Qui a dit « ça va mieux! » ?

Posté par grosmytho le 29 janvier 2018

Vous avez remarqué ? La France va mieux !

Hollande MatchCe n’est pas qu’on a moins de chômeurs, ni qu’on pollue moins… On n’est pas débarrassés du roundup et rien ne laisse supposer que nos politiciens sont soudainement devenus vertueux. Les Balkany courent toujours, Cahuzac aussi, Dassault, Woert, Fillon et consorts se sentent tirés d’affaire… Les supermarchés continuent la traite des paysans, et ces derniers continuent de nous empoisonner au régime de Bruxelles… Les terroristes sont toujours aussi motivés, grâce aux multiples frappes de drones que nos militaires distribuent dans nombre de pays lointains.

Objectivement, rien n’a changé depuis le quinquennat Hollande, ou alors pour s’agraver. Et pourtant, le déclinisme qui s’étalait dans tous les journaux a fait place à un curieux et rafraîchissant optimisme. Si avant, il n’était question que d’entreprises qui fermaient, aujourd’hui il y a partout des start-ups, des entrepreneurs dynamiques, des fermes modèles. A la télé, on nous montre des jeunes habités par un idéal, des vieux heureux de profiter de leur retraite… A l’époque Hollande, chaque jour, la première page de nos feuilles de chou arborait la dernière photobomb de Flamby, tantôt grimaçant un sourire niais, tantôt lisant son discours sous la pluie avec son air de chien puni. A l’ère Macron, on découvre les portraits flatteurs de « Jupiter ».

Un véritable culte de la personnalité

Hollande expressQue s’est-il passé ? Simple : Hollande était pote avec les journalistes, et ceux-ci ne se privaient pas de lui faire des niches. Macron, lui, est pote avec leurs actionnaires. Et ça change tout. Désormais c’est la Pravda contrôlée par le KGB.

Hollande faisait ses blagues et ses bons mots avec des journalistes qu’il avait à la bonne, il leur glissait des confidences en « off ». Ou pas. Leurs collègues moins favorisés, jaloux, se vengeaient. Et puis les plus favorisées, en fin de mandat, trahissaient. Que de gloses (méritées) sur l’inversion de la courbe ! Que de fiel déversé sur les amours présidentielles ! La sinistrose s’est installée presque dès le premier jour et jusqu’à la fin du mandat ça n’a été qu’actes manqués et catastrophes !

Hollande le point

Jupiter le point

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis mai 2017, changement de ton. Non seulement le président est « jupitérien », non seulement il est porté aux nues, mais « en même temps » c’est le pays qui se découvre soudain des atouts, des forces, des perspectives… La différence, c’est qu’au lieu de fricoter avec les journaleux, Macron s’entend avec leurs actionnaires. Et ça, franchement, pour avoir des bons articles, ça vaut mieux.

Cette hypothèse est facile à vérifier en se remémorant le quinquennat Sarkozy : lui aussi était pote avec les patrons de presse (ou alors il les menaçait, ce qui revient au même) et le début de quinquennat a été très similaire à celui de Macron : on lui gommait les bourrelets, on le présentait en « omniprésident » capable de prendre tous les problèmes à bras-le-corps… Ensuite, peu à peu, tout s’est dégradé. Monsieur Sarko avait pris la grosse tête, il s’était disputé avec la plupart de ses amis milliardaires, et ainsi commença sa descente aux enfers.

Macron Obs

 

Affaire à suivre : Jupiter partagera-t-il le sort de ses malheureux prédécesseurs ? Comme dirait son coach de la banque Rotschild : « Tout dépend de toi, Manu, tout dépend de toi… » 

« Tu nous boostes la loi travail, tu nous en remets une couche sur les retraites, tu sucres les APL et tu vires l’ISF… Tu privatises la Poste et la Sneufeu… fais-toi plaisir ! »

   C’est toi le patron, après tout non?

 

 

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L’éternelle question russe

Posté par grosmytho le 18 janvier 2018

La Russie s’apprête à élire pour la quatrième fois Vladimir Poutine. Homme providentiel pour une majorité de Russes, il est un dictateur pire que Pinochet pour l’Occident et une petite frange d’opposants russes. Le point de la situation et des forces en présence en quelques tableaux concoctés par notre correspondant sur place Youri Popoff.

MOSCOU – L’élection présidentielle qui se tiendra en Russie le 11 mars 2018 pose une fois de plus la question, jamais résolue en Russie, du renouvellement du pouvoir central. Si l’alternance a souvent été relativement paisible, comme lorsque Boris Eltsine démissionna à minuit le 1er janvier 2000, elle n’a jamais été simple ni exempte de risques. Déjà à l’époque féodale, peu de tsars mouraient dans leur lit. L’Union soviétique a eu ces secrétaires généraux qui restaient en fonction jusqu’à leur dernier souffle, puis des foires d’empoigne entre successeurs potentiels aussi difficile à dissimuler qu’à éviter. La Russie eltsinienne a tenté de briser cette fatalité en adoptant le modèle français de république présidentielle basée sur l’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif.

A deux mois seulement du jour J, la campagne électorale se poursuit dans une relative indifférence. Les Russes savent à quoi s’en tenir : avant même l’annonce définitive de la liste des candidats autorisés à se présenter, on connaît déjà le résultat qui, d’une façon ou d’une autre, sortira des urnes le 11 mars prochain. « La démocratie, c’est quand le processus est déterminé à l’avance mais le résultat incertain. En Russie, le résultat est prédéterminé, c’est le processus pour y parvenir qui varie » dit-on ici.

mikhail gorbatchevCette année, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, on voit un « pluralisme neuf » s’opposer au « pluralisme ancien ». Depuis les années 1990, la politique russe est dominée par une poignée de patriarches qui s’opposent, certains disent pour la galerie, au clan Eltsine-Poutine. Il s’agit principalement de Vladimir Jirinovski (nationaliste), de Guennadi Ziouganov (communiste) et de Grigory Yavlinski (néolibéral). Depuis quelques années, et plus encore ces derniers mois, on voit une « jeune garde » entrer en scène pour défier ces reliques du passé, aux premiers rangs desquels Alexei Navalny et Ksenia Sobtchak. Si l’ancienne garde s’oppose dans un schéma proche de notre opposition droite-gauche, considérant comme entendus les principes de fonctionnement autoritaire de l’Etat russe, ces nouveaux venus veulent remettre en cause ce système lui-même. Alexei Navalny enfourche le cheval de bataille de la lutte contre la corruption et annonce son intention d’établir un Etat de droit, tandis que Ksenia Sobtchak milite pour une Russie moderne, démocratique, respectueuse des valeurs et des codes en vigueur en Europe.  guennadi ziouganov

La Constitution russe, calquée sur le modèle français de la Ve république, en reprend les principales dispositions : Parlement bicaméral, régime présidentiel, élection au suffrage universel des représentants régionaux (législatives) et du chef de l’exécutif (présidentielles). En Russie comme en France, le scrutin présidentiel se joue en deux tours, les deux candidats ayant obtenu les meilleurs scores au premier tour s’affrontant au second. Comme en France, le système des partis fait que différentes familles politiques se partagent les sièges au Parlement et proposent des candidats à la présidentielle. Ce qui distingue la Russie des démocraties « véritables », c’est que la séparation des pouvoirs reste très relative. La dépendance des branches judiciaire et législative vis-à-vis de l’exécutif donne au président russe des pouvoirs plus étendus encore que ceux, déjà excessifs, du président français. Cette concentration des pouvoirs rend très risquée l’élection au suffrage universel, un problème déjà identifié à l’époque par Tocqueville :

alexis de tocqueville« Il est clair que plus le pouvoir exécutif a de prérogatives, plus l’appât est grand; plus l’ambition des prétendants est excitée, plus aussi elle trouve d’appui dans une foule d’ambitions secondaires qui espèrent se partager la puissance après que leur candidat aura triomphé.

