Il est urgent de nommer les choses et s’accorder sur les définitions

Posté par grosmytho le 29 juin 2019

 

Ce n’est plus de la politique, c’est du bonneteau.

Comment deux ou trois définitions foireuses entretiennent un quasi-consensus là où évidemment il y a arnaque. On entend le mot crise, on se dit économies. Où ça ? Dans la dépense publique, bien sûr : la plus élevée d’Europe, ma brave dame[1] ! Il faut réformer tout ça, dégraisser, tailler dans le vif. Les pauvres patienteront un peu avec leurs éternelles exigences de subsides et d’hôpital gratuit ! Ils sont trop nombreux et coûtent un bras à la collectivité. Avant de partager le gâteau, laissez donc le temps aux riches de l’agrandir un peu. Pas vrai ? Logique ? On est tous d’accord ?

assistanatAu début, c’était vraiment une crise : on parlait plus précisément de choc (pétrolier). L’élévation brutale du prix du baril, l’économie de l’époque qui se construisait sur un pétrole bon marché, il a fallu s’adapter. Améliorer les moteurs de voitures, revoir les projets d’infrastructures en cours, miser sur d’autres axes de développement, etc. Il a fallu mettre à la poubelle (c’est-à-dire réformer) certains plans existants. Et puis bon, on a réformé.

Puis, comme l’abondance ne revenait pas, et puis avec l’apparition du chômage, on s’est mis à parler de crise. Le choc était derrière nous, mais la crise était là qui se prolongeait. On a peu à peu trouvé que les acquis sociaux devenaient trop lourds, que les droits des modestes (aux soins, à l’éducation, au chômage) étaient de plus en plus difficiles, voire impossibles à financer.  Plutôt que de chercher des solutions, la classe politique s’est dit qu’il était plus simple finalement de parler de « crise » et d’en accuser les victimes. C’est depuis qu’ils nous expliquent en boucle qu’on vit au-dessus de nos moyens, qu’on dépense trop pour les pauvres, qu’on cajole nos malades au-delà du raisonnable et surtout qu’on paye trop grassement nos chômeurs, avec un « pognon de dingue » qui serait mieux employé, faut-il comprendre, par les premiers de cordée. Entendez qu’il faut balancer tout ça par-dessus bord. Pardon : réformer.assistés

Avec le temps, les termes de crise et de réforme sont devenus la tarte à la crème du discours journalistico-politique. Dans les journaux on continue à appeler crise ce qui dure depuis quarante-cinq ans : ce n’est plus une crise mais un mode de vie ! La réforme, dans la langue journalistique, c’est le changement positif, c’est la résolution rapide et indolore de ces contradictions évidentes que chacun constate au quotidien, c’est le remède, la panacée, la pommade bienfaisante qui guérit, et sans effets secondaires, s’il vous plaît. Curieux, mais indéniable : depuis le temps qu’on nous sert ces amères potions, depuis les années que toute réforme annoncée se termine systématiquement en catastrophe avec pleurs et grincements de dents, le terme de « réforme » n’a pas encore pris la moindre connotation négative. Qui a dit que nos journalistes n’ont pas de talent ? Les politiciens continuent à se poser en réformateurs, à nous promettre des réformes de ci et de ça, et le bon peuple, toujours aussi peu rancunier, continue d’approuver.

révolution de l'assistanatRéformer, en réalité, signifie « action de retirer du service (ferroviaire, militaire, industriel) » Certes, Larousse comme Robert mentionnent aussi le sens newspeak en usage de nos jours « changer en mieux (une institution) » mais le sens réel reste celui que l’on constate d’ailleurs le plus souvent : mettre au rencart. Eliminer, détruire, démolir, jeter aux poubelles (dans le but louable de reconstruire, plus tard, dès qu’on en aura les moyens, quelque chose de bien mieux, enfin si tout va bien). C’est ainsi qu’on a vu la réforme de la sncf (dernière étape avant sa privatisation), la réforme de l’hôpital (avant sa transformation en centre de profit), la réforme des régions (avant leur dilution pure et simple dans le magma européen), la réforme du code du travail (avant élimination des derniers droits acquis), etc.

Quid donc de la réforme de la Sécu, la plus urgente selon Gros Mytho ? Réformer la Sécu, c’est l’éliminer. C’est passer de cette solidarité archaïque avec les malades pauvres, si démodée, tellement vingtième siècle, à un bien plus moderne chacun pour soi thérapeutique… On ne peut plus se le permettre ! C’est bien trop cher !Fillon champion des assistés

On peut se demander (sauf lorsqu’on est journaliste salarié par l’un des dix milliardaires qui possèdent la presse française) comment, pourquoi, par quel miracle, le pays ne peut plus se permettre après soixante-dix ans de paix et de prospérité ce qu’il pouvait se permettre au sortir de deux guerres mondiales ? Avouez que c’est quand même drôle non ? En 1944, le conseil de résistance se réunit et décide de lancer la Sécu[2].

 Barbier rase gratisLe PIB est à l’époque inférieur à 400 milliards d’euros (estimation : en fait on se met à le calculer annuellement à partir de 1949), contre 2000 aujourd’hui (en gros). Certes, la population a augmenté un peu, mais bon : ceux qui parlent tout le temps de faire grossir le gâteau au lieu de le partager ont là un bel exemple d’hypertrophie pâtissière. A-t-il suffisamment gonflé ?

Non ! Et presque tout le monde est d’accord : on ne peut plus se permettre le luxe de soigner tout le monde ! On ne peut plus offrir l’éducation gratuite ! Pas possible d’entretenir la sncf avec son déficit chronique ! etc etc vous connaissez tous la chanson par cœur.

