L’éternelle question russe

Posté par grosmytho le 18 janvier 2018

La Russie s’apprête à élire pour la quatrième fois Vladimir Poutine. Homme providentiel pour une majorité de Russes, il est un dictateur pire que Pinochet pour l’Occident et une petite frange d’opposants russes. Le point de la situation et des forces en présence en quelques tableaux concoctés par notre correspondant sur place Youri Popoff.

MOSCOU – L’élection présidentielle qui se tiendra en Russie le 11 mars 2018 pose une fois de plus la question, jamais résolue en Russie, du renouvellement du pouvoir central. Si l’alternance a souvent été relativement paisible, comme lorsque Boris Eltsine démissionna à minuit le 1er janvier 2000, elle n’a jamais été simple ni exempte de risques. Déjà à l’époque féodale, peu de tsars mouraient dans leur lit. L’Union soviétique a eu ces secrétaires généraux qui restaient en fonction jusqu’à leur dernier souffle, puis des foires d’empoigne entre successeurs potentiels aussi difficile à dissimuler qu’à éviter. La Russie eltsinienne a tenté de briser cette fatalité en adoptant le modèle français de république présidentielle basée sur l’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif.

A deux mois seulement du jour J, la campagne électorale se poursuit dans une relative indifférence. Les Russes savent à quoi s’en tenir : avant même l’annonce définitive de la liste des candidats autorisés à se présenter, on connaît déjà le résultat qui, d’une façon ou d’une autre, sortira des urnes le 11 mars prochain. « La démocratie, c’est quand le processus est déterminé à l’avance mais le résultat incertain. En Russie, le résultat est prédéterminé, c’est le processus pour y parvenir qui varie » dit-on ici.

mikhail gorbatchevCette année, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, on voit un « pluralisme neuf » s’opposer au « pluralisme ancien ». Depuis les années 1990, la politique russe est dominée par une poignée de patriarches qui s’opposent, certains disent pour la galerie, au clan Eltsine-Poutine. Il s’agit principalement de Vladimir Jirinovski (nationaliste), de Guennadi Ziouganov (communiste) et de Grigory Yavlinski (néolibéral). Depuis quelques années, et plus encore ces derniers mois, on voit une « jeune garde » entrer en scène pour défier ces reliques du passé, aux premiers rangs desquels Alexei Navalny et Ksenia Sobtchak. Si l’ancienne garde s’oppose dans un schéma proche de notre opposition droite-gauche, considérant comme entendus les principes de fonctionnement autoritaire de l’Etat russe, ces nouveaux venus veulent remettre en cause ce système lui-même. Alexei Navalny enfourche le cheval de bataille de la lutte contre la corruption et annonce son intention d’établir un Etat de droit, tandis que Ksenia Sobtchak milite pour une Russie moderne, démocratique, respectueuse des valeurs et des codes en vigueur en Europe.  guennadi ziouganov

La Constitution russe, calquée sur le modèle français de la Ve république, en reprend les principales dispositions : Parlement bicaméral, régime présidentiel, élection au suffrage universel des représentants régionaux (législatives) et du chef de l’exécutif (présidentielles). En Russie comme en France, le scrutin présidentiel se joue en deux tours, les deux candidats ayant obtenu les meilleurs scores au premier tour s’affrontant au second. Comme en France, le système des partis fait que différentes familles politiques se partagent les sièges au Parlement et proposent des candidats à la présidentielle. Ce qui distingue la Russie des démocraties « véritables », c’est que la séparation des pouvoirs reste très relative. La dépendance des branches judiciaire et législative vis-à-vis de l’exécutif donne au président russe des pouvoirs plus étendus encore que ceux, déjà excessifs, du président français. Cette concentration des pouvoirs rend très risquée l’élection au suffrage universel, un problème déjà identifié à l’époque par Tocqueville :

alexis de tocqueville« Il est clair que plus le pouvoir exécutif a de prérogatives, plus l’appât est grand; plus l’ambition des prétendants est excitée, plus aussi elle trouve d’appui dans une foule d’ambitions secondaires qui espèrent se partager la puissance après que leur candidat aura triomphé.

Les dangers du système d’élection croissent donc en proportion directe de l’influence exercée par le pouvoir exécutif sur les affaires de l’État.»[1]

Le choix fait par la Russie d’élire son président au suffrage universel illustre son côté « europhile » ; le fait de lui donner des pouvoirs de despote procède de son caractère « slavophile ». La Russie est éternellement tiraillée entre son admiration pour l’Europe et son besoin de suivre sa propre pente. D’où ce système politique hybride, ni entièrement démocratique, ni absolument monarchique, où l’on demande son avis au peuple tout en se méfiant de ses foucades. Le renouvellement ne peut s’y faire que par cooptation : Eltsine a nommé en Poutine son successeur, et Poutine, le jour venu, fera de même (il l’a fait en 2008 en nommant Dmitry Medvedev). Ce que l’on observe à l’approche d’une élection, ce n’est pas une campagne électorale à proprement parler, mais plutôt une sorte de prise de position, pour ou contre, de toutes les forces politiques. L’élection propose au peuple de valider et non de choisir. emmanuel todd

Ces périodes d’agitation politique sont perçues, en Russie et ailleurs, comme des périodes de vulnérabilité aux influences étrangères. En Russie, « vieille puissance européenne, la seule force indépendante du système globalisé qui a réussi à se maintenir »[2], le regain de tension avec l’Occident fait craindre le scénario d’une agitation démocratique pilotée de l’étranger sur le modèle des « révolutions de couleur » déjà observé en Géorgie en 2003, puis en Ukraine en 2004 (« révolution orange »), en 2005 avec le coup d’Etat « des tulipes » au Kirghizstan, puis à nouveau l’Ukraine en 2013-14 sur la place Maïdan. Voir la Russie sombrer dans un tel « chaos démocratique », c’est la hantise de Vladimir Poutine et de la « vieille garde » politique. C’est un tel soulèvement démocratique qu’espère ouvertement la « jeune garde ».

