N’enterrez pas trop vite le candidat anti-système

Posté par grosmytho le 24 février 2017

Avez-vous bien profité du répit ? Depuis deux semaines, le discours de droite sur les affreux assistés était mis en sourdine. En pause, les chômeurs pantouflards se gobergeant sans aucune vergogne sur les grasses subventions. Mollo, les smicards simulant la maladie à qui-mieux-mieux pour assécher les caisses de la Sécu trop naïve.

PénélopeFinies les vacances ! On découvre aujourd’hui, horrifiés, sur France2, que les « arnaques aux allocs » sont évaluées à 275 millions par an ! Bien sûr ça ne représente que 0,3% du budget de la Sécu ou de la fraude fiscale qui est évaluée à peu près au même montant… Mais c’est de ceci qu’on parle, pas de cela ! 275 millions, c’est beacoup plus que n’a détourné Mâme Fillon, finalement !  

Si la presse revient au marronnier de l’arnaque à la Sécu, c’est signe que Fillon démasqué « pense avoir trouvé la parade. Fragilisé par les soupçons d’emplois fictifs pesant sur sa famille et qui minent sa campagne, François Fillon ne cherche plus à créer un engouement autour de sa seule personne. Lucide, il sait que les révélations ont sérieusement écorné l’image de « candidat honnête » qu’il s’était patiemment forgée.

Alors, pour pousser ses électeurs à lui rester fidèle dans la tourmente, le candidat du parti Les Républicains (LR) a choisi de décliner un nouvel argument : même s’il n’est pas « un saint », lui seul serait en mesure d’assurer une alternance de droite.» Le Monde 10/2/17.Mr F

Après le trou d’air, le candidat Ripoublicain reprend des couleurs et rattrape Macron.

Les joies de la démocratie. Toujours les mêmes. Alors comme ça le peuple est censé flairer, détecter, sélectionner le meilleur pour diriger ? Mais pas du tout. Ce qui se noue est un pacte, un marché de dupes, un arrangement mafieux institutionnalisé. C’est pour ça que les pires sont si souvent réélus, les Balkany, les Dassault, au niveau local ça passe comme une lettre à la boîte : ils détournent du fric mais partagent avec leur région, leur ville, leur « fief » comme on dit… C’est pareil au niveau national : Fillon a perdu son image de M. Propre ? Il se rallie au réalisme, regarde la France dans les yeux, lui dit : « Vous voulez que le CAC40 continue de cartonner ? Que l’immobilier continue de flamber ? Qu’on vous protège de ces salauds de pauvres flemmards et revendicards ? Qu’on mette au chômage 500 000 fonctionnaires ? Eh ben c’est ce que je vous propose, et personne d’autre aussi bien que moi. Oui, je suis un salaud, un profiteur, oui j’aime le fric et les belles bagnoles. Mais je sais que vous aussi, et je suis prêt à partager avec ceux qui m’aideront. »

Et ça marche ! Comme toujours ! La démocratie c’est 1° élisez-moi parce que l’autre est pire, et 2° si vous m’élisez, votre petite catégorie de privilégiés restera privilégiée. Et surtout, 3°, après l’élection, le déluge. La pire punition, si l’élu démérite vraiment trop, c’est de ne pas être réélu. Personne ne parle d’annuler les gardes du corps, les voitures de fonction, les conférences, les royalties, les opportunités de pantouflage, la retraite dorée au bout.

Miss FFillon démasqué se pose en candidat anti-système ! C’est à mourir de rire mais, comme disait l’autre, plus c’est gros plus ça passe ! Ecoutez-le à Poitiers, affirmer : « Un second tour Macron-Le Pen, c’est ce que veut le système ! »

Heureusement qu’on a notre Che Guevara de la Sarthe, ancien député, ancien sénateur, ancien ministre, ancien premier ministre, cumulard de retraites sorti de nulle part, quoi, pour faire tout péter ! Avec lui, le système peut numéroter ses abatis !