Alors nous nous serrons la ceinture en nous rappelant de l’époque où on se permettait des fantaisies. Le PIB a été multiplié par cinq, et pourtant nous nous sommes appauvris. Quelle est donc la clé du mystère ?

Elémentaire, mon cher Watson : la richesse comme la pauvreté sont des grandeurs relatives. L’une n’existe pas sans l’autre et elles ne se mesurent que l’une à l’autre. Aucun Roy de France n’a pu rêver posséder les richesses qui sont aujourd’hui celles d’un smicard. Et pourtant il était à son époque l’un des personnages les plus riches du monde. La pauvreté des « pauvres » d’aujourd’hui n’existe pas comparée à celle des pauvres de Germinal. Pourtant Thomas Piketty nous enseigne que le niveau d’inégalités (de revenu comme de patrimoine) atteint des sommets rarement vus dans l’histoire. Des niveaux d’inégalités qui finissent systématiquement en catastrophe, révolte, jacquerie ou guerre. D’où la fronde finalement pas si incompréhensible des gilets jaunes, qui se sentent pauvres malgré leur smartphone et leur voiture.

assistée et sourianteL’inégalité forte : c’est cela, en fait, et rien d’autre, la pauvreté. C’est là que l’on comprend que peu importe le niveau du PIB : mal réparti, il fait le pays pauvre et la plèbe furieuse. Or le niveau de revenu moyen dont on nous dit qu’il a augmenté, en réalité il a stagné pour les plus modestes tandis qu’il s’envolait pour les plus riches.  

Maintenant que les riches possèdent tout, le seul moyen pour eux de s’enrichir encore (ou le plus simple) est d’appauvrir le pays et le peuple. D’où leur humanisme larmoyant envers les migrants, d’où aussi leur haine pour la Sécu.

Des pauvres en bonne santé : une insulte à nos milliardaires, surtout les plus vieux ! Si un milliardaire en France n’est que marginalement mieux soigné qu’un éboueur à la retraite, où est la justice ? se demandent-ils. Ils rêvent d’un système à l’américaine, où l’on est traité en fonction de son portefeuille, où l’on peut se faire soigner entre gens de bonne compagnie et laisser à la porte les sdf et autres porteurs de microbes…


[1] Renseignement pris, c’est effectivement la deuxième de l’OCDE derrière la Finlande, un pays qui fait l’envie du monde entier pour son niveau de service public. On peut effectivement se demander, au vu de la peau de chagrin du service public chez nous, où va l’argent…

[2] Adopté le 15 mars 1944 après plusieurs mois de négociations, le programme du Conseil national de la Résistance est très empreint de rénovation sociale et suit des principes communistes (économie planifiée), notamment sous l’impulsion de Pierre Villon (rien à voir avec François Fillon), représentant le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France. Ce document comprend deux parties, un « plan d’action immédiate » qui concerne l’action de la Résistance intérieure française à mener dans l’immédiat dans la perspective de la Libération et les « mesures à appliquer dès la Libération du territoire », sorte de programme de gouvernement qui comprend à la fois des mesures visant à réduire la mainmise des collaborationnistes sur le pays et des mesures à beaucoup plus long terme comme le rétablissement du suffrage universel, les nationalisations ou la sécurité sociale7. (Wikiped. Amusant : les 30 glorieuses sont donc le produit d’une politique largement communiste [plan quinquennal, Sécu etc] bon évidemment l’époque s’y prêtait, avec les voitures et les machines à laver, l’exode rural etc. Mais tout de même de quoi boucher un coin à tous les adeptes de « c’est la réalité qui est de droite, point ».

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Le centenaire encore vert

Posté par grosmytho le 11 novembre 2018

Je ne peux pas me retenir d’un petit coup de chapeau aux organisateurs des célébrations du centenaire de la fin de la Grande Guerre. Oui, je sais, Gros Mytho est plus connu pour sa plume acerbe, voire vitriolée, que pour les félicitations qu’il décerne avec une parcimonie confinant à l’avarice.

Macron inaugure les chrysanthèmesL’organisation était impec’. Macron a dignement inauguré les chrysanthèmes ; Merkel, avec sa mine de circonstance, célébré la défaite de son pays, en attendant celle de son parti. Netanyahou était là, se demandant un peu pourquoi sans doute ; Poutine, Erdogan, habituellement boudés, étaient cette fois invités. Le protocole a été respecté.

J’imagine que cela n’avait rien de facile ; il a fallu accommoder 72 des plus gros egos de la planète, d’où défi protocolaire en cascade ! Et puis, accorder les violons de leurs services de sécurité respectifs (enfin surtout celui des Américains qui comme d’hab’ ont effectué une sorte de reconstitution du D-Day avec tanks blindés, hélicos et tout le tintouin !) avec le dispositif national qui lui aussi se devait d’être à la hauteur… Enfin, proposer à tous un programme millimétré à la seconde près pour permettre trognes de circonstance (on commémore tout de même quelques millions de morts occidentales, en plus des autres), rencontres informelles entre personnes qui officiellement ne se causent pas, et ateliers susceptibles de justifier à la maison le déplacement de toute cette armada de luxe…

Bravo donc les organisateurs ; les quelques inévitables mini-couacs ont hollande sorcier de la pluieété habilement évités ou minimisés, comme lorsque le micro présidentiel refusa tout net de transmettre ubi et orbi les plates évidences idéalement calibrées qu’il avait prévu de nous asséner, un petit ramasseur de balles de Roland Garros était là pour lui proposer un micro de secours. Ou comme la pluie qui innonda la cérémonie malgré l’absence de François Hollande qu’on avait eu soin de tenir à distance respectable, à Tulle, pour essayer de conjurer le sort… Pas assez loin ! Quid du Sahel ? Le Blanc-qui-fait-pleuvoir y serait accueilli en héros, enfin !