Une majorité de l’opinion préfère s’en remettre à un leader paternaliste, voire autoritaire, plutôt que de se risquer à nouveau dans un libéralisme politique qui renouerait avec la tragique expérience démocratique des années 90 accompagnée de la « thérapie de choc » économique. Il est difficile, pour un Occidental qui lisait quotidiennement des louanges sur Gorbatchev le démocrate, puis sur Eltsine le pragmatique, d’imaginer le niveau de ressentiment des Russes envers ces deux dirigeants auxquels ils doivent une des pages les plus sombres de leur histoire. Corruption, népotisme, hyperinflation, chômage, déclassement : l’effondrement économique, politique, social qui accompagna la démocratisation a laissé dans l’opinion une trace comparable à une guerre dont on commence seulement à se relever. Perçu depuis 1999 comme le « serreur de boulons », Vladimir Poutine, 65 ans, a donc beau jeu de se présenter comme la seule alternative au désordre.

clin d'oeilL’ancien chef du FSB (successeur du KGB), nommé Premier ministre en 1999, a fait de la « verticale du pouvoir » son credo. Depuis le premier jour de son règne, son obsession a été d’éliminer tout pouvoir qui ne découle pas en ligne directe de celui du président. Aucune autorité indépendante n’existe plus en Russie : ni la justice, qui est inféodée à l’exécutif dès que les affaires traitées prennent une nature politique, ni la branche législative, qui est sans cesse tenue par une très visible « laisse patriotique », ni même les partis politiques, qui doivent donner, pour être autorisés à fonctionner, toutes sortes de garanties exorbitantes, ni évidemment la télévision, considérée comme le 4e pouvoir. Les autorités se sont convaincues au fil des ans que ni la presse écrite, ni la radio, ni internet ne possèdent ce pouvoir d’influence sur l’opinion publique, c’est pourquoi ces trois types de médias y jouissent d’une liberté de ton similaire à celle qu’ils ont en Occident. Il serait intéressant de procéder à une analyse plus fine de l’attitude des autorités confrontées à l’apparition de blogueurs de plus en plus influents, de leaders d’opinion sur Twitter ou Facebook, et de « chaînes Youtube » suivies par des millions d’internautes. Certains politiciens s’en inquiètent et appellent à un contrôle plus strict des nouveaux médias. Tout cela fait du président, libre de conduire sa politique et maître de l’interprétation qui en est donnée au public, un être exceptionnel auquel personne ne peut réellement se comparer.

C’est bien ainsi que le député indépendant Vladimir Ryzhkov analyse la stratégie électorale probable du chef de l’Etat qui sera candidat pour la quatrième fois à sa propre succession. « Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir sous la casquette de chef militaire inflexible, seul capable de mater l’insurrection tchétchène. En 2004, il incarnait l’ordre républicain et le retour d’une forme de fierté nationale. Passant la main à Dmitri Medvedev, c’est pourtant lui et non le président, qui a géré la crise en Géorgie en 2008. En 2012, il a repris les rênes avec pour objectif de restaurer l’influence internationale de la Russie. Cette année, c’est évident, il va se poser en ‘bon père de famille’ et transformer l’élection en plébiscite. » Dès lors, il est peu probable que des trublions, jeunes ou vieux, parviennent à perturber ce message de conservation des acquis qui sera le thème principal de la consultation : les premiers sondages du Centre Levada le créditent de 53% des intentions de vote, contre 3 à 4% pour ses concurrents les plus sérieux. Ce sera « lui ou le chaos. »  le résistant

« Le chaos, c’est lui » affirme en substance son principal opposant, Alexei Navalny, 41 ans. Ancien bureaucrate devenu entrepreneur, puis juriste blogueur, il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, et son message porté par une carrure athlétique et une voix posée résonne dans une grande partie de l’opinion. Pour mémoire, il avait pu participer aux élections municipales à Moscou en 2013 et obtenu un score plus qu’honorable de 27% des voix. Il est aujourd’hui avec Vladimir Jirinovski l’un des rares politiciens en situation d’organiser des meetings à grande échelle dans toutes les principales villes du pays. Il ne s’en prive pas, malgré les menaces de mort qui lui sont régulièrement adressées. Que ce soit devant les foules de ses admirateurs ou sur son émission hebdomadaire diffusée à 20h18 sur Youtube, il ne mâche pas ses mots. Il martèle son message lors de chacune de ses interventions : « Poutine est le principal pourri », « ce qu’il faut combattre c’est le système Poutine », réfutant l’image traditionnelle du « bon tsar » impuissant à discipliner ses subordonnés.

Pourra-t-il être candidat ? C’est pratiquement exclu, la Commission électorale centrale l’a déjà annoncé de façon informelle. Condamné au pénal, il est frappé d’inéligibilité. C’est là le « paradoxe Navalny » : le pourfendeur de la corruption est lui-même sous le coup de plusieurs poursuites ayant trait à ses activités politico-économiques dans les régions de Kirov et de Yaroslavl. Bien entendu, dans un pays où l’indépendance de la justice est pour le moins relative, il bénéficie d’une immunité quasi-totale dans l’opinion publique, et les autorités judiciaires sont vues comme a priori au service du Kremlin. Certains affirment pourtant qu’il n’a endossé son pourpoint d’opposant politique que pour échapper aux poursuites dont il fait l’objet sur plusieurs dossiers d’enrichissement personnel dont le plus ancien remonte à 2009. D’autres pointent sa participation au programme américain de « Yale world fellow » pour suggérer son affiliation au « parti de l’étranger ».

« Opération mains propres » à l’intérieur, « opération réconciliation » à l’extérieur : sa plateforme électorale remet en cause les grandes orientations géopolitiques de l’époque Poutine. Alexei Navalny préconise une révision douloureuse des budgets militaires, un désengagement sur les théâtres extérieurs et une renégociation du statut de la Crimée. Sur le plan économique en revanche, son approche correspond à celle qui a été suivie jusque-là : non-remise en cause des privatisations de 1991-1996, poursuite de l’intégration à l’économie globalisée par le truchement de l’OMC et des accords multilatéraux.

A l’opposé du spectre politique se trouve Guennadi Ziouganov, 73 ans, doyen et indéboulonnable secrétaire du parti communiste, vétéran électoral. Depuis vingt-cinq ans il préside à l’« européisation » de l’ancien parti unique qui a vu son potentiel électoral chuter de plus de 30% à environ 17% des voix aux dernières consultations électorales. Suffisamment autoritaire pour résister à ses opposants en interne, il se réserve depuis 2000 la place de candidat à chaque élection présidentielle. Fort de son image de représentant des travailleurs, de ses mains rugueuses et de sa voix caverneuse, exercé à débiter sur un registre funèbre mais convaincant les doléances du prolétariat, il est tragiquement dépourvu de charisme et incarne bien, par son débit laborieux et la lenteur de ses réparties, le passéisme dont l’accusent ses contradicteurs. Les premiers sondages d’opinion ne lui promettent pour l’instant que 3 à 4% des voix.

