L’éternelle question russe

Posté par grosmytho le 18 janvier 2018

La Russie s’apprête à élire pour la quatrième fois Vladimir Poutine. Homme providentiel pour une majorité de Russes, il est un dictateur pire que Pinochet pour l’Occident et une petite frange d’opposants russes. Le point de la situation et des forces en présence en quelques tableaux concoctés par notre correspondant sur place Youri Popoff.

MOSCOU – L’élection présidentielle qui se tiendra en Russie le 11 mars 2018 pose une fois de plus la question, jamais résolue en Russie, du renouvellement du pouvoir central. Si l’alternance a souvent été relativement paisible, comme lorsque Boris Eltsine démissionna à minuit le 1er janvier 2000, elle n’a jamais été simple ni exempte de risques. Déjà à l’époque féodale, peu de tsars mouraient dans leur lit. L’Union soviétique a eu ces secrétaires généraux qui restaient en fonction jusqu’à leur dernier souffle, puis des foires d’empoigne entre successeurs potentiels aussi difficile à dissimuler qu’à éviter. La Russie eltsinienne a tenté de briser cette fatalité en adoptant le modèle français de république présidentielle basée sur l’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif.

A deux mois seulement du jour J, la campagne électorale se poursuit dans une relative indifférence. Les Russes savent à quoi s’en tenir : avant même l’annonce définitive de la liste des candidats autorisés à se présenter, on connaît déjà le résultat qui, d’une façon ou d’une autre, sortira des urnes le 11 mars prochain. « La démocratie, c’est quand le processus est déterminé à l’avance mais le résultat incertain. En Russie, le résultat est prédéterminé, c’est le processus pour y parvenir qui varie » dit-on ici.

mikhail gorbatchevCette année, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, on voit un « pluralisme neuf » s’opposer au « pluralisme ancien ». Depuis les années 1990, la politique russe est dominée par une poignée de patriarches qui s’opposent, certains disent pour la galerie, au clan Eltsine-Poutine. Il s’agit principalement de Vladimir Jirinovski (nationaliste), de Guennadi Ziouganov (communiste) et de Grigory Yavlinski (néolibéral). Depuis quelques années, et plus encore ces derniers mois, on voit une « jeune garde » entrer en scène pour défier ces reliques du passé, aux premiers rangs desquels Alexei Navalny et Ksenia Sobtchak. Si l’ancienne garde s’oppose dans un schéma proche de notre opposition droite-gauche, considérant comme entendus les principes de fonctionnement autoritaire de l’Etat russe, ces nouveaux venus veulent remettre en cause ce système lui-même. Alexei Navalny enfourche le cheval de bataille de la lutte contre la corruption et annonce son intention d’établir un Etat de droit, tandis que Ksenia Sobtchak milite pour une Russie moderne, démocratique, respectueuse des valeurs et des codes en vigueur en Europe.  guennadi ziouganov

La Constitution russe, calquée sur le modèle français de la Ve république, en reprend les principales dispositions : Parlement bicaméral, régime présidentiel, élection au suffrage universel des représentants régionaux (législatives) et du chef de l’exécutif (présidentielles). En Russie comme en France, le scrutin présidentiel se joue en deux tours, les deux candidats ayant obtenu les meilleurs scores au premier tour s’affrontant au second. Comme en France, le système des partis fait que différentes familles politiques se partagent les sièges au Parlement et proposent des candidats à la présidentielle. Ce qui distingue la Russie des démocraties « véritables », c’est que la séparation des pouvoirs reste très relative. La dépendance des branches judiciaire et législative vis-à-vis de l’exécutif donne au président russe des pouvoirs plus étendus encore que ceux, déjà excessifs, du président français. Cette concentration des pouvoirs rend très risquée l’élection au suffrage universel, un problème déjà identifié à l’époque par Tocqueville :

alexis de tocqueville« Il est clair que plus le pouvoir exécutif a de prérogatives, plus l’appât est grand; plus l’ambition des prétendants est excitée, plus aussi elle trouve d’appui dans une foule d’ambitions secondaires qui espèrent se partager la puissance après que leur candidat aura triomphé.

Les dangers du système d’élection croissent donc en proportion directe de l’influence exercée par le pouvoir exécutif sur les affaires de l’État.»[1]

Le choix fait par la Russie d’élire son président au suffrage universel illustre son côté « europhile » ; le fait de lui donner des pouvoirs de despote procède de son caractère « slavophile ». La Russie est éternellement tiraillée entre son admiration pour l’Europe et son besoin de suivre sa propre pente. D’où ce système politique hybride, ni entièrement démocratique, ni absolument monarchique, où l’on demande son avis au peuple tout en se méfiant de ses foucades. Le renouvellement ne peut s’y faire que par cooptation : Eltsine a nommé en Poutine son successeur, et Poutine, le jour venu, fera de même (il l’a fait en 2008 en nommant Dmitry Medvedev). Ce que l’on observe à l’approche d’une élection, ce n’est pas une campagne électorale à proprement parler, mais plutôt une sorte de prise de position, pour ou contre, de toutes les forces politiques. L’élection propose au peuple de valider et non de choisir. emmanuel todd

Ces périodes d’agitation politique sont perçues, en Russie et ailleurs, comme des périodes de vulnérabilité aux influences étrangères. En Russie, « vieille puissance européenne, la seule force indépendante du système globalisé qui a réussi à se maintenir »[2], le regain de tension avec l’Occident fait craindre le scénario d’une agitation démocratique pilotée de l’étranger sur le modèle des « révolutions de couleur » déjà observé en Géorgie en 2003, puis en Ukraine en 2004 (« révolution orange »), en 2005 avec le coup d’Etat « des tulipes » au Kirghizstan, puis à nouveau l’Ukraine en 2013-14 sur la place Maïdan. Voir la Russie sombrer dans un tel « chaos démocratique », c’est la hantise de Vladimir Poutine et de la « vieille garde » politique. C’est un tel soulèvement démocratique qu’espère ouvertement la « jeune garde ».