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Saint Barack Obama, priez pour nous

Posté par grosmytho le 2 février 2017

Trump le balourd revient, trait de plume après trait de plume, sur les mesures progressistes qu’Obama a promulguées, pour la galerie, dans les derniers jours de sa présidence. Et tout est désormais de sa faute.

trumpDevilL’Histoire est injuste. Kennedy a commencé la guerre du Vietnam, Nixon l’a terminée. Mais ce que l’histoire a retenu, c’est le sourire du premier et les grimaces du second. Obama s’est inspiré de cet exemple pour vider habilement dans le jardin de Trump les poubelles de son double mandat.

Les deux mandats d’Obama ont été l’âge d’or du pétrole de schiste, ceux où Big-Oil s’est enrichi massivement en provoquant une catastrophe écologique sans précédent sur le territoire US ? Peu importe : d’un Executive Order précipité, il fait semblant de vouloir interdire les forages en Arctique. Comme prévu, Trump l’a annulé, et la tache d’huile orne son costume, tandis que celui de Barack retrouve sa virginité immaculée.

Pendant ses deux mandats, Obama a pourchassé impitoyablement les lanceurs d’alerte qu’il avait promis de protéger ? Il a assiégé Assange et promis à Snowden le traitement réservé à la haute trahison ? Ah tiens non, voilà qu’il gracie spectaculairement Chelsea Manning dans les derniers jours de son bail, passant les deux autres à son successeur qui enfile le costume de méchant persécuteur de justiciers.

Barack a pendant tout son mandat soutenu le terrorisme, protégé Daech et Al-Qaeda en Syrie et s’est livré, à coups de drones et de groupes terroristes « modérés », à un horrible « terrorisme télécommandé » dans des pays musulmans ? Heureusement, avec sa rhétorique islamophobe, c’est Trump qui joue au méchant flic, laissant à Obama, la larmichette à l’œil, le rôle du flic gentil.   saint obama

On doit à Obama la reconduction du Patriot Act qu’il a renforcé en autorisant la NSA à espionner les Américains et à enregistrer des données et des conversations sans mandat sur le territoire US. Mais il retrouve, grâce au grossier canular « Trump élu grâce aux cyberattaques russes », sa pucélitude effarouchée. L’Amérique se réveille cyber-victime du duo Trump-Poutine, Obama entre dans l’histoire comme le défenseur incorruptible des libertés individuelles !

Bien joué Barack ! Pas de cent jours, pas de période de grâce : à peine entré en fonctions, tout est désormais la faute à Trump. Et Saint Obama peut attendre tranquillement sa canonisation prochaine.

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Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

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« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

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Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

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L’encerclement (des cons par les salauds et réciproquement)

Posté par grosmytho le 11 janvier 2016

J’ai regardé sur les conseils d’un pote le documentaire sur les méfaits du capitalisme qui date déjà un peu, puisqu’il est sorti en 2008, appelé l’Encerclement, du Canadien Richard Brouillette.50 years of capitalism

C’est drôle ce documentaire ; comme il donne la parole aux uns et aux autres, on s’aperçoit d’une chose rarement vue (puisqu’on écoute normalement un camp et qu’on déteste l’autre comme la peste). Libertariens et altermondialistes ont peur de la même chose, qu’ils voient arriver de deux côtés opposés.

Leur hantise : qu’on leur prenne leur bien. Mais ils soupçonnent deux entités différentes.

la-crise-financiere-expliquee-aux-nulsLes premiers, les libertariens, ont peur d’un Etat totalitaire, confiscatoire, qui leur « vole », pour le redistribuer à d’autres, aux parasites, le produit de leurs efforts. Les altermondialistes partagent la même peur, en sens inverse : celle des corporations, des monopoles, des monstres mutants du CAC40 qui leur vendent sous forme privatisée, à des prix astronomiques, les services qui étaient autrefois assurés gratuitement ou presque, éducation, santé, etc. Ou qui du moins étaient largement encadrés, modérés par l’Etat, garantis aux plus démunis. Or avec la privatisation de la sncf, de l’électricité, de l’eau, bientôt des logements sociaux, toutes ces garanties s’envolent les unes après les autres.

