Faut-il censurer la presse ?

Posté par grosmytho le 18 juin 2013

Curieuse terreur des régimes non démocratiques devant la prétendue toute-puissance du verbe. Ne pouvant interdire la pensée ni la parole, ils interdisent et censurent l’écrit !

Curieuse terreur des régimes démocratiques promoteurs des droits de l’Homme devant le pouvoir magique de l’écrit qui interdisent et censurent l’expression de « certaines idées qui ne sont pas des opinions mais des délits »…

Chez nous on préfère censurer les étrangers. Le mot d’ordre est : «surtout ne pas donner une tribune à tel dictateur ou tel terroriste !»  On ne sait jamais : et s’il arrivait à nous hypnotiser ? Pire : à nous faire changer d’avis ? A nous convaincre du bien-fondé de son combat ?

Faut-il censurer la presse ? dans Propagande chavez-150x150ahmajinedad-150x150 censure dans Propagande

Et pourtant je vous le demande : quel texte écrit (imprimé, publié) a jamais détruit ou rebâti un temple ? Quel pamphlet a jamais renversé un pouvoir en place ? La parole, je ne dis pas : des tribuns, il y en a eu, et ils ont fait des révolutions et lancé des guerres civiles, soulevé la foule par la force du verbe (pas uniquement – en général ils avaient aussi des milices, des financements et des armes venant de l’étranger). Mais l’écrit ?

Vous me dites Mein Kampf ou le Petit livre rouge? Ou alors les Œuvres complètes de Lénine ? Ces manuels de la pensée du Chef n’ont jamais passionné les foules ; peut-être ont-ils connu un éphémère succès de librairie lorsque le Chef, arrivé au pouvoir par la ruse et par la force, en a fait le livre de chevet obligatoire sous peine de poursuites judiciaires motorisées…  Mais de là à soulever spontanément les passions…

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Hugo, le détestateur le plus talentueux de l’homme du 2 décembre, a écrit les Châtiments, mais ce sont les Prussiens qui ont dû s’occuper du changement de régime en France. Mais les Châtiments ! Un monument littéraire, le summum du pamphlet, qui allie justes récriminations envers les crimes et la corruption du régime impérial de Napoléon III et immensité du talent évocateur. J’adore ses titres qui reprennent dans une mordante ironie les slogans du régime détesté pour en souligner la vacuité :

Livre I La société est sauvée

Livre II L’ordre est rétabli

Livre III La famille est restaurée

Livre IV La religion est glorifiée

Livre V L’autorité est sacrée

Livre VI La stabilité est assurée

Livre VII Les sauveurs se sauveront

Les sauveurs se sauveront ! Victor Hugo exilé par le pouvoir en place s’installe à Guernesey, loin des mondanités de Paris où il brillait, et décrit (déclame et écrit) les turpitudes et la répression féroce du second Empire. De 1855 à 1872 il exprime en vers sa haine du régime qui mettait en boîte les espoirs nés de la Révolution. Il fustige, avec une violence et une verve inouïes, la corruption et les atteintes à la liberté d’expression. Il moque magnifiquement la petitesse d’esprit et la vanité du monarque.

Victor a perdu, mais Hugo a gagné. Il n’a pas renversé le pouvoir en place, il n’a pas eu les honneurs factices & éphémères dont Napoléon le Petit s’est couvert ; mais il a gravé pour toujours les principes de la démocratie et de la justice sociale ; il a rêvé la société social-démocrate : Droits de l’homme, justice, abolition de la peine de mort, intégration européenne, ONU. Cent cinquante ans plus tard, certaines de ses idées ont été mises en pratique, d’autres attendent encore leur heure.

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Mais le pouvoir en place, me direz-vous ? N’est-il pas composé de gens qui, contrairement au donneur de leçons d’outre-Manche, ont à gérer au quotidien la stabilité et la sécurité du pays ? Qui, écrasés de responsabilités, pensent agir au mieux des intérêts nationaux ? Qui, inscrivant leur action dans la continuité historique, se targuent de prendre les ingrates décisions qui leur sont imposées par la situation? Qui ont pris sur eux la responsabilité concrète des affaires?

Napoléon III, Fidel Castro, Poutine, Ahmadinedjad, Hugo Chavez, Hu Jintao ne sont-ils pas aussi ces capitaines inflexibles qui, à force de mesures draconiennes, de sacrifices douloureux et d’entorses à la morale bien-pensante, posent dans leur pays les bases d’un futur meilleur ? D’ailleurs leurs efforts ne sont-ils pas reconnus par la majorité silencieuse qui  préfère toujours l’élévation du niveau de vie à l’idéal démocratique ? N’en déplaise à nos amis les moralistes, ces personnages sont relativement populaires dans leurs pays respectifs. Largement autant voire plus que les dirigeants démocratiquement élus chez nous. N’est-il pas naturel qu’ils détestent ces mouches du coche qui, libres de tout engagement, les harcèlent de leurs sarcasmes et sapent leur grandeur ?

Qui faut-il croire, et qui soutenir ? Le chef ou le dissident ? Ma conviction est que, le monde étant ce qu’il est, les deux sont nécessaires. Il n’y a pas de bons ni de mauvais chefs, celui qui est dépourvu de contempteurs a vite fait de se croire infaillible : sa poigne naturellement s’abat sur tout ce qui ne pense pas comme lui, écrase la contradiction et remet sans cesse à plus tard le débat démocratique. L’imperator avait son Tertullien (Hominem te esse memento! Souviens-toi que tu n’es qu’un homme), le roi son bouffon, le démocrate son opposition. Tout dictateur a besoin d’un bon bloggueur – incisif, méchant, ironique, irrévérencieux – pour bien faire son travail.

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Sommons donc Raoul Castro, Xi, et les autres, de libérer les prisonniers d’opinion, ceux qui n’ont fait qu’exprimer par écrit leur mécontentement. Si Victor Hugo n’a pas eu raison de Napoléon III, il est peu probable que Han Han renverse Xi Jinping, ou Calixto Martínez, Raoul Castro, avouez.

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De même, si je puis me permettre, un petit conseil à tous mes collègues les bloggueurs de la liberté : relisez les Châtiments et faites pareil. D’autant que c’est devenu tellement facile de nos jours, avec internet ! Préférez l’exil à la fausse gloire de l’emprisonnement ou du soulèvement populaire. Blogguez, écrivez, diffusez, pacifiquement, vos arguments irréfutables ! Construisez brique après brique un monument historique qui documentera le présent et fera fi des péripéties du futur ! Et, de grâce, jetez aux orties twitter et langage sms qui ne font franchement pas honneur à la profession…

(A suivre)

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Abolissons les étrangers !

Posté par grosmytho le 17 juin 2013

Abolissons les étrangers ! dans Propagande etrangere6-150x150Etrangère

 

Il est une race de nuisibles incontestablement perverse et dangereuse. Une de celles dont l’apparition fait frissonner les honnêtes gens et dont la prolifération fait lever une lippe vengeresse aux politiciens les plus courageux ; une qui inspire des tirades bien senties aux moralistes de tous bords & de tous pays ; une qui fait l’unanimité mondiale contre elle, tant elle est indéniablement vicieuse & malfaisante !
etranger2-150x150 démocratie dans PsychoPas d’chez nous

 

Il y en a des riches. Oh ce qu’ils sont insupportables, ceux-là, avec leurs petits airs suffisants, leurs bonnes manières hypocrites et leur pitié bien-pensante ! Ils sont presqu’aussi répugnants que leurs ennemis héréditaires : les pauvres ! Ah ces salauds de pauvres, qui veulent à la fois nous attendrir par leur mine piteuse et nous intimider par leur mine patibulaire ! Et puis, entre les deux, tous ces pseudo-pauvres dont la seule ambition est de nous retirer le pain de la bouche avec cet assistanat auquel la loi leur donne droit et qui finiront par réduire à la mendicité les millionnaires eux-mêmes ! Renvoyons-les chez eux, dos à dos, ils nous insupportent autant les uns que les autres ! Et pour faire bonne mesure, ajoutons à notre liste noire des nuisibles :

etranger1-150x150 différence dans Socio Etranger aussi

 

-ceux qui travaillent sans en avoir le droit

-ceux qui chôment parce qu’ils n’ont pas le droit de travailler

-ceux qui refusent de manger le corps du Christ et encore plus celui du porc

-ceux qui voyagent de parkings en décharges municipales

-ceux qui écorchent de leurs barbarismes acérés la belle langue locale

… Ça en fait du monde, vous allez me dire.

etranger4-150x150 étrangers Etranger dans la plupart des pays

 

Une véritable légion en rangs serrés. Cette catégorie des individus antipathiques se regroupe sous un seul et même terme générique : les étrangers !