Une majorité de l’opinion préfère s’en remettre à un leader paternaliste, voire autoritaire, plutôt que de se risquer à nouveau dans un libéralisme politique qui renouerait avec la tragique expérience démocratique des années 90 accompagnée de la « thérapie de choc » économique. Il est difficile, pour un Occidental qui lisait quotidiennement des louanges sur Gorbatchev le démocrate, puis sur Eltsine le pragmatique, d’imaginer le niveau de ressentiment des Russes envers ces deux dirigeants auxquels ils doivent une des pages les plus sombres de leur histoire. Corruption, népotisme, hyperinflation, chômage, déclassement : l’effondrement économique, politique, social qui accompagna la démocratisation a laissé dans l’opinion une trace comparable à une guerre dont on commence seulement à se relever. Perçu depuis 1999 comme le « serreur de boulons », Vladimir Poutine, 65 ans, a donc beau jeu de se présenter comme la seule alternative au désordre.

clin d'oeilL’ancien chef du FSB (successeur du KGB), nommé Premier ministre en 1999, a fait de la « verticale du pouvoir » son credo. Depuis le premier jour de son règne, son obsession a été d’éliminer tout pouvoir qui ne découle pas en ligne directe de celui du président. Aucune autorité indépendante n’existe plus en Russie : ni la justice, qui est inféodée à l’exécutif dès que les affaires traitées prennent une nature politique, ni la branche législative, qui est sans cesse tenue par une très visible « laisse patriotique », ni même les partis politiques, qui doivent donner, pour être autorisés à fonctionner, toutes sortes de garanties exorbitantes, ni évidemment la télévision, considérée comme le 4e pouvoir. Les autorités se sont convaincues au fil des ans que ni la presse écrite, ni la radio, ni internet ne possèdent ce pouvoir d’influence sur l’opinion publique, c’est pourquoi ces trois types de médias y jouissent d’une liberté de ton similaire à celle qu’ils ont en Occident. Il serait intéressant de procéder à une analyse plus fine de l’attitude des autorités confrontées à l’apparition de blogueurs de plus en plus influents, de leaders d’opinion sur Twitter ou Facebook, et de « chaînes Youtube » suivies par des millions d’internautes. Certains politiciens s’en inquiètent et appellent à un contrôle plus strict des nouveaux médias. Tout cela fait du président, libre de conduire sa politique et maître de l’interprétation qui en est donnée au public, un être exceptionnel auquel personne ne peut réellement se comparer.

C’est bien ainsi que le député indépendant Vladimir Ryzhkov analyse la stratégie électorale probable du chef de l’Etat qui sera candidat pour la quatrième fois à sa propre succession. « Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir sous la casquette de chef militaire inflexible, seul capable de mater l’insurrection tchétchène. En 2004, il incarnait l’ordre républicain et le retour d’une forme de fierté nationale. Passant la main à Dmitri Medvedev, c’est pourtant lui et non le président, qui a géré la crise en Géorgie en 2008. En 2012, il a repris les rênes avec pour objectif de restaurer l’influence internationale de la Russie. Cette année, c’est évident, il va se poser en ‘bon père de famille’ et transformer l’élection en plébiscite. » Dès lors, il est peu probable que des trublions, jeunes ou vieux, parviennent à perturber ce message de conservation des acquis qui sera le thème principal de la consultation : les premiers sondages du Centre Levada le créditent de 53% des intentions de vote, contre 3 à 4% pour ses concurrents les plus sérieux. Ce sera « lui ou le chaos. »  le résistant

« Le chaos, c’est lui » affirme en substance son principal opposant, Alexei Navalny, 41 ans. Ancien bureaucrate devenu entrepreneur, puis juriste blogueur, il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, et son message porté par une carrure athlétique et une voix posée résonne dans une grande partie de l’opinion. Pour mémoire, il avait pu participer aux élections municipales à Moscou en 2013 et obtenu un score plus qu’honorable de 27% des voix. Il est aujourd’hui avec Vladimir Jirinovski l’un des rares politiciens en situation d’organiser des meetings à grande échelle dans toutes les principales villes du pays. Il ne s’en prive pas, malgré les menaces de mort qui lui sont régulièrement adressées. Que ce soit devant les foules de ses admirateurs ou sur son émission hebdomadaire diffusée à 20h18 sur Youtube, il ne mâche pas ses mots. Il martèle son message lors de chacune de ses interventions : « Poutine est le principal pourri », « ce qu’il faut combattre c’est le système Poutine », réfutant l’image traditionnelle du « bon tsar » impuissant à discipliner ses subordonnés.

Pourra-t-il être candidat ? C’est pratiquement exclu, la Commission électorale centrale l’a déjà annoncé de façon informelle. Condamné au pénal, il est frappé d’inéligibilité. C’est là le « paradoxe Navalny » : le pourfendeur de la corruption est lui-même sous le coup de plusieurs poursuites ayant trait à ses activités politico-économiques dans les régions de Kirov et de Yaroslavl. Bien entendu, dans un pays où l’indépendance de la justice est pour le moins relative, il bénéficie d’une immunité quasi-totale dans l’opinion publique, et les autorités judiciaires sont vues comme a priori au service du Kremlin. Certains affirment pourtant qu’il n’a endossé son pourpoint d’opposant politique que pour échapper aux poursuites dont il fait l’objet sur plusieurs dossiers d’enrichissement personnel dont le plus ancien remonte à 2009. D’autres pointent sa participation au programme américain de « Yale world fellow » pour suggérer son affiliation au « parti de l’étranger ».

« Opération mains propres » à l’intérieur, « opération réconciliation » à l’extérieur : sa plateforme électorale remet en cause les grandes orientations géopolitiques de l’époque Poutine. Alexei Navalny préconise une révision douloureuse des budgets militaires, un désengagement sur les théâtres extérieurs et une renégociation du statut de la Crimée. Sur le plan économique en revanche, son approche correspond à celle qui a été suivie jusque-là : non-remise en cause des privatisations de 1991-1996, poursuite de l’intégration à l’économie globalisée par le truchement de l’OMC et des accords multilatéraux.

A l’opposé du spectre politique se trouve Guennadi Ziouganov, 73 ans, doyen et indéboulonnable secrétaire du parti communiste, vétéran électoral. Depuis vingt-cinq ans il préside à l’« européisation » de l’ancien parti unique qui a vu son potentiel électoral chuter de plus de 30% à environ 17% des voix aux dernières consultations électorales. Suffisamment autoritaire pour résister à ses opposants en interne, il se réserve depuis 2000 la place de candidat à chaque élection présidentielle. Fort de son image de représentant des travailleurs, de ses mains rugueuses et de sa voix caverneuse, exercé à débiter sur un registre funèbre mais convaincant les doléances du prolétariat, il est tragiquement dépourvu de charisme et incarne bien, par son débit laborieux et la lenteur de ses réparties, le passéisme dont l’accusent ses contradicteurs. Les premiers sondages d’opinion ne lui promettent pour l’instant que 3 à 4% des voix.