 

Il est évidemment plus facile de compatir avec les seconds qu’avec les premiers.nature-humaine-capitalisme

D’abord, parce que les premiers ont le vent en poupe. Dans le monde entier l’Etat recule, cède à leurs caprices, le vent du libre-échange et de la privatisation souffle à tout va. Législation, barrières tarifaires, réglementation du travail, tout craque, s’effondre, cède à leurs exigences insatiables. Je m’engage à pleurer sur le sort des riches lorsque le balancier repartira dans l’autre sens, qu’ils seront expropriés et parfois fusillés (les riches lâchent moins volontiers leur magot que les pauvres, qu’il suffit souvent d’effrayer ou de distraire).

 

Deuxièmement parce que la vision des premiers, conformément à leur théorie d’ailleurs, est très simpliste : occupés à faire de l’argent dans leur domaine d’expertise, ils n’ont que peu de temps à consacrer aux rébarbatives études de sociologie et d’économie, aux interactions et aux implications. Ils se contentent d’un slogan simple, qui est « l’Etat me vole pour donner mon argent aux pauvres, l’assistanat ruine le pays ». Alors que les altermondialistes, occupés à être chômeurs ou étudiants, disposent de temps pour aller sur internet, fouiller les forums, échanger des idées, refaire le monde, recalculer etc. D’où un discours bien plus diversifié, fouillé, argumenté, convainquant.

Troisièmement, enfin, parce que les premiers sont peu nombreux, minoritaires, souvent cyniques, brutaux, égomaniaques, tandis que les seconds représentent la foule, le pays, le monde, l’humanité finalement, dans sa diversité et sa touchante stupidité moutonnière.  

néo capitalisme

Reste qu’ils ont peur de la même chose : la perte matérielle, les uns par l’excès d’Etat, par l’insuffisance d’Etat pour les autres. Comment se fait-il que personne ne constate l’évidence ? Qu’il faut trouver un juste milieu ? Marre des balanciers qui tantôt arment les bolcheviks au couteau entre les dents, et tantôt les 200 familles ! Ce qu’il nous faut c’est un Etat fort, redistributeur, libéral avec les petites entreprises, vigilant avec les grosses, capable de tenir la bride des banques et des multinationales, comme de lâcher un peu la grappe aux PME. 

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Petite remarque complotiste pour conclure : comme à chaque fois qu’un film touche une question qui remet en cause la pensée unique, il est réalisé de façon à repousser le public. Plans fixes interminables, noir & blanc, intervenants au saut du lit qui expliquent, hésitent, se reprennent, se grattent le nez… des titres de chapitres et des résumés affichés sur fond noir et accompagnés de grincements sinistres… Jamais une image ou un graphique, un exemple, quelque chose d’autre que ce texte ultra-académique parlé ou écrit. Comme plus récemment Citizen four, il rafle les prix confidentiels du cinéma alternatif, mais n’atteint pas le public plus large. Seuls les altermondialistes les plus convaincus s’infligeront le visionnage intégral de ce monument de soporifisme qui dure 2h40…

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Moutons à deux pattes

Posté par grosmytho le 25 novembre 2015

« La première victime du terrorisme, c’est la vérité. La seconde, c’est la liberté »

cabaleC’était assez extraordinaire de lire en janvier dans Charlie Hebdo (hebdo, rappelons-le, satirique) cette curieuse réfutation par avance, par présomption d’antisémitisme, de toute version non accréditée officiellement (voir ci-dessous). En novembre, c’est cette fois Rue 89 qui s’empresse de sauter à pieds joints dans le plat pour se moquer de leurs « théories du complot préférées ».

Alter-Info, de son côté, faisait la liste des hasards de calendrier et des coïncidences troublantes avant et après les attentats parisiens du 13 novembre.

conspiracy

Où l’on voit que le choc et la peur provoquent, chez les uns et les autres, deux réactions opposées. Complotistes et versionofficialistes.