Les étrangers, convenez-en avec moi, sont trop nombreux !

etranger6-150x150 fatalité Etranger pratiquement partout

 

Les étrangers, qui le niera, sont partout ! C’est bien ça qui les rend insupportables : si encore il y en avait moins… si encore on pouvait, de ci-de là, échapper à leur présence envahissante et à leur haleine fétide… on s’en accommoderait. S’ils restaient l’exception… mais là, partout, nombreux, majoritaires, même, c’est plus possible ! On n’est plus chez soi nulle part !

Bien d’accord avec tous les politiciens du monde ! Dehors les indésirables ! La preuve qu’ils ont raison, c’est qu’ils disent la même chose dans tous les pays. En Europe, en Asie, en Australie même, un seul slogan se décline dans toutes les langues, avec des variations, mais dont le sens général reste le même : « la barque est pleine, fermez les écoutilles ». De gauche comme de droite, en France comme en Angleterre ou en Russie, écoutez-les rivaliser de fermeté, inventer chaque jour des mesures plus radicales pour débarrasser le monde de ce fléau !

 

etrangere2-150x150 frontières Etrangère pas d’chez nous

 

Endiguer les flux migratoires, parquer et policer les étrangers, renvoyer dans leurs pénates ces indésirables qui prolifèrent, réglementer sévèrement la métèque-attitude qui menace nos belles traditions : les voici, les thèmes universels de toute élection démocratique !

Et pourtant… Simone de Beauvoir aurait eu raison de dire : on ne naît pas étranger, on le devient (alors que son histoire de genre, elle, prête franchement à discussion). Etre étranger, c’est être traité injustement. C’est réagir, c’est s’indigner, c’est lutter contre une fatalité. La fatalité fondamentale d’être né ailleurs. La fatalité fondamentale d’être .

etrangere5-150x150 métèque Etrange étrangère

 

Il y a ceux qui comme Bernard Arnault, ont eu le malheur de naître milliardaires dans un pays qui taxe la richesse. Ou comme Yazid Zarour, de naître pauvres dans un pays où il n’y a pas de boulot. Ou comme Triton, de naître romantiques dans un pays où tout est réglé d’avance. Ou comme Razzak de naître dans un pays où règnent la mafia & les exécutions extra-judiciaires. Ou comme la famille Barlagne, parce que leur fille est handicapée, de « représenter un fardeau excessif pour la société ». On devient, on grandit, on se découvre étranger; on le devient avec l’énergie du désespoir, on grandit étranger avec l’énergie de l’espoir, on se découvre étranger avec la conviction que, si l’on ne peut pas changer le monde, on peut du moins changer de monde. Aujourd’hui, demain, un jour (sommes-nous déjà si formatés pour accepter l’inqualifiable et nous résigner à l’inévitable) ? Dites-moi, n’avez-vous jamais été étranger? N’avez-vous jamais caressé le secret désir de le devenir ?

etranger3-125x150 PIB Bizarre étranger

 

Le monde est globalisé et se globalise encore plus : comme jadis les histoires de clocher, les histoires bêtement nationales sont aujourd’hui comiques et caduques.

Il fait mieux vivre ici que là ? Tout le monde se précipite du pays A vers le PIB ? Tant mieux : le pays B partage sa richesse, enseigne sa recette du succès, offre des opportunités à plus de monde. Il rayonne, il est admiré, envié, copié. Il bénéficie d’une main-d’œuvre pas chère, motivée par la promotion géographique. Voyez l’exemple étasunien : attracteur depuis des siècles de tout ce que le monde compte d’inventeurs, d’enthousiastes et de créatifs, il donne sa chance à chacun et prend sous son aile, sans trop maugréer (sauf en période électorale…) des millions de nouveaux citoyens chaque année. Le brassage permet la confrontation, l’émulation, la pollinisation. Qui osera nier que les Etats-Unis, avec leur tradition du melting-pot, et par-delà tous leurs autres défauts et problèmes, constituent le plus grand réservoir mondial d’optimisme et d’énergie, d’innovation et de créativité ?

Le monde est globalisé, que diable ! Globalisons un peu les esprits. Avec internet, les voyages en avion au prix d’un repas pris dans une gargote populaire, la liberté de circulation des personnes (en théorie) et des biens (en pratique), nous sommes tous, forcément, l’étranger de quelqu’un.

Reconnaître cette évidence, « nous sommes tous étrangers », c’est abolir la notion même d’étranger. Si tout le monde l’est, c’est qu’en fait, personne ne l’est.

Personne n’est étranger a priori : on ne le devient que sous le regard hostile des autres.

A l’heure où les étrangers en situation irrégulière font tout le sale boulot (nettoyage, construction, restauration, racolage téléphonique) en sus de leur emploi à plein temps de bouc émissaire, il faut qu’un Spartacus apparaisse parmi eux qui dise : « Etrangers de tous les pays, nous qui sommes majoritaires, déclarons-nous citoyens ! »

etrangere4-150x150 politiciens Etrangère d’origine mystérieuse

 

Qu’un Victor Hugo déclare venue « cette minute extrême où une détresse veut devenir une catastrophe ». Où les étrangers, qui tiennent à bout de bras l’économie mondiale, feront grève et seront enfin entendus.

Qu’un Lénine demande: « A qui la faute ? Que faire ? ». Et que l’on s’accorde à dire que personne n’est responsable de son lieu de naissance et que chacun a le droit, pour son épanouissement personnel, d’aller vivre et travailler où bon lui semble.

Qu’un nouveau Karl Marx clame: « Etrangers de tous les pays, unissez-vous! ».

C’est ce dernier point qui sera le plus difficile. Verra-t-on des riches et des pauvres s’entraider ? Des gens d’origines différentes se comprendre ? Des groupes de personnes transgresser l’éternelle logique ethnico-tribale et aller à la rencontre les uns des autres ?

etrangere3-150x150 tolérance Etrangère d’ailleurs

 

Pas de sitôt, je vous l’accorde. J’ai parfois comme vous de ces accès de misanthropie où j’écrase une larme silencieuse en me disant que l’être humain est décidément une bien vilaine bête. Mais à ces moments-là je me rappelle que l’on a vu, au plus fort de la première guerre mondiale, des fraternisations entre boches et poilus. Des troufions assis dans la même gadoue et refusant de se tirer dessus. Décrétant l’armistice pour le soir de noël, à l’encontre des ordres de l’Etat-major. Partageant, en attendant d’être fusillés chacun de leur côté pour trahison, un saucisson et un verre de vin.

etranger5-150x150 Etranger pas d’ici

 

Si c’était possible il y a cent ans, ça sera possible demain. Malgré les politiciens qui jettent de l’huile sur le feu et soufflent avec gourmandise sur les braises du conflit des civilisations, on verra fraterniser les gens de tous les pays.

Et disparaître les étrangers, par auto-abolition ! De leur propre volonté, ils cesseront d’exister ! Couleur de peau, dialecte exotique, traditions bizarres : la tare qui fait montrer du doigt deviendra signe distinctif et fierté de chacun.

On mettra en commun nos problèmes presque insondables et nos ressources presque infinies, et on fraternisera.

etrangere1-150x150 Elle est pas chez elle ici

 

Evidemment c’est une utopie. Evidemment, c’est impossible. Pensez : sans étrangers, il n’y aurait plus personne pour endosser la responsabilité de tout ce qui va mal. Plus de campagne électorale possible, donc. Et les élections sont par définition toujours à l’horizon…

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Tribut à Frankensteve Jobs

Posté par grosmytho le 14 juin 2013

Témoin d’une scène pas si extraordinaire : l’autre jour alors que je faisais mon marché j’observais deux garnements en train de chahuter. L’un est clairement plus fort et plus déterminé : il bourre son compère de taloches et de coups de pied au cul, tandis que l’autre encaisse en esquivant et en riant jaune. Soudain, au détour d’un coup plus brusque que les autres, le smartphone du second s’échappe de sa poche et tombe sur le sol pavé ! Je vois le malheureux qui plonge d’un air affolé, récupérer et examiner son bien, l’ausculter avec une souffrance non simulée, sous les sarcasmes de son ami. Lui qui subissait stoïquement les bourrades assez vigoureuses de son compère est maintenant décomposé de douleur de voir son joujou ébréché !

Tribut à Frankensteve Jobs  dans Psycho iphone-casse-160x300Vendues comme des panacées qui nous rendent forts et charismatiques, ces babioles ont au contraire le pouvoir de nous rendre vulnérables. Fragiles comme des mères inquiètes au chevet d’un enfant malade ! Elles nous rendent peureux devant la perte, le vol, l’endommagement toujours possibles ! Tremblants comme le savetier enrichi de La Fontaine, que n’avons-nous comme lui la sagesse de les rendre, ces merveilleuses richesses qui nous privent de sommeil ?