Les dangers du système d’élection croissent donc en proportion directe de l’influence exercée par le pouvoir exécutif sur les affaires de l’État.»[1]

Le choix fait par la Russie d’élire son président au suffrage universel illustre son côté « europhile » ; le fait de lui donner des pouvoirs de despote procède de son caractère « slavophile ». La Russie est éternellement tiraillée entre son admiration pour l’Europe et son besoin de suivre sa propre pente. D’où ce système politique hybride, ni entièrement démocratique, ni absolument monarchique, où l’on demande son avis au peuple tout en se méfiant de ses foucades. Le renouvellement ne peut s’y faire que par cooptation : Eltsine a nommé en Poutine son successeur, et Poutine, le jour venu, fera de même (il l’a fait en 2008 en nommant Dmitry Medvedev). Ce que l’on observe à l’approche d’une élection, ce n’est pas une campagne électorale à proprement parler, mais plutôt une sorte de prise de position, pour ou contre, de toutes les forces politiques. L’élection propose au peuple de valider et non de choisir. emmanuel todd

Ces périodes d’agitation politique sont perçues, en Russie et ailleurs, comme des périodes de vulnérabilité aux influences étrangères. En Russie, « vieille puissance européenne, la seule force indépendante du système globalisé qui a réussi à se maintenir »[2], le regain de tension avec l’Occident fait craindre le scénario d’une agitation démocratique pilotée de l’étranger sur le modèle des « révolutions de couleur » déjà observé en Géorgie en 2003, puis en Ukraine en 2004 (« révolution orange »), en 2005 avec le coup d’Etat « des tulipes » au Kirghizstan, puis à nouveau l’Ukraine en 2013-14 sur la place Maïdan. Voir la Russie sombrer dans un tel « chaos démocratique », c’est la hantise de Vladimir Poutine et de la « vieille garde » politique. C’est un tel soulèvement démocratique qu’espère ouvertement la « jeune garde ».

Une majorité de l’opinion préfère s’en remettre à un leader paternaliste, voire autoritaire, plutôt que de se risquer à nouveau dans un libéralisme politique qui renouerait avec la tragique expérience démocratique des années 90 accompagnée de la « thérapie de choc » économique. Il est difficile, pour un Occidental qui lisait quotidiennement des louanges sur Gorbatchev le démocrate, puis sur Eltsine le pragmatique, d’imaginer le niveau de ressentiment des Russes envers ces deux dirigeants auxquels ils doivent une des pages les plus sombres de leur histoire. Corruption, népotisme, hyperinflation, chômage, déclassement : l’effondrement économique, politique, social qui accompagna la démocratisation a laissé dans l’opinion une trace comparable à une guerre dont on commence seulement à se relever. Perçu depuis 1999 comme le « serreur de boulons », Vladimir Poutine, 65 ans, a donc beau jeu de se présenter comme la seule alternative au désordre.

clin d'oeilL’ancien chef du FSB (successeur du KGB), nommé Premier ministre en 1999, a fait de la « verticale du pouvoir » son credo. Depuis le premier jour de son règne, son obsession a été d’éliminer tout pouvoir qui ne découle pas en ligne directe de celui du président. Aucune autorité indépendante n’existe plus en Russie : ni la justice, qui est inféodée à l’exécutif dès que les affaires traitées prennent une nature politique, ni la branche législative, qui est sans cesse tenue par une très visible « laisse patriotique », ni même les partis politiques, qui doivent donner, pour être autorisés à fonctionner, toutes sortes de garanties exorbitantes, ni évidemment la télévision, considérée comme le 4e pouvoir. Les autorités se sont convaincues au fil des ans que ni la presse écrite, ni la radio, ni internet ne possèdent ce pouvoir d’influence sur l’opinion publique, c’est pourquoi ces trois types de médias y jouissent d’une liberté de ton similaire à celle qu’ils ont en Occident. Il serait intéressant de procéder à une analyse plus fine de l’attitude des autorités confrontées à l’apparition de blogueurs de plus en plus influents, de leaders d’opinion sur Twitter ou Facebook, et de « chaînes Youtube » suivies par des millions d’internautes. Certains politiciens s’en inquiètent et appellent à un contrôle plus strict des nouveaux médias. Tout cela fait du président, libre de conduire sa politique et maître de l’interprétation qui en est donnée au public, un être exceptionnel auquel personne ne peut réellement se comparer.

C’est bien ainsi que le député indépendant Vladimir Ryzhkov analyse la stratégie électorale probable du chef de l’Etat qui sera candidat pour la quatrième fois à sa propre succession. « Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir sous la casquette de chef militaire inflexible, seul capable de mater l’insurrection tchétchène. En 2004, il incarnait l’ordre républicain et le retour d’une forme de fierté nationale. Passant la main à Dmitri Medvedev, c’est pourtant lui et non le président, qui a géré la crise en Géorgie en 2008. En 2012, il a repris les rênes avec pour objectif de restaurer l’influence internationale de la Russie. Cette année, c’est évident, il va se poser en ‘bon père de famille’ et transformer l’élection en plébiscite. » Dès lors, il est peu probable que des trublions, jeunes ou vieux, parviennent à perturber ce message de conservation des acquis qui sera le thème principal de la consultation : les premiers sondages du Centre Levada le créditent de 53% des intentions de vote, contre 3 à 4% pour ses concurrents les plus sérieux. Ce sera « lui ou le chaos. »  le résistant

« Le chaos, c’est lui » affirme en substance son principal opposant, Alexei Navalny, 41 ans. Ancien bureaucrate devenu entrepreneur, puis juriste blogueur, il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, et son message porté par une carrure athlétique et une voix posée résonne dans une grande partie de l’opinion. Pour mémoire, il avait pu participer aux élections municipales à Moscou en 2013 et obtenu un score plus qu’honorable de 27% des voix. Il est aujourd’hui avec Vladimir Jirinovski l’un des rares politiciens en situation d’organiser des meetings à grande échelle dans toutes les principales villes du pays. Il ne s’en prive pas, malgré les menaces de mort qui lui sont régulièrement adressées. Que ce soit devant les foules de ses admirateurs ou sur son émission hebdomadaire diffusée à 20h18 sur Youtube, il ne mâche pas ses mots. Il martèle son message lors de chacune de ses interventions : « Poutine est le principal pourri », « ce qu’il faut combattre c’est le système Poutine », réfutant l’image traditionnelle du « bon tsar » impuissant à discipliner ses subordonnés.