 

Théories du complot : évidemment, des recoupements bizarres sont faits, des chronologies suspectes pointées, des hypothèses farfelues échafaudées. Notre esprit a besoin d’un continuum et les trous de notre matrice informationnelle doivent être colmatés. C’est humain. On sait de façon certaine que A, et on apprend soudain que B… manque le lien, notre cerveau est fait pour relier nos certitudes entre elles par des connexions logiques. Bien sûr, ces connexions sont plus ou moins inventives, plus ou moins détaillées, plus ou moins étayées par d’autres infos. Mais c’est normal d’échafauder un pont logique entre les événements. C’est le réflexe d’un mathématicien ou d’un mécanicien qui constate que le système étudié donne un résultat inattendu. On forme l’hypothèse mais comme il manque la possibilité de vérification expérimentale, on reste coincé dans le probable invérifiable.  

 

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L’autre réaction est plus bizarre mais tout aussi naturelle : c’est la ruée vers le bunker idéologique. Retour à la Bible et au curé, ou dans le contexte moderne, faire table rase de tout ce qui n’a pas été annoncé depuis le sommet de l’Etat, voire même de certains messages et lapsus officiels, s’ils contredisent la thèse autorisée d’ensemble.  Balayer d’un revers de main toutes les incohérences de la parole autorisée, les passeports ignifugés, contexte géostratégique pourtant bien connu, les petites manigances largement documentées.

Tout cela est oublié, et les dirigeants irresponsables dont les petits jeux dangereux nous ont pété à la figure se drapent dans une autorité renforcée. Nous expliquent les sacrifices auxquels nous allons devoir consentir.

Tout se passe comme si notre capitaine de pédalo et son équipage nous avaient depuis toujours convaincus de leur absolue compétence et de leur sincérité inébranlable. Ils peuvent compter une fois de plus sur le réflexe moutonnier des foules apeurées.

Comme autrefois les chrétiens qui se barricadaient dans la foi de charbonnier en un dieu tout-puissant infiniment bon aux voies impénétrables, même et d’autant plus lorsque frappaient le malheur et l’injustice.

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D’un côté une imagination boostée par la panique, une bouffée d’adrénaline créative, une recherche un peu brouillonne d’explications… de l’autre, une volonté farouche de se raccrocher à l’autorité de l’Etat, faisant fi des complicités, des culpabilités et des irresponsabilités pourtant connues.

Mi-humains, mi-moutons, finalement.

 

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Sorcellerie sur internet

Posté par grosmytho le 14 mars 2015

Signalé par Thierry Meyssan : le PS a commandé un rapport sur le complotisme en France pour amorcer la réflexion demandée par François Hollande sur la menace conspirationniste.

Pour entamer sainement une réflexion, rien de tel que d’interroger ses amis. C’est donc  à un certain Rudy Reichstadt que l’on a confié le boulot. N’est-il pas l’animateur d’un site de « chasse aux conspirationnistes » ? (l’Etat demande toujours aux chasseurs des rapports sur l’écosystème).URSS

Le rapport de 11 pages commence fort habilement par expliciter les mécanismes psychologiques qui poussent tout un chacun à chercher un sens caché aux événements, à étudier les liens de causalité possibles, à identifier des bénéficiaires et des complices éventuels. Transgression, anticonformisme, amour des énigmes, méfiance envers les élites, toutes ces motivations sont absolument légitimes, et je dirais même citoyennes ! Mais l’auteur du rapport y voit de dangereuses pathologies, qu’il met tout de suite en relation avec des exemples délirants, sans oublier d’aller sortir le poussiéreux « Protocole ». C’est la faute à la société… on est proche ici de la sortie de route. La société est pleine de psychopathes en puissance, apparemment. Mais si ç’a toujours été le cas, pourquoi devrions-nous nous alarmer ?

menace internetC’est que, nous signale l’auteur, « la montée en puissance de l’internet » a levé les barrières qui empêchent ces gens de s’exprimer dans les médias traditionnels. Encore une fois, Rudy frise le but contre son camp en affirmant, finalement, que la liberté d’expression « sans comptes à rendre à personne » serait dangereuse… Bon nous y voilà : l’internet, l’impossibilité de censurer les contenus, l’expression libre de tout et de n’importe quoi, favorise la diffusion des thèses malades et donc la « radicalisation ». En résumé, tant que les gens étaient des psychopathes isolés, on pouvait facilement les faire taire ; mais là, les pathologies en ligne deviennent collectives et donc plus dangereuses.