le défiléComme l’a dit si justement Karl Marx, l’histoire se répète toujours, la première fois comme tragédie, et la seconde comme farce. Ce n’est pas la faute des organisateurs qu’on a été obligé d’assister, en cette période d’avant-guerre, à quelques détails grotesques. C’est celle du monde dans lequel nous vivons, qui n’est pas le pire, mais certainement pas non plus le meilleur des mondes possibles. Il y a cent ans, pendant que les Poilus pataugeaient dans la boue glacée et disputaient leur rations aux rats « gros comme des chats », Paris se livrait aux voluptés des Années folles, avec spectacles extravagants, strip-tease et champagne. La tradition a été dignement reprise avec la concurrence féroce des premières dames internationales pour la plus haute marche du podium… de la haute couture, qui arborant un tailleur Chanel et qui une guêpière Dior, qui son carré Hermès et qui son ensemble Givenchy ! Bon, heureusement leurs maris ne furent pas en reste lors du déjeuner et du dîner… si la presse a beaucoup glosé sur les « pommes de terre de la Somme » censées rappeler (sous une forme désamorcée, inoffensive) le rata des Poilus, elle a le plus souvent passé sous silence les grands crus qui l’accompagnaient et le champagne du dessert…

la foule des chefs d'etatCe n’est pas la faute des organisateurs, c’est juste le monde qui est comme ça… Les bus étaient là, prêts à accueillir les invités de marque pour les conduire à l’Elysée. Sauf évidemment Donald Trump, qui ne prend pas les transports en commun comme le vulgus pecum, lui ! Qui opte bien sûr, pour franchir le kilomètre et des poussières qui le sépare du déjeuner, pour son convoi blindé digne du Paris-Dakar. Ni évidemment Vladimir Poutine, incapable de se contenter du bus si le président américain ne se plie pas à l’exercice !

L’histoire ne dit pas quel sort le 45e président des USA a réservé à la porcelaine de Sèvres après les banderilles macroniennes de l’Arc de Triomphe : « le nationalisme est le contraire du patriotisme » avait-il asséné sans avoir l’air d’y toucher, un peu après la tirade sur « ceux qui optent pour le protectionnisme et le repli sur soi » ; espérons qu’elle était bien assurée, vu le caractère ‘taureau dans un magasin de porcelaine’ de Donald. Espérons surtout que l’ami américain portait bien son oreillette pendant le discours et qu’il a pu réceptionner une petite part au moins de l’émouvante évocation par M. Macron des « pères, des mères, des veuves, des sœurs, des fiancées » des millions de victimes du conflit. C’est à ce moment que l’on n’a pas pu s’empêcher de ressentir cette vérité trop évidente pour être généralement formulée : de tous les personnages présents, c’est bien lui le représentant de la nation va-t-en guerre, celle pour qui la guerre est avant tout une opportunité commerciale et un marché de reconstruction, celle où l’on n’imagine pas les affres du pays dévasté, occupé, asservi, amputé. Celle pour qui le summum de l’horreur et de l’injustice reste l’effondrement de deux immeubles. Celle où l’on croit par conséquent volontiers que la solution la plus efficace à tout différend international se trouve embarquée dans les flancs d’un drone ReaperTRump au cimetière

C’est peu probable. Si bien qu’on peut à peine lui reprocher d’avoir préféré s’échapper et couper court au Forum sur la paix, où on allait à nouveau le bombarder de remarques désobligeantes et de piques plus ou moins subtiles… lui préférant le silence approbateur des tombes du cimetière militaire US.

S’il est resté stoïque jusqu’au bout des cérémonies, le « chef du monde libre » a éloquemment montré par son langage corporel à quel point il se faisait tartir, assis au milieu de ces Européens si compliqués, à écouter leurs discours polyglottes et à assister aux danses des collégiens et aux concerts de musique classique. Les téléspectateurs, eux, ont eu droit à quelques petites digressions, principaFemenlement basées sur de magnifiques photos d’époque… et puis aussi sur l’inqualifiable agression de trois Femen à son encontre. Chose incroyable pour moi qui suis habitué aux news russes ou chinoises : non seulement l’incident non prévu au protocole n’a pas été gommé du journal de treize heures qui lui a consacré plusieurs minutes, mais en plus les seins nus n’étaient pas floutés. Habileté diabolique ? C’est en réalité le meilleur moyen pour empêcher qu’on lise les revendications pacifistes que ces terribles femelles s’étaient barbouillées sur le torse !   

Trump l'enfumeurLe festival des métaphores involontaires et des incidents lourds de sous-entendus ne s’est pas achevé avant la dernière minute des célébrations : alors que Trump faisait ses adieux à l’hôte des lieux, et que la limousine présidentielle blindée enfumait la cour de l’Elysée, multipliant à l’infini les allusions et les sous-entendus tragi-comiques. Comme pour faire un sympathique petit « fuck you » d’adieu à la capitale de la COP21 ! Comme pour suggérer que les désormais premiers producteurs mondiaux de pétrole grâce au gaz de schiste peuvent bien se permettre d’afficher leur gaspillage comme des sheiks d’Arabie Saoudite ! Ou comme pour abaisser un gentil écran de fumée sur les intentions et les impulsions du flamboyant président américain… 

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Si c’était à refaire…

Posté par grosmytho le 4 novembre 2018

Qui nous débarrassera de ces deux inséparables ? Désormais c’est l’une contre l’autre. Tout contre, pour paraphraser Sacha Guitry. Ségolène publie un livre où elle décrit le quinquennat Hollande tel qu’elle l’a cauchemardé. Réponse méritée à François qui tantôt décrivait son quinquennat rêvé… Leçons du pouvoir : à un espace, un s et une cédille près, on serait d’accord avec lui. Malheureusement la cédille est là, le s aussi, et l’espace manque.   