On peut en dire presque autant du chef du parti néo-conservateur Yabloko (la pomme), Grigori Yavlinski. Lui aussi vétéran de la politique et chef de parti inamovible depuis le début des années 1990, lui aussi martelant inlassablement les mêmes formules, il n’a cependant pas été candidat en 2008 et en 2012 faute de produire un nombre suffisant de signatures validées par la Commission électorale centrale. « Jeune réformateur » à l’époque Eltsine, il avait frappé les esprits par son « programme des 500 jours », une thérapie de choc inspirée de l’école américaine des Chicago Boys, similaire à celle qui fut mise en œuvre par son rival néo-conservateur Egor Gaïdar et qui avait provoqué faillites, licenciements de masse et hyperinflation. Comme tous les grands idéologues, il voit dans l’échec de sa méthode la preuve de sa justesse. Il propose donc logiquement de la répéter avec plus de rigueur et en augmentant les doses. Il est pour l’instant crédité d’un score inférieur à 1% des voix.

le clown fatigué devenu sageVladimir Jirinovski, 71 ans, troisième mousquetaire de la politique russe, bat tous les records de persévérance puisqu’il s’apprête à participer à sa 6e élection présidentielle. Après avoir obtenu un peu moins de 10% des voix en 2008 et en 2012, il est aujourd’hui crédité d’environ 4% des intentions de vote. Figure qualifiée d’ultra-nationaliste par la presse étrangère, considéré comme un épouvantail à l’époque Eltsine, il s’efface désormais derrière Vladimir Poutine qui a endossé dans les médias occidentaux le rôle du méchant. S’il est peut-être l’un des meilleurs analystes de la situation politique, il est sans conteste le plus redoutable orateur. Habile à mettre les rieurs de son côté par une tirade imprévisible lorsqu’il est désarçonné, il n’a que rarement recours à cet artifice tant c’est lui qui généralement domine les débats de sa voix curieusement criarde, parfois éraillée, grâce à des formules qui font mouche : « Des mécontents, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Citez-moi un pays, une époque où le peuple dit: ‘c’est bon, tout va bien, nous sommes contents, nous avons ce que nous voulons’ ». Il résume assez bien l’opinion générale lorsqu’il dit: « La démocratie n’est pas faite pour nous. La démocratie c’est la rue, la rue c’est l’émeute, l’émeute, c’est le sang et la tragédie. Assez de révolutions ! Assez de tragédies ! Il nous faut un tsar, un patriarche, un chef dont l’autorité morale apaise la politique. »

Mais la vedette de ces élections nouvelle formule est sans conteste Ksenia Sobtchak. A 36 ans, la candidate à la candidature est la cadette et la nouvelle venue, et c’est elle qui fait le buzz. Elle apporte de l’animation à une campagne qui menaçait d’être terne. Si elle peut à première vue passer pour la « Paris Hilton russe », force est de constater qu’elle est bien plus que cela. L’ancienne journaliste politique issue de la téléréalité est la personnalité la plus controversée du spectre politique : en témoignent les premiers sondages du Centre Levada qui la créditent de 1% seulement des intentions de vote, même si « 9% des personnes interrogées n’excluent pas de la soutenir ». Un potentiel intéressant pour la fashionista représentative de la jeunesse dorée du pays qui se pose en héritière morale de son père Anatoly Sobtchak, ancien maire de Saint Pétersbourg, mentor de Vladimir Poutine et père de la Constitution russe. Si son programme reste assez peu détaillé, elle tranche d’ores et déjà avec le reste de l’establishment par ses positions résolument pro-occidentales et pro-démocratiques.  la candidate

C’est ce dernier aspect qui rend ces élections intéressantes: certains analystes les déclarent déjà « historiques ». Même si le débat politique russe a toujours été virulent entre les partisans de plus de libéralisme ou d’un retour au collectivisme, ceux d’une détente avec l’Occident et ceux qui prônaient une politique étrangère plus sourcilleuse, la question n’a jamais été soulevée d’un renoncement au statut de grande puissance au profit d’une intégration à l’Occident. Rendre la Crimée et se ranger aux exigences de la communauté internationale, notamment en matière de standards démocratiques et de droits humains, c’est en gros ce qui filtre pour l’instant du programme de Mme Sobtchak. Riche et célèbre, la « révolutionnaire en vison » est cependant très impopulaire jusque dans les rangs réformateurs où on lui reproche son mode de vie de jet-setteuse et ses déclarations volontiers méprisantes envers les « pouilleux » qu’elle n’aime pas retrouver sur son chemin lors de ses escapades dédiées au shopping, à Londres ou à Monaco. Sa prise de position au sujet de la Crimée a touché un nerf sensible dans l’opinion qui voit majoritairement dans « le retour de la Crimée dans le giron de la Patrie » une première réaffirmation, aussi rare que précieuse, de la capacité de la Russie à défendre ses intérêts vitaux.

sergei udaltsovSergei Udaltsov, un opposant à Poutine proche du PC, la décrit comme un « cheval de Troie du Kremlin ». Il n’est pas le seul à voir dans sa candidature ce que l’on appelle en Russie une « technologie sale », c’est à dire un artifice mis en place par le pouvoir pour manipuler l’opinion. Si c’est le cas, on pourra dire que le Kremlin aura fait d’une pierre deux coups : discréditer l’ensemble du mouvement anti-Poutine par la présence, aux côtés des opposants sincères et idéalistes, pro-démocratie, d’une candidate au profil et aux prises de position clivantes. Deuxièmement, elle pourrait contribuer à attirer vers les urnes les classes moyennes-supérieures, fortement dépolitisées, de l’électorat et ainsi accroître la participation, donc la légitimité du scrutin. D’autres analystes au contraire voient en l’émergence de Ksenia Sobtchak un signe de l’efficacité des sanctions internationales qui frappent surtout cette partie privilégiée de la population. « Les classes moyennes-supérieures sont frappées de plein fouet par les sanctions qui rendent plus difficiles l’obtention de visas et menacent leurs avoirs à l’étranger. Mme Sobtchak, qui propose de renoncer aux attributs de grande puissance de la Russie en échange d’une intégration au camp occidental, leur parle un langage qu’ils comprennent, même si le personnage en lui-même leur est antipathique. » Ivan Vichnievsky, journaliste politique, considère qu’elle « est la seule représentante des valeurs de l’Occident. Elle bénéficie à la fois de soutiens à l’étranger et de sympathies au cœur de l’appareil, et pourrait représenter, si une situation de type Maïdan devait se développer, une figure acceptable par les deux parties ».

Cela dit, l’option d’une réconciliation avec l’Occident est problématique pour une majorité de l’opinion.

Pour une raison historique : peu de gens croient que l’Occident soit prêt à renoncer à sa russophobie traditionnelle, quels que soient les efforts de la Russie pour se transformer. L’époque Eltsine est encore présente dans les esprits, où la main tendue russe n’a rencontré à l’Ouest que méfiance, voire mépris. L’Otan a profité de la dissolution du Pacte de Varsovie pour avancer ses pions en Europe de l’Est, les multinationales ont profité de l’effondrement économique pour racheter tout ce qui pouvait l’être et tenté de prendre le contrôle d’actifs stratégiques dans le pétrole, le gaz, la défense… A chaque fois que la Russie faisait mine de défendre telle ou telle parcelle de souveraineté, tel ou tel intérêt vital, une rhétorique de guerre froide réapparaissait  immédiatement dans les médias occidentaux pour dénoncer le « retour de l’ours russe » et brandir des menaces de sanctions économiques.