On peut en dire presque autant du chef du parti néo-conservateur Yabloko (la pomme), Grigori Yavlinski. Lui aussi vétéran de la politique et chef de parti inamovible depuis le début des années 1990, lui aussi martelant inlassablement les mêmes formules, il n’a cependant pas été candidat en 2008 et en 2012 faute de produire un nombre suffisant de signatures validées par la Commission électorale centrale. « Jeune réformateur » à l’époque Eltsine, il avait frappé les esprits par son « programme des 500 jours », une thérapie de choc inspirée de l’école américaine des Chicago Boys, similaire à celle qui fut mise en œuvre par son rival néo-conservateur Egor Gaïdar et qui avait provoqué faillites, licenciements de masse et hyperinflation. Comme tous les grands idéologues, il voit dans l’échec de sa méthode la preuve de sa justesse. Il propose donc logiquement de la répéter avec plus de rigueur et en augmentant les doses. Il est pour l’instant crédité d’un score inférieur à 1% des voix.

le clown fatigué devenu sageVladimir Jirinovski, 71 ans, troisième mousquetaire de la politique russe, bat tous les records de persévérance puisqu’il s’apprête à participer à sa 6e élection présidentielle. Après avoir obtenu un peu moins de 10% des voix en 2008 et en 2012, il est aujourd’hui crédité d’environ 4% des intentions de vote. Figure qualifiée d’ultra-nationaliste par la presse étrangère, considéré comme un épouvantail à l’époque Eltsine, il s’efface désormais derrière Vladimir Poutine qui a endossé dans les médias occidentaux le rôle du méchant. S’il est peut-être l’un des meilleurs analystes de la situation politique, il est sans conteste le plus redoutable orateur. Habile à mettre les rieurs de son côté par une tirade imprévisible lorsqu’il est désarçonné, il n’a que rarement recours à cet artifice tant c’est lui qui généralement domine les débats de sa voix curieusement criarde, parfois éraillée, grâce à des formules qui font mouche : « Des mécontents, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Citez-moi un pays, une époque où le peuple dit: ‘c’est bon, tout va bien, nous sommes contents, nous avons ce que nous voulons’ ». Il résume assez bien l’opinion générale lorsqu’il dit: « La démocratie n’est pas faite pour nous. La démocratie c’est la rue, la rue c’est l’émeute, l’émeute, c’est le sang et la tragédie. Assez de révolutions ! Assez de tragédies ! Il nous faut un tsar, un patriarche, un chef dont l’autorité morale apaise la politique. »

Mais la vedette de ces élections nouvelle formule est sans conteste Ksenia Sobtchak. A 36 ans, la candidate à la candidature est la cadette et la nouvelle venue, et c’est elle qui fait le buzz. Elle apporte de l’animation à une campagne qui menaçait d’être terne. Si elle peut à première vue passer pour la « Paris Hilton russe », force est de constater qu’elle est bien plus que cela. L’ancienne journaliste politique issue de la téléréalité est la personnalité la plus controversée du spectre politique : en témoignent les premiers sondages du Centre Levada qui la créditent de 1% seulement des intentions de vote, même si « 9% des personnes interrogées n’excluent pas de la soutenir ». Un potentiel intéressant pour la fashionista représentative de la jeunesse dorée du pays qui se pose en héritière morale de son père Anatoly Sobtchak, ancien maire de Saint Pétersbourg, mentor de Vladimir Poutine et père de la Constitution russe. Si son programme reste assez peu détaillé, elle tranche d’ores et déjà avec le reste de l’establishment par ses positions résolument pro-occidentales et pro-démocratiques.  la candidate

C’est ce dernier aspect qui rend ces élections intéressantes: certains analystes les déclarent déjà « historiques ». Même si le débat politique russe a toujours été virulent entre les partisans de plus de libéralisme ou d’un retour au collectivisme, ceux d’une détente avec l’Occident et ceux qui prônaient une politique étrangère plus sourcilleuse, la question n’a jamais été soulevée d’un renoncement au statut de grande puissance au profit d’une intégration à l’Occident. Rendre la Crimée et se ranger aux exigences de la communauté internationale, notamment en matière de standards démocratiques et de droits humains, c’est en gros ce qui filtre pour l’instant du programme de Mme Sobtchak. Riche et célèbre, la « révolutionnaire en vison » est cependant très impopulaire jusque dans les rangs réformateurs où on lui reproche son mode de vie de jet-setteuse et ses déclarations volontiers méprisantes envers les « pouilleux » qu’elle n’aime pas retrouver sur son chemin lors de ses escapades dédiées au shopping, à Londres ou à Monaco. Sa prise de position au sujet de la Crimée a touché un nerf sensible dans l’opinion qui voit majoritairement dans « le retour de la Crimée dans le giron de la Patrie » une première réaffirmation, aussi rare que précieuse, de la capacité de la Russie à défendre ses intérêts vitaux.

sergei udaltsovSergei Udaltsov, un opposant à Poutine proche du PC, la décrit comme un « cheval de Troie du Kremlin ». Il n’est pas le seul à voir dans sa candidature ce que l’on appelle en Russie une « technologie sale », c’est à dire un artifice mis en place par le pouvoir pour manipuler l’opinion. Si c’est le cas, on pourra dire que le Kremlin aura fait d’une pierre deux coups : discréditer l’ensemble du mouvement anti-Poutine par la présence, aux côtés des opposants sincères et idéalistes, pro-démocratie, d’une candidate au profil et aux prises de position clivantes. Deuxièmement, elle pourrait contribuer à attirer vers les urnes les classes moyennes-supérieures, fortement dépolitisées, de l’électorat et ainsi accroître la participation, donc la légitimité du scrutin. D’autres analystes au contraire voient en l’émergence de Ksenia Sobtchak un signe de l’efficacité des sanctions internationales qui frappent surtout cette partie privilégiée de la population. « Les classes moyennes-supérieures sont frappées de plein fouet par les sanctions qui rendent plus difficiles l’obtention de visas et menacent leurs avoirs à l’étranger. Mme Sobtchak, qui propose de renoncer aux attributs de grande puissance de la Russie en échange d’une intégration au camp occidental, leur parle un langage qu’ils comprennent, même si le personnage en lui-même leur est antipathique. » Ivan Vichnievsky, journaliste politique, considère qu’elle « est la seule représentante des valeurs de l’Occident. Elle bénéficie à la fois de soutiens à l’étranger et de sympathies au cœur de l’appareil, et pourrait représenter, si une situation de type Maïdan devait se développer, une figure acceptable par les deux parties ».