Le con du pouvoirSon livre propose deux choses : la première lisible dans les lignes, l’autre lisible entre les lignes. Le texte officiel, c’est un autosatisfecit. Les réformes courageuses, il les a menées à bout, les réformes importantes aussi, et les impopulaires, il ne s’y est pas dérobé. La leçon du pouvoir est simple : le meilleur président est celui qui laisse le pays en meilleur état qu’il ne l’a trouvé. Et, doit-on comprendre, qui laisse à son successeur paresseux et pusillanime la joie de tirer les marrons du feu : chômage enfin en [très légère] baisse, déficit en-dessous des 3%, des régions compétitives, etc (pas la Coupe du monde, qui n’était pas encore gagnée au moment de mettre sous presse !). Pour les durs de la comprennette, il enfonce le clou : « Je ne me plains pas que ces fruits péniblement acquis, ce soit Emmanuel Macron qui les récolte » (enfin un peu quand même).

Il s’explique sur l’apparente contradiction entre le fameux ‘Discours du Bourget’ et son programme : « j’ai déjà mon idée. Je l’ai formulée dès le discours du Bourget. Le désordre européen est trop périlleux pour que la France ne prenne pas les mesures nécessaires, fussent-elles difficiles. Nous mangerons d’abord notre pain noir. Une fois le redressement accompli, nous procéderons aux redistributions attendues. » Et puis, évidemment, le redressement prend un tout petit peu plus longtemps que prévu, et les mesures de gauche passent à la trappe… Comprenez : ça n’enlève rien à mon mérite.Résultat de recherche d'images pour "consigne de vote hollande au premier tour mai 2017"

En filigrane, subtile, flotte l’idée qu’il a eu bien tort de ne pas se représenter, et que finalement, 2023, ce n’est pas si loin que ça, il n’y aura pas besoin de le supplier longtemps pour qu’il décide de s’y recoller (il paraît qu’il était prévu d’intituler ce pavé Si c’était à refaire…).

François Hollande l’incompris… Il revient avec amertume sur « l’acharnement moutonnier » des journalistes contre lui. « Le succès éditorial supposait de me représenter avec une montre à l’envers, le cheveu décoiffé, le regard perdu ou la cravate de travers. » En effet. Difficile de ne pas constater, par contraste, le culte de la personnalité que la presse réserve à Jupiter… « Dans le livre-déballage du linge sale Un président ne devrait pas dire ça (il paraît que le titre original était Hollande devrait fermer sa gueule) on découvrait avec stupéfaction le Tartuffe de l’Elysée, son incompétence éternellement satisfaite, ses étonnements naïfs sur la méchanceté du monde, ses hargnes aussi soudaines que sans objet…

Amer, il ressasse les mensonges officiels qu’il a clairement assimilés au point d’y croire sur le terrorisme et la politique étrangère de la France. Amertume contre le « revirement d’Obama » qui devait autoriser le bombardement de la Syrie fin août 2013… bizarre : si c’est l’Amérique qui autorise et interdit, si notre diplomatie et notre politique étrangère ne nous appartiennent pas, si nous ne faisons qu’exécuter les ordres d’Obama, pourquoi s’occuper de juger de ce qui est bien et mal ? Si l’on n’est pas responsable, à quoi bon se tourmenter sur les conséquences de nos actes ? Ainsi qu’il ressortait déjà du livre de Davet et Lhomme, François fait sienne la délirante « théorie de la radicalisation » que personne de sérieux ne pouvait prendre au sérieux. « Le processus de radicalisation n’est pas continu. Il peut être très rapide (…) mais il est souvent progressif (…) favorisé par l’adhésion au salafisme, par la fréquentation de leaders engagés depuis longtemps dans le prosélytisme islamiste dans les quartiers, dans les mosquées ou en prison. » Tout de même, il avoue en sourdine que « notre intervention au Mali » et « notre engagement en Syrie » pouvaient avoir un rapport de cause à effet, éloigné, ténu, bien sûr, avec les violences qui parfois s’exercent ici ou là contre nos ressortissants… Un rapport qui bien sûr ne pourra pas entraîner le moindre ralentissement de nos actes de guerre humanitaire !

il a un don

Réécriture du quinquennat ? Les dix-huit chapitres intitulés chacun d’un verbe retracent pourtant (inconsciemment ?) la descente aux enfers que fut la présidence Hollande : après la tonalité majoritairement active, positive des premiers (présider, décider, voyager, vivre, choisir), la seconde moitié comprend surtout des verbes négatifs (regretter, punir, rompre, renoncer…) Le livre se termine sur un bien mièvre ‘espérer’… Qu’espère François Hollande pour la France ? Pour sa postérité personnelle ? Pas grand-chose, si l’on en juge par la volée de bois vert qu’il assène à son successeur en guise de plan média pour la sortie de son opus…

Le livre reprend et développe l’incroyable « Macron m’a trahi ». On reste submergé, épaté, bluffé par la mauvaise foi hollandaise : non seulement l’ennemi de la finance a nommé le financier au gouvernement ; une fois déclaré son renoncement à se présenter, une fois décrété le refus de Macron à se plier à la discipline de la primaire, il accable Hamon de camouflets méprisants et tire à boulets rouges sur la gauche et Mélenchon. Dignité présidentielle, me direz-vous ? Dès le soir du premier tour il monte au créneau pour soutenir, sans ménager ses grimaces ni ses déhanchements, le « traître » MacronRésultat de recherche d'images pour "consigne de vote hollande au premier tour mai 2017"

François Hollande, c’est le digne élève de Mitterrand : la trahison comme art et comme mode de vie. Après avoir trahi ses engagements puis nommé de nouveaux traîtres de classe à sa succession, il trahit ses successeurs en dénonçant leur action qui s’inscrit pourtant dans la continuité de la sienne. Après avoir servi Mitterrand, l’ancien ministre vichyste qui livra le pays à la finance, il aura fait la courte échelle à Macron, le banquier thatchéro-reaganien dissimulé sous la même pelisse socialiste que lui. Macron est un Hollande qui ose. Trahi, François Hollande ? Seulement par lui-même.  