Pourra-t-il être candidat ? C’est pratiquement exclu, la Commission électorale centrale l’a déjà annoncé de façon informelle. Condamné au pénal, il est frappé d’inéligibilité. C’est là le « paradoxe Navalny » : le pourfendeur de la corruption est lui-même sous le coup de plusieurs poursuites ayant trait à ses activités politico-économiques dans les régions de Kirov et de Yaroslavl. Bien entendu, dans un pays où l’indépendance de la justice est pour le moins relative, il bénéficie d’une immunité quasi-totale dans l’opinion publique, et les autorités judiciaires sont vues comme a priori au service du Kremlin. Certains affirment pourtant qu’il n’a endossé son pourpoint d’opposant politique que pour échapper aux poursuites dont il fait l’objet sur plusieurs dossiers d’enrichissement personnel dont le plus ancien remonte à 2009. D’autres pointent sa participation au programme américain de « Yale world fellow » pour suggérer son affiliation au « parti de l’étranger ».

« Opération mains propres » à l’intérieur, « opération réconciliation » à l’extérieur : sa plateforme électorale remet en cause les grandes orientations géopolitiques de l’époque Poutine. Alexei Navalny préconise une révision douloureuse des budgets militaires, un désengagement sur les théâtres extérieurs et une renégociation du statut de la Crimée. Sur le plan économique en revanche, son approche correspond à celle qui a été suivie jusque-là : non-remise en cause des privatisations de 1991-1996, poursuite de l’intégration à l’économie globalisée par le truchement de l’OMC et des accords multilatéraux.

A l’opposé du spectre politique se trouve Guennadi Ziouganov, 73 ans, doyen et indéboulonnable secrétaire du parti communiste, vétéran électoral. Depuis vingt-cinq ans il préside à l’« européisation » de l’ancien parti unique qui a vu son potentiel électoral chuter de plus de 30% à environ 17% des voix aux dernières consultations électorales. Suffisamment autoritaire pour résister à ses opposants en interne, il se réserve depuis 2000 la place de candidat à chaque élection présidentielle. Fort de son image de représentant des travailleurs, de ses mains rugueuses et de sa voix caverneuse, exercé à débiter sur un registre funèbre mais convaincant les doléances du prolétariat, il est tragiquement dépourvu de charisme et incarne bien, par son débit laborieux et la lenteur de ses réparties, le passéisme dont l’accusent ses contradicteurs. Les premiers sondages d’opinion ne lui promettent pour l’instant que 3 à 4% des voix.

On peut en dire presque autant du chef du parti néo-conservateur Yabloko (la pomme), Grigori Yavlinski. Lui aussi vétéran de la politique et chef de parti inamovible depuis le début des années 1990, lui aussi martelant inlassablement les mêmes formules, il n’a cependant pas été candidat en 2008 et en 2012 faute de produire un nombre suffisant de signatures validées par la Commission électorale centrale. « Jeune réformateur » à l’époque Eltsine, il avait frappé les esprits par son « programme des 500 jours », une thérapie de choc inspirée de l’école américaine des Chicago Boys, similaire à celle qui fut mise en œuvre par son rival néo-conservateur Egor Gaïdar et qui avait provoqué faillites, licenciements de masse et hyperinflation. Comme tous les grands idéologues, il voit dans l’échec de sa méthode la preuve de sa justesse. Il propose donc logiquement de la répéter avec plus de rigueur et en augmentant les doses. Il est pour l’instant crédité d’un score inférieur à 1% des voix.

le clown fatigué devenu sageVladimir Jirinovski, 71 ans, troisième mousquetaire de la politique russe, bat tous les records de persévérance puisqu’il s’apprête à participer à sa 6e élection présidentielle. Après avoir obtenu un peu moins de 10% des voix en 2008 et en 2012, il est aujourd’hui crédité d’environ 4% des intentions de vote. Figure qualifiée d’ultra-nationaliste par la presse étrangère, considéré comme un épouvantail à l’époque Eltsine, il s’efface désormais derrière Vladimir Poutine qui a endossé dans les médias occidentaux le rôle du méchant. S’il est peut-être l’un des meilleurs analystes de la situation politique, il est sans conteste le plus redoutable orateur. Habile à mettre les rieurs de son côté par une tirade imprévisible lorsqu’il est désarçonné, il n’a que rarement recours à cet artifice tant c’est lui qui généralement domine les débats de sa voix curieusement criarde, parfois éraillée, grâce à des formules qui font mouche : « Des mécontents, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Citez-moi un pays, une époque où le peuple dit: ‘c’est bon, tout va bien, nous sommes contents, nous avons ce que nous voulons’ ». Il résume assez bien l’opinion générale lorsqu’il dit: « La démocratie n’est pas faite pour nous. La démocratie c’est la rue, la rue c’est l’émeute, l’émeute, c’est le sang et la tragédie. Assez de révolutions ! Assez de tragédies ! Il nous faut un tsar, un patriarche, un chef dont l’autorité morale apaise la politique. »

Mais la vedette de ces élections nouvelle formule est sans conteste Ksenia Sobtchak. A 36 ans, la candidate à la candidature est la cadette et la nouvelle venue, et c’est elle qui fait le buzz. Elle apporte de l’animation à une campagne qui menaçait d’être terne. Si elle peut à première vue passer pour la « Paris Hilton russe », force est de constater qu’elle est bien plus que cela. L’ancienne journaliste politique issue de la téléréalité est la personnalité la plus controversée du spectre politique : en témoignent les premiers sondages du Centre Levada qui la créditent de 1% seulement des intentions de vote, même si « 9% des personnes interrogées n’excluent pas de la soutenir ». Un potentiel intéressant pour la fashionista représentative de la jeunesse dorée du pays qui se pose en héritière morale de son père Anatoly Sobtchak, ancien maire de Saint Pétersbourg, mentor de Vladimir Poutine et père de la Constitution russe. Si son programme reste assez peu détaillé, elle tranche d’ores et déjà avec le reste de l’establishment par ses positions résolument pro-occidentales et pro-démocratiques.  la candidate