Cela dit, l’option d’une réconciliation avec l’Occident est problématique pour une majorité de l’opinion.

Pour une raison historique : peu de gens croient que l’Occident soit prêt à renoncer à sa russophobie traditionnelle, quels que soient les efforts de la Russie pour se transformer. L’époque Eltsine est encore présente dans les esprits, où la main tendue russe n’a rencontré à l’Ouest que méfiance, voire mépris. L’Otan a profité de la dissolution du Pacte de Varsovie pour avancer ses pions en Europe de l’Est, les multinationales ont profité de l’effondrement économique pour racheter tout ce qui pouvait l’être et tenté de prendre le contrôle d’actifs stratégiques dans le pétrole, le gaz, la défense… A chaque fois que la Russie faisait mine de défendre telle ou telle parcelle de souveraineté, tel ou tel intérêt vital, une rhétorique de guerre froide réapparaissait  immédiatement dans les médias occidentaux pour dénoncer le « retour de l’ours russe » et brandir des menaces de sanctions économiques.

Pour une raison pratique : on voit mal ce que l’Occident aurait à offrir à la Russie en échange de son renoncement au statut de grande puissance. L’Otan ne reviendra pas sur ses avancées ni n’intègrera la Russie, l’UE n’offrira pas de coopération ou investissements sérieux à un pays seulement associé, encore moins ne voudra-t-elle s’encombrer d’un nouveau membre de cette importance. Les États-Unis en profiteront probablement pour prendre pied partout où la Russie laissera le champ libre, que ce soit en Syrie, en Ukraine, au Venezuela ou ailleurs. Le seul résultat tangible serait donc la levée des sanctions économiques, lesquelles ne présentent pas que des inconvénients à l’heure actuelle (redéploiement de l’économie, mobilisation nationaliste de l’opinion), ce qui ferait surtout l’affaire de l’Europe (en recouvrant son accès à son plus important marché d’export agricole).

C’est pourquoi il n’est pas absurde, du point de vue russe, de qualifier la candidature de Ksenia Sobtchak comme le « parti de l’étranger », et c’est là l’avis d’une majorité des analystes politiques. Elle-même ne fait rien pour le réfuter, puisqu’elle a choisi comme directeur de campagne Igor Malachenko, proche du clan Clinton et ancien conseiller de Boris Eltsine (artisan de sa réélection quasi-miraculeuse en 1996), en remplacement d’Alexei Sitnikov, lui aussi très lié aux milieux politiques américains.

Cette élection nous interpelle en tant qu’Européens nés et grandis dans l’idéal démocratique. Les Russes restent des Européens à part : même s’ils partagent avec l’Europe un grand nombre de valeurs et traditions, peu nombreux pourtant sont ceux qui voient dans la démocratie une panacée ou un objectif en soi. La raison en est la descente aux enfers qui a suivi la transition démocratique en 1991, et dont les effets se font encore sentir vingt cinq ans plus tard. Les estimations varient, mais l’ensemble de la classe politique s’accorde à considérer cette période comme un « génocide économique » qui aurait coûté au pays entre 20 et 30 millions de citoyens, suite aux effets cumulés de la surmortalité (libéralisation de la médecine, crise sanitaire, crise économique), du krach démographique et de l’émigration massive.  caricature3

Même si le « ras-le-bol-de-Poutine » existe en Russie, il a été balayé par une vague de patriotisme suite à l’annexion de la Crimée (ici, on dit « le retour de la Crimée dans la patrie »). Ce premier point marqué après une longue série de vexations infligées par l’Occident est venu juste à temps pour légitimer la ligne souverainiste qui a toujours été celle de Poutine. Les sanctions, les Russes sont largement d’avis de les supporter, et nombreuses sont les voix qui affirment que, sous ce prétexte ou un autre, l’Occident les aurait de toute façon mises en place. Depuis 2014, l’opposition à Poutine a du plomb dans l’aile, et la relative unité qu’on observait sur la place Bolotnaya en 2011 s’est dissoute. Les anciens, Kassianov, Kasparov, Koudrine, ont renoncé, jugeant que le jeu n’en valait plus la chandelle. Les jeunes, Navalny, Sobtchak, Udaltsov, se disputent tant sur le programme de l’opposition que sur la stratégie à adopter. Exilé à Londres, le milliardaire Mikhail Khodorkovski observe et soutient l’opposition à Poutine tout en remarquant : « Qu’Alexei Navalny soit ou non autorisé à participer, cette élection n’en sera pas une. Il faut refuser de participer à une farce électorale qui ne fera que légitimer le pouvoir en place. »

emil cioran« Par rapport à l’Occident, tout en Russie se hausse d’un degré » écrivait Cioran[3]. C’est vrai de ces élections aussi : farce pour les uns, étape historique pour les autres, l’hystérie sur les plateaux télé contraste avec la placidité de l’homme de la rue. La Russie est un miroir grossissant où l’Europe peut voir ses propres travers, exagérés. Jusqu’en 1991, elle a pu y admirer les défauts du socialisme privé de contre-pouvoirs, puis de 1991 à 2000 les affres de l’ultra-libéralisme dérégulé… Depuis 2000, la Russie nous joue une parodie qu’on pourrait appeler « la démocratie en état d’urgence ». Comme on aime dire ici, l’homme intelligent apprend de ses erreurs, l’homme sage apprend des erreurs des autres…


[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835

[2] Emmanuel Todd, Ou en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine. Seuil, 2017

[3] Cioran, Histoire et utopie (1960)

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N’enterrez pas trop vite le candidat anti-système

Posté par grosmytho le 24 février 2017

Avez-vous bien profité du répit ? Depuis deux semaines, le discours de droite sur les affreux assistés était mis en sourdine. En pause, les chômeurs pantouflards se gobergeant sans aucune vergogne sur les grasses subventions. Mollo, les smicards simulant la maladie à qui-mieux-mieux pour assécher les caisses de la Sécu trop naïve.

PénélopeFinies les vacances ! On découvre aujourd’hui, horrifiés, sur France2, que les « arnaques aux allocs » sont évaluées à 275 millions par an ! Bien sûr ça ne représente que 0,3% du budget de la Sécu ou de la fraude fiscale qui est évaluée à peu près au même montant… Mais c’est de ceci qu’on parle, pas de cela ! 275 millions, c’est beacoup plus que n’a détourné Mâme Fillon, finalement !  