Ennuyeuse, prévisible, cette autobiographie constitue un document historique précieux. Elle documente l’ampleur du malentendu entre un président qui observe dans le rétroviseur le pays des « sans-dents » et la France réelle livrée au hollandisme décomplexé.

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Denuclearization ou 비핵화 ? nuance !

Posté par grosmytho le 16 mai 2018

D’un côté ou de l’autre du Pacifique, le terme de dénucléarisation n’a pas la même signification. Alors que du côté des faucons américains on se réjouit un peu vite de l’apparente volonté de Kim Jong-un de négocier la paix, la presse mainstream fait semblant d’ignorer le nœud de l’affaire : vers quel traité de paix va-t-on ?

la presse se déchaînePar denuclearization de la péninsule de Corée, les Américains envisagent bien évidemment une Corée du Nord renonçant de façon vérifiable à ses armes nucléaires, aux lanceurs et à toutes les technologies coûteuses qu’elle a mis quelques décennies à perfectionner au prix de sacrifices immenses. Une Corée qui ouvrirait aux observateurs américains (plutôt qu’à ceux de l’ONU ou de l’AIEA) l’accès permanent, 24h/24 à toutes ses installations de recherche ou d’expérimentation, dûment démantelées. Une Corée potentiellement réunifiée, mais qui bien évidemment continuerait de bénéficier de la « garantie de souveraineté »… C’est à dire d’abriter les bases aériennes et navales où sont stationnés 28 000 soldats américains, qui organisent annuellement de colossales manœuvres militaires sur terre, sur mer et dans les airs à quelques encablures de Pékin et de l’Extrême Orient russe !

Mais voilà qu’aujourd’hui intervient un nouveau coup de théâtre : la Corée du Nord pourrait revoir les conditions d’un accord, voire même annuler la fameuse rencontre au sommet prévue entre MM. Kim et Trump ! Que s’est-il passé ? Toujours soucieuse de renforcer la thèse du dirigeant nord-coréen mentalement instable, la presse en rajoute des tonnes : « il souffle le chaud et le froid » (on avait entendu ça au sujet de Saddam aussi) ; il se focalise sur des éléments mineurs pour remettre en cause les avancées (comme l’affirme Le Monde). Mineurs, vraiment ?  qui a le plus fou

Il y a eu d’abord la sortie de John Bolton le 29 avril. Le tout nouveau conseiller à la sécurité affirmait sans la moindre vergogne que les Etats-Unis se baseront sur le « modèle libyen » dans leurs négociations avec la Corée du Nord. Celui où l’on a, en 2004, obtenu de Kadhafi qu’il renonce à tout programme nucléaire, avant de fomenter des soulèvements dans son pays qui ont conduit à son élimination en 2011. On aurait pu croire à une maladresse de la part d’un va-t-en-guerre notoire. Mais une semaine plus tard, c’est son chef en personne qui en remettait une couche, dénonçant unilatéralement l’accord passé avec l’Iran, réaffirmant une fois de plus le principe historique : les accords signés par les Etats-Unis ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits. Et puis là, on vient d’apprendre que les manœuvres militaires USA-Corée du Sud, avec exercices de débarquement et participation de bombardiers B-52 capables d’emporter des charges nucléaires, allaient reprendre prochainement, après la « retenue » observée lors des JO et pendant les négociations récentes.

peaceAlors Kim veut-il « mettre des bâtons dans les roues d’un processus diplomatique en jouant de quelque chose qui semble minime », comme le suggère un expert cité par Le Monde ? Ou veut-il simplement souligner l’évidence qu’avec leurs bombardiers stratégiques stationnés à quelques îles de là, les Etats-Unis se réservent le droit de renucléariser la péninsule coréenne, à tout moment et à leur profit exclusif. Donc de vider de sa substance l’accord éventuel.

Fidèles à leur tradition de la négociation asymétrique, les Etats-Unis traitent le reste du monde comme autrefois les Peaux-rouges, l’histoire l’a amplement montré : par des traités iniques quand c’est possible, par la guerre ou les couvertures infectées au typhus s’il le faut. La parole donnée n’est respectée que face à un adversaire trop dangereux pour être méprisé. C’est pourquoi d’autres partenaires doivent entrer dans le processus. Il faut au minimum que les Etats-Unis acceptent de fermer leurs bases sur le territoire coréen, et que la Chine et peut-être la Russie jouent le rôle de garants de la sécurité de la péninsule. Ce n’est qu’à ces conditions qu’on peut espérer une paix durable.  sont ils cons

Kim est-il fou à lier, ainsi que l’affirme de longue date la presse internationale ? Pour le vérifier, il suffira d’examiner le résultat des négociations pour l’instant encore prévues pour le 12 juin. Si Kim accepte de céder son arsenal dans un accord bilatéral, c’est clair, il est mûr pour l’hôpital psychiatrique.

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Qui a dit « ça va mieux! » ?

Posté par grosmytho le 29 janvier 2018

Vous avez remarqué ? La France va mieux !

Hollande MatchCe n’est pas qu’on a moins de chômeurs, ni qu’on pollue moins… On n’est pas débarrassés du roundup et rien ne laisse supposer que nos politiciens sont soudainement devenus vertueux. Les Balkany courent toujours, Cahuzac aussi, Dassault, Woert, Fillon et consorts se sentent tirés d’affaire… Les supermarchés continuent la traite des paysans, et ces derniers continuent de nous empoisonner au régime de Bruxelles… Les terroristes sont toujours aussi motivés, grâce aux multiples frappes de drones que nos militaires distribuent dans nombre de pays lointains.