Pour une raison pratique : on voit mal ce que l’Occident aurait à offrir à la Russie en échange de son renoncement au statut de grande puissance. L’Otan ne reviendra pas sur ses avancées ni n’intègrera la Russie, l’UE n’offrira pas de coopération ou investissements sérieux à un pays seulement associé, encore moins ne voudra-t-elle s’encombrer d’un nouveau membre de cette importance. Les États-Unis en profiteront probablement pour prendre pied partout où la Russie laissera le champ libre, que ce soit en Syrie, en Ukraine, au Venezuela ou ailleurs. Le seul résultat tangible serait donc la levée des sanctions économiques, lesquelles ne présentent pas que des inconvénients à l’heure actuelle (redéploiement de l’économie, mobilisation nationaliste de l’opinion), ce qui ferait surtout l’affaire de l’Europe (en recouvrant son accès à son plus important marché d’export agricole).

C’est pourquoi il n’est pas absurde, du point de vue russe, de qualifier la candidature de Ksenia Sobtchak comme le « parti de l’étranger », et c’est là l’avis d’une majorité des analystes politiques. Elle-même ne fait rien pour le réfuter, puisqu’elle a choisi comme directeur de campagne Igor Malachenko, proche du clan Clinton et ancien conseiller de Boris Eltsine (artisan de sa réélection quasi-miraculeuse en 1996), en remplacement d’Alexei Sitnikov, lui aussi très lié aux milieux politiques américains.

Cette élection nous interpelle en tant qu’Européens nés et grandis dans l’idéal démocratique. Les Russes restent des Européens à part : même s’ils partagent avec l’Europe un grand nombre de valeurs et traditions, peu nombreux pourtant sont ceux qui voient dans la démocratie une panacée ou un objectif en soi. La raison en est la descente aux enfers qui a suivi la transition démocratique en 1991, et dont les effets se font encore sentir vingt cinq ans plus tard. Les estimations varient, mais l’ensemble de la classe politique s’accorde à considérer cette période comme un « génocide économique » qui aurait coûté au pays entre 20 et 30 millions de citoyens, suite aux effets cumulés de la surmortalité (libéralisation de la médecine, crise sanitaire, crise économique), du krach démographique et de l’émigration massive.  caricature3

Même si le « ras-le-bol-de-Poutine » existe en Russie, il a été balayé par une vague de patriotisme suite à l’annexion de la Crimée (ici, on dit « le retour de la Crimée dans la patrie »). Ce premier point marqué après une longue série de vexations infligées par l’Occident est venu juste à temps pour légitimer la ligne souverainiste qui a toujours été celle de Poutine. Les sanctions, les Russes sont largement d’avis de les supporter, et nombreuses sont les voix qui affirment que, sous ce prétexte ou un autre, l’Occident les aurait de toute façon mises en place. Depuis 2014, l’opposition à Poutine a du plomb dans l’aile, et la relative unité qu’on observait sur la place Bolotnaya en 2011 s’est dissoute. Les anciens, Kassianov, Kasparov, Koudrine, ont renoncé, jugeant que le jeu n’en valait plus la chandelle. Les jeunes, Navalny, Sobtchak, Udaltsov, se disputent tant sur le programme de l’opposition que sur la stratégie à adopter. Exilé à Londres, le milliardaire Mikhail Khodorkovski observe et soutient l’opposition à Poutine tout en remarquant : « Qu’Alexei Navalny soit ou non autorisé à participer, cette élection n’en sera pas une. Il faut refuser de participer à une farce électorale qui ne fera que légitimer le pouvoir en place. »

emil cioran« Par rapport à l’Occident, tout en Russie se hausse d’un degré » écrivait Cioran[3]. C’est vrai de ces élections aussi : farce pour les uns, étape historique pour les autres, l’hystérie sur les plateaux télé contraste avec la placidité de l’homme de la rue. La Russie est un miroir grossissant où l’Europe peut voir ses propres travers, exagérés. Jusqu’en 1991, elle a pu y admirer les défauts du socialisme privé de contre-pouvoirs, puis de 1991 à 2000 les affres de l’ultra-libéralisme dérégulé… Depuis 2000, la Russie nous joue une parodie qu’on pourrait appeler « la démocratie en état d’urgence ». Comme on aime dire ici, l’homme intelligent apprend de ses erreurs, l’homme sage apprend des erreurs des autres…


[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835

[2] Emmanuel Todd, Ou en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine. Seuil, 2017

[3] Cioran, Histoire et utopie (1960)

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Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

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Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

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« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

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Le vrai-faux scoop de John Oliver

Posté par grosmytho le 10 avril 2015

 

 

snowden interviewOn n’est pas toujours à la hauteur de sa réputation. On n’est pas tous les jours en forme. John Oliver, qui expose presque toujours avec talent des problèmes dont les gens devraient se préoccuper un peu plus, a raté son coup. Exprès.

 

A la vue du titre de la vidéo, je me réjouissais de son coup de maître, qui allait remettre un peu d’actualité (le public se lasse si vite des questions difficiles) sur les questions posées par Edward Snowden.

Il soulève quelques interrogations valides…: « existe-t-il un risque de divulguer des infos qui pourraient dans certaines circonstances compromettre la sécurité nationale ? » (exemple du slide ppt que des spécialistes ont pu « décaviarder » et sur lequel se trouvait une info relative à une opération illégale de la CIA au Yémen… mais bon, difficile de supposer qu’Al-Qaeda dispose de services secrets comparables à la NSA, qui collectent, analysent, déchiffrent, synthétisent, corrèlent, en temps réel, toute info qui dépasse…). Son erreur est d’en faire la question centrale de toute la problématique.

assange-zuckerbergOccultant entièrement la VRAIE question centrale : les services secrets sont-ils au-dessus de la loi, ou doivent-ils agir dans le cadre de la loi ?

Et la question subsidiaire, maintenant que nous savons qu’ils agissent effectivement à leur guise, stockent des infos qu’ils sont censés ne pas stocker, écoutent des chefs d’Etat étrangers, y compris alliés, hackent et croisent des infos hors de tout contrôle judiciaire : doit-on mettre en place un contre-pouvoir ou non ? Doivent-ils être encadrés ou non ?

 

monbeaunombriltraitriotL’un des points valides que soulève John est que le public s’en contrebat les valseuses. A un point rarement soupçonné. En dehors d’une poignée d’anarcho-gauchistes (sans doute déjà fichés, cartographiés et mis sur écoute 24/24), les vraies gens ont complètement adopté le principe de Panurge selon lequel « gouvernement totalitaire ou islamo-fascisme, j’ai choisi ». Pire : le public s’en fout, choisissez pour lui, franchement ces questions sont trop sérieuses et complexes pour l’intéresser. Un aspect bien compris par les autorités qui poussent leur avantage exactement aussi loin que le permettent la technologie et l’apathie de leurs ouailles.

Tout de suite après, John recentre la question et pose les limites du débat : Julian Assange est le diable incarné (puisque lui ne se préoccupait pas des conséquences de ses fuites), Snowden peut être éventuellement pardonné (puisqu’il fait très attention à cet aspect). Exit les agissements illégaux des autorités, la menace pour les libertés publiques, les services agissant hors de tout contrôle.