C’est là que le rapport perd un peu les pédales : il faut bien répertorier ces groupes « radicalisés » et « complotisés », et la liste de cette « mouvance hétéroclite » est longue. « Admirateurs d’Hugo Chávez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche, ex- »Indignés », souverainistes, nationaux-révolutionnaires, ultra-nationalistes, nostalgiques du IIIe Reich, militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives », agents d’influence du régime iranien, bacharistes, intégristes catholiques ou islamistes ». Presque toute la société, finalement ! Il balance quelques noms aussi, comme par exemple celui d’Etienne Chouard. On peut ne pas être d’accord avec toutes les conclusions de l’économiste, mais Rudy est un peu léger de le balancer lui aussi dans la cellule de dégrisement complotiste où croupissent déjà Thierry Meyssan, Dieudonné, Alain Soral, etc.islamo fascisme

Enfin, il faut expliquer : quel danger représentent ces individus ? L’agitation d’idées n’est-elle pas une tradition nationale ? Base de la démocratie ? Pourquoi faut-il à tout prix combattre des idées, même éventuellement fausses ? Réponse de FH en personne dans son discours à Auschwitz : le danger fasciste ! La NSDAP est à nos portes !

Voilà donc l’image d’ensemble que devait brosser le rapport : le complotisme est en fait un antisémitisme mal déguisé. Celui-ci fourbit bien sûr (il ne sait rien fourbir d’autre) ses armes redoutables, qui ne pourront manquer de le porter à nouveau au pouvoir. On nous en menace depuis la fin de la guerre, JF Revel s’était déjà ému contre cette curieuse obsession des pouvoirs démocratiques qui toujours et partout voient, redoutent, et finalement créent, un « danger fasciste » largement fantasmé.

Le président Hollande, son parti socialiste, ont donc commandité un chasseur de complotistes proche de Caroline Fourest pour diagnostiquer ce « milieu interlope » constitué de toutes ces mouvances « hétéroclites » et le rassembler en une menace unique et catastrophique, celle du fascisme ! Suivant une tradition bien établie, ils traitent de fascistes tous ceux avec qui ils ne sont pas d’accord.

L’Etat en personne fait du complotisme ! L’idée que véhicule le rapport est que toute personne qui refuse de croire la version officielle sur un événement est classé conspirationniste (ou « révisionniste en temps réel » : jolie formule). Quiconque traite de menteur un dépositaire de l’autorité est automatiquement démasqué comme un dangereux paranoïaque. Wikileaks, Swissleaks, les armes de destruction massive, les viols de Kadhafi, l’aventure ukrainienne, ne démontrent rien : nos dirigeants sont toujours sincères, jamais il ne leur viendrait à l’idée de nous berner, tout soupçon est insultant à l‘encontre de personnes qui nous ont si systématiquement démontré leur absolue, universelle et permanente bonne foi.les bobards volent en escadrille

François Hollande en personne fait du révisionnisme ! A propos des camps de concentration, il dit «prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’extermination». En gros, la Shoah n’aurait pas pu se produire si on avait censuré internet à temps… 

Cette lutte idéologique est finalement bien plus simple qu’elle n’en a l’air. Un grand classique : la religion établie cherche, par des procès en sorcellerie, à se débarrasser de ses concurrents.

A quand la Sainte inquisition numérique ?  

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Le jihad de François est illégal, finalement

Posté par grosmytho le 9 mars 2014

Le tribunal correctionnel de Paris vient d’envoyer en prison 3 jeunes hommes interpellés à l’aéroport de St Etienne alors qu’ils prenaient le chemin de Damas.