C’est ce dernier aspect qui rend ces élections intéressantes: certains analystes les déclarent déjà « historiques ». Même si le débat politique russe a toujours été virulent entre les partisans de plus de libéralisme ou d’un retour au collectivisme, ceux d’une détente avec l’Occident et ceux qui prônaient une politique étrangère plus sourcilleuse, la question n’a jamais été soulevée d’un renoncement au statut de grande puissance au profit d’une intégration à l’Occident. Rendre la Crimée et se ranger aux exigences de la communauté internationale, notamment en matière de standards démocratiques et de droits humains, c’est en gros ce qui filtre pour l’instant du programme de Mme Sobtchak. Riche et célèbre, la « révolutionnaire en vison » est cependant très impopulaire jusque dans les rangs réformateurs où on lui reproche son mode de vie de jet-setteuse et ses déclarations volontiers méprisantes envers les « pouilleux » qu’elle n’aime pas retrouver sur son chemin lors de ses escapades dédiées au shopping, à Londres ou à Monaco. Sa prise de position au sujet de la Crimée a touché un nerf sensible dans l’opinion qui voit majoritairement dans « le retour de la Crimée dans le giron de la Patrie » une première réaffirmation, aussi rare que précieuse, de la capacité de la Russie à défendre ses intérêts vitaux.

sergei udaltsovSergei Udaltsov, un opposant à Poutine proche du PC, la décrit comme un « cheval de Troie du Kremlin ». Il n’est pas le seul à voir dans sa candidature ce que l’on appelle en Russie une « technologie sale », c’est à dire un artifice mis en place par le pouvoir pour manipuler l’opinion. Si c’est le cas, on pourra dire que le Kremlin aura fait d’une pierre deux coups : discréditer l’ensemble du mouvement anti-Poutine par la présence, aux côtés des opposants sincères et idéalistes, pro-démocratie, d’une candidate au profil et aux prises de position clivantes. Deuxièmement, elle pourrait contribuer à attirer vers les urnes les classes moyennes-supérieures, fortement dépolitisées, de l’électorat et ainsi accroître la participation, donc la légitimité du scrutin. D’autres analystes au contraire voient en l’émergence de Ksenia Sobtchak un signe de l’efficacité des sanctions internationales qui frappent surtout cette partie privilégiée de la population. « Les classes moyennes-supérieures sont frappées de plein fouet par les sanctions qui rendent plus difficiles l’obtention de visas et menacent leurs avoirs à l’étranger. Mme Sobtchak, qui propose de renoncer aux attributs de grande puissance de la Russie en échange d’une intégration au camp occidental, leur parle un langage qu’ils comprennent, même si le personnage en lui-même leur est antipathique. » Ivan Vichnievsky, journaliste politique, considère qu’elle « est la seule représentante des valeurs de l’Occident. Elle bénéficie à la fois de soutiens à l’étranger et de sympathies au cœur de l’appareil, et pourrait représenter, si une situation de type Maïdan devait se développer, une figure acceptable par les deux parties ».

Cela dit, l’option d’une réconciliation avec l’Occident est problématique pour une majorité de l’opinion.

Pour une raison historique : peu de gens croient que l’Occident soit prêt à renoncer à sa russophobie traditionnelle, quels que soient les efforts de la Russie pour se transformer. L’époque Eltsine est encore présente dans les esprits, où la main tendue russe n’a rencontré à l’Ouest que méfiance, voire mépris. L’Otan a profité de la dissolution du Pacte de Varsovie pour avancer ses pions en Europe de l’Est, les multinationales ont profité de l’effondrement économique pour racheter tout ce qui pouvait l’être et tenté de prendre le contrôle d’actifs stratégiques dans le pétrole, le gaz, la défense… A chaque fois que la Russie faisait mine de défendre telle ou telle parcelle de souveraineté, tel ou tel intérêt vital, une rhétorique de guerre froide réapparaissait  immédiatement dans les médias occidentaux pour dénoncer le « retour de l’ours russe » et brandir des menaces de sanctions économiques.

Pour une raison pratique : on voit mal ce que l’Occident aurait à offrir à la Russie en échange de son renoncement au statut de grande puissance. L’Otan ne reviendra pas sur ses avancées ni n’intègrera la Russie, l’UE n’offrira pas de coopération ou investissements sérieux à un pays seulement associé, encore moins ne voudra-t-elle s’encombrer d’un nouveau membre de cette importance. Les États-Unis en profiteront probablement pour prendre pied partout où la Russie laissera le champ libre, que ce soit en Syrie, en Ukraine, au Venezuela ou ailleurs. Le seul résultat tangible serait donc la levée des sanctions économiques, lesquelles ne présentent pas que des inconvénients à l’heure actuelle (redéploiement de l’économie, mobilisation nationaliste de l’opinion), ce qui ferait surtout l’affaire de l’Europe (en recouvrant son accès à son plus important marché d’export agricole).

C’est pourquoi il n’est pas absurde, du point de vue russe, de qualifier la candidature de Ksenia Sobtchak comme le « parti de l’étranger », et c’est là l’avis d’une majorité des analystes politiques. Elle-même ne fait rien pour le réfuter, puisqu’elle a choisi comme directeur de campagne Igor Malachenko, proche du clan Clinton et ancien conseiller de Boris Eltsine (artisan de sa réélection quasi-miraculeuse en 1996), en remplacement d’Alexei Sitnikov, lui aussi très lié aux milieux politiques américains.

Cette élection nous interpelle en tant qu’Européens nés et grandis dans l’idéal démocratique. Les Russes restent des Européens à part : même s’ils partagent avec l’Europe un grand nombre de valeurs et traditions, peu nombreux pourtant sont ceux qui voient dans la démocratie une panacée ou un objectif en soi. La raison en est la descente aux enfers qui a suivi la transition démocratique en 1991, et dont les effets se font encore sentir vingt cinq ans plus tard. Les estimations varient, mais l’ensemble de la classe politique s’accorde à considérer cette période comme un « génocide économique » qui aurait coûté au pays entre 20 et 30 millions de citoyens, suite aux effets cumulés de la surmortalité (libéralisation de la médecine, crise sanitaire, crise économique), du krach démographique et de l’émigration massive.  caricature3

Même si le « ras-le-bol-de-Poutine » existe en Russie, il a été balayé par une vague de patriotisme suite à l’annexion de la Crimée (ici, on dit « le retour de la Crimée dans la patrie »). Ce premier point marqué après une longue série de vexations infligées par l’Occident est venu juste à temps pour légitimer la ligne souverainiste qui a toujours été celle de Poutine. Les sanctions, les Russes sont largement d’avis de les supporter, et nombreuses sont les voix qui affirment que, sous ce prétexte ou un autre, l’Occident les aurait de toute façon mises en place. Depuis 2014, l’opposition à Poutine a du plomb dans l’aile, et la relative unité qu’on observait sur la place Bolotnaya en 2011 s’est dissoute. Les anciens, Kassianov, Kasparov, Koudrine, ont renoncé, jugeant que le jeu n’en valait plus la chandelle. Les jeunes, Navalny, Sobtchak, Udaltsov, se disputent tant sur le programme de l’opposition que sur la stratégie à adopter. Exilé à Londres, le milliardaire Mikhail Khodorkovski observe et soutient l’opposition à Poutine tout en remarquant : « Qu’Alexei Navalny soit ou non autorisé à participer, cette élection n’en sera pas une. Il faut refuser de participer à une farce électorale qui ne fera que légitimer le pouvoir en place. »

emil cioran« Par rapport à l’Occident, tout en Russie se hausse d’un degré » écrivait Cioran[3]. C’est vrai de ces élections aussi : farce pour les uns, étape historique pour les autres, l’hystérie sur les plateaux télé contraste avec la placidité de l’homme de la rue. La Russie est un miroir grossissant où l’Europe peut voir ses propres travers, exagérés. Jusqu’en 1991, elle a pu y admirer les défauts du socialisme privé de contre-pouvoirs, puis de 1991 à 2000 les affres de l’ultra-libéralisme dérégulé… Depuis 2000, la Russie nous joue une parodie qu’on pourrait appeler « la démocratie en état d’urgence ». Comme on aime dire ici, l’homme intelligent apprend de ses erreurs, l’homme sage apprend des erreurs des autres…