 

don't be google

John Oliver clarifie sa position : ridiculisant Snowden de son ton de censeur pas convaincu, l’interrompant à chaque phrase un peu longue avec des « non, non, non : là je crois entendre l’informaticien de service, je ne comprends rien, je ne veux rien comprendre », rappelant sans arrêt cet exemple (apparemment le seul) d’info « sensible » compromise… finissant avec sa ridicule histoire de photos de bites, il discrédite entièrement la démarche du sonneur d’alerte. Il transforme Edward en gamin turbulent qui a fait une bêtise mais peut être ramené dans le droit chemin.

whistleLe sonneur d’alerte, c’est celui qui, suivant le principe établi par les procès de Nuremberg, alerte le monde sur des agissements et des ordres illégaux venant de sa hiérarchie. Qui sort de l’argument invoqué à l’époque par les fonctionnaires nazis « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » et invalidé par le tribunal. Snowden n’a pas « obéi aux ordres » et a révélé au monde, preuves à l’appui, ce que tout le monde soupçonnait sans preuve. C’est un héros, point. John essaie de le faire passer pour un bouffon, comme l’avaient fait à chaud ses collègues Letterman et Steward (« Snowden avait un bon job, un bon salaire, des perspectives de carrière, et maintenant voyez-le, réfugié dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou : quel idiot ! »).

Blague subtilement reprise par John qui soulève un rideau pour nous montrer le bâtiment du KGB de l’autre côté de la place… d’allusions en humour noir, il donne à son interview un air de rencontre conspirative sur laquelle plane l’ombre du méchant Poutine. Oubliant que Snowden s’est justement réfugié en Russie pour échapper à la persécution qui s’abattrait sur lui dans son pays natal ! Qu’il bénéficie en Russie du statut de réfugié, donc libre de ses mouvements ! Qu’il ne peut pas rentrer sauf à se retrouver en prison à perpétuité ! S’il y a une ombre qui plane, ce serait plutôt celle du méchant Obama !Yes we scan

John Oliver : on ne peut pas toujours avoir raison, on ne peut pas toujours être drôle. Mais cette fois-ci, vous avez été inquiétant.

 

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Sorcellerie sur internet

Posté par grosmytho le 14 mars 2015

Signalé par Thierry Meyssan : le PS a commandé un rapport sur le complotisme en France pour amorcer la réflexion demandée par François Hollande sur la menace conspirationniste.

Pour entamer sainement une réflexion, rien de tel que d’interroger ses amis. C’est donc  à un certain Rudy Reichstadt que l’on a confié le boulot. N’est-il pas l’animateur d’un site de « chasse aux conspirationnistes » ? (l’Etat demande toujours aux chasseurs des rapports sur l’écosystème).URSS

Le rapport de 11 pages commence fort habilement par expliciter les mécanismes psychologiques qui poussent tout un chacun à chercher un sens caché aux événements, à étudier les liens de causalité possibles, à identifier des bénéficiaires et des complices éventuels. Transgression, anticonformisme, amour des énigmes, méfiance envers les élites, toutes ces motivations sont absolument légitimes, et je dirais même citoyennes ! Mais l’auteur du rapport y voit de dangereuses pathologies, qu’il met tout de suite en relation avec des exemples délirants, sans oublier d’aller sortir le poussiéreux « Protocole ». C’est la faute à la société… on est proche ici de la sortie de route. La société est pleine de psychopathes en puissance, apparemment. Mais si ç’a toujours été le cas, pourquoi devrions-nous nous alarmer ?

menace internetC’est que, nous signale l’auteur, « la montée en puissance de l’internet » a levé les barrières qui empêchent ces gens de s’exprimer dans les médias traditionnels. Encore une fois, Rudy frise le but contre son camp en affirmant, finalement, que la liberté d’expression « sans comptes à rendre à personne » serait dangereuse… Bon nous y voilà : l’internet, l’impossibilité de censurer les contenus, l’expression libre de tout et de n’importe quoi, favorise la diffusion des thèses malades et donc la « radicalisation ». En résumé, tant que les gens étaient des psychopathes isolés, on pouvait facilement les faire taire ; mais là, les pathologies en ligne deviennent collectives et donc plus dangereuses.

C’est là que le rapport perd un peu les pédales : il faut bien répertorier ces groupes « radicalisés » et « complotisés », et la liste de cette « mouvance hétéroclite » est longue. « Admirateurs d’Hugo Chávez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche, ex- »Indignés », souverainistes, nationaux-révolutionnaires, ultra-nationalistes, nostalgiques du IIIe Reich, militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives », agents d’influence du régime iranien, bacharistes, intégristes catholiques ou islamistes ». Presque toute la société, finalement ! Il balance quelques noms aussi, comme par exemple celui d’Etienne Chouard. On peut ne pas être d’accord avec toutes les conclusions de l’économiste, mais Rudy est un peu léger de le balancer lui aussi dans la cellule de dégrisement complotiste où croupissent déjà Thierry Meyssan, Dieudonné, Alain Soral, etc.islamo fascisme

Enfin, il faut expliquer : quel danger représentent ces individus ? L’agitation d’idées n’est-elle pas une tradition nationale ? Base de la démocratie ? Pourquoi faut-il à tout prix combattre des idées, même éventuellement fausses ? Réponse de FH en personne dans son discours à Auschwitz : le danger fasciste ! La NSDAP est à nos portes !

Voilà donc l’image d’ensemble que devait brosser le rapport : le complotisme est en fait un antisémitisme mal déguisé. Celui-ci fourbit bien sûr (il ne sait rien fourbir d’autre) ses armes redoutables, qui ne pourront manquer de le porter à nouveau au pouvoir. On nous en menace depuis la fin de la guerre, JF Revel s’était déjà ému contre cette curieuse obsession des pouvoirs démocratiques qui toujours et partout voient, redoutent, et finalement créent, un « danger fasciste » largement fantasmé.

Le président Hollande, son parti socialiste, ont donc commandité un chasseur de complotistes proche de Caroline Fourest pour diagnostiquer ce « milieu interlope » constitué de toutes ces mouvances « hétéroclites » et le rassembler en une menace unique et catastrophique, celle du fascisme ! Suivant une tradition bien établie, ils traitent de fascistes tous ceux avec qui ils ne sont pas d’accord.

L’Etat en personne fait du complotisme ! L’idée que véhicule le rapport est que toute personne qui refuse de croire la version officielle sur un événement est classé conspirationniste (ou « révisionniste en temps réel » : jolie formule). Quiconque traite de menteur un dépositaire de l’autorité est automatiquement démasqué comme un dangereux paranoïaque. Wikileaks, Swissleaks, les armes de destruction massive, les viols de Kadhafi, l’aventure ukrainienne, ne démontrent rien : nos dirigeants sont toujours sincères, jamais il ne leur viendrait à l’idée de nous berner, tout soupçon est insultant à l‘encontre de personnes qui nous ont si systématiquement démontré leur absolue, universelle et permanente bonne foi.les bobards volent en escadrille

François Hollande en personne fait du révisionnisme ! A propos des camps de concentration, il dit «prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’extermination». En gros, la Shoah n’aurait pas pu se produire si on avait censuré internet à temps… 

Cette lutte idéologique est finalement bien plus simple qu’elle n’en a l’air. Un grand classique : la religion établie cherche, par des procès en sorcellerie, à se débarrasser de ses concurrents.