Objectivement, rien n’a changé depuis le quinquennat Hollande, ou alors pour s’agraver. Et pourtant, le déclinisme qui s’étalait dans tous les journaux a fait place à un curieux et rafraîchissant optimisme. Si avant, il n’était question que d’entreprises qui fermaient, aujourd’hui il y a partout des start-ups, des entrepreneurs dynamiques, des fermes modèles. A la télé, on nous montre des jeunes habités par un idéal, des vieux heureux de profiter de leur retraite… A l’époque Hollande, chaque jour, la première page de nos feuilles de chou arborait la dernière photobomb de Flamby, tantôt grimaçant un sourire niais, tantôt lisant son discours sous la pluie avec son air de chien puni. A l’ère Macron, on découvre les portraits flatteurs de « Jupiter ».

Un véritable culte de la personnalité

Hollande expressQue s’est-il passé ? Simple : Hollande était pote avec les journalistes, et ceux-ci ne se privaient pas de lui faire des niches. Macron, lui, est pote avec leurs actionnaires. Et ça change tout. Désormais c’est la Pravda contrôlée par le KGB.

Hollande faisait ses blagues et ses bons mots avec des journalistes qu’il avait à la bonne, il leur glissait des confidences en « off ». Ou pas. Leurs collègues moins favorisés, jaloux, se vengeaient. Et puis les plus favorisées, en fin de mandat, trahissaient. Que de gloses (méritées) sur l’inversion de la courbe ! Que de fiel déversé sur les amours présidentielles ! La sinistrose s’est installée presque dès le premier jour et jusqu’à la fin du mandat ça n’a été qu’actes manqués et catastrophes !

Hollande le point

Jupiter le point

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis mai 2017, changement de ton. Non seulement le président est « jupitérien », non seulement il est porté aux nues, mais « en même temps » c’est le pays qui se découvre soudain des atouts, des forces, des perspectives… La différence, c’est qu’au lieu de fricoter avec les journaleux, Macron s’entend avec leurs actionnaires. Et ça, franchement, pour avoir des bons articles, ça vaut mieux.

Cette hypothèse est facile à vérifier en se remémorant le quinquennat Sarkozy : lui aussi était pote avec les patrons de presse (ou alors il les menaçait, ce qui revient au même) et le début de quinquennat a été très similaire à celui de Macron : on lui gommait les bourrelets, on le présentait en « omniprésident » capable de prendre tous les problèmes à bras-le-corps… Ensuite, peu à peu, tout s’est dégradé. Monsieur Sarko avait pris la grosse tête, il s’était disputé avec la plupart de ses amis milliardaires, et ainsi commença sa descente aux enfers.

Macron Obs

 

Affaire à suivre : Jupiter partagera-t-il le sort de ses malheureux prédécesseurs ? Comme dirait son coach de la banque Rotschild : « Tout dépend de toi, Manu, tout dépend de toi… » 

« Tu nous boostes la loi travail, tu nous en remets une couche sur les retraites, tu sucres les APL et tu vires l’ISF… Tu privatises la Poste et la Sneufeu… fais-toi plaisir ! »

   C’est toi le patron, après tout non?

 

 

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Quand l’Europe s’interroge sur la Russie…

Posté par grosmytho le 6 décembre 2017

« Où est la Russie ? » s’interroge le magazine allemand Stern. Incrédule, j’étudie l’article qui se base sur une enquête d’opinion conduite en Russie, en Allemagne  et en Pologne, autour du thème « Les Russes sont-ils des vrais Européens ? La Russie fait-elle ou non partie de l’Europe ? » Europe des peuples

Où l’on voit qu’une question mal posée est source inépuisable de sophismes. La Russie est un concept historiquement, juridiquement et géographiquement clair, l’Europe non. Faire de la première l’objet du mystère et de la seconde le mètre-étalon, c’est la sortie de route assurée.

A se demander si la Russie est européenne, on voit la question se retourner. On sait ce qu’est la Russie, mais qu’est-ce donc que l’Europe ? C’est un concept ethnique et non géographique. Donc malléable, discutable. Les premiers géographes européens ont trouvé qu’il était dégradant de partager le même continent avec ces peuplades arriérées de Chine, d’Iran ou d’Inde. Ils ont préféré découper l’Eurasie d’une frontière arbitraire. L’Oural ? Pourquoi pas les Alpes ? Pourquoi pas l’Himalaya ? Pourquoi pas la Volga ?  Europe des langues

De quelle Europe parle-t-on ? L’UE ? Les pays membres du Conseil de l’Europe ? Les territoires compris entre l’Atlantique et l’Oural ? Mais où se poursuit la frontière, au Sud de l’Oural ? Le Caucase est-il européen ?