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En anglais, «device » signifie (au XXIème siècle) ‘appareil (normalement petit et portatif, électrique/électronique, à vocation domestique ou nomade)’ et (mais c’est un peu désuet) ‘dessein’ ou ‘fabrication’. D’où le slogan-jeu de mots « Prisoner of your own device » (‘prisonnier d’une cage de ta propre fabrication’ mais aussi ‘prisonnier de ton propre smartphone’). L’autre jour deux amies arrivent dans un bar, commandent deux cafés, s’installent, déballent leurs iPhones. Elles n’échangent pas un mot en une heure, et c’est pitié de les voir tipoter de frivoles nouvelles avec leurs amis absents en ignorant la chaleur et la proximité de l’amie assise en face.

Ah la génération iPhone : tout à ma rancune & à mon sarcasme, je ne vous ai pas dit pourquoi c’est à lui, ténébreux objet du désir et incarnation de la platitude, que je m’en prenais si violemment! Il est devenu si omniprésent, si emblématique, qu’on ne peut plus attaquer que lui! Le MacDo de la pensée, le Coca-Cola de la mode ! A travers lui on parle de tous ces gadgets de plus en plus microscopiques et pourtant envahissants (par nano-prolifération) qui tous vous confèrent les pouvoirs surprenants, surnaturels & surhumains qui vous manquent : divination, ubiquité, télépathie, intelligence (artificielle).

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Bill Gates avait dit qu’en matière de dialogue en ligne, vous ne pouvez pas savoir si votre interlocuteur est un humain ou un chien. Steve Jobs va plus loin et met au point le summum de l’évolution anthropoïde. Même dans leurs pires cauchemars, ni Darwin ni Pavlov n’ont pu imaginer ce perfectionnement du primate équipé d’un pouce opposable. Quatre doigts en nacelle pour enserrer tendrement l’iPhone, le pouce gauchement recroquevillé par-dessus, le regard focalisé sur un horizon virtuel situé dans la profondeur pourtant millimétrée de l’appareil, l’index de la main libre gratouillant l’intérieur des narines, le cerveau indisponible… But ultime de l’évolution : le primate interactif, créature de Frankensteve Jobs.

Steve Jobs est mort. Au milieu des hommages dithyrambiques qui ont retenti de toutes parts, peu nombreux sont ceux qui ont pris la véritable mesure du personnage : un gars qui a réussi à asservir les riches (qui se bousculaient à 4 heures du mat’ devant les magasins pour être les premiers à acheter l’iPhone hors de prix), les pauvres (Chinois de Foxconn où on a installé des filets sous les fenêtres parce que les gens sautaient pour se suicider), à décerveler les premiers et à exploiter les seconds ! A prendre l’argent des uns et la santé des autres ! Un dieu vivant dont les uns comme les autres subissaient servilement les oukazes ! (Sans parler de l’optimisation fiscale mondiale qui localise les centres de profit dans les paradis fiscaux, récemment soulignée par la presse, qui lui permet de payer moins d’impôts en dépit de bénéfices historiquement inégalés). Pas étonnant que sa boîte à la pomme soit passée première capitalisation mondiale ! Génie du mal universel, il a fait pire que Hitler, Mao et Staline réunis : avec ses machines infernales, il a conquis tous les continents. Heureusement qu’il est mort, avec ses super-pouvoirs magiques, qui sait jusqu’à quelle déchéance inédite il aurait entraîné l’humanité ?

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On parle toujours dans nos pays de crise du pouvoir d’achat. C’est une erreur de diagnostic : on ne manque pas d’argent, on souffre d’un excès de désir. Convaincu qu’il sera de plus en plus heureux à mesure qu’il accumulera les babioles de marque, le malheureux consommateur ne peut les acheter toutes ! Supplice de Tantale de voir sans cesse échapper (faute d’argent) ce énième gadget qui, c’est sûr & certain, lui apporterait enfin la sérénité… Addiction de joueur devant la roulette qui lui soutire un à un ses jetons en lui promettant la fortune…

A rebours de l’accumulation toujours décevante se trouve la surprenante satisfaction du renoncement. La surconsommation a ses limites, la non-consommation aussi ; les deux frontières sont riches de merveilles à explorer.

C’est comme pour beaucoup de choses : il faut commencer par surmonter une répulsion instinctive. Mais on prend finalement autant de plaisir à vaincre l’endoctrinement qu’à céder à ses sirènes. Vous n’allez pas me croire : une fois épuisées les joies que proposent Hugo (Boss), Louis (Vuitton), Christian (Dior), on est surpris des trésors que l’on trouve chez Hypatie et Sénèque. Après la mode Dolce&Gabana, essayez la collection Diogène&Epicure.

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Gros Mytho Déteste … la télé

Posté par grosmytho le 12 juin 2013

Grâce à l’Europe, la Grèce est en train de devenir un paradis. Et les Grecs, au lieu de nous remercier, montent sur les barricades! Regardez-les réclamer leur dose de propagande comme des camés en manque!

Interruption brutale des programmes! Ecran noir! On ne sait pas qui cette mesure de provocation effraie le plus: les bureaucrates de Bruxelles ou les cons sommateurs? En tout cas, ce qui reste de gouvernement grec a décidé de les envoyer les uns contre les autres comme deux locomotives en folie!

Déjà, de partout, la presse monte au créneau. « Arrêt brutal » de la télé pour LeMonde.fr, « Atteinte sans précédent contre la liberté d’expression » pour tel pontificateur sur France Info… Alors que Gros Mytho, lui, se prend à rêver: en Grèce, déjà qu’ils ont le soleil et la mer, en plus libérés de la télé! Ce pays pourrait devenir un paradis pur & simple.

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Je hais la télé comme l’ex-comateux hait son coma, pour toutes ces heures perdues alors que j’aurais pu dormir, lire, parler à quelqu’un, réfléchir, étudier, jouer au foot, voyager, ou vivre, tout simplement. Pour tous ces souvenirs factices et sans valeur qui encombrent ma cervelle, aussi polluants et imputrescibles que des bouteilles en plastique jetées dans le fossé au bord de la route.

 

Je hais la télé parce que c’est elle, finalement, qui aura la peau de la démocratie. La démocratie se nourrit d’information. Or une majorité de nos contemporains se contentent des informations télévisées pour comprendre et évaluer le monde. Les actualités télé ne sont pas de l’information (au sens de faits et analyses indiscutables parce que démontrables) mais un récit de fiction illustrée basé sur des faits réels mis en scène par les télés, entreprises privées financées par leurs annonceurs. C’est elle, en décrivant une France en proie à l’anarchie de bandes d’immigrés hors la loi se livrant à toutes sortes de dangereux trafics, qui a fait gagner Sarkozy en 2007. C’est elle qui désormais endort le public de merveilleuses fables sur les extraordinaires qualités entrepreneuriales de ses propriétaires et de leurs amis milliardaires créateurs d’emplois (qui en réalité sont presque tous des héritiers plus ou moins oisifs et corrompus) et fustige la gabegie de l’assistanat des RMIstes et des RSAstes paresseux et fraudeurs (alors que le volume de ces fraudes, bien réel, reste infinitésimal par rapport à celui de la fraude et de l’optimisation fiscale de ces mêmes ploutocrates).

Coluche résumait à l’époque : « On ne peut pas dire la vérité à la télé … il y a trop de monde qui regarde ! »

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La liberté d’expression, me direz-vous! Quid de Gros Mytho défenseur farouche de l’expression libre? La télé, c’est pas pareil?

L’expression libre est écrite (ou dite à la radio, c’est pratiquement pareil) parce qu’elle permet d’exposer des arguments de manière civilisée (par opposition au poing sur la gueule) et loyale – permettant la réfutation point par point sur le même support, journal ou livre ou blog (par opposition à la télé).

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La télé est déloyale parce que

-c’est elle qui cause et personne ne peut répondre (il faut pour passer à la télé soit être membre de l’élite télévisuelle habituée des plateaux, soit l’abruti de service choisi par la télé pour délivrer un message d’un soir sans espoir d’y revenir). Gérant les questions et les réponses, elle crée un monde virtuel qui s’applique à tous.

-sous prétexte de «temps limité» la télé ne cesse de saucissonner / censurer ce que les gens ont a dire. Tout message qui ne tient pas en cinq secondes est anti-télégénique. Donc passe à la trappe. La pub est parfaitement télégénique, ça tombe bien, en plus c’est elle qui paie les salaires du monde de la télé. Elle a droit à 13 minutes par heure.

-au-delà de ce qui est dit, la télé crée un contexte qui exprime au besoin le contraire exact de ce qui est dit. Par exemple on verra un gars crier en étranger «Bande de salauds !» et le message télévisuel sera au choix (selon les besoins du moment): « cet homme est la victime d’une injustice scandaleuse » ou alors « cet homme est un dangereux fanatique qui menace la société » ou alors « cet homme est un alcoolique qui bat sa femme ». De toute façon il braille en patagon et a l’air vraiment méchant, alors allez savoir. Le message délivré par la personne qui parle à la télé est emballé et conditionné par le présentateur (et le monteur) qui donne le ton et impose sa vision du monde. Tout en se dédouanant hypocritement : n’a-t-il pas donné la parole à un témoin direct ?