Hollande qatar On comprend ce jugement du point de vue de l’émotion générale et des craintes suscitées : volonté de décourager les velléités jihadistes parmi les désœuvrés de l’Hexagone, volonté de montrer après la calamiteuse affaire Merah que l’Etat désormais suit, prévient, surveille et sévit. Du point de vue juridique, il est simplement aberrant. Il punit une intention, un crime qui n’a pas été commis, sur la foi de preuves bien maigres (visite de sites « faisant l’apologie de la violence »…).hollande jihad

Finalement, Youssef, Salah-Eddine et Fares vont en prison pour leur état d’esprit (« radicalisés » par la « propagande islamiste »)… qui était aussi celui de François Hollande ! Rappelez-vous, notre belliqueux Don Juan voulait, entre deux saillies officieuses rue du Cirque, aller punir Bachar El Assad et soutenir la guérilla islamiste qui met la Syrie à feu et à sang !

Dans les pays (France et Royaume Uni surtout) qui se sentaient des fourmis dans les jambes, c’est désormais l’alerte maximale : apparemment des centaines de jeunes s’embarquent pour le jihad syrien. La crainte est qu’ils en reviennent aguerris, endurcis, rompus à la clandestinité. Et se lancent dans un jihad européen… Comme quoi, en géopolitique comme dans les affaires familiales, on gagne à s’occuper de ses fesses plutôt que de celles de la voisine.

François l’Infidèle a eu de la chance de tourner casaque à temps ! Radicalisé lui aussi par ces sites internet de propagande atlantiste qui diabolisent Assad, mais privé du soutien de son ami Barack, il a finalement décidé de renoncer à son projet de jihad sur la Syrie. Bien lui en a pris !Jihad africain

On imagine que sinon il serait en train de croupir en prison avec ses jeunes collègues…

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L’Ukraine – le test de nullité pour Obama et Hollande ?

Posté par grosmytho le 6 mars 2014

Certains admettent presque, à contrecœur et du bout des lèvres, que Poutine n’a pas tiré un coup de feu en Crimée.

Et puis bon, quand la Russie parle d’intérêts stratégiques pressants, c’est un peu plus convaincant, non, qu’Obama  qui nous sort la même tous les ans ? Un coup c’est sur les différents entre la Chine eukraine 2t Taïwan, un autre sur le Tibet ou le Yemen, puis sur le conflit entre Soudan du Nord et du Sud, après entre le Pakistan et l’Afghanistan ? Il a vraiment des intérêts vitaux partout, çui-là ?

Comme Hollande au Mali, en Centrafrique, au Niger ? Vitaux, vraiment, les intérêts ?

Madame Merkel rapporte sa conversation avec Poutine à Obama en disant « Il a perdu tout sens des réalités, il vit dans son monde… ». Remarque intéressante !

En fait, le monde réel est tout autour de nous, à nos portes, et nous, les Occidentaux, vivons dans une sorte de fable éducative made in Hollywood. Nous au moins, quand on bombarde humanitairement des pays lointains, c’est bon pour la démocratie ! Pas comme ces salauds de terroristes ! Des gens se retrouvent pris sous les décombres de leur immeuble, d’autres sont soudain menacés de mort par des islamistes sponsorisés par la liberté importée par nos amis Saoudis et Qataris … mais au moins, c’est pour la bonne cause ! Histoire d’aider le processus démocratique, on balance quelques missiles Hellfire par-ci par-là ! Sur la foi d’algorithmes qui n’établissent même pas l’identité de la cible !ukraine

C’est la technologie de la lasagne Findus appliquée à la politique étrangère : délocaliser le sale boulot à des partenaires étrangers, garder le marketing et la vente. La boucherie aux mains propres. En Syrie, au Mali, en Libye, en Centrafrique, on finance des groupes séparatistes et terroristes pour la partie sanglante, en gardant le marketing/ la télé/ les soldats héroïques. On distribue les bons points, on désigne les gentils et les méchants, des spots télévisés expliquent sous couvert d’info la nécessité d’une intervention…