[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835

[2] Emmanuel Todd, Ou en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine. Seuil, 2017

[3] Cioran, Histoire et utopie (1960)

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Quand l’Europe s’interroge sur la Russie…

Posté par grosmytho le 6 décembre 2017

« Où est la Russie ? » s’interroge le magazine allemand Stern. Incrédule, j’étudie l’article qui se base sur une enquête d’opinion conduite en Russie, en Allemagne  et en Pologne, autour du thème « Les Russes sont-ils des vrais Européens ? La Russie fait-elle ou non partie de l’Europe ? » Europe des peuples

Où l’on voit qu’une question mal posée est source inépuisable de sophismes. La Russie est un concept historiquement, juridiquement et géographiquement clair, l’Europe non. Faire de la première l’objet du mystère et de la seconde le mètre-étalon, c’est la sortie de route assurée.

A se demander si la Russie est européenne, on voit la question se retourner. On sait ce qu’est la Russie, mais qu’est-ce donc que l’Europe ? C’est un concept ethnique et non géographique. Donc malléable, discutable. Les premiers géographes européens ont trouvé qu’il était dégradant de partager le même continent avec ces peuplades arriérées de Chine, d’Iran ou d’Inde. Ils ont préféré découper l’Eurasie d’une frontière arbitraire. L’Oural ? Pourquoi pas les Alpes ? Pourquoi pas l’Himalaya ? Pourquoi pas la Volga ?  Europe des langues

De quelle Europe parle-t-on ? L’UE ? Les pays membres du Conseil de l’Europe ? Les territoires compris entre l’Atlantique et l’Oural ? Mais où se poursuit la frontière, au Sud de l’Oural ? Le Caucase est-il européen ?

L’auteur de l’article esquive rapidement la dimension géographique pour proposer l’Europe comme un ensemble culturel. Là encore, ce qui semble évident a priori se complique dès qu’on s’y attarde une seconde : qu’est-ce que la « culture européenne » ? Certes, un grand nombre d’artistes, de scientifiques et de penseurs nés dans cette zone se sont mutuellement influencés, mais peut-on dire que ces œuvres forment un ensemble dissociable des œuvres nées ailleurs ? Voltaire parle des coutumes des Chinois, Montesquieu appelle à témoin les Perses, la science des Lumières s’appuie sur les mathématiques arabes, la littérature « européenne » se diffuse dans le monde où elle se décline en mille versions hybridées. N’en déplaise à Emmanuel Macron, s’il existe bien une culture française, il n’y a pas de culture européenne ! Il y a une culture humaine qui s’est développée en Europe et ailleurs, qui s’est mélangée ici et singularisée là.  Europe géopolitique

L’auteur nous présente alors son troisième personnage fictif : l’Europe des valeurs. Encore une fois, tout est limpide tant qu’on ne tente pas de les définir. Quelles sont donc ces valeurs qui seraient typiques en Europe et exotiques ailleurs ? La démocratie ? Mais la première démocratie de type moderne est née en Amérique ! Les pays d’Europe ne sont pas tous démocratiques, ou pas depuis longtemps ; alors que bien des pays non européens au contraire ont une tradition démocratique. Les droits de l’homme ? La charte fut peut-être parisienne à l’origine, mais elle codifiait des valeurs universelles et intemporelles. D’ailleurs leur interprétation varie très largement, en Europe même, d’un pays à l’autre.

Dès lors, qu’est- ce qui définit l’Europe ? Qui sont ces Européens auxquels on veut ajouter ou au contraire retrancher les Russes ?

Géographie, culture, valeurs : par quelque bout qu’on la saisisse, l’Europe est éminemment discutable. Artificielle. Mouvante. Un concept datant de l’époque coloniale à l’avenir douteux.  

Au lieu de s’interroger sur les Russes et la Russie, l’Europe ferait bien de s’interroger sur elle-même. Qui est-elle ? Que propose-t-elle au monde et à ses propres citoyens ? Quels objectifs communs, quelles valeurs communes pour rassembler ces gens qui parlent des langues différentes et vivent sous des climats différents ?

Eurasie« Il y a longtemps que l’Europe n’a pas produit d’idée neuve » affirmait récemment le doyen de la Faculté de l’économie et de la politique mondiales Serguei Karaganov lors d’un forum stratégique en Russie. C’était pour expliquer le tournant stratégique de la Russie vers la Chine, l’Asie centrale et le développement de l’idée eurasiatique. Une stratégie dans laquelle l’Europe, ce « bout de continent », a toute sa place.

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Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

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N’enterrez pas trop vite le candidat anti-système

Posté par grosmytho le 24 février 2017

Avez-vous bien profité du répit ? Depuis deux semaines, le discours de droite sur les affreux assistés était mis en sourdine. En pause, les chômeurs pantouflards se gobergeant sans aucune vergogne sur les grasses subventions. Mollo, les smicards simulant la maladie à qui-mieux-mieux pour assécher les caisses de la Sécu trop naïve.

PénélopeFinies les vacances ! On découvre aujourd’hui, horrifiés, sur France2, que les « arnaques aux allocs » sont évaluées à 275 millions par an ! Bien sûr ça ne représente que 0,3% du budget de la Sécu ou de la fraude fiscale qui est évaluée à peu près au même montant… Mais c’est de ceci qu’on parle, pas de cela ! 275 millions, c’est beacoup plus que n’a détourné Mâme Fillon, finalement !  

Si la presse revient au marronnier de l’arnaque à la Sécu, c’est signe que Fillon démasqué « pense avoir trouvé la parade. Fragilisé par les soupçons d’emplois fictifs pesant sur sa famille et qui minent sa campagne, François Fillon ne cherche plus à créer un engouement autour de sa seule personne. Lucide, il sait que les révélations ont sérieusement écorné l’image de « candidat honnête » qu’il s’était patiemment forgée.

Alors, pour pousser ses électeurs à lui rester fidèle dans la tourmente, le candidat du parti Les Républicains (LR) a choisi de décliner un nouvel argument : même s’il n’est pas « un saint », lui seul serait en mesure d’assurer une alternance de droite.» Le Monde 10/2/17.Mr F

Après le trou d’air, le candidat Ripoublicain reprend des couleurs et rattrape Macron.