-elle met (littéralement) les rieurs de son côté, avec ces affreux rires enregistrés et ces acclamations sur commande qui saupoudrent les plus insipides émissions et tournent en ridicule les rares interventions sensées qui arrivent à s’y glisser.

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Certes, il faut distinguer entre télé de gauche et télé de droite.

La télé de gauche, c’est la télé publique, celle du monopole étatique, celle qui véhicule la version officielle et entrelarde ses actualités d’émissions culturelles, de vulgarisation scientifique et de cours de langues. La télé de droite c’est celle du temps de cerveau disponible. « On donne aux gens ce qu’ils demandent », entendez des infos anxiogènes, de la télé-réalité, des histoires de people calibrées et prévisibles… et de la pub. Paradoxe : en France c’est un gouvernement de gauche qui a enterré la télé de gauche et ouvert la voie à la télé de droite. Et c’est un gouvernement de droite qui a relancé la pratique de la mainmise de l’Etat sur la propagande des infos.

A tout prendre, je déteste moins la première (mais elle a déjà perdu la partie) que la seconde (victoire à la Pyrrhus : elle sera bientôt phagocitée par la pub). La publicité télévisée, la publicité en général, est tout simplement scandaleuse. Loin d’être l’inoffensive poésie ou le charmant sophisme enjôleur que certains optimistes veulent y voir, elle est une insulte permanente à l’intelligence doublée d’une pollution toxique des esprits. Elle est la négation de toute tentative d’élever le niveau culturel, la perversion de toute culture. Elle transforme les sonates de Chopin en signal pavlovien pour acheter un dentifrice et dégrade les aphorismes de Mark Twain en slogans bêtifiants pour stimuler la vente de smartphones dernière génération.

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La Fontaine, décrivant les intrigues de cour, prédit Star-Ac :

« …Qu’ici-bas maint talent n’est que pure grimace,
Cabale, et certain art de se faire valoir,
Mieux su des ignorants que des gens de savoir… »

(La Fontaine, Le lion, le singe et les deux ânes)

Balzac, parlant de l’avenir du théatre, entrevoit la télé-réalité :

« Quand tout le monde aura de la gloire, comment pourra-t-on se distinguer ?  demanda Gazonal

- La gloire… ? Ce sera d’être un sot, lui répondit Bixiou ».

(Balzac, Les comédiens sans le savoir)

Nabilla répond

« Blazak me traite de conne ? Cé ki çui-là? Nan mais allô quoi ! On n’a pas été à la ferme des célébrités ensemble, a c’que je susse ? »

(Nabilla, Les Anges de la Téléréalité)

La télé : une auto-parodie. Un bêtisier érigé en grille de programmes. Une course aux sommets de la nullité ; chasse infatigable du record d’idiotie.

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La prolifération télévisuelle est double : ubiquité des écrans, multiplication des chaînes et des programmes.

La pandémie s’étend. On achète des écrans plats, on en met dans les cuisines et les chambres à coucher, les restaurants, les salles d’attente, les ascenseurs. Bientôt aux plafonds, sur les portables et dans les cagoinces.

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En France, on aime mieux la télé que le boulot : 3 h 47 min en moyenne PAR PERSONNE et PAR JOUR (Médiamétrie données 2011)! Pire que la grippe aviaire, que le réchauffement planétaire, que la crise monétaire ! Une véritable pandémie. Imaginez ces 83 milliards d’heures annuelles (j’arrondis – mais c’est plus que les heures travaillées) consacrées à quelque tâche utile, voire productive : 1,68 fois le PIB français en plus ! Lui qui peine à croître de 0.5% par an, il pourrait doubler d’un coup !

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Encore un petit effort : ces chiffres effarants ne représentent pas une limite indépassable ! « Aux USA (& demain en Chine, après-demain chez nous) 28 heures passées devant le téléviseur par semaine pour les enfants de 6 à 11 ans, et même 32 heures pour les 2 à 5 ans (soit une moyenne de 4 heures et 4 heures 30 respectivement). Ces chiffres, tels que relevés aux Etats Unis par Nielsen, représentent un record au cours des 8 dernières années d’après l’institut.

Sur 32 heures par semaine passées devant l’écran pour les plus petits, 25 vont d’après Nielsen à regarder la télévision classique, un peu plus de 5 à visionner des DVD ou des cassettes vidéo, et une heure et quart à jouer sur des consoles. Pour les plus âgés, les chiffres qui ressortent sont respectivement à 22 heures, un peu moins de 3 heures, et 2 heures et demi ». Dernière minute : les chiffres 2011 annoncent que la barrière psychologique des 5 heures quotidiennes est franchie ! Rien d’impossible donc pour ce média qui bientôt ne se gênera plus pour nous réveiller la nuit et nous accompagner jusque dans les chiottes et dans la voiture.

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Parasitage du temps de veille, pollution intellectuelle ne sont rien. Ajoutez à ce diagnostic le formatage étasunien des esprits, comme le souligne l’extrait suivant :

« La télé vicie l’identité nationale, chère à nos élites de droite. « Vos petits « rebeus » en mal d’intégration, « baby-terroristes en devenir », sont des purs produits du terroir média-politico-financier français. Ils se prennent pour des Blacks Panthers américains qui luttent contre l’esclavage. Ils dealent, ils volent, ils braquent, ils brûlent, ils agressent en jurant à tour de bras. Tout cela au nom de ce que l’on a fait à leurs parents. Leur icône : Tony Montana. Scarface. Superproduction américaine. Leur musique : 50 Cent, Eminem, Marvin Gaye… Leur resto préféré : le McDo. Tu parles de rebelles, de terroristes… ils sont labélisés depuis leur caleçon jusqu’à leur ceinturon. Ils sont américains.

Et c’est un peu normal quand on sait que la seule activité qu’on leur proposait, enfants, en dehors de l’école ou de la rue, c’était la télé. Leur communautarisme grandissant n’est que l’écho de la mosaïque éclatée qui sévit à Harlem, à Watts, dans le Bronx. D’ailleurs nous sommes tous américains. Nos élites intellectuelles et artistiques, quand elles ne vivent pas à New York, même lorsqu’elles se revendiquent labélisées « Terroir de France », oublient tout dès qu’un contrat, un studio, une interview leur sont proposées à l’Ouest. » (tribune Idées sur le Monde.fr, de Mounir Berkane)

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Ordre ou liberté: pourquoi l’Occident choisit l’ordre

Posté par grosmytho le 11 juin 2013

Il y a deux livres qu’il faut lire absolument : comme vous n’avez pas le temps, je me permets de me fendre d’une petite fiche de lecture comparée. Vous allez vous tailler un franc succès lors du prochain cocktail du comité d’entreprise en exposant avec brio les thèses iconoclastes de ces deux penseurs contemporains.

A ma droite, Michel Schneider, psychiatre, qui écrit son pamphlet Big mother en 2002 pour s’attaquer à l’inquiétante infantilisation du public et analyser avec férocité cet «Etat interactif qui incite, impulse, initie», cette société qui est malade de sa mère, l’Etat Big Ordre ou liberté: pourquoi l'Occident choisit l'ordre dans Fiches de lecture big-motherMother, plus aimante que prévoyante, qui s’empresse de dilapider les deniers publics et d’endetter le pays pour apaiser un moment ses capricieux rejetons.

C’est l’Etat «ne s’emparant de tout que pour tout laisser en plan».

Il cite Jacques Chirac qui en 1998 a cette formule : «Les Français attendent tout de l’Etat et n’en espèrent rien». Il cite Tocqueville qui avait prévu cette évolution : «La plupart estiment que le gouvernement agit mal ; mais tous pensent que le gouvernement doit sans cesse agir et mettre à tout la main». Et sa synthèse d’analyste : «Assistance, sécurité et assurance sont les fonctions maternelles premières. La substitution d’un mode de contrôle social à l’ancien mode autoritaire, le traitement du déviant en malade, le remplacement de la punition par la réhabilitation médicale, l’emprise des professions d’assistance sur la famille et la société, tous ces traits s’inscrivent dans la croyance que tous les conflits peuvent se résoudre par une assistance maternelle publique qui partout absout l’individu de toute responsabilité morale et le traite comme une victime des conditions sociales. (…) la politique est représentée comme une vaste police d’assurance «tous risques».» michel-schneider1-150x150 big mother dans Socio

C’est incontestable : alors que l’Etat occidental se désengage de ses rôles traditionnels, sous-traite au privé des pans entiers du service public, réduit les dépenses et les effectifs, privatise les infrastructures, bref se retire de notre vie quotidienne, le public le harcèle de demandes de plus en plus incongrues. A en croire les activistes les plus virulents, l’Etat doit prendre en charge non seulement l’ordre public, la défense nationale, l’éducation et la santé, mais encore fournir des emplois, augmenter le niveau de vie de la population et… donner un sens à leur vie.