L’auteur de l’article esquive rapidement la dimension géographique pour proposer l’Europe comme un ensemble culturel. Là encore, ce qui semble évident a priori se complique dès qu’on s’y attarde une seconde : qu’est-ce que la « culture européenne » ? Certes, un grand nombre d’artistes, de scientifiques et de penseurs nés dans cette zone se sont mutuellement influencés, mais peut-on dire que ces œuvres forment un ensemble dissociable des œuvres nées ailleurs ? Voltaire parle des coutumes des Chinois, Montesquieu appelle à témoin les Perses, la science des Lumières s’appuie sur les mathématiques arabes, la littérature « européenne » se diffuse dans le monde où elle se décline en mille versions hybridées. N’en déplaise à Emmanuel Macron, s’il existe bien une culture française, il n’y a pas de culture européenne ! Il y a une culture humaine qui s’est développée en Europe et ailleurs, qui s’est mélangée ici et singularisée là.  Europe géopolitique

L’auteur nous présente alors son troisième personnage fictif : l’Europe des valeurs. Encore une fois, tout est limpide tant qu’on ne tente pas de les définir. Quelles sont donc ces valeurs qui seraient typiques en Europe et exotiques ailleurs ? La démocratie ? Mais la première démocratie de type moderne est née en Amérique ! Les pays d’Europe ne sont pas tous démocratiques, ou pas depuis longtemps ; alors que bien des pays non européens au contraire ont une tradition démocratique. Les droits de l’homme ? La charte fut peut-être parisienne à l’origine, mais elle codifiait des valeurs universelles et intemporelles. D’ailleurs leur interprétation varie très largement, en Europe même, d’un pays à l’autre.

Dès lors, qu’est- ce qui définit l’Europe ? Qui sont ces Européens auxquels on veut ajouter ou au contraire retrancher les Russes ?

Géographie, culture, valeurs : par quelque bout qu’on la saisisse, l’Europe est éminemment discutable. Artificielle. Mouvante. Un concept datant de l’époque coloniale à l’avenir douteux.  

Au lieu de s’interroger sur les Russes et la Russie, l’Europe ferait bien de s’interroger sur elle-même. Qui est-elle ? Que propose-t-elle au monde et à ses propres citoyens ? Quels objectifs communs, quelles valeurs communes pour rassembler ces gens qui parlent des langues différentes et vivent sous des climats différents ?

Eurasie« Il y a longtemps que l’Europe n’a pas produit d’idée neuve » affirmait récemment le doyen de la Faculté de l’économie et de la politique mondiales Serguei Karaganov lors d’un forum stratégique en Russie. C’était pour expliquer le tournant stratégique de la Russie vers la Chine, l’Asie centrale et le développement de l’idée eurasiatique. Une stratégie dans laquelle l’Europe, ce « bout de continent », a toute sa place.

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Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

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L’arnaque du revenu universel

Posté par grosmytho le 4 février 2017

De même que l’homme fut longtemps en lutte contre la nature avant de finalement se mettre à la protéger, on continue de considérer le travail comme un fléau à éradiquer, avant de s’apercevoir (peut-être, un jour, bientôt ?) qu’il s’agit d’un bien à entretenir. « Moi président » tire sa révérence, les travailleurs fêtent dix ans de régime Dukon à base de couleuvres, et voilà relancée la parade des charlatans experts et des recettes miracles. Qui a raison ? La droite ou la gauche ?  placard

Ah, qu’il me débecte ce discours de gauche inspiré de la Genèse « pour ta punition tu devras travailler et gagner ta croûte à la sueur de ton front ! » 35 heures, lutte contre le travail de nuit, lutte contre le travail le dimanche, lutte contre tout ce qui peut arranger ces salauds de patrons ! Pour ces Jean Jaurès d’opérette, c’est toujours la lutte des classes. Moins de boulot pour le même blé, ça ne sort pas de là…

Ah, que je déteste ce discours de droite qui fait du salarié une bête de somme feignante et simulatrice, trop chère, poule de luxe, toujours susceptible de grève, d’absentéisme, de sabotage et qu’il faut à tout prix remplacer par des machines ou des esclaves du bout du monde. Moins de blé pour le même boulot, voilà leur panacée…

diminution-temps-travailA la jonction des deux, on a Hamon et son revenu universel. Hamon est un personnage historique : l’inventeur de l’ultime trahison des travailleurs par la gauche. Son revenu universel leur donne le coup de grâce : il les transforme en purs consommateurs, en fait des tributaires à de l’aumône publique, ôte leurs derniers arguments à ceux qui luttent pour l’emploi, donne raison à 100% à ceux qui dénoncent les feignants assistés qui « ne veulent pas bosser sinon ils en trouveraient, du boulot ». Sur le front de l’emploi, après tous ceux qui pendant quarante ans ont fait semblant de chercher des solutions, il est celui qui dit « laissons tomber ! »

De ce point de vue, on a raison de dire que la gauche et la droite, c’est kif-kif. Leur erreur est la même : faire du travail l’ennemi. Trop cher pour les uns, trop dur pour les autres, elles se relaient efficacement pour le laminer. Pas étonnant que le chômage augmente, avec l’alternance gauche-droite qui souffle le chaud et le froid ! Unies dans le culte du PIB qui affirme que la croissance seule créera l’emploi. La consommation est au taquet, les gens bardés d’iPhones et de tablettes s’endettent pour acheter leur troisième bagnole. De quelle croissance parle-t-on ? Jusqu’où peut-on accroître la consommation ? Le salarié occidental, déjà surmené au travail, est en plus un marathonien du loisir et un forcené des soldes. Doit-il se doper à la cocaïne-red bull pour faire encore mieux et plus ?