Si la presse revient au marronnier de l’arnaque à la Sécu, c’est signe que Fillon démasqué « pense avoir trouvé la parade. Fragilisé par les soupçons d’emplois fictifs pesant sur sa famille et qui minent sa campagne, François Fillon ne cherche plus à créer un engouement autour de sa seule personne. Lucide, il sait que les révélations ont sérieusement écorné l’image de « candidat honnête » qu’il s’était patiemment forgée.

Alors, pour pousser ses électeurs à lui rester fidèle dans la tourmente, le candidat du parti Les Républicains (LR) a choisi de décliner un nouvel argument : même s’il n’est pas « un saint », lui seul serait en mesure d’assurer une alternance de droite.» Le Monde 10/2/17.Mr F

Après le trou d’air, le candidat Ripoublicain reprend des couleurs et rattrape Macron.

Les joies de la démocratie. Toujours les mêmes. Alors comme ça le peuple est censé flairer, détecter, sélectionner le meilleur pour diriger ? Mais pas du tout. Ce qui se noue est un pacte, un marché de dupes, un arrangement mafieux institutionnalisé. C’est pour ça que les pires sont si souvent réélus, les Balkany, les Dassault, au niveau local ça passe comme une lettre à la boîte : ils détournent du fric mais partagent avec leur région, leur ville, leur « fief » comme on dit… C’est pareil au niveau national : Fillon a perdu son image de M. Propre ? Il se rallie au réalisme, regarde la France dans les yeux, lui dit : « Vous voulez que le CAC40 continue de cartonner ? Que l’immobilier continue de flamber ? Qu’on vous protège de ces salauds de pauvres flemmards et revendicards ? Qu’on mette au chômage 500 000 fonctionnaires ? Eh ben c’est ce que je vous propose, et personne d’autre aussi bien que moi. Oui, je suis un salaud, un profiteur, oui j’aime le fric et les belles bagnoles. Mais je sais que vous aussi, et je suis prêt à partager avec ceux qui m’aideront. »

Et ça marche ! Comme toujours ! La démocratie c’est 1° élisez-moi parce que l’autre est pire, et 2° si vous m’élisez, votre petite catégorie de privilégiés restera privilégiée. Et surtout, 3°, après l’élection, le déluge. La pire punition, si l’élu démérite vraiment trop, c’est de ne pas être réélu. Personne ne parle d’annuler les gardes du corps, les voitures de fonction, les conférences, les royalties, les opportunités de pantouflage, la retraite dorée au bout.

Miss FFillon démasqué se pose en candidat anti-système ! C’est à mourir de rire mais, comme disait l’autre, plus c’est gros plus ça passe ! Ecoutez-le à Poitiers, affirmer : « Un second tour Macron-Le Pen, c’est ce que veut le système ! »

Heureusement qu’on a notre Che Guevara de la Sarthe, ancien député, ancien sénateur, ancien ministre, ancien premier ministre, cumulard de retraites sorti de nulle part, quoi, pour faire tout péter ! Avec lui, le système peut numéroter ses abatis !

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Saint Barack Obama, priez pour nous

Posté par grosmytho le 2 février 2017

Trump le balourd revient, trait de plume après trait de plume, sur les mesures progressistes qu’Obama a promulguées, pour la galerie, dans les derniers jours de sa présidence. Et tout est désormais de sa faute.

trumpDevilL’Histoire est injuste. Kennedy a commencé la guerre du Vietnam, Nixon l’a terminée. Mais ce que l’histoire a retenu, c’est le sourire du premier et les grimaces du second. Obama s’est inspiré de cet exemple pour vider habilement dans le jardin de Trump les poubelles de son double mandat.

Les deux mandats d’Obama ont été l’âge d’or du pétrole de schiste, ceux où Big-Oil s’est enrichi massivement en provoquant une catastrophe écologique sans précédent sur le territoire US ? Peu importe : d’un Executive Order précipité, il fait semblant de vouloir interdire les forages en Arctique. Comme prévu, Trump l’a annulé, et la tache d’huile orne son costume, tandis que celui de Barack retrouve sa virginité immaculée.

Pendant ses deux mandats, Obama a pourchassé impitoyablement les lanceurs d’alerte qu’il avait promis de protéger ? Il a assiégé Assange et promis à Snowden le traitement réservé à la haute trahison ? Ah tiens non, voilà qu’il gracie spectaculairement Chelsea Manning dans les derniers jours de son bail, passant les deux autres à son successeur qui enfile le costume de méchant persécuteur de justiciers.

Barack a pendant tout son mandat soutenu le terrorisme, protégé Daech et Al-Qaeda en Syrie et s’est livré, à coups de drones et de groupes terroristes « modérés », à un horrible « terrorisme télécommandé » dans des pays musulmans ? Heureusement, avec sa rhétorique islamophobe, c’est Trump qui joue au méchant flic, laissant à Obama, la larmichette à l’œil, le rôle du flic gentil.   saint obama

On doit à Obama la reconduction du Patriot Act qu’il a renforcé en autorisant la NSA à espionner les Américains et à enregistrer des données et des conversations sans mandat sur le territoire US. Mais il retrouve, grâce au grossier canular « Trump élu grâce aux cyberattaques russes », sa pucélitude effarouchée. L’Amérique se réveille cyber-victime du duo Trump-Poutine, Obama entre dans l’histoire comme le défenseur incorruptible des libertés individuelles !

Bien joué Barack ! Pas de cent jours, pas de période de grâce : à peine entré en fonctions, tout est désormais la faute à Trump. Et Saint Obama peut attendre tranquillement sa canonisation prochaine.

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Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

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« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

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Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

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L’encerclement (des cons par les salauds et réciproquement)

Posté par grosmytho le 11 janvier 2016

J’ai regardé sur les conseils d’un pote le documentaire sur les méfaits du capitalisme qui date déjà un peu, puisqu’il est sorti en 2008, appelé l’Encerclement, du Canadien Richard Brouillette.50 years of capitalism

C’est drôle ce documentaire ; comme il donne la parole aux uns et aux autres, on s’aperçoit d’une chose rarement vue (puisqu’on écoute normalement un camp et qu’on déteste l’autre comme la peste). Libertariens et altermondialistes ont peur de la même chose, qu’ils voient arriver de deux côtés opposés.

