques, les horribles centres d’appels. Mais dans d’autres cas ils sont au contraire libérateurs, protecteurs, ergonomiques. Citons les grues et nacelles qui évitent aux maçons de se casser le dos à coltiner des briques ou l’informatisation qui permet de conserver et de brasser efficacement des données. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, automatisons intelligemment.

Mais surtout, révisons notre jugement sur le travail. Que l’on soit de gauche ou de droite, il faut évoluer. Le revenu universel ? Ridicule et néfaste : c’est gaspiller notre ressource la plus précieuse, l’énergie et la créativité des gens, pour en faire de purs consommateurs. C’est, par un procédé nouveau, détruire des emplois chez nous pour en créer en Chine.

Une croyance s’est implantée qui dit que seules les entreprises sont créatrices d’emploi. Ce mensonge a coûté assez cher, il faut le faire cesser. L’Etat doit retrouver son rôle d’acteur économique et social. Son job est aussi de créer des emplois. Pas forcément rentables à 100% mais utiles. Utiles à la société, à l’écologie, au lien social, à la culture, au bien-être, à l’agriculture à l’ancienne, à la sécurité routière, à la réinsertion, à la prévention de la délinquance, que sais-je. Cela coûtera toujours moins cher de payer des gens à faire quelque chose d’utile qu’à s’ennuyer. 

Le chômage qui s’étend et se généralise dans certaines catégories de la population engendre la désœuvrance, une maladie mentale qui fait faire les pires conneries à des personnes qui voudraient trouver un sens à leur vie et dépenser cette énergie qui bout dans leurs veines. Tout aussi redoutable est le surmenage et la dépression qui frappent ceux qui « ont la chance de travailler ». Sous prétexte de concurrence sur le marché du travail, on leur impose des conditions de travail inhumaines, des cadences folles, des objectifs inatteignables. Résultat : burning-out, affections liées au boulot, voire suicides chez ces « privilégiés ».

Le travail c’est la santé, apprenons à le cultiver ! La croissance est une drogue, apprenons à nous en passer !

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Saint Barack Obama, priez pour nous

Posté par grosmytho le 2 février 2017

Trump le balourd revient, trait de plume après trait de plume, sur les mesures progressistes qu’Obama a promulguées, pour la galerie, dans les derniers jours de sa présidence. Et tout est désormais de sa faute.

trumpDevilL’Histoire est injuste. Kennedy a commencé la guerre du Vietnam, Nixon l’a terminée. Mais ce que l’histoire a retenu, c’est le sourire du premier et les grimaces du second. Obama s’est inspiré de cet exemple pour vider habilement dans le jardin de Trump les poubelles de son double mandat.

Les deux mandats d’Obama ont été l’âge d’or du pétrole de schiste, ceux où Big-Oil s’est enrichi massivement en provoquant une catastrophe écologique sans précédent sur le territoire US ? Peu importe : d’un Executive Order précipité, il fait semblant de vouloir interdire les forages en Arctique. Comme prévu, Trump l’a annulé, et la tache d’huile orne son costume, tandis que celui de Barack retrouve sa virginité immaculée.

Pendant ses deux mandats, Obama a pourchassé impitoyablement les lanceurs d’alerte qu’il avait promis de protéger ? Il a assiégé Assange et promis à Snowden le traitement réservé à la haute trahison ? Ah tiens non, voilà qu’il gracie spectaculairement Chelsea Manning dans les derniers jours de son bail, passant les deux autres à son successeur qui enfile le costume de méchant persécuteur de justiciers.

Barack a pendant tout son mandat soutenu le terrorisme, protégé Daech et Al-Qaeda en Syrie et s’est livré, à coups de drones et de groupes terroristes « modérés », à un horrible « terrorisme télécommandé » dans des pays musulmans ? Heureusement, avec sa rhétorique islamophobe, c’est Trump qui joue au méchant flic, laissant à Obama, la larmichette à l’œil, le rôle du flic gentil.   saint obama

On doit à Obama la reconduction du Patriot Act qu’il a renforcé en autorisant la NSA à espionner les Américains et à enregistrer des données et des conversations sans mandat sur le territoire US. Mais il retrouve, grâce au grossier canular « Trump élu grâce aux cyberattaques russes », sa pucélitude effarouchée. L’Amérique se réveille cyber-victime du duo Trump-Poutine, Obama entre dans l’histoire comme le défenseur incorruptible des libertés individuelles !

Bien joué Barack ! Pas de cent jours, pas de période de grâce : à peine entré en fonctions, tout est désormais la faute à Trump. Et Saint Obama peut attendre tranquillement sa canonisation prochaine.