Les joies de la démocratie. Toujours les mêmes. Alors comme ça le peuple est censé flairer, détecter, sélectionner le meilleur pour diriger ? Mais pas du tout. Ce qui se noue est un pacte, un marché de dupes, un arrangement mafieux institutionnalisé. C’est pour ça que les pires sont si souvent réélus, les Balkany, les Dassault, au niveau local ça passe comme une lettre à la boîte : ils détournent du fric mais partagent avec leur région, leur ville, leur « fief » comme on dit… C’est pareil au niveau national : Fillon a perdu son image de M. Propre ? Il se rallie au réalisme, regarde la France dans les yeux, lui dit : « Vous voulez que le CAC40 continue de cartonner ? Que l’immobilier continue de flamber ? Qu’on vous protège de ces salauds de pauvres flemmards et revendicards ? Qu’on mette au chômage 500 000 fonctionnaires ? Eh ben c’est ce que je vous propose, et personne d’autre aussi bien que moi. Oui, je suis un salaud, un profiteur, oui j’aime le fric et les belles bagnoles. Mais je sais que vous aussi, et je suis prêt à partager avec ceux qui m’aideront. »

Et ça marche ! Comme toujours ! La démocratie c’est 1° élisez-moi parce que l’autre est pire, et 2° si vous m’élisez, votre petite catégorie de privilégiés restera privilégiée. Et surtout, 3°, après l’élection, le déluge. La pire punition, si l’élu démérite vraiment trop, c’est de ne pas être réélu. Personne ne parle d’annuler les gardes du corps, les voitures de fonction, les conférences, les royalties, les opportunités de pantouflage, la retraite dorée au bout.

Miss FFillon démasqué se pose en candidat anti-système ! C’est à mourir de rire mais, comme disait l’autre, plus c’est gros plus ça passe ! Ecoutez-le à Poitiers, affirmer : « Un second tour Macron-Le Pen, c’est ce que veut le système ! »

Heureusement qu’on a notre Che Guevara de la Sarthe, ancien député, ancien sénateur, ancien ministre, ancien premier ministre, cumulard de retraites sorti de nulle part, quoi, pour faire tout péter ! Avec lui, le système peut numéroter ses abatis !

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L’arnaque du revenu universel

Posté par grosmytho le 4 février 2017

De même que l’homme fut longtemps en lutte contre la nature avant de finalement se mettre à la protéger, on continue de considérer le travail comme un fléau à éradiquer, avant de s’apercevoir (peut-être, un jour, bientôt ?) qu’il s’agit d’un bien à entretenir. « Moi président » tire sa révérence, les travailleurs fêtent dix ans de régime Dukon à base de couleuvres, et voilà relancée la parade des charlatans experts et des recettes miracles. Qui a raison ? La droite ou la gauche ?  placard

Ah, qu’il me débecte ce discours de gauche inspiré de la Genèse « pour ta punition tu devras travailler et gagner ta croûte à la sueur de ton front ! » 35 heures, lutte contre le travail de nuit, lutte contre le travail le dimanche, lutte contre tout ce qui peut arranger ces salauds de patrons ! Pour ces Jean Jaurès d’opérette, c’est toujours la lutte des classes. Moins de boulot pour le même blé, ça ne sort pas de là…

Ah, que je déteste ce discours de droite qui fait du salarié une bête de somme feignante et simulatrice, trop chère, poule de luxe, toujours susceptible de grève, d’absentéisme, de sabotage et qu’il faut à tout prix remplacer par des machines ou des esclaves du bout du monde. Moins de blé pour le même boulot, voilà leur panacée…

diminution-temps-travailA la jonction des deux, on a Hamon et son revenu universel. Hamon est un personnage historique : l’inventeur de l’ultime trahison des travailleurs par la gauche. Son revenu universel leur donne le coup de grâce : il les transforme en purs consommateurs, en fait des tributaires à de l’aumône publique, ôte leurs derniers arguments à ceux qui luttent pour l’emploi, donne raison à 100% à ceux qui dénoncent les feignants assistés qui « ne veulent pas bosser sinon ils en trouveraient, du boulot ». Sur le front de l’emploi, après tous ceux qui pendant quarante ans ont fait semblant de chercher des solutions, il est celui qui dit « laissons tomber ! »

De ce point de vue, on a raison de dire que la gauche et la droite, c’est kif-kif. Leur erreur est la même : faire du travail l’ennemi. Trop cher pour les uns, trop dur pour les autres, elles se relaient efficacement pour le laminer. Pas étonnant que le chômage augmente, avec l’alternance gauche-droite qui souffle le chaud et le froid ! Unies dans le culte du PIB qui affirme que la croissance seule créera l’emploi. La consommation est au taquet, les gens bardés d’iPhones et de tablettes s’endettent pour acheter leur troisième bagnole. De quelle croissance parle-t-on ? Jusqu’où peut-on accroître la consommation ? Le salarié occidental, déjà surmené au travail, est en plus un marathonien du loisir et un forcené des soldes. Doit-il se doper à la cocaïne-red bull pour faire encore mieux et plus ?

A quand un gouvernement d’extrême-clairvoyance qui lira Piketty et acceptera l’évidence ? La croissance à 3 ou 4 ou 5%, la croissance boostée par la consommation, c’est fini. Apprenons à vivre avec une croissance zéro. Et surtout, qui dépoussiérera ces études déjà plus toutes jeunes sur la sociologie du travail ? Qui redécouvrira que le travail est le meilleur lien social ? Que le lien social est indispensable aux citoyens ? Que ceux-ci, s’ils en sont privés, s’étiolent et végètent ? Deviennent dépressifs ? Agressifs ? Que le travail bien dosé, ni trop ni trop peu, assorti d’un stress modéré et de gratifications équitables, est un facteur de développement personnel, d’estime de soi et d’équilibre psychologique ?  valeur-travail

Trop nombreux sont ceux qui pointent la délocalisation vers les pays à bas salaires et l’automatisation comme des fléaux et des signes avant-coureurs de la fin du monde…

La délocalisation n’est pas, pour nos pays, la catastrophe que l’on nous décrit. Et d’une, elle débarrasse nos salariés de toute une foule de travaux dangereux, salissants, aliénants qu’ils ne peuvent ni ne veulent effectuer. Et de deux, elle a permis de réduire le prix de bien des babioles que peu de gens pourraient se payer si elles étaient fabriquées en France. Et de trois, 80% du prix de détail d’une babiole faite en Chine tombe en moyenne dans des poches françaises, qu’il s’agisse de la grande distribution, de l’Etat (impôts & taxes), des transporteurs, des concepteurs, des publicitaires, des commerciaux, etc. La question est de mieux répartir cette manne qui a tendance à tomber majoritairement dans quelques poches, toujours les mêmes.