C’est le bordel en Ukraine. Poutine, qui vit dans le monde réel, prend des mesures pragmatiques : manœuvres militaires dans le sud, sécurisation du territoire de la Crimée (où se trouvent ses bases navales et une population ethniquement russe qui l’accueille avec ferveur), présence sur le terrain… Pas des bombardements de drones : des soldats sans étiquette qui gardent les points stratégiques, aéroports, ports, gares, croisements, pour éviter les débordements. Pas de victime collatérale : juste une présence armée et organisée contre le chaos et l’hystérie ambiante. Même pour ceux qui ne sont pas forcément enthousiastes à l’idée d’être rattachés à la Russie, ça doit être rassurant en ces temps de panique démocratique, quand on-ne-sait-pas-trop-qui prend le pouvoir, on-ne-sait-pas-trop-comment ni pour combien de temps.

ukraine_3Dites-moi ce que vous en pensez : avec les dernières infos qui tombent (les mêmes snipers qui ont tiré sur la foule ET sur la police à la place Maïdan, le référendum en Crimée prévu pour le 16 mars), l’intervention de Poutine paraît de plus en plus claire, carrée, réfléchie. Plus constructive en tout cas que les stupides trémolos démocratiques de l’UE, ou que les menaces de Monsieur le Nobel de la Paix avec ses drones humanitaires … et son caniche Hollande qui promet des « sanctions » (après les « punitions » pour Assad) ! Ah bon on va se passer du gaz russe ? Ah bon les agences de notation vont punir la Russie ? Gageons que Poutine tremble dans ses braies !

Le plus drôle, c’est quand Obama en appelle au droit international ! Le coussin sur lequel il s’assied si confortablement d’habitude. Une fusillade sur la place centrale, un putsch qui renverse un président (antipathique, certes, mais élu), un nouveau gouvernement sorti d’un chapeau qui fait une large place à des extrémistes suprémacistes armés, qui refuse d’enquêter sur la fusillade, tout ça c’est ‘conforme à la constitution’. Mais que le parlement de Crimée organise un référendum, là c’est quasiment un crime contre l’humanité ! Soyons sérieux.

Sans aller jusqu’à dire que le président russe a raison d’occuper militairement la Crimée, reconnaissons qu’il la joue responsable et pragmatique là où les dirigeants démocratiques paraissent contradictoires et hystériques. Ils ont sponsorisé le bordel sous prétexte de démocratie et maintenant ne savent pas quoi en faire. Ils ont fait miroiter l’association mais sans l’intégration à l’UE, la démocratie mais sans le financement, l’amitié mais sans engagement. Poutine, lui, a observé le désordre qui se formait et en a tiré les avantages qu’il a pu trouver.

Ça a fait comme pour l’Iran avec l’invasion US en Irak. Ou comme le Pakistan avec l’invasion US de l’Afghanistan. Le grand frère trouve son intérêt lorsque l’inspecteur Harry vient semer la pagaille chez son rival de toujours.

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Le pays sans politique

Posté par grosmytho le 11 novembre 2013

 

Ah ces Chinois ! Parlez-leur de foot, parlez-leur de célébrités, parlez-leur de la météo : la conversation s’engage et prend son envol, les banalités prévisibles s’enchaînent, tout se passe au mieux. Essayez d’aborder la politique, comme cela se fait en Europe lorsque les autres sujets sont épuisés, le soufflé retombe. Pays totalitaire et son régime policier : les étrangers en concluent que ce sujet est ici « interdit » et que les gens ont peur de l’aborder. Surtout avec des étrangers !

Le pays sans politique dans Eco manif

Mais lorsqu’on vit un certain temps en Chine on s’aperçoit bientôt qu’il n’en est rien. Vous avez des amis avec qui vous pouvez parler franchement, vous avez des conversations un peu avinées, vous épiez des conversations sans y prendre part et vous constatez : la politique n’est pas abordée, comme ne l’est pas chez nous la chimie. Ce n’est pas par peur mais parce qu’on n’a strictement rien à en dire.