A quand la Sainte inquisition numérique ?  

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Charlie tu nous manques déjà…

Posté par grosmytho le 8 janvier 2015

C’est affreux cette histoire. GM comme presque tout le monde en France pleure l’assassinat de quelques-uns des esprits les plus brillants et les plus courageux du pays. Des plus nécessaires aussi, parce que franchement on se demande bien qui va les remplacer.

charbUne petite controverse nous avait opposé à Charlie à l’époque. Vous vous rappelez l’affaire Dieudonné-Valls. Valls voulait « faire taire » Dieudo « par tous les moyens ». Et Charlie-la-liberté-d’expression avait pris contre toute attente le parti de Valls-la-dérive-sécuritaire… GM n’avait pas pu s’empêcher de prendre son clavier et d’envoyer un petit mot à Charlie pour s’étonner de ce paradoxe. Charb avait répondu très fermement que non, certaines opinions mortifères doivent être exclues du débat public. Plus curieusement encore, il affirmait que Dieudonné l’antisémite devait lui aussi (en sa qualité d’antisémite) être interdit d’accès aux médias …

Question éternelle : si l’on doit exclure untel ou unautretel du débat parce que ses idées sont mauvaises, où place-t-on la limite ? Qui d’autre doit-on exclure ? Comment sait-on qu’untel-aux-idées-nauséabondes ne va pas aujourd’hui faire amende honorable et se rallier à celles que vous représentez ? La seule réponse possible est donc que toutes les opinions, toutes les expressions, tous les avis doivent être permis. Il faut séparer les actes des paroles. L’appel au meurtre (pour prendre un cas extrême) n’est pas un meurtre. Les délires de Zemmour, les fantasmes de Houellebecq, les blagues de Dieudonné ne sont pas des meurtres. Ils ne sont ni coupables, ni complices, ni inspirateurs de qui ou de quoi que ce soit. Ils font leur job d’humoristes et de romanciers.charb dernier dessin

On avait échangé quelques mails fort polis mais sans réussir à se mettre d’accord. La position de GM était et reste que ce ne sont pas les idées mais les actes qui tuent. Ceux qui ont tué Charb et Charlie Hebdo, ce n’est pas Dieudo, ce ne sont pas les antisémites, pas plus que les islamistes radicaux. Ceux qui ont tué, ceux qui ont du sang sur les mains, ce sont les deux (ou trois?) tueurs et leurs commanditaires, quels qu’ils soient.

Qui sont les commanditaires ?  Le professionnalisme des exécutants suggère des commanditaires professionnels et dotés de moyens importants. Et sans doute d’une stratégie de brouillage des pistes. Entre la carte d’identité oubliée dans la voiture, le terroriste qui se rend à la police mais qui finalement n’en est pas un, les tireurs cernés dans l’est de Paris puis en cavale en Picardie… pas facile d’affirmer quoi que ce soit pour l’instant.

A qui profite le crime ? Aux ennemis de Charlie. Des ennemis, malheureusement, Charlie en avait beaucoup.

Et pas que des islamistes…antimilitariste

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Les 4 vérités qu’on ne dira pas à Obama

Posté par grosmytho le 24 janvier 2014

Qu’un responsable politique s’envole pour la Chine, et la presse française lui imprime systématiquement une feuille de route : « Tibet, droits de l’homme, yuan sous-évalué, prisonniers politiques, vous devez dire à Xi Jinping ses quatre vérités ». La Chine est menaçante, la Chine est agressive, la Chine est dangereuse : la presse française instruit en permanence contre la Chine le procès qu’elle n’ose pas faire aux USA.

Caporal Pieds dans l'platLe 11 février, c’est un François Hollande à la situation sentimentale clarifiée (espérons) qui s’envolera pour les Etats-Unis. Voici les quatre vérités que François Hollande doit dire à Barack Obama. Pour que la France reste un allié inconditionnel des Etats-Unis, il faut que ce pays :

Renoue avec le respect du droit international. Depuis 2003 et l’invasion de l’Irak qui s’asseyait sur les résolutions de l’ONU, la politique étrangère des Etats-Unis semble avoir complètement occulté ce paramètre. Décomplexé par sa supériorité technologique et son prix Nobel, le pays multiplie les bombardements humanitaires et les frappes chirurgicales dans des pays souverains. Quand la Chine rappelle au monde le principe de non-ingérence, on s’indigne et on crie au cynisme. Comme si les aventures militaires occidentales de la dernière décennie avaient permis, au moins parfois, au moins partiellement, de rétablir la paix civile dans les pays visés ! A chaque fois, le volontarisme humanitaire affiché a précipité une catastrophe que les civils continuent de payer dix ans plus tard. Il est temps pour nos alliés de tirer les leçons de ces échecs et de ramener leur politique internationale dans le giron de la légalité.

Respecte les Droits de l’homme. La victoire du candidat Barack Obama, juriste, spécialiste du droit constitutionnel, avait suscité bien des espoirs pour la cause des droits de l’homme aux Etats-Unis. Il allait mettre fin au scandale des prisons extra-territoriales, des enlèvements et des détentions arbitraires, peut-être même au scandale d’être le seul pays démocratique pratiquant la peine capitale. Malheureusement, la réalité est juste à l’opposé. En 2011, le président Obama a prorogé pour une période de quatre ans le tristement célèbre Patriot Act qui autorise les détentions arbitraires et que dénoncent toutes les ONG de défense des droits. Il vient de prendre une position plus que lénifiante sur le scandale PRISM et les écoutes systématiques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, de dirigeants alliés aussi bien qu’ennemis. Ici encore, le charisme du président nobélisé, son habileté rhétorique, masquent et justifient des pratiques indiscutablement illégales.

Cesse de manipuler le dollar. C’est bien l’imprudence monétaire des Etats-Unis et non le yuan manipulé qui menace la finance mondiale d’une crise sans précédent. On est passé très près de la catastrophe en 2008-2009, et rien n’a été fait depuis pour réduire les risques. Les Etats-Unis ont décuplé leur production monétaire au lieu de chercher à réduire leur déficit. Résultat : un endettement record qui ne sera jamais remboursé et des échanges internationaux libellés en assignats. Le jour où les USA feront défaut, un tsunami monétaire aux conséquences encore imprévisibles s’abattra sur le monde. N’attendons pas la catastrophe pour sortir de la logique « le dollar, c’est notre monnaie et votre problème ». Il faut trouver enfin des solutions équitables au niveau mondial. Yes we scan

Renonce à persécuter les whistleblowers. En 2007, le candidat Obama avait invité les personnes qui en avaient connaissance à s’élever contre les actions illégales de l’administration. Dénoncer les errements de son pays pour qu’on puisse y remédier, c’est une façon positive d’être patriote. Et pourtant Manning, Snowden, Assange, tous ceux qui se sont indignés des violations par les Etats-Unis de leurs principes fondateurs sont désormais recherchés ou emprisonnés pour trahison, comme les dissidents et les activistes politiques le sont dans des pays non démocratiques.