L’automatisation et la mécanisation ne sont pas non plus le diable incarné. Il faut les considérer avec lucidité : dans certains cas ils sont néfastes à la santé, destructeurs d’emplois, anxiogènes. C’est par exemple le travail à la chaîne, les bornes automatiques, les horribles centres d’appels. Mais dans d’autres cas ils sont au contraire libérateurs, protecteurs, ergonomiques. Citons les grues et nacelles qui évitent aux maçons de se casser le dos à coltiner des briques ou l’informatisation qui permet de conserver et de brasser efficacement des données. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, automatisons intelligemment.

Mais surtout, révisons notre jugement sur le travail. Que l’on soit de gauche ou de droite, il faut évoluer. Le revenu universel ? Ridicule et néfaste : c’est gaspiller notre ressource la plus précieuse, l’énergie et la créativité des gens, pour en faire de purs consommateurs. C’est, par un procédé nouveau, détruire des emplois chez nous pour en créer en Chine.

Une croyance s’est implantée qui dit que seules les entreprises sont créatrices d’emploi. Ce mensonge a coûté assez cher, il faut le faire cesser. L’Etat doit retrouver son rôle d’acteur économique et social. Son job est aussi de créer des emplois. Pas forcément rentables à 100% mais utiles. Utiles à la société, à l’écologie, au lien social, à la culture, au bien-être, à l’agriculture à l’ancienne, à la sécurité routière, à la réinsertion, à la prévention de la délinquance, que sais-je. Cela coûtera toujours moins cher de payer des gens à faire quelque chose d’utile qu’à s’ennuyer. 

Le chômage qui s’étend et se généralise dans certaines catégories de la population engendre la désœuvrance, une maladie mentale qui fait faire les pires conneries à des personnes qui voudraient trouver un sens à leur vie et dépenser cette énergie qui bout dans leurs veines. Tout aussi redoutable est le surmenage et la dépression qui frappent ceux qui « ont la chance de travailler ». Sous prétexte de concurrence sur le marché du travail, on leur impose des conditions de travail inhumaines, des cadences folles, des objectifs inatteignables. Résultat : burning-out, affections liées au boulot, voire suicides chez ces « privilégiés ».

Le travail c’est la santé, apprenons à le cultiver ! La croissance est une drogue, apprenons à nous en passer !

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Saint Barack Obama, priez pour nous

Posté par grosmytho le 2 février 2017

Trump le balourd revient, trait de plume après trait de plume, sur les mesures progressistes qu’Obama a promulguées, pour la galerie, dans les derniers jours de sa présidence. Et tout est désormais de sa faute.

trumpDevilL’Histoire est injuste. Kennedy a commencé la guerre du Vietnam, Nixon l’a terminée. Mais ce que l’histoire a retenu, c’est le sourire du premier et les grimaces du second. Obama s’est inspiré de cet exemple pour vider habilement dans le jardin de Trump les poubelles de son double mandat.

Les deux mandats d’Obama ont été l’âge d’or du pétrole de schiste, ceux où Big-Oil s’est enrichi massivement en provoquant une catastrophe écologique sans précédent sur le territoire US ? Peu importe : d’un Executive Order précipité, il fait semblant de vouloir interdire les forages en Arctique. Comme prévu, Trump l’a annulé, et la tache d’huile orne son costume, tandis que celui de Barack retrouve sa virginité immaculée.

Pendant ses deux mandats, Obama a pourchassé impitoyablement les lanceurs d’alerte qu’il avait promis de protéger ? Il a assiégé Assange et promis à Snowden le traitement réservé à la haute trahison ? Ah tiens non, voilà qu’il gracie spectaculairement Chelsea Manning dans les derniers jours de son bail, passant les deux autres à son successeur qui enfile le costume de méchant persécuteur de justiciers.

Barack a pendant tout son mandat soutenu le terrorisme, protégé Daech et Al-Qaeda en Syrie et s’est livré, à coups de drones et de groupes terroristes « modérés », à un horrible « terrorisme télécommandé » dans des pays musulmans ? Heureusement, avec sa rhétorique islamophobe, c’est Trump qui joue au méchant flic, laissant à Obama, la larmichette à l’œil, le rôle du flic gentil.   saint obama

On doit à Obama la reconduction du Patriot Act qu’il a renforcé en autorisant la NSA à espionner les Américains et à enregistrer des données et des conversations sans mandat sur le territoire US. Mais il retrouve, grâce au grossier canular « Trump élu grâce aux cyberattaques russes », sa pucélitude effarouchée. L’Amérique se réveille cyber-victime du duo Trump-Poutine, Obama entre dans l’histoire comme le défenseur incorruptible des libertés individuelles !

Bien joué Barack ! Pas de cent jours, pas de période de grâce : à peine entré en fonctions, tout est désormais la faute à Trump. Et Saint Obama peut attendre tranquillement sa canonisation prochaine.

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Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

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Ce que nous enseigne le conflit syrien

Posté par grosmytho le 16 octobre 2016

Alors que la propagande russe est dénoncée par les médias chargés de la propagande atlantiste, que les « experts » de tout poil échafaudent de hasardeuses hypothèses et que les politiciens de tout bord continuent d’habiller les faits d’éléments de langage, tirons quelques conclusions provisoires de cette boucherie.Afficher l'image d'origine

1)    Un dictateur vaut mieux qu’une guerre civile.

On l’a vu en Irak, en Libye, on le voit en Syrie : un dictateur en place, aussi antipathique soit-il, vaut toujours mieux que la guerre civile. Laissons là le marketing militaire qui suggère qu’après la bienfaisante pluie de frappes démocratiques on verrait fleurir une oasis d’élections pluripartites départageant de charmants politiciens plus modérés et polis les uns que les autres : dans des pays en proie au sous-développement et aux rancunes ethniques, c’est immanquablement la guerre civile qui vient remplacer un pouvoir fort qui était là pour une bonne raison.

D’ailleurs « le régime » de Damas voué aux gémonies par la presse internationale est vu par les malheureux Syriens comme leur seul rempart contre le chaos, et c’est bien vers les zones sous contrôle gouvernemental que fuit l’immense majorité des réfugiés. Le Monde, pourtant viscéralement anti-Assad, l’avoue lui-même, à mots couverts : « cette banlieue de Damas, (…)  Sa population avait été évacuée vers des zones sous contrôle gouvernemental, tandis que les combattants étaient transférés par bus vers Idlib, une autre place forte de la rébellion » Que les terroristes se sauvent vers une autre place forte de la rébellion, OK. Mais quid de cette mystérieuse « évacuation » des civils vers « des zones sous contrôle gouvernemental » ? Evacués par qui ? Pas par les terroristes en déroute, je suppose. Ni par « le régime » qui a d’autres chats à fouetter. Ce sont donc bien les civils eux-mêmes qui se sont réfugiés dans des zones relativement les moins dangereuses.

Afficher l'image d'origineC’est un secret de polichinelle savamment entretenu : si demain la Syrie devait voter, Assad l’emporterait largement, et non pas d’illusoires « rebelles modérés. »

2)    Les rebelles modérés n’existent pas.