Ce malentendu est douloureux pour ceux qui le vivent, mais assez cocasse vu de loin : on dirait un couple en désamour, dont l’un dit «je suis venu te dire que je m’en vais, et tes larmes n’y pourront rien changer… » tandis que l’autre répond «ne me quitte pas, tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà, les malentendus et le temps perdu à chercher pourquoi».
C’est le mélodrame permanent : à peine élu, le dirigeant populaire voit sa popularité chuter; le peuple qui l’a porté aux nues hier se met aujourd’hui à le détester. Pourquoi?

C’est que, analyse Michel Schneider, la société démocratique suit un mouvement qui va à rebours du «processus de maturation» qui est celui de l’enfant qui grandit et devient adulte. Celui qui va «de la dépendance totale vers l’indépendance relative puis l’indépendance assumée» et qui requiert de «passer de l’illusion vers la désillusion».

Ce paradoxe n’est qu’apparent. Permettez-moi de vous présenter à ma gauche, Raffaele Simone, qui écrit en 2006 Le Monstre doux qui prend pour cible «la droite nouvelle», la droite décomplexée, celle qui dans les sociétés capitalistes ne s’embarrasse plus de fioritures pour prendre le contrôle des cœurs et des esprits. raffaele-simone droitisation

Le sous-titre du Monstre doux est «L’Occident vire-t-il à droite ?» mais il devrait être «Pourquoi l’Occident vire à droite» tant la tendance décrite par lui est implacable et apparemment irréversible. M. Simone montre que l’évolution démographique, le hold-up des banquiers sur les pouvoirs publics, la rapacité des baby-boomers qui se taillent la part du lion de la richesse nationale, ne sont que des aspects finalement marginaux de la déroute généralisée de la gauche au profit de la droite que l’on constate partout en Europe et ailleurs. La victoire de la droite est universelle ; lorsque c’est un candidat étiqueté «de gauche» (cf Obama ou Hollande) qui l’emporte, celui-ci se met brusquement à virer casaque et poursuit scrupuleusement la politique ses prédécesseurs contre laquelle il avait été élu. Il ne s’agit donc pas d’une affaire de personnes mais bien d’une tendance lourde dans la société occidentale. C’est le court-termisme, la régression progressive de l’horizon économique, l’infantilisation paradoxale de la société pourtant vieillissante, qui sont en cause. M. Simone énumère 4 niveaux de changement dans la société : dissolution de la classe ouvrière, récupération de l’esprit de gauche dans des catégories sociales qui votent à droite, désengagement politique quasi-total des jeunes, et surtout le triomphe (à tous les étages) d’une culture consumériste individualiste qui sape, dissout et annule les ambitions collectives. le-monstre-doux le monstre doux

Finalement, explique Raffaele Simone, la défaite historique de la gauche vient de ce qu’elle est artificielle, par opposition à la droite, naturelle. Ce que la gauche gravit à force de sacrifices et d’efforts, la droite le dévale dans l’ivresse de la vitesse.

La gauche ne cesse de se projeter dans l’avenir, avec des projets grandioses & irréalistes. La droite ne fait qu’administrer le présent. Si la gauche ambitionne naïvement d’améliorer l’homme, les rapports sociaux, l’égalité entre les personnes, la droite ne cesse de se référer à l’ordre naturel, à la «main invisible», à l’intérêt particulier. La gauche tente d’institutionaliser la solidarité et la générosité, la droite préfère flatter l’égoïsme et l’individualisme.

Il est donc parfaitement logique que, malgré de petites réussites ici ou là, on constate la déroute généralisée de la gauche et le triomphe inconditionnel de la droite. On peut s’en alarmer et redouter la fin du voyage, subodorer qu’un arrêt aussi brutal que catastrophique nous attend à brève échéance. On peut aussi, avec Henri Queuille (1884-1970), se dire que « Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne finisse par résoudre ».

Ce que M. Simone dénonce sous le terme de Monstre doux, c’est cette tyrannie largement acceptée de la modernité, du fun, du divertissement, de l’insouciance et de l’immédiat. L’Etat et les citoyens vivent à crédit et croulent sous des dettes qu’il sera bientôt impossible de rembourser. Le savoir, la culture et la connaissance, rébarbatifs, sont remplacés par des ersatz kitsch ludiques.

Gauche-droite ? C’est amusant de voir que, même si leurs origines sont différentes et leurs points de vue opposés, MM. Simone et Schneider partagent une même admiration pour l’inspiration visionnaire de Tocqueville (que l’un comme l’autre citent abondamment) et dénoncent le même cercle vicieux : les pouvoirs démocratiques flattent et entretiennent les pulsions égoïstes et court-termistes du public, public qui n’écoute et n’élit les plus habiles bonimenteurs que pour être ensuite cruellement déçu de les démasquer comme tels. «Tous pourris, tous pareils», telle est l’expression du dépit des citoyens pour la politique. «Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent» leur répondent les politiciens les plus avisés.

Qu’est-ce qui vaut mieux ? La dictature du prolétariat (dirigeants occupés à épier les exigences irréalistes et contradictoires de leurs ouailles pour faire semblant de les satisfaire) ou le prolétariat de la dictature (classe politique non élue mais cooptée, redoutant & prévenant les mystérieuses sautes d’humeur de la population) ?
Pas facile, parce que l’ordre et la liberté sont deux grandeurs nécessaires mais contradictoires. «Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs.» (Tocqueville, De la démocratie en Amérique).

A lire donc !

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« Messieurs les moutons, … »

Posté par grosmytho le 10 juin 2013

A notre époque de démocratie en phase terminale, où les politiciens se piquent de reprendre un peu le contrôle des esprits en même temps que celui des télés, et reviennent aux bonnes vieilles « petites guerres victorieuses » pour asseoir leur autorité, il est plus que jamais d’actualité. Hommage à Alain, nom de plume d’Emile Chartier (1868-1951). Lisez, puis courez acheter le bouquin !

Ceci n’est pas une fiche de lecture en fait ; disons plutôt de larges extraits : il serait présomptueux de résumer ou de commenter une œuvre aussi subtile. Pas question d’édulcorer ou de travestir. Pas de plagiat : on cite ou on réfute ! Alors, disons un dialogue posthume avec quelqu’un à qui, comme moi, on proposait d’écrire un livre. Lui aussi se défendait (mollement) contre cette idée. Voici ce qu’il écrivait :

« Naturellement que je sais ce que c’est qu’un livre ; je crois même que je saurais en faire un (…) je supporterais même les discours d’un éditeur. En récompense je serais feuilleté par deux ou trois critiques, et aussitôt oublié. On ne lit pas un livre ; on le consulte pour en faire un autre.

On lit des articles, comme on lit des affiches ; si on ne lit pas l’un, on lit l’autre ; on pêche une formule ; on y pense un petit moment. Ce qui est abstrait ou traînant, on le laisse. Un lecteur a des passions vives, et des caprices ; des éclairs, et tout d’un coup une paresse décidée (…) Donc chaque matin je vous ouvre mon livre à la page qui me plaît ; et je mets le doigt tantôt ici et tantôt là. Soyez distrait ou ennuyé, je m’en moque ; je vous rattraperai demain. Pareillement si je suis ennuyeux ; on ne l’est pas tous les jours. Mais surtout, par ce travail de retouche perpétuelle, mon livre a le même âge que moi, alors que si je l’achevais, il vieillirait tout seul…»

Moi aussi j’ai adopté, sans m’en douter, par commodité, son format des « Propos », aussi pratique pour l’écriveur (qui jette d’abord en vrac quelques idées & observations, avant de les ficeler en paquets faciles à manier) que pour le lecteur (petites livraisons digestes à intervalles rapprochés au lieu d’un pavé qui inquiète par son épaisseur et toujours susceptible d’être abandonné en cours de route au profit de quelqu’autre ouvrage plus essentiel).