Il ne s’agit pas de diaboliser les Etats-Unis ni d’en faire le Grand Satan. Ce grand pays et cette grande démocratie ont un rôle éminent à jouer dans le concert des nations. Mais notre allié d’outre-Atlantique jouera d’autant mieux sa partition qu’il aura pris le temps de réaccorder un peu son piano.

Ces principes de liberté, de légalité, d’équité, ont fait sa force et la nôtre. Ce sont ces principes qui donnaient au camp occidental son autorité et son aura auprès des pays en développement. Il est à notre portée de renouer avec eux.

Voici ce que François Hollande ne dira pas à Barack Obama. Mais il va sans doute s’expliquer sur le scandale Closer.

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2014 : l’année de la quenelle!

Posté par grosmytho le 22 décembre 2013

Vous avez vu un peu le buzz ? Dieudonné défraie la chronique !quenelle d'or

Insultante, la quenelle ? « L’insulte est un contrat: pour qu’il y ait insulte, il faut accord entre deux parties, nommées insulté et insulteur. L’insulté qui pousse les hauts cris, qui réplique, qui éructe, signe par ces manifestations le contrat qui le lie à l’insulteur et confère au contrat tacite sa validité et son opposabilité aux tiers. L’insulté qui accepte l’insulte se place sur un terrain d’égalité avec l’insulteur : compatibilité d’humeur, de langage et de moyens verbaux employés. Le conflit est alors réputé licite et peut valablement commencer ». (Extrait du Code Civil du Préhau et des Vestiaires art. 163 al. 3)

Donc oui, mais si et seulement si quelqu’un se sent visé. Apparemment il y a des cosignataires: ils se bousculent même au portillon. On (qui?) crie surtout à l’antisémitisme.

Antisémite, la quenelle ? C’est aller un peu vite en besogne : popularisée par Dieudo, lui-même décrété antisémite pour quelques amitiés douteuses et quelques blagues fumeuses (à moins que ce ne soit le contraire), la quenelle tombe-t-elle sous le coup de la loi ? Attention aux raisonnements circulaires : « C’est antisémite puisque c’est Dieudonné qui le fait ». Bientôt sur vos écrans : « Dieudonné est antisémite puisqu’il fait la quenelle ! »

Je ne suis ni spécialement fan, ni spécialement remonté contre Dieudonné. Je le comprends trop pour le blâmer : humoriste, il voulait penser un peu plus loin que l’humour. Dans le PAF il était seul. Il a voulu mélanger, parler de choses dont le PAF ne parle pas. La fatwa est tombée, plus lourde et plus unanime sans doute qu’il ne l’attendait (dans un pays dit « d’expression libre » – on n’est pas en Corée du Nord, tout de même). Il a dit que c’était de l’humour, qu’on l’avait mal compris ; le PAF a rétorqué : c’est de l’humour pas drôle. Tous ses amis d’hier se sont détournés pour protéger leur carrière.

Dieudonné est le symptôme des deux problèmes de la liberté d’expression à la française : premier problème, la liberté d’expression n’est pas absolue, donc où mettre les limites ? La diffamation ? L’appel au meurtre ? OK. Mais les lois mémorielles ! Telle catastrophe historique est sacrée, telle autre ne l’est pas. On peut rire de la répression à Madagascar, mais pas dire qu’il n’y a pas eu de génocide arménien. On peut faire des blagues sur les mains coupées de Léopold au Congo, mais pas sur les camps de concentration allemands. Deux poids deux mesures. Dieudo n’est pas en phase avec ça, il proteste, et il a raison.la malédiction de la quenelle

L’autre problème, c’est la solidarité un peu trop absolue des médias et de la classe politique. On a une presse pluraliste, et plein de chaînes de télé concurrentes ? Sur certains problèmes et sur certaines questions, on dirait qu’une autorité supérieure dit à tous ce qu’il faut dire et surtout ce qu’il faut penser. Dieudo est exclu à vie du PAF, interdit d’antenne, et même Valls, qui tenait des propos DLC dépassée sur les Roms, en fait une affaire personnelle.

Que peut faire Dieudonné ? S’enfoncer dans l’outrance et la caricature pour essayer de faire le buzz sur internet malgré l’omerta. Puisqu’on ne l’invite plus à la rubrique idées, il flirte avec la rubrique faits divers.

  quenelle géante  

C’est dommage, parce qu’il a des choses à dire et des gens pour l’écouter. Mais qu’il arrête de déguiser ça pour de l’humour : c’est beaucoup plus sérieux.

Que dit Dieudo ? Que, concernant les catastrophes et les grands crimes, les médias se tiennent à une affligeante politique de doubles standards. Les victimes appartenant au monde occidental ont un prix cent fois, mille fois plus élevé que les victimes appartenant au Tiers-monde. Y a-t-il du racisme ou de l’antisémitisme à constater cela ? Y a-t-il de la mauvaise foi ou de l’exagération à le dénoncer ? Faut-il faire taire le seul  qui contredit à la télé tous les Zemmour, les Bruckner, tous ces anti-flagellationnistes qui se trouvent sans cesse à la limite du révisionnisme historique ?

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quenelle mode d'emploi

Césaire ne disait pas autre chose. Dans son Discours sur le colonialisme il met sur le même plan colonialisme et nazisme ; il voit dans le second l’inévitable punition du premier ; les méthodes appliqués aux non-Européens se répètent sur un peuple européen. Il proteste : c’était acceptable dans les colonies, c’est criminel en Europe ? 

quenelle made in France      quenelle made in USA

Vous me direz: la colonisation, c’est le passé. Arrêtons de ressasser les crimes anciens et essayons de dépasser tout ça. Oui, mais les attitudes de double standard se perpétuent et finiront par nous retomber sur la gueule. Que dira Obama le jour où un drone pakistanais larguera une bombe sur un immeuble aux USA ? Que dira Nétanyahou le jour où l’un de ses voisins annexera la moitié de son territoire ?

Tout ça et bien d’autres rebondissements encore plus inattendus, c’est pour bientôt ! 2014, année de la quenelle ?

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La vie privée ? C’est démodé !

Posté par grosmytho le 5 septembre 2013

Encore une fois, avec une unanimité suspecte, la presse arrive à la rescousse des politiciens pour nous raisonner. Ecore une fois, au lieu de les presser et de leur faire rendre gorge, elle apaise le jeu.