A quand un gouvernement d’extrême-clairvoyance qui lira Piketty et acceptera l’évidence ? La croissance à 3 ou 4 ou 5%, la croissance boostée par la consommation, c’est fini. Apprenons à vivre avec une croissance zéro. Et surtout, qui dépoussiérera ces études déjà plus toutes jeunes sur la sociologie du travail ? Qui redécouvrira que le travail est le meilleur lien social ? Que le lien social est indispensable aux citoyens ? Que ceux-ci, s’ils en sont privés, s’étiolent et végètent ? Deviennent dépressifs ? Agressifs ? Que le travail bien dosé, ni trop ni trop peu, assorti d’un stress modéré et de gratifications équitables, est un facteur de développement personnel, d’estime de soi et d’équilibre psychologique ?  valeur-travail

Trop nombreux sont ceux qui pointent la délocalisation vers les pays à bas salaires et l’automatisation comme des fléaux et des signes avant-coureurs de la fin du monde…

La délocalisation n’est pas, pour nos pays, la catastrophe que l’on nous décrit. Et d’une, elle débarrasse nos salariés de toute une foule de travaux dangereux, salissants, aliénants qu’ils ne peuvent ni ne veulent effectuer. Et de deux, elle a permis de réduire le prix de bien des babioles que peu de gens pourraient se payer si elles étaient fabriquées en France. Et de trois, 80% du prix de détail d’une babiole faite en Chine tombe en moyenne dans des poches françaises, qu’il s’agisse de la grande distribution, de l’Etat (impôts & taxes), des transporteurs, des concepteurs, des publicitaires, des commerciaux, etc. La question est de mieux répartir cette manne qui a tendance à tomber majoritairement dans quelques poches, toujours les mêmes.

L’automatisation et la mécanisation ne sont pas non plus le diable incarné. Il faut les considérer avec lucidité : dans certains cas ils sont néfastes à la santé, destructeurs d’emplois, anxiogènes. C’est par exemple le travail à la chaîne, les bornes automatiques, les horribles centres d’appels. Mais dans d’autres cas ils sont au contraire libérateurs, protecteurs, ergonomiques. Citons les grues et nacelles qui évitent aux maçons de se casser le dos à coltiner des briques ou l’informatisation qui permet de conserver et de brasser efficacement des données. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, automatisons intelligemment.

Mais surtout, révisons notre jugement sur le travail. Que l’on soit de gauche ou de droite, il faut évoluer. Le revenu universel ? Ridicule et néfaste : c’est gaspiller notre ressource la plus précieuse, l’énergie et la créativité des gens, pour en faire de purs consommateurs. C’est, par un procédé nouveau, détruire des emplois chez nous pour en créer en Chine.

Une croyance s’est implantée qui dit que seules les entreprises sont créatrices d’emploi. Ce mensonge a coûté assez cher, il faut le faire cesser. L’Etat doit retrouver son rôle d’acteur économique et social. Son job est aussi de créer des emplois. Pas forcément rentables à 100% mais utiles. Utiles à la société, à l’écologie, au lien social, à la culture, au bien-être, à l’agriculture à l’ancienne, à la sécurité routière, à la réinsertion, à la prévention de la délinquance, que sais-je. Cela coûtera toujours moins cher de payer des gens à faire quelque chose d’utile qu’à s’ennuyer. 

Le chômage qui s’étend et se généralise dans certaines catégories de la population engendre la désœuvrance, une maladie mentale qui fait faire les pires conneries à des personnes qui voudraient trouver un sens à leur vie et dépenser cette énergie qui bout dans leurs veines. Tout aussi redoutable est le surmenage et la dépression qui frappent ceux qui « ont la chance de travailler ». Sous prétexte de concurrence sur le marché du travail, on leur impose des conditions de travail inhumaines, des cadences folles, des objectifs inatteignables. Résultat : burning-out, affections liées au boulot, voire suicides chez ces « privilégiés ».

Le travail c’est la santé, apprenons à le cultiver ! La croissance est une drogue, apprenons à nous en passer !

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Saint Barack Obama, priez pour nous

Posté par grosmytho le 2 février 2017

Trump le balourd revient, trait de plume après trait de plume, sur les mesures progressistes qu’Obama a promulguées, pour la galerie, dans les derniers jours de sa présidence. Et tout est désormais de sa faute.

trumpDevilL’Histoire est injuste. Kennedy a commencé la guerre du Vietnam, Nixon l’a terminée. Mais ce que l’histoire a retenu, c’est le sourire du premier et les grimaces du second. Obama s’est inspiré de cet exemple pour vider habilement dans le jardin de Trump les poubelles de son double mandat.

Les deux mandats d’Obama ont été l’âge d’or du pétrole de schiste, ceux où Big-Oil s’est enrichi massivement en provoquant une catastrophe écologique sans précédent sur le territoire US ? Peu importe : d’un Executive Order précipité, il fait semblant de vouloir interdire les forages en Arctique. Comme prévu, Trump l’a annulé, et la tache d’huile orne son costume, tandis que celui de Barack retrouve sa virginité immaculée.

Pendant ses deux mandats, Obama a pourchassé impitoyablement les lanceurs d’alerte qu’il avait promis de protéger ? Il a assiégé Assange et promis à Snowden le traitement réservé à la haute trahison ? Ah tiens non, voilà qu’il gracie spectaculairement Chelsea Manning dans les derniers jours de son bail, passant les deux autres à son successeur qui enfile le costume de méchant persécuteur de justiciers.

Barack a pendant tout son mandat soutenu le terrorisme, protégé Daech et Al-Qaeda en Syrie et s’est livré, à coups de drones et de groupes terroristes « modérés », à un horrible « terrorisme télécommandé » dans des pays musulmans ? Heureusement, avec sa rhétorique islamophobe, c’est Trump qui joue au méchant flic, laissant à Obama, la larmichette à l’œil, le rôle du flic gentil.   saint obama

On doit à Obama la reconduction du Patriot Act qu’il a renforcé en autorisant la NSA à espionner les Américains et à enregistrer des données et des conversations sans mandat sur le territoire US. Mais il retrouve, grâce au grossier canular « Trump élu grâce aux cyberattaques russes », sa pucélitude effarouchée. L’Amérique se réveille cyber-victime du duo Trump-Poutine, Obama entre dans l’histoire comme le défenseur incorruptible des libertés individuelles !

Bien joué Barack ! Pas de cent jours, pas de période de grâce : à peine entré en fonctions, tout est désormais la faute à Trump. Et Saint Obama peut attendre tranquillement sa canonisation prochaine.

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Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

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