Fiche biographique (Wikipédia) : « Né en 1868. Après l’École normale supérieure, il est reçu à l’agrégation de philosophie puis est nommé professeur successivement au lycée Joseph-Loth à Pontivy, Dupuy de Lôme à Lorient, Rouen (lycée Corneille de 1900 à 1902) et à Paris (lycée Condorcet puis au lycée Michelet). À partir de 1903, il publie (dans La Dépêche de Rouen et de Normandie) des chroniques hebdomadaires qu’il intitule « Propos du dimanche », puis « Propos du lundi », avant de passer à la forme du Propos quotidien. Plus de 3000 de ces « Propos » paraîtront de février 1906 à septembre 1914. Devenu professeur de khâgne au lycée Henri-IV en 1909, il exerce une influence profonde sur ses élèves (Raymond Aron, Simone Weil, Georges Canguilhem, etc).alain Alain dans Propagande

À l’approche de la guerre, Alain milite pour le pacifisme. Lorsque celle-ci est déclarée, sans renier ses idées, et bien que non mobilisable, il s’engage pour satisfaire ses devoirs de citoyen. Brigadier au 3e régiment d’artillerie. »

Pacifiste, Alain ne s’est pas caché derrière ses convictions. Il a fait la Grande guerre ; il a analysé, avec un sang-froid remarquable, les passions de l’opinion publique, ses revirements soi-disant imprévisibles. Il a observé le mépris parfois caché, parfois affiché, des officiers pour les hommes de troupe, il a constaté la nécessité du commandement et la nécessaire faillibilité des commandeurs. Il a refusé tout grade supérieur à celui de brigadier. Il s’en explique dans la préface :

« Je suis né simple soldat (…) Un bon nombre de mes camarades étaient nés officiers. (…) Ce que j’écris ici n’est donc point pour me plaindre de mon sort, mais plutôt pour rendre compte de mes opinions à ceux qui s’en étonnent et même s’en attristent ; cela vient de ce qu’ils sont nés officiers. Non point sots ; il n’y a point tant de sots ; mais plutôt persuadés qu’il y a des hommes qui sont nés pour commander, et qu’ils sont de ceux-là. Et c’est ce que je reconnais de fort loin à un certain air de suffisance et de sécurité, comme s’ils étaient précédés d’une police invisible qui éloigne la canaille. J’en vois de tous les métiers, les uns officiers dans le sens propre, d’autres, épiciers, d’autres, curés, d’autres, professeurs, journalistes, portiers ou suisses d’église. Ils ont ceci de commun qu’ils sont assurés qu’un blâme de leur part ou seulement un avertissement me feront abandonner aussitôt mes positions de simple soldat ; espérance toujours trompée. (…) Me voilà donc (…) toujours mal-pensant, retournant la rhétorique contre ceux qui me l’ont apprise, et piquant César avec mon coupe-choux. Un bon diable, et grand ami à moi toujours, quoiqu’il ait pris des airs d’adjudant, m’a jugé d’un mot, comme je revenais de guerre. « Soldat mécontent » a-t-il dit. Veuillez bien comprendre comment notre politique serait simple et claire, s’il était interdit de parler ou d’écrire à ceux qui ne sont pas au moins capitaines. » (10 juin 1922)

A son retour, il écrit Mars ou la guerre jugée (1921). Il y détaille les mécanismes qui conduisent la société vers la guerre, par entraînement, alors que personne ne la veut mais que tout le monde croit que tout le monde la veut, qu’elle est donc inévitable. Il explique comment les élites fouettent le patriotisme et font avancer l’opinion vers l’abîme d’où il n’y a pas de retour.

J’en reviens toujours à ces Propos sur les pouvoirs. LE livre à lire par les dirigés, comme Le prince de Machiavel doit être, je suppose, la lecture obligée des dirigeants.
« Le mouton est mal placé pour juger ; aussi voit-on que le berger de moutons marche devant, et que les moutons se pressent derrière lui ; et l’on voit bien qu’ils croiraient tout perdu s’ils n’entendaient plus le berger, qui est comme leur dieu. Et j’ai entendu conter que les moutons que l’on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s’ils ne sont pas accompagnés par leur berger ordinaire. Les choses sont ainsi par nature ; car il est vrai que le berger pense beaucoup aux moutons et au bien des moutons ; les choses ne se gâtent qu’à l’égorgement ; mais c’est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments. »mouton-300x140 démocratie dans Psycho

« Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline moutonnière, et les effrayant du loup. Et encore plus les effrayant du mouton noir, s’il s’en trouve, qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton, c’est justement le berger. « Qui donc a soin de vous ? Qui vous abrite du soleil et de la pluie ? Qui règle son pas sur le vôtre afin que vous puissiez brouter à votre gré ? Qui va chercher à grande fatigue la brebis perdue ? Qui la rapporte dans ses bras ? Pour un mouton mort de maladie, j’ai vu pleurer cet homme dur. (…) Pourquoi chercher d’autres preuves ? Nous sommes ses membres et sa chair. Il est notre force et notre bien. Sa pensée est notre pensée ; sa volonté est notre volonté. C’est pourquoi, mon fils agneau, tu te dois à toi-même de surmonter la difficulté d’obéir, ainsi que l’a dit un savant mouton. Réfléchis donc, et juge-toi. Pour quelles belles raisons voudrais-tu désobéir ? Une touffe fleurie ? Ou bien le plaisir d’une gambade ? Autant dire que tu te laisserais gouverner par ta langue ou par tes jambes indociles. Mais non. Tu comprends bien que, dans un agneau bien gouverné, et qui a ambition d’être un vrai mouton, les jambes ne font rien contre le corps tout entier. Suis donc cette idée ; parmi les idées moutonnières, il n’y en a pas une peut-être qui marque mieux le génie propre au vrai mouton. Sois donc au troupeau comme ta jambe est à toi. »mouton2.0 dirigeants dans Socio

« L’agneau suivait donc ces idées sublimes, afin de se raffermir sur ses pattes ; car il était environné d’une odeur de sang, et il ne pouvait faire autrement qu’entendre des gémissements bientôt interrompus ; et il pressentait quelque chose d’horrible. Mais que craindre sous un bon maître, et quand on n’a rien fait que par ses ordres ? Que craindre lorsque l’on voit le berger avec son visage ordinaire et tranquille ainsi qu’au pâturage ? A quoi se fier, si l’on ne se fie à cette longue suite d’actions qui sont toutes des bienfaits ? Quand le bienfaiteur, quand le défenseur reste en paix, que pourrait-on craindre ? Et même si l’agneau se trouve couché sur une table sanglante, il cherche encore des yeux le bienfaiteur, et le voyant tout près de lui, attentif à lui, il trouve dans son cœur d’agneau tout le courage possible. Alors passe le couteau ; alors est effacée la solution, et en même temps le problème. » (13 avril 1923)

« Poursuivant mes études de la politique moutonnière, où je suis entré en suivant Platon, je venais à comprendre que les moutons ont un grand pouvoir sur le berger, et presque sans limite. Car si les moutons maigrissent, ou si seulement leur laine frise mal, voilà que le berger est malheureux, et sans aucune hypocrisie. Que sera-ce si les moutons se mettent à mourir ? Aussitôt le berger de chercher les causes, d’enquêter sur l’herbe, sur l’eau et sur le chien. On dit que le berger aime son chien, qui est comme son ministre de la police ; mais il aime encore bien mieux ses moutons. Et s’il est prouvé qu’un chien, par trop mordre, ou par trop aboyer, enfin par une humeur de gronder toujours, enlève à ses administrés appétit de manger, d’aimer et de vivre, le berger noiera son chien. C’est une manière de dire que les opinions du troupeau font loi aux yeux du berger ; même les plus folles ; et le berger ne s’arrêtera point à dire que les moutons sont bien stupides, mais il s’appliquera aussitôt à les contenter, remarquant le vent qu’ils aiment, comment ils s’arrangent du soleil, quels bruits ils redoutent et quelle odeur les jette en panique.

C’est pourquoi le berger ne serait nullement hypocrite s’il parlait en ces termes à ses moutons. « Messieurs les moutons, qui êtes mes amis, mes sujets, et mes maîtres, ne croyez pas que je puisse avoir sur l’herbe ou sur le vent d’autres opinions que les vôtres ; et si l’on dit que je vous gouverne, entendez-le de cette manière, que j’attache plus de prix à vos opinions que vous-mêmes ne faites, et qu’ainsi je les garde dans ma mémoire, afin de vous détourner de les méconnaître, soit par quelque entraînement, soit par l’heureuse frivolité qui est votre lot. Vous n’avez qu’à signifier, dans chaque cas, ce qui vous plaît et ce qui vous déplaît, et ensuite n’y plus penser. Je suis votre mémoire, et je suis votre prévoyance qu’on dit plus noblement providence. Et si je vous détourne de quelque action qui pourrait vous séduire, comme de brouter l’herbe mouillée ou de dormir au soleil, c’est que je suis assuré que vous la regretteriez. Vos volontés règnent sur la mienne ; mais c’est trop peu dire, je n’ai de volonté que la vôtre, enfin je suis vous. »

Ce discours est vrai et vérifié. Ainsi qui voudrait instituer le suffrage universel chez les moutons, par quoi le berger pût être contrôlé et redressé continuellement, s’entendrait répondre que ce contrôle et ce redressement va de soi, et définit le constant rapport entre le troupeau et le berger. Imaginez maintenant que les moutons s’avisent de vouloir mourir de vieillesse. Ne serait-ce pas alors les plus ingrats et les plus noirs moutons ? Une revendication aussi insolite serait-elle seulement examinée ? Trouverait-on dans le droit moutonnier un seul précédent ou quelque principe se rapportant à une thèse si neuve ? Je gage que le chien, ministre de la police, dirait au berger : « Ces moutons ne disent point ce qu’ils veulent dire ; et cette folle idée signifie qu’ils ne sont pas contents de l’herbe ou de l’étable. C’est par là qu’il faut chercher. » (12 mai 1923)

Ainsi va la maïeutique d’Alain : à coup de points virgules il arrache au bloc de la pensée généralement admise tout ce qui l’enveloppe et qui est de trop. La force de la philosophie d’Alain est d’expliquer, avec une sorte d’infinie tendresse, les penchants naturels des uns & des autres, leurs justifications morales et leur logique imparable. Personne n’est saint, personne n’est l’incarnation du diable.