 « Allons, allons, pourquoi cet affolement ? Pourquoi cette indignation ? Les méchants Etasuniens espionnent vos données ? Mais rassurez-vous, il n’y a rien là que de très normal ! D’ailleurs la preuve, vous voyez bien, les Français, les Anglais, tous, tout le monde et partout, le font aussi ! » La vie privée ? C'est démodé ! dans Propagande tintin11-261x300

Merci la presse ! C’est vrai qu’avec l’histoire Snowden, d’abord ses révélations, puis l’affreuse chasse à l’homme qui a suivi, on avait failli s’inquiéter. Aborderions-nous une fois de plus les fameuses « heures les plus sombres de notre histoire » ?

 

Celles où des citoyens dénoncent d’autres citoyens, celles où nos dirigeants se posent en sauveurs de la Patrie en danger mais en réalité s’aplatissent et lèchent les bottes de l’occupant, celles où on abdique toute dignité et toute souveraineté nationale au profit d’une belliqueuse puissance étrangère ?
spying censure dans Socio

 

Mais non, fausse alerte ! Ouf ! C’est juste qu’il n’y a plus de vie privée, voilà tout. Ça ne va pas vous priver : pour ce que vous en faisiez quand elle existait encore… Pensez donc : des flics étasuniens, français, mais aussi chinois, australiens et pakistanais suivent à la trace vos faits et gestes, stockent des données sur vos appels téléphoniques, prennent note indélébile de tout votre carnet d’adresse e-mail. Broutilles ! Ils font comme (et avec) les sociétés privées Google, Yahoo et consorts ! C’est pour votre bien : les uns ne cherchent qu’à vous protéger des terroristes, et les autres à vous vendre des biens et des services mieux adaptés à vos préférences!

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Grâce à eux, grâce à cette incroyable entraide public-privé, on entre dans le meilleur des mondes. Celui où plus une amende ne sera oubliée, où plus un faux pas ne sera ignoré, où chaque achat sera idéalement calibré en fonction de votre humeur du moment.

C’est le tournant du XXIème siècle : le préventif au lieu de l’empirique. Vous arrêter pour un crime que vous avez commis, c’est démodé. Vous laisser déambuler dans un centre commercial en attendant qu’une marchandise vous tente, c’est has-been. Désormais on vous cerne virtuellement, on vous ceinture avant que vous n’ayez eu le temps de passer à l’acte. On vous fourgue des produits dont vous n’avez même pas encore eu le temps de rêver.

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La démocratie en référé

Posté par grosmytho le 2 août 2013

Finalement la liberté est ce qui se glisse entre les rouages imparfaits & grinçants de la société. Ce n’est pas la démocratie, mais l’imperfection, acceptée & assumée, de la société, qui produit la liberté. Et la super-démocratie qu’on nous prépare n’a rien d’utopique. 

La démocratie en référé dans Emploi big-data-mining

Avec Prism, Hadopi et autres ACTA, nos chères sociétés tendent vers la démocratie parfaite, ultime, où les lois parfaitement démocratiques et respectueuses des libertés constitutionnelles seront exécutées avec une efficacité parfaite (sans retards ni exceptions). On n’en est pas si loin déjà ! Sarkollande (leurs politiques sont si semblables qu’il est impossible de détacher ces frères siamois) y travaillent : Hadopi, écoutes téléphoniques, tolérance zéro, caméras & radars partout, bientôt drones au-dessus des cités. Tout va vers une collecte de plus en plus exhaustive et une analyse de plus en plus fine de nos faits & gestes. Quelle société nous prépare-t-on ?

human-meat-cuts censure dans Propagande

Imaginons que l’effort sécuritaire en cours atteigne ses objectifs : qu’obtiendrait-on une fois que toutes les infos de tous les ordinateurs/portables/smartphones/etc seront piratées par les services secrets ? La plus grosse collection de porno de l’histoire, OK. Mais encore?

On ne pourra pas éradiquer le terrorisme. Quand ils ne sont pas cornaqués par les services secrets (alliés ou ennemis ? allez donc vous y retrouver, vous !), les terroristes sont le plus souvent des illuminés suicidaires agissant seuls et sans prévenir. Des psychopathes difficiles à repérer avant leur passage à l’acte. On va enfermer préventivement 100 gugusses qui se promènent sur les sites conspirationnistes et le lendemain, le 101ème, qui n’avait ni internet, ni portable, ni même profil FesseBouc, attaquera une caserne à la kalachnikov.

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En revanche ce sera la fin des micro-infractions. Suivre vos moindres faits et gestes a un coût, il faudra bien un jour rentabiliser cette activité (avant de la privatiser). Un km/h au-dessus de la vitesse limite, votre compte est débité de la somme de l’amende. Un e-mail vous expose (photos à l’appui) les circonstances de votre délit. Vos déclarations d’impôt sont magiquement majorées de tous les petits détails que vous aviez oublié de mentionner. A chaque fois que vous écoutez une musique que vous aimez, une obole est prélevée sur votre compte pour entretenir les majors du disque (pardon, la « création artistique ») ; idem chaque fois que vous copiez un article ou une photo sur internet. Chaque fois que vous brûlez une voiture ou graffitez un mur, la somme correspondant aux dommages occasionnés, majorés des amendes, pénalités, taxes et frais de dossier, est retirée de votre compte.

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Ça se perfectionnera de plus en plus ! Chaque fois que vous discriminez à l’embauche ou à la location, votre décision est renversée et vous êtes pénalisé d’un mois de salaire ou de loyer (ah ben oui, les électeurs UMP, qu’est-ce que vous croyiez ? Que toutes les lois sont en votre faveur ? Dans votre pays super-démocratique, il y a des lois pour absolument tout). Les policiers qui arrêtent et mettent en garde à vue au faciès sont démis de leurs fonctions dans la seconde qui suit. Pareil pour les passages à tabac de suspects. Les banquiers voleurs et les politiciens corrompus voient leurs émoluments confisqués instantanément et sans possibilité de recours.

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Plus de juges, plus d’avocats, plus de procédures contradictoires longues & coûteuses. Tout cela peut et doit être automatisé pour aller plus vite et économiser les deniers publics. Ça devient techniquement faisable : toutes les lois s’appliquent immédiatement et idéalement. Amende pour tous les délits, prison dès que le solde de votre compte ne suffit plus. La prison elle-même remplit tous les critères légaux : cellule individuelle, traitement conforme à la loi et aux droits de l’homme.

Explosion des incarcérations, privatisation du système pénitentiaire : un gisement d’emplois en prime ! Choc de compétitivité : avec 3 millions de détenus en plus, on pourra relocaliser l’assemblage des iPhones, des sex-toys et autres babioles.

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La démocratie en référé ! C’est le paradis sarkoziste ! Comme tous les utopistes, Nicolas a rêvé d’un monde d’où les faiblesses et les égarements humains sont bannis.  Où le système est si parfaitement ajusté qu’il oblige tout le monde à être parfait. Où la vidéoprotection finit par protéger chacun en permanence de lui-même, jusque dans les chiottes. Où l’Etat devient le surmoi collectif qui rappelle à chacun ses devoirs.

George Orwell a eu raison trop tôt : pour des raisons techniques, 1984 arrivera en 2014.

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