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Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

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Comment voter sans se trumper ni provoquer l’hillaryté?

Posté par grosmytho le 28 septembre 2016

 

Bien des gens dans le monde considèrent la démocratie comme un système précieux et insurpassable, apanage de quelques peuples supérieurs. Ils devraient considérer d’un peu plus près l’élection présidentielle américaine.

 November 5, 2014

Si l’on en croit la liturgie officielle, le peuple américain est appelé aux urnes pour se choisir un nouveau président, et ainsi définir les grandes orientations de la politique pour les quatre ans à venir. Vraiment ?

 

On peut en douter devant la bataille de gougnafiers qui oppose les deux partis uniques. Certains font remarquer que les deux candidats sont impopulaires dans leurs camps respectifs. N’est-ce pas paradoxal, alors que l’on est en démocratie, que le peuple souverain se retrouve ainsi à choisir entre la peste et le choléra ? N’est-ce pas étonnant, dans un pays rempli de personnalités brillantes et charismatiques, que les seuls candidats restants soient un milliardaire ignorant, raciste et misogyne, et une vieille sorcière rongée par l’ambition ?

 Hillary

S’il n’y avait que les candidats ! Le niveau du débat lui-même est abyssal. Au lieu de discuter des problèmes du pays, dieu sait s’ils sont nombreux, les candidats se jettent à la figure insultes et insinuations. Hillary soupçonne Donald de dissimuler le niveau réel de sa fortune (qui serait en réalité plus importante, ou moins, on ne sait pas trop), Donald accuse Hillary de cacher la vérité sur sa terrible maladie (laquelle ?)

 

Donald Trump se pose en candidat anti-système (un grand classique) qui veut expulser les migrants et réduire la fiscalité des riches. Hillary Clinton, qui campe l’empathie démocrate, entend réduire les impôts des pauvres et aider les étudiants endettés. Mais on sait bien ce qui se passera, quel que soit le vainqueur ! Le républicain veut mettre fin aux guerres ruineuses dans lesquelles le pays se lance et s’embourbe depuis 2001, la démocrate aussi. Mais on sait déjà que, dès janvier 2017, le nouveau leader du monde libre annoncera une campagne de bombardements humanitaires dans quelque nouveau pays musulman assoiffé de démocratie.

 Trumpstupid

Si encore il y avait un processus de réflexion politique… mais toutes les déclarations des candidats sont calibrées dans le but unique de disqualifier l’adversaire et de grappiller quelques voix « indécises. » Jamais, au grand jamais, il ne s’agit de l’annonce réelle d’un programme.

 

Et la presse démocratique dans tout ça ? Joue-t-elle son rôle d’éclairage, de déchiffrage, d’investigation ? Entièrement acquise à la cause d’Hillary, elle semble hypnotisée comme un papillon dans la lumière. Elle a dissimulé avec la dernière énergie la maladie de la candidate avant d’admettre à contrecœur et avec bien du retard, le 11 septembre, qu’elle souffrait d’une « pneumonie. » Elle traîne Trump dans la boue depuis le début de la campagne, le traite de « bouffon » et d’« ignorant », des qualificatifs qu’il mérite, certes, mais qui semblent impuissants à freiner sa progression dans les sondages.

 

Sick & tiredC’est là le côté surprenant de cette campagne : le rouleau compresseur Clinton, qui pensait avoir verrouillé, intimidé ou acheté l’ensemble des forces politiques du pays, qui a dans sa poche les pontes du parti démocrate et une bonne partie de ceux du camp adverse, plébiscité par les milieux économiques, qui se prévaut du vote de pratiquement toutes les minorités, qui dépense des milliards en publicité pour salir l’adversaire républicain, peine à écraser celui qui devait jouer un simple rôle de méchant hollywoodien pour s’effacer théâtralement vers la fin.

 

Comme un os en travers de la gorge, l’épouvantail refuse de tirer sa révérence ! Pire, l’unanimité des experts et des médias qui dénoncent avec suffisance le populisme agace les électeurs. Loin de calmer le jeu, elle attise le vote protestataire dans une Amérique profonde qui, loin des studios de télé où les élites papotent entre elles, balance entre colère et désespoir…      

 GOP-Minimum-Wage

Si le système de manipulation des esprits échoue, recourra-t-on, comme en 2000, à la manipulation des urnes ? C’est là l’unique suspense d’une démocratie usée qui révèle ses mécanismes tordus.

***

Pour un essai de définition du terme si galvaudé de e POPULISME, voir ici.

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