Leur hantise : qu’on leur prenne leur bien. Mais ils soupçonnent deux entités différentes.

la-crise-financiere-expliquee-aux-nulsLes premiers, les libertariens, ont peur d’un Etat totalitaire, confiscatoire, qui leur « vole », pour le redistribuer à d’autres, aux parasites, le produit de leurs efforts. Les altermondialistes partagent la même peur, en sens inverse : celle des corporations, des monopoles, des monstres mutants du CAC40 qui leur vendent sous forme privatisée, à des prix astronomiques, les services qui étaient autrefois assurés gratuitement ou presque, éducation, santé, etc. Ou qui du moins étaient largement encadrés, modérés par l’Etat, garantis aux plus démunis. Or avec la privatisation de la sncf, de l’électricité, de l’eau, bientôt des logements sociaux, toutes ces garanties s’envolent les unes après les autres.

 

Il est évidemment plus facile de compatir avec les seconds qu’avec les premiers.nature-humaine-capitalisme

D’abord, parce que les premiers ont le vent en poupe. Dans le monde entier l’Etat recule, cède à leurs caprices, le vent du libre-échange et de la privatisation souffle à tout va. Législation, barrières tarifaires, réglementation du travail, tout craque, s’effondre, cède à leurs exigences insatiables. Je m’engage à pleurer sur le sort des riches lorsque le balancier repartira dans l’autre sens, qu’ils seront expropriés et parfois fusillés (les riches lâchent moins volontiers leur magot que les pauvres, qu’il suffit souvent d’effrayer ou de distraire).

 

Deuxièmement parce que la vision des premiers, conformément à leur théorie d’ailleurs, est très simpliste : occupés à faire de l’argent dans leur domaine d’expertise, ils n’ont que peu de temps à consacrer aux rébarbatives études de sociologie et d’économie, aux interactions et aux implications. Ils se contentent d’un slogan simple, qui est « l’Etat me vole pour donner mon argent aux pauvres, l’assistanat ruine le pays ». Alors que les altermondialistes, occupés à être chômeurs ou étudiants, disposent de temps pour aller sur internet, fouiller les forums, échanger des idées, refaire le monde, recalculer etc. D’où un discours bien plus diversifié, fouillé, argumenté, convainquant.

Troisièmement, enfin, parce que les premiers sont peu nombreux, minoritaires, souvent cyniques, brutaux, égomaniaques, tandis que les seconds représentent la foule, le pays, le monde, l’humanité finalement, dans sa diversité et sa touchante stupidité moutonnière.  

néo capitalisme

Reste qu’ils ont peur de la même chose : la perte matérielle, les uns par l’excès d’Etat, par l’insuffisance d’Etat pour les autres. Comment se fait-il que personne ne constate l’évidence ? Qu’il faut trouver un juste milieu ? Marre des balanciers qui tantôt arment les bolcheviks au couteau entre les dents, et tantôt les 200 familles ! Ce qu’il nous faut c’est un Etat fort, redistributeur, libéral avec les petites entreprises, vigilant avec les grosses, capable de tenir la bride des banques et des multinationales, comme de lâcher un peu la grappe aux PME. 

affiche_crisecapitalisme

Petite remarque complotiste pour conclure : comme à chaque fois qu’un film touche une question qui remet en cause la pensée unique, il est réalisé de façon à repousser le public. Plans fixes interminables, noir & blanc, intervenants au saut du lit qui expliquent, hésitent, se reprennent, se grattent le nez… des titres de chapitres et des résumés affichés sur fond noir et accompagnés de grincements sinistres… Jamais une image ou un graphique, un exemple, quelque chose d’autre que ce texte ultra-académique parlé ou écrit. Comme plus récemment Citizen four, il rafle les prix confidentiels du cinéma alternatif, mais n’atteint pas le public plus large. Seuls les altermondialistes les plus convaincus s’infligeront le visionnage intégral de ce monument de soporifisme qui dure 2h40…

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Moutons à deux pattes

Posté par grosmytho le 25 novembre 2015

« La première victime du terrorisme, c’est la vérité. La seconde, c’est la liberté »

cabaleC’était assez extraordinaire de lire en janvier dans Charlie Hebdo (hebdo, rappelons-le, satirique) cette curieuse réfutation par avance, par présomption d’antisémitisme, de toute version non accréditée officiellement (voir ci-dessous). En novembre, c’est cette fois Rue 89 qui s’empresse de sauter à pieds joints dans le plat pour se moquer de leurs « théories du complot préférées ».

Alter-Info, de son côté, faisait la liste des hasards de calendrier et des coïncidences troublantes avant et après les attentats parisiens du 13 novembre.

conspiracy

Où l’on voit que le choc et la peur provoquent, chez les uns et les autres, deux réactions opposées. Complotistes et versionofficialistes.

 

Théories du complot : évidemment, des recoupements bizarres sont faits, des chronologies suspectes pointées, des hypothèses farfelues échafaudées. Notre esprit a besoin d’un continuum et les trous de notre matrice informationnelle doivent être colmatés. C’est humain. On sait de façon certaine que A, et on apprend soudain que B… manque le lien, notre cerveau est fait pour relier nos certitudes entre elles par des connexions logiques. Bien sûr, ces connexions sont plus ou moins inventives, plus ou moins détaillées, plus ou moins étayées par d’autres infos. Mais c’est normal d’échafauder un pont logique entre les événements. C’est le réflexe d’un mathématicien ou d’un mécanicien qui constate que le système étudié donne un résultat inattendu. On forme l’hypothèse mais comme il manque la possibilité de vérification expérimentale, on reste coincé dans le probable invérifiable.  

 

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L’autre réaction est plus bizarre mais tout aussi naturelle : c’est la ruée vers le bunker idéologique. Retour à la Bible et au curé, ou dans le contexte moderne, faire table rase de tout ce qui n’a pas été annoncé depuis le sommet de l’Etat, voire même de certains messages et lapsus officiels, s’ils contredisent la thèse autorisée d’ensemble.  Balayer d’un revers de main toutes les incohérences de la parole autorisée, les passeports ignifugés, contexte géostratégique pourtant bien connu, les petites manigances largement documentées.

Tout cela est oublié, et les dirigeants irresponsables dont les petits jeux dangereux nous ont pété à la figure se drapent dans une autorité renforcée. Nous expliquent les sacrifices auxquels nous allons devoir consentir.

Tout se passe comme si notre capitaine de pédalo et son équipage nous avaient depuis toujours convaincus de leur absolue compétence et de leur sincérité inébranlable. Ils peuvent compter une fois de plus sur le réflexe moutonnier des foules apeurées.

Comme autrefois les chrétiens qui se barricadaient dans la foi de charbonnier en un dieu tout-puissant infiniment bon aux voies impénétrables, même et d’autant plus lorsque frappaient le malheur et l’injustice.