Quoique…
black-sheep dirigés

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Mea Culpa

Posté par grosmytho le 10 juin 2013

Les blogs : théatres de toutes les passions ! On y expose avec gourmandise ce qui fait le sel de notre vie, on y échange recettes de cuisine et recettes contre le lumbago. On s’y extasie de telle saillie et on s’y indigne de telle bassesse. Terrain de chasse des trolls qui batifolent sur les fora pour y secréter qui leur bile, qui leur venin et qui leur mal-vivre… Et puis on trouve aussi des empoignades pour la juste cause, celles qui opposent d’ardents défenseurs de la pureté syntaxicale, également convaincus de leur bon droit et de la fiabilité de leurs sources.

La controverse du moment, celle qui fait le plus couler l’encre, crépiter les claviers et mousser la salive, c’est celle qui oppose les tenants d’ « au temps pour moi » aux partisans d’ « autant pour moi ».

Il faut avouer que les arguments des uns et des autres, mille fois ressassés avec plus ou moins de talent et de passion par leurs défenseurs, ne manquent pas de piquant. Malheureusement, ils sont dans l’erreur, les uns comme les autres. La victime en est cette charmante formule d’excuse par laquelle le coupable se signale avec élégance et endosse, sans exagération grotesque, la responsabilité d’une petite erreur personnelle et les légères conséquences négatives qui s’appliquent au groupe. Plus précis et plus sophistiqué que « Oooooops! »; moins ampoulé que « Mea maxima culpa ».

Rappelons les positions des uns et des autres. Pour les premiers, l’origine de l’expression est musicale : alors qu’un orchestre ou un groupe répète un morceau, il peut arriver que l’un des exécutants fasse une fausse note, obligeant le groupe à reprendre. « Au temps pour moi » signifie donc « Revenons au temps précédent par ma faute ». Pour les seconds, l’expression tire son origine des exercices militaires et des punitions collectives qui de tout temps ont été le ciment de l’esprit de corps. « Autant pour moi » est la formule d’excuse du troufion qui, par son retard ou son épuisement, fait rater un exercice au groupe et éructer l’adjudant « vous m’en remettrez autant ! » (c’est-à-dire « recommencez depuis le début »).

Malheureusement ces deux interpréations sont aussi fausses l’une que l’autre. La vraie expression est d’origine à la fois musicale et militaire, et elle s’épelle : « Otan pour moi ».

L’Otan (Organisation des Territoires de l’Atlantique Nord) est cette organisation militaire, financée par vos impôts et encouragée par votre silence, qui a pour vocation d’aller chercher querelle à des populations lointaines, d’asticoter les têtes brûlées et de nous maintenir dans un état de semi-guerre permanente. De diffuser la petite musique martiale, voire parfois de battre carrément le tambour, de sonner l’alerte permanente et parfois de faire retentir le chant des morts…

Elle prend son origine dans l’expression de regret modéré que pousse le pilote de drone lorsqu’il vient de larguer une bombe sur un mariage en Afghanistan, ou que le missile qu’il a tiré au Pakistan sur un terroriste fait s’effondrer un immeuble entier. « Otan pour moi » exprime le léger picotement au coeur qu’éprouve le défenseur des valeurs occidentales devant la bavure dont lui seul est le témoin, à dix mille kilomètres de distance, et qui déjà est absoute et excusée par sa hiérarchie.

« Otan pour moi » exprime le très léger relent de dégoût du civil occidental qui sait, mais fait de son mieux pour oublier, qu’il finance par ses impôts et encourage par son silence, ces crimes de guerre aux quatre coins du globe.

Mea Culpa dans Propagande reaper_drone-300x266 predator-300x240 drone dans Propagande

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Ivan Petrovich Président !

Posté par grosmytho le 9 juin 2013

En me promenant dans les ruelles sombres de Moscou l’autre soir je me remémorais cet épisode assez surréaliste où, arrivé à Moscou depuis quelques mois, comprenant encore très peu le russe, je m’introduisis subrepticement dans un amphi de la faculté de psychologie pour y écouter un cours.

 

Ce que j’y entendis (mon imagination délirante complétant parfois ce que je ne pouvais saisir au vol) me stupéfia. Non seulement de découvrir la richesse de l’apport de l’école russe de psychologie, dont les grands noms sont peu connus en Occident (souvent à consonnance juive d’ailleurs). Mais plus encore d’entendre prononcer le nom du fondateur de cette école ! Ivan Petrovitch Pavlov (Ryazan 14 septembre 1849 – St Petersbourg 27 février 1936). Pavlov ! Le célèbre biologiste qui décrivit le réflexe conditionnel ou conditionné, que l’on appelle aujourd’hui pavlovien ! Lui-même en personne !

 

(comme toutes les grandes découvertes, celle-ci fut largement due au hasard. Pavlov était biologiste et effectuait des recherches sur le rôle de la salive dans les processus digestifs. C’est en cherchant des moyens de faire saliver des chiens qu’il remarqua que ceux-ci salivaient avant même d’être en contact visuel ou olfactif avec la nourriture, et, subodorant quelque découverte historique, il changea son fusil d’épaule et mit au point l’expérience de la clochette et du chien qui salive qui le rendit célèbre)Ivan Petrovich Président ! dans Psycho ivan-petrovitch-en-personne1-300x225

 

Pavlov psychologue ? Avouez que c’est pour le moins choquant ! Comment ces histoires de chiens saliveurs peuvent-elles avoir le moindre rapport avec les subtilités de la psychologie (par définition réservée à l’humain) ? Biologie ! Physiologie ! Pas psychologie ! Ne mêlons pas les torchons et les serviettes !

 

Hélas ! Le premier mouvement de surprise passé, il faut se rendre à l’évidence. Où commence la psychologie (donc l’étude des mécanismes intellectuels) sinon au réflexe conditionné, c’est-à-dire en ce point d’intersection entre le purement fonctionnel (les réflexes innés) et le purement intellectuel (la réflexion) ? Comment étudier les interactions compliquées des symboles, des mythes, des névroses et des complexes si l’on prétend ignorer leur part de conditionné ? Si l’on rejette avec mépris dans la cuisine des biologistes ce dernier cordon qui nous retient encore, nous hommes, dans le règne animal ? Qui nous empêche, nous créatures supérieures, de disposer en toute liberté de nos facultés ? Qui pose les limites indépassables de la condition humaine ?

 

Freud a inventé la psychanalyse et établi une méthode de psychothérapie. Mais le titre de fondateur de la psychologie en tant que science revient manifestement à Pavlov. Et encore : Ivan Petrovitch est bien plus que cela. Il est la clé du monde post-moderne.

 

Pavlov est le saint patron des publicitaires ! Sur quoi se basent les techniques publicitaires, sinon sur le réflexe pavlovien de reconnaissance inconsciente des produits (vus à la télé, associés à ces éclatants sourires témoins du bonheur sans nuage causé par la consommation dudit produit) ? Depuis le positionnement de la marque, en passant par la promesse consommateur, l’accroche publicitaire, le design des emballages, l’ergonomie du produit, l’image de marque, etc tout se base sur un conditionnement du consommateur. Sur la mise en place de réflexes d’identification et de reconnaissance, de recherche, de comportement, typiquement pavloviens.

 

Il est le saint patron des enseignants ! Que ce soit la conduite de véhicules de tourisme, le pilotage de vélos ou l’étude du chinois, tout apprentissage est conditionnement (acquisition de réflexes) ; tout savoir se décline en réflexes conditionnés où l’habitude remplace la réflexion ! Feu rouge, je m’arrête, feu vert, je démarre. J’attache ma ceinture en m’asseyant au volant, etc. J’accorde le verbe avec le participe sans me poser de questions existentielles.