Magie du marketing militaire : on accole deux termes antinomiques pour faire naître un concept vague mais enchanteur qui arrange tout le monde. Prendre les armes pour combattre, faire la guerre, tuer, même si l’objectif final est le triomphe de la paix, ce n’est pas être modéré. Les Américains le comprennent parfaitement mais maintiennent cette fable officielle complaisamment reprise par toute la presse démocratique.

Afficher l'image d'origineQui sont-ils, ces « modérés » ? Ceux que l’on a vu sur une vidéo égorger un soldat de l’armée syrienne capturé, avant de lui arracher le cœur et de mordre dedans à pleines dents ? Qui est modéré en Syrie ? Les groupes armés salafistes-jihadistes ? Ceux financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar peut-être ? Ou alors cette force de 5000 hommes, formés et équipés par les Américains, qui a fait défection en quasi-totalité pour rejoindre Al-Nusra (autrefois Al-Qaeda, désormais rebaptisée Jabhat Fatah al-Sham) ?

On a beau chercher, arguer, insinuer, chipoter : il n’y a pas en Syrie d’opposition démocratique armée, pas plus qu’il n’y a de terroristes modérés. Les calembredaines du début se transforment de plus en plus ouvertement en mensonges. Qui nous ment et pourquoi ?

3)    Le cynisme de nos dirigeants démocratiques ne connaît pratiquement pas de limites.

Terroristes modérésLa guerre, pour un dirigeant démocratique entravé par toutes sortes de limites et de contre-pouvoirs, c’est un ballon d’oxygène. Oui, certes, il y a des victimes et des morts, mais vous connaissez le premier principe de la politique « on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. » Et l’omelette est délicieuse ! Une opposition muselée par l’impératif patriotique ! Un recours au secret-défense à chaque fois qu’une question embarrassante est posée ! Une menace terroriste savamment attisée qui tétanise l’opinion ! Le chef martial se pose là dans les sondages, auréolé de ses échecs qui lui font comme de vénérables blessures de guerre. Sans compter le soutien des milieux d’affaires pour qui la guerre est une aubaine. Bush a eu sa guerre, Sarkozy a eu sa guerre, et Hollande en serait privé ?

Pas de conclusion optimiste en vue puisque de partout, c’est le parti de la guerre qui l’emporte. Hillary-la-fauconne aux USA, Juppé ou Hollande chez nous, les « Amis de la [guerre en] Syrie » semblent devoir conserver le pouvoir. On va encore entendre ces bouchers se lamenter sur le sort des veaux syriens qu’ils font charcuter par d’autres depuis six ans.

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Comment voter sans se trumper ni provoquer l’hillaryté?

Posté par grosmytho le 28 septembre 2016

 

Bien des gens dans le monde considèrent la démocratie comme un système précieux et insurpassable, apanage de quelques peuples supérieurs. Ils devraient considérer d’un peu plus près l’élection présidentielle américaine.

 November 5, 2014

Si l’on en croit la liturgie officielle, le peuple américain est appelé aux urnes pour se choisir un nouveau président, et ainsi définir les grandes orientations de la politique pour les quatre ans à venir. Vraiment ?

 

On peut en douter devant la bataille de gougnafiers qui oppose les deux partis uniques. Certains font remarquer que les deux candidats sont impopulaires dans leurs camps respectifs. N’est-ce pas paradoxal, alors que l’on est en démocratie, que le peuple souverain se retrouve ainsi à choisir entre la peste et le choléra ? N’est-ce pas étonnant, dans un pays rempli de personnalités brillantes et charismatiques, que les seuls candidats restants soient un milliardaire ignorant, raciste et misogyne, et une vieille sorcière rongée par l’ambition ?

 Hillary

S’il n’y avait que les candidats ! Le niveau du débat lui-même est abyssal. Au lieu de discuter des problèmes du pays, dieu sait s’ils sont nombreux, les candidats se jettent à la figure insultes et insinuations. Hillary soupçonne Donald de dissimuler le niveau réel de sa fortune (qui serait en réalité plus importante, ou moins, on ne sait pas trop), Donald accuse Hillary de cacher la vérité sur sa terrible maladie (laquelle ?)

 

Donald Trump se pose en candidat anti-système (un grand classique) qui veut expulser les migrants et réduire la fiscalité des riches. Hillary Clinton, qui campe l’empathie démocrate, entend réduire les impôts des pauvres et aider les étudiants endettés. Mais on sait bien ce qui se passera, quel que soit le vainqueur ! Le républicain veut mettre fin aux guerres ruineuses dans lesquelles le pays se lance et s’embourbe depuis 2001, la démocrate aussi. Mais on sait déjà que, dès janvier 2017, le nouveau leader du monde libre annoncera une campagne de bombardements humanitaires dans quelque nouveau pays musulman assoiffé de démocratie.

 Trumpstupid

Si encore il y avait un processus de réflexion politique… mais toutes les déclarations des candidats sont calibrées dans le but unique de disqualifier l’adversaire et de grappiller quelques voix « indécises. » Jamais, au grand jamais, il ne s’agit de l’annonce réelle d’un programme.

 

Et la presse démocratique dans tout ça ? Joue-t-elle son rôle d’éclairage, de déchiffrage, d’investigation ? Entièrement acquise à la cause d’Hillary, elle semble hypnotisée comme un papillon dans la lumière. Elle a dissimulé avec la dernière énergie la maladie de la candidate avant d’admettre à contrecœur et avec bien du retard, le 11 septembre, qu’elle souffrait d’une « pneumonie. » Elle traîne Trump dans la boue depuis le début de la campagne, le traite de « bouffon » et d’« ignorant », des qualificatifs qu’il mérite, certes, mais qui semblent impuissants à freiner sa progression dans les sondages.

 

Sick & tiredC’est là le côté surprenant de cette campagne : le rouleau compresseur Clinton, qui pensait avoir verrouillé, intimidé ou acheté l’ensemble des forces politiques du pays, qui a dans sa poche les pontes du parti démocrate et une bonne partie de ceux du camp adverse, plébiscité par les milieux économiques, qui se prévaut du vote de pratiquement toutes les minorités, qui dépense des milliards en publicité pour salir l’adversaire républicain, peine à écraser celui qui devait jouer un simple rôle de méchant hollywoodien pour s’effacer théâtralement vers la fin.

 

Comme un os en travers de la gorge, l’épouvantail refuse de tirer sa révérence ! Pire, l’unanimité des experts et des médias qui dénoncent avec suffisance le populisme agace les électeurs. Loin de calmer le jeu, elle attise le vote protestataire dans une Amérique profonde qui, loin des studios de télé où les élites papotent entre elles, balance entre colère et désespoir…      

 GOP-Minimum-Wage

Si le système de manipulation des esprits échoue, recourra-t-on, comme en 2000, à la manipulation des urnes ? C’est là l’unique suspense d’une démocratie usée qui révèle ses mécanismes tordus.

Publié dans Politique, Propagande, Psycho, Socio | 1 Commentaire »

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