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D’un côté une imagination boostée par la panique, une bouffée d’adrénaline créative, une recherche un peu brouillonne d’explications… de l’autre, une volonté farouche de se raccrocher à l’autorité de l’Etat, faisant fi des complicités, des culpabilités et des irresponsabilités pourtant connues.

Mi-humains, mi-moutons, finalement.

 

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Sorcellerie sur internet

Posté par grosmytho le 14 mars 2015

Signalé par Thierry Meyssan : le PS a commandé un rapport sur le complotisme en France pour amorcer la réflexion demandée par François Hollande sur la menace conspirationniste.

Pour entamer sainement une réflexion, rien de tel que d’interroger ses amis. C’est donc  à un certain Rudy Reichstadt que l’on a confié le boulot. N’est-il pas l’animateur d’un site de « chasse aux conspirationnistes » ? (l’Etat demande toujours aux chasseurs des rapports sur l’écosystème).URSS

Le rapport de 11 pages commence fort habilement par expliciter les mécanismes psychologiques qui poussent tout un chacun à chercher un sens caché aux événements, à étudier les liens de causalité possibles, à identifier des bénéficiaires et des complices éventuels. Transgression, anticonformisme, amour des énigmes, méfiance envers les élites, toutes ces motivations sont absolument légitimes, et je dirais même citoyennes ! Mais l’auteur du rapport y voit de dangereuses pathologies, qu’il met tout de suite en relation avec des exemples délirants, sans oublier d’aller sortir le poussiéreux « Protocole ». C’est la faute à la société… on est proche ici de la sortie de route. La société est pleine de psychopathes en puissance, apparemment. Mais si ç’a toujours été le cas, pourquoi devrions-nous nous alarmer ?

menace internetC’est que, nous signale l’auteur, « la montée en puissance de l’internet » a levé les barrières qui empêchent ces gens de s’exprimer dans les médias traditionnels. Encore une fois, Rudy frise le but contre son camp en affirmant, finalement, que la liberté d’expression « sans comptes à rendre à personne » serait dangereuse… Bon nous y voilà : l’internet, l’impossibilité de censurer les contenus, l’expression libre de tout et de n’importe quoi, favorise la diffusion des thèses malades et donc la « radicalisation ». En résumé, tant que les gens étaient des psychopathes isolés, on pouvait facilement les faire taire ; mais là, les pathologies en ligne deviennent collectives et donc plus dangereuses.

C’est là que le rapport perd un peu les pédales : il faut bien répertorier ces groupes « radicalisés » et « complotisés », et la liste de cette « mouvance hétéroclite » est longue. « Admirateurs d’Hugo Chávez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche, ex- »Indignés », souverainistes, nationaux-révolutionnaires, ultra-nationalistes, nostalgiques du IIIe Reich, militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives », agents d’influence du régime iranien, bacharistes, intégristes catholiques ou islamistes ». Presque toute la société, finalement ! Il balance quelques noms aussi, comme par exemple celui d’Etienne Chouard. On peut ne pas être d’accord avec toutes les conclusions de l’économiste, mais Rudy est un peu léger de le balancer lui aussi dans la cellule de dégrisement complotiste où croupissent déjà Thierry Meyssan, Dieudonné, Alain Soral, etc.islamo fascisme

Enfin, il faut expliquer : quel danger représentent ces individus ? L’agitation d’idées n’est-elle pas une tradition nationale ? Base de la démocratie ? Pourquoi faut-il à tout prix combattre des idées, même éventuellement fausses ? Réponse de FH en personne dans son discours à Auschwitz : le danger fasciste ! La NSDAP est à nos portes !

Voilà donc l’image d’ensemble que devait brosser le rapport : le complotisme est en fait un antisémitisme mal déguisé. Celui-ci fourbit bien sûr (il ne sait rien fourbir d’autre) ses armes redoutables, qui ne pourront manquer de le porter à nouveau au pouvoir. On nous en menace depuis la fin de la guerre, JF Revel s’était déjà ému contre cette curieuse obsession des pouvoirs démocratiques qui toujours et partout voient, redoutent, et finalement créent, un « danger fasciste » largement fantasmé.

Le président Hollande, son parti socialiste, ont donc commandité un chasseur de complotistes proche de Caroline Fourest pour diagnostiquer ce « milieu interlope » constitué de toutes ces mouvances « hétéroclites » et le rassembler en une menace unique et catastrophique, celle du fascisme ! Suivant une tradition bien établie, ils traitent de fascistes tous ceux avec qui ils ne sont pas d’accord.

L’Etat en personne fait du complotisme ! L’idée que véhicule le rapport est que toute personne qui refuse de croire la version officielle sur un événement est classé conspirationniste (ou « révisionniste en temps réel » : jolie formule). Quiconque traite de menteur un dépositaire de l’autorité est automatiquement démasqué comme un dangereux paranoïaque. Wikileaks, Swissleaks, les armes de destruction massive, les viols de Kadhafi, l’aventure ukrainienne, ne démontrent rien : nos dirigeants sont toujours sincères, jamais il ne leur viendrait à l’idée de nous berner, tout soupçon est insultant à l‘encontre de personnes qui nous ont si systématiquement démontré leur absolue, universelle et permanente bonne foi.les bobards volent en escadrille

François Hollande en personne fait du révisionnisme ! A propos des camps de concentration, il dit «prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’extermination». En gros, la Shoah n’aurait pas pu se produire si on avait censuré internet à temps… 

Cette lutte idéologique est finalement bien plus simple qu’elle n’en a l’air. Un grand classique : la religion établie cherche, par des procès en sorcellerie, à se débarrasser de ses concurrents.

A quand la Sainte inquisition numérique ?  

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Le jihad de François est illégal, finalement

Posté par grosmytho le 9 mars 2014

Le tribunal correctionnel de Paris vient d’envoyer en prison 3 jeunes hommes interpellés à l’aéroport de St Etienne alors qu’ils prenaient le chemin de Damas.