 

Il est d’abord et surtout le saint patron des politiciens, et encore plus (en notre temps de démocratie plasmo-cathodique) celui des patrons de la télé ! Et par extension celui de leurs sponsors : le CAC 40 ! Les nouvelles du 20 h vous dépriment ? Pas étonnant. Laissez-moi (et mon ami Ivan Petrovitch) vous expliquer pourquoi.shar-pei2-300x250 Pavlov dans Socio

shar-pei3-300x225 psychologie

Le moral des Français est bas parce qu’ils ne croient pas en l’action salvatrice du gouvernement. Hein que c’est bizarre, vu de Russie ? ou d’Angleterre ? Poutine ne fait rien pour mon pouvoir d’achat ! Cameron ne lutte pas suffisamment contre les licenciements ! Le moral des Français est fonction de leur confiance en l’action gouvernementale ? Mieux (ou pire), ces deux grandeurs sont considérées comme interchangeables et on passe de l’une à l’autre sans conversion ni transition. Foi dans votre avenir personnel = foi dans le gouvernement. Ah bon ? Quel est le rapport ? Qui, et surtout comment, est parvenu à persuader les vraies gens, celles qu’on voit à la télé, que leur avenir est piloté au quotidien par le gouvernement ?

 

La réponse est simple. Depuis longtemps la politique ne consiste plus à prendre des décisions, mais en une stricte mise en musique du message médiatique ambiant. Un véritable conditionnement pavlovien qui met magiquement en relation événements et promesses en réalité dépourvues de lien logique ou causal : voitures qui brûlent/kärcher dans les cités ; trou de la sécu/expulsions massives d’étrangers ; chômage/politique de prix des supermarchés, etc. Après le « président du pouvoir d’achat », c’est le « président normal » qui invite les Français à abuser de leur penchant naturel et à interpeler le gouvernement sur la moindre de leurs contrariétés domestiques. Hélas, il ne bénéficie pas de la même proximité que son prédécesseur avec les propriétaires de la télé.

 

Alors que ce sont eux qui font l’opinion. Si les nouvelles du 20 h vous remplissaient d’un allègre optimisme, vous voteriez à gauche, comme tous les idéalistes. On vous projette donc le film d’une société assiégée de l’intérieur et de l’extérieur par la conjugaison des forces maléfiques de l’immigration subie, des escroqueries à l’allocation-chômage et de l’insupportable inertie de la racaille bureaucratique. Les voitures brûlent au 20h? Frileux & angoissés, vous votez à droite.

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Le syndrome Gaston

Posté par grosmytho le 9 juin 2013

En rangeant mes albums de BD, je me suis replongé involontairement dans les aventures de Gaston Lagaffe.

Le syndrome Gaston dans Emploi scan10001-188x300

Vous vous rappelez Gaston, bien sûr, le sympathique employé de la rédaction de Spirou, qui a pour idéal de passer sa journée de bureau à dormir et dont l’ingéniosité laborieuse lui sert à échapper à toute tâche relevant de ses responsabilités (le tri du courrier). Il incarne à merveille cette partie de l’électorat qui trouve que les 35 heures ne représentent qu’un premier pas bien timide dans la bonne direction, que le CDI devrait être garanti à tous en dépit de toute considération économique et que licenciements et délocalisations devraient être passibles de prison.

Gaston représente la victoire ultime du prolétariat sur les forces aliénantes du libéralisme économique ; le triomphe de l’oisiveté sur le productivisme ; l’inertie tranquille de l’humanisme écolo-durable tenant tête aux aboiements des adjudants du grand capital. Il se rend encore sur son lieu de travail, non pas pour fournir le service minimum, mais pour y narguer ceux qui ont commis l’erreur de l’ « employer ». Non pas pour gagner sa vie, mais pour la meubler par des expériences de physique amusante, des bricolages dangereux, des initiatives contre-productives, de la recherche culinaire. Non content de dormir pendant les heures de bureau, Gaston se comporte en résistant, sapant et ridiculisant les activités professionnelles de ses collègues. En bande dessinée, c’est hilarant. La preuve, le succès éditorial de Gaston est énorme : 22 millions d’albums ont été vendus ces dernières décennies en France. Une génération entière a fait de Gaston son emblème.

C’est bien là que le bât blesse. De sympathique et attachant personnage de BD, Gaston a fait son chemin dans l’imaginaire populaire jusqu’à représenter un idéal social pour les sympathisants de la gauche. Calamité pour son employeur et ses collègues de bureau dont il complique singulièrement la tâche, Gaston ne se fait pourtant aucun souci pour son avenir dans la rédaction de Spirou. La crainte du licenciement, sans parler de celle du chômage, sont bien loin de troubler son sommeil. Il est le titulaire du CDI absolu, celui qui est libéré de toute contrepartie productive, de toute mesure disciplinaire, de toute contrainte autre que la présence sur le lieu de travail.

Et pourtant, sous la carapace de son apparente bonhomie, on devine un Gaston inévitablement très malheureux, tant il est impossible de faire de la fuite permanente devant les responsabilités le but d’une vie épanouie, à plus forte raison du parasitisme de longue durée une source durable d’estime de soi. Il s’ennuie, il maugrée, il soupire : le monde est mal fait, les gens sont méchants. Sa résistance héroïque aux forces du capital n’est pas reconnue. Son mode de vie jeans-pull-espadrilles ne fait pas d’adeptes ; il s’enfonce dans une exclusion autoproclamée. Loin de l’admirer, ses collègues tantôt amusés, tantôt exaspérés, le tiennent à distance. Ses engagements écolo et pacifiste, certes louables, ne suffisent pas à remplir de sens ses journées. Ses revenus, stables mais maigres, ne suffisent pas à le motiver. Son intelligence, indéniable, est monopolisée par de médiocres tactiques d’évitement. Comment ne pas faire le parallèle avec l’état d’esprit morose, défaitiste et revendicateur d’une bonne partie de nos contemporains ?

On se prend à rêver pour Gaston d’un changement brutal.

Licenciement, délocalisation, liquidation judiciaire ! Qu’il quitte enfin ce CDI où il se morfond, qu’il aille tenter sa chance dans un environnement qui fera meilleur cas de ses multiples talents. On l’imagine volontiers plombier, publicitaire, inventeur, commercial, activiste ONG, artiste de théatre, dresseur d’animaux, chercheur, que sais-je ! A mesure qu’on s’émerveille sur les vastes horizons qui lui sont ouverts, on s’afflige de son auto-enfermement dans une situation médiocre…   Pareil pour les représentants de la génération Gaston ; le CDI est mort, a-t-on envie de leur dire ! Pas plus que le mariage ne rend l’amour durable, le CDI ne peut bétonner pour toujours l’adéquation économique entre employeur & employé. Qu’on le veuille ou non (que le gouvernement le décrète ou pas) la tendance est au CDD, à la définition d’objectifs communs entre employeur & employé sur une période de plus en plus courte. A l’intérim, au free-lance, aux contrats de services négociés de gré à gré. Qui dit tâches ponctuelles plus variées autour d’une compétence centrale, dit recul de l’approche pavlovienne qui enchaîne mentalement le travailleur à sa machine. Celle qui produit ce curieux agrippement de certains salariés à leur emploi pourtant détesté.

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Moins de pavlovisme dans notre société, c’est un peu de liberté en plus. Mais je vous préviens, il va falloir arrêter la télé !

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Esprit d’escalier

Posté par grosmytho le 8 juin 2013

Aujourd’hui que le ciel est pur et le soleil ardent, me vient à l’esprit un thème d’article qui aurait été approprié il y a quelques jours, alors que les Français tournaient leurs jérémiades vers le temps, absolument frileux, humide, pluvieux et merdique, qui semblait devoir les persécuter jusqu’à la fin du monde.

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Mon article en aurait fait une métaphore de la quantité d’eau absolument faramineuse qu’exige notre mode de vie planéticide. Un rapide calcul aurait montré qu’il est précipité sur la tête de chaque Français, par jour, une quantité de pluie en gros équivalente à la quantité d’eau potable qu’il consomme (douches, bains, mais aussi lavage de vaisselle, linge, arrosage, etc). A 25 mm par jour, sur un territoire de 550 km², pour une population de 63 millions, le calcul est vite fait, à peu près 200 litres par jour.

 

Ce qui n’aurait pu manquer de faire naître la salutaire interrogation suivante dans vos têtes de lecteurs avertis : quid du reste du temps ? D’où vient l’eau que nous consommons tous les jours de chaque année, été comme hiver, printemps exceptionnellement pourri ou pas ?

 

Surtout qu’il y a pire, bien sûr : en plus des 200 litres que nous détruisons personnellement, il y a l’industrie et l’agriculture (qui sont au service de notre mode de vie : on ne peut pas les accuser séparément). Entre l’alimentation du bétail, la production d’électricité et du coca-cola, on doit arriver à quelque chose comme 5000 litres par jour et par personne).

 

Sur le thème : la planète nous donne à voir, de façon ludique et accessible à tous, la contrepartie pratique (renflouement de la nappe phréatique) du mode de vie aquaphage qui est le nôtre. Mais bon, ça sera pour une autre fois… Pas pour tout de suite d’ailleurs : apparemment c’était le pire printemps depuis 1987.

 

Qu’aurait dit Noé ?

 

 

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