En Occidentaux pétris de notre suffisance démocratique, nous pensons toujours que les Chinois doivent détester leurs élites corrompues ; mais lorsqu’on leur pose la question, les Chinois répondent toujours quelque chose comme : « Corrompues, éloignées du peuple, nos élites ? Mais bien entendu ! Et alors ? Nos dirigeants font leur boulot, nous faisons le nôtre, et c’est très bien comme ça ! Ils ne se mêlent pas de ma vie, je ne me mêle pas de la leur ! ». On peut difficilement leur donner tort : depuis Deng, on peut dire que les dirigeants chinois sont généralement plus populaires dans leur pays que les nôtres chez nous.

peine-de-mort corruption dans Propagande

D’ailleurs la situation chinoise est limpide : les dirigeants du Parti pilotent la politique étrangère et gèrent le pays. Ils le font ni bien ni mal, peu importe : c’est leur job et leur responsabilité. Le peuple n’a pas à s’en mêler : son job à lui est de s’enrichir et de faire bouillir la marmite. Pourquoi se charger d’un fardeau supplémentaire ? D’ailleurs l’économie croît, aucune guerre ne menace, les magasins sont achalandés : motif de grimper sur les barricades ? Les dirigeants savent qu’une grosse bourde de leur part provoquerait remous et ambiance révolutionnaire : leur unique souci est de préserver la stabilité et un progrès lent mais constant et mesurable du niveau de vie. Les citoyens sont contents de la prudence de leurs dirigeants et des progrès accomplis. La méfiance mutuelle conduit à la modération réciproque. Pas d’élections : un processus de renouvellement progressif planifié par le Parti. La politique se fait dans la sérénité et sur le long terme.

C’est à la lumière du système chinois (je ne dis pas qu’il est parfait !) que sautent aux yeux les imperfections et les paradoxes du nôtre.  On nous exhorte sans cesse à participer ! Voter est un devoir ! Il faut connaître les partis politiques et leur programme ! Nous indigner des libertés que prend l’élu avec les promesses du candidat ! Il y a de quoi s’arracher les cheveux ! Suivez la biographie de tous les charlatans qui s’étripent pour une parcelle de pouvoir ! Il le faut ! Etudiez la trajectoire de tous les ambitieux qui vendent père et mère pour atteindre à la magistrature suprême ! Comparez les programmes, soupesez les déclarations ! Il y a de quoi devenir fou ! Lisez dans le Canard enchaîné le récit de leurs bassesses et de leurs turpitudes ! Constatez hebdomadairement l’affolant niveau de la corruption ! Mais, sachez-le, voter et à l’occasion manifester dans la rue, tels sont vos seuls leviers d’action. Choisissez aujourd’hui celui qui vous décevra dès demain ! Jamais vous ne serez invité, jamais consulté, jamais responsabilisé. Regardez, mais ne touchez pas. Spectateur d’un film porno, vous portez une ceinture de chasteté. C’est ça, la démocratie ? C’est ça, le « pouvoir au peuple » ?

« La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde » (Paul Valéry)

On nous dit que le système chinois ne peut pas durer, que ses contradictions internes vont bientôt le faire exploser, qu’au moindre ralentissement économique, les gens vont se révolter, que les ultra-riches vont vouloir prendre part au pouvoir, etc. C’est sûrement vrai, ça se produira un jour.

plenum PIB dans Socio

Moi, je me demande lequel des deux systèmes craquera le premier : la démocratie aussi est mal en point. Partout on voit les régimes démocratiques écartelés par des forces contradictoires qui ne dépendent pas d’eux : la politique fiscale se désagrège parce que la mondialisation fait fuir les richesses, l’Etat endetté dépend des banques qui lui dictent leurs quatre volontés, notamment en termes de détricotage social et de libéralisation du capital. Cercle vicieux. L’électeur voit cela et ne peut rien y faire : tout dirigeant, aussitôt élu, se retrouve dans la même cage que son prédécesseur. Le gérant d’un McDO peut-il changer les recettes et se convertir à la nourriture saine ? Le présentateur météo peut-il changer le temps qu’il fait ? Le président nouvellement élu peut-il empêcher les entreprises de délocaliser, les riches de frauder le fisc et les banques de réclamer leur dû ? L’électeur se sent trompé, et le pire, c’est qu’il a raison. Il n’a le droit que de changer celui qui annonce les mauvaises nouvelles. De plus en plus furieux, il zappe, zappe, zappe encore ! Les nouvelles restent les mêmes : chômage, dette, CAC40 en hausse, impôts nouveaux…

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