Hollande qatar On comprend ce jugement du point de vue de l’émotion générale et des craintes suscitées : volonté de décourager les velléités jihadistes parmi les désœuvrés de l’Hexagone, volonté de montrer après la calamiteuse affaire Merah que l’Etat désormais suit, prévient, surveille et sévit. Du point de vue juridique, il est simplement aberrant. Il punit une intention, un crime qui n’a pas été commis, sur la foi de preuves bien maigres (visite de sites « faisant l’apologie de la violence »…).hollande jihad

Finalement, Youssef, Salah-Eddine et Fares vont en prison pour leur état d’esprit (« radicalisés » par la « propagande islamiste »)… qui était aussi celui de François Hollande ! Rappelez-vous, notre belliqueux Don Juan voulait, entre deux saillies officieuses rue du Cirque, aller punir Bachar El Assad et soutenir la guérilla islamiste qui met la Syrie à feu et à sang !

Dans les pays (France et Royaume Uni surtout) qui se sentaient des fourmis dans les jambes, c’est désormais l’alerte maximale : apparemment des centaines de jeunes s’embarquent pour le jihad syrien. La crainte est qu’ils en reviennent aguerris, endurcis, rompus à la clandestinité. Et se lancent dans un jihad européen… Comme quoi, en géopolitique comme dans les affaires familiales, on gagne à s’occuper de ses fesses plutôt que de celles de la voisine.

François l’Infidèle a eu de la chance de tourner casaque à temps ! Radicalisé lui aussi par ces sites internet de propagande atlantiste qui diabolisent Assad, mais privé du soutien de son ami Barack, il a finalement décidé de renoncer à son projet de jihad sur la Syrie. Bien lui en a pris !Jihad africain

On imagine que sinon il serait en train de croupir en prison avec ses jeunes collègues…

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L’Ukraine – le test de nullité pour Obama et Hollande ?

Posté par grosmytho le 6 mars 2014

Certains admettent presque, à contrecœur et du bout des lèvres, que Poutine n’a pas tiré un coup de feu en Crimée.

Et puis bon, quand la Russie parle d’intérêts stratégiques pressants, c’est un peu plus convaincant, non, qu’Obama  qui nous sort la même tous les ans ? Un coup c’est sur les différents entre la Chine eukraine 2t Taïwan, un autre sur le Tibet ou le Yemen, puis sur le conflit entre Soudan du Nord et du Sud, après entre le Pakistan et l’Afghanistan ? Il a vraiment des intérêts vitaux partout, çui-là ?

Comme Hollande au Mali, en Centrafrique, au Niger ? Vitaux, vraiment, les intérêts ?

Madame Merkel rapporte sa conversation avec Poutine à Obama en disant « Il a perdu tout sens des réalités, il vit dans son monde… ». Remarque intéressante !

En fait, le monde réel est tout autour de nous, à nos portes, et nous, les Occidentaux, vivons dans une sorte de fable éducative made in Hollywood. Nous au moins, quand on bombarde humanitairement des pays lointains, c’est bon pour la démocratie ! Pas comme ces salauds de terroristes ! Des gens se retrouvent pris sous les décombres de leur immeuble, d’autres sont soudain menacés de mort par des islamistes sponsorisés par la liberté importée par nos amis Saoudis et Qataris … mais au moins, c’est pour la bonne cause ! Histoire d’aider le processus démocratique, on balance quelques missiles Hellfire par-ci par-là ! Sur la foi d’algorithmes qui n’établissent même pas l’identité de la cible !ukraine

C’est la technologie de la lasagne Findus appliquée à la politique étrangère : délocaliser le sale boulot à des partenaires étrangers, garder le marketing et la vente. La boucherie aux mains propres. En Syrie, au Mali, en Libye, en Centrafrique, on finance des groupes séparatistes et terroristes pour la partie sanglante, en gardant le marketing/ la télé/ les soldats héroïques. On distribue les bons points, on désigne les gentils et les méchants, des spots télévisés expliquent sous couvert d’info la nécessité d’une intervention…

C’est le bordel en Ukraine. Poutine, qui vit dans le monde réel, prend des mesures pragmatiques : manœuvres militaires dans le sud, sécurisation du territoire de la Crimée (où se trouvent ses bases navales et une population ethniquement russe qui l’accueille avec ferveur), présence sur le terrain… Pas des bombardements de drones : des soldats sans étiquette qui gardent les points stratégiques, aéroports, ports, gares, croisements, pour éviter les débordements. Pas de victime collatérale : juste une présence armée et organisée contre le chaos et l’hystérie ambiante. Même pour ceux qui ne sont pas forcément enthousiastes à l’idée d’être rattachés à la Russie, ça doit être rassurant en ces temps de panique démocratique, quand on-ne-sait-pas-trop-qui prend le pouvoir, on-ne-sait-pas-trop-comment ni pour combien de temps.

ukraine_3Dites-moi ce que vous en pensez : avec les dernières infos qui tombent (les mêmes snipers qui ont tiré sur la foule ET sur la police à la place Maïdan, le référendum en Crimée prévu pour le 16 mars), l’intervention de Poutine paraît de plus en plus claire, carrée, réfléchie. Plus constructive en tout cas que les stupides trémolos démocratiques de l’UE, ou que les menaces de Monsieur le Nobel de la Paix avec ses drones humanitaires … et son caniche Hollande qui promet des « sanctions » (après les « punitions » pour Assad) ! Ah bon on va se passer du gaz russe ? Ah bon les agences de notation vont punir la Russie ? Gageons que Poutine tremble dans ses braies !

Le plus drôle, c’est quand Obama en appelle au droit international ! Le coussin sur lequel il s’assied si confortablement d’habitude. Une fusillade sur la place centrale, un putsch qui renverse un président (antipathique, certes, mais élu), un nouveau gouvernement sorti d’un chapeau qui fait une large place à des extrémistes suprémacistes armés, qui refuse d’enquêter sur la fusillade, tout ça c’est ‘conforme à la constitution’. Mais que le parlement de Crimée organise un référendum, là c’est quasiment un crime contre l’humanité ! Soyons sérieux.

Sans aller jusqu’à dire que le président russe a raison d’occuper militairement la Crimée, reconnaissons qu’il la joue responsable et pragmatique là où les dirigeants démocratiques paraissent contradictoires et hystériques. Ils ont sponsorisé le bordel sous prétexte de démocratie et maintenant ne savent pas quoi en faire. Ils ont fait miroiter l’association mais sans l’intégration à l’UE, la démocratie mais sans le financement, l’amitié mais sans engagement. Poutine, lui, a observé le désordre qui se formait et en a tiré les avantages qu’il a pu trouver.

Ça a fait comme pour l’Iran avec l’invasion US en Irak. Ou comme le Pakistan avec l’invasion US de l’Afghanistan. Le grand frère trouve son intérêt lorsque l’inspecteur Harry vient semer la pagaille chez son rival de toujours.

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