N’enterrez pas trop vite le candidat anti-système

Posté par grosmytho le 24 février 2017

Avez-vous bien profité du répit ? Depuis deux semaines, le discours de droite sur les affreux assistés était mis en sourdine. En pause, les chômeurs pantouflards se gobergeant sans aucune vergogne sur les grasses subventions. Mollo, les smicards simulant la maladie à qui-mieux-mieux pour assécher les caisses de la Sécu trop naïve.

PénélopeFinies les vacances ! On découvre aujourd’hui, horrifiés, sur France2, que les « arnaques aux allocs » sont évaluées à 275 millions par an ! Bien sûr ça ne représente que 0,3% du budget de la Sécu ou de la fraude fiscale qui est évaluée à peu près au même montant… Mais c’est de ceci qu’on parle, pas de cela ! 275 millions, c’est beacoup plus que n’a détourné Mâme Fillon, finalement !  

Si la presse revient au marronnier de l’arnaque à la Sécu, c’est signe que Fillon démasqué « pense avoir trouvé la parade. Fragilisé par les soupçons d’emplois fictifs pesant sur sa famille et qui minent sa campagne, François Fillon ne cherche plus à créer un engouement autour de sa seule personne. Lucide, il sait que les révélations ont sérieusement écorné l’image de « candidat honnête » qu’il s’était patiemment forgée.

Alors, pour pousser ses électeurs à lui rester fidèle dans la tourmente, le candidat du parti Les Républicains (LR) a choisi de décliner un nouvel argument : même s’il n’est pas « un saint », lui seul serait en mesure d’assurer une alternance de droite.» Le Monde 10/2/17.Mr F

Après le trou d’air, le candidat Ripoublicain reprend des couleurs et rattrape Macron.

Les joies de la démocratie. Toujours les mêmes. Alors comme ça le peuple est censé flairer, détecter, sélectionner le meilleur pour diriger ? Mais pas du tout. Ce qui se noue est un pacte, un marché de dupes, un arrangement mafieux institutionnalisé. C’est pour ça que les pires sont si souvent réélus, les Balkany, les Dassault, au niveau local ça passe comme une lettre à la boîte : ils détournent du fric mais partagent avec leur région, leur ville, leur « fief » comme on dit… C’est pareil au niveau national : Fillon a perdu son image de M. Propre ? Il se rallie au réalisme, regarde la France dans les yeux, lui dit : « Vous voulez que le CAC40 continue de cartonner ? Que l’immobilier continue de flamber ? Qu’on vous protège de ces salauds de pauvres flemmards et revendicards ? Qu’on mette au chômage 500 000 fonctionnaires ? Eh ben c’est ce que je vous propose, et personne d’autre aussi bien que moi. Oui, je suis un salaud, un profiteur, oui j’aime le fric et les belles bagnoles. Mais je sais que vous aussi, et je suis prêt à partager avec ceux qui m’aideront. »

Et ça marche ! Comme toujours ! La démocratie c’est 1° élisez-moi parce que l’autre est pire, et 2° si vous m’élisez, votre petite catégorie de privilégiés restera privilégiée. Et surtout, 3°, après l’élection, le déluge. La pire punition, si l’élu démérite vraiment trop, c’est de ne pas être réélu. Personne ne parle d’annuler les gardes du corps, les voitures de fonction, les conférences, les royalties, les opportunités de pantouflage, la retraite dorée au bout.

Miss FFillon démasqué se pose en candidat anti-système ! C’est à mourir de rire mais, comme disait l’autre, plus c’est gros plus ça passe ! Ecoutez-le à Poitiers, affirmer : « Un second tour Macron-Le Pen, c’est ce que veut le système ! »

Heureusement qu’on a notre Che Guevara de la Sarthe, ancien député, ancien sénateur, ancien ministre, ancien premier ministre, cumulard de retraites sorti de nulle part, quoi, pour faire tout péter ! Avec lui, le système peut numéroter ses abatis !

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L’arnaque du revenu universel

Posté par grosmytho le 4 février 2017

De même que l’homme fut longtemps en lutte contre la nature avant de finalement se mettre à la protéger, on continue de considérer le travail comme un fléau à éradiquer, avant de s’apercevoir (peut-être, un jour, bientôt ?) qu’il s’agit d’un bien à entretenir. « Moi président » tire sa révérence, les travailleurs fêtent dix ans de régime Dukon à base de couleuvres, et voilà relancée la parade des charlatans experts et des recettes miracles. Qui a raison ? La droite ou la gauche ?  placard

Ah, qu’il me débecte ce discours de gauche inspiré de la Genèse « pour ta punition tu devras travailler et gagner ta croûte à la sueur de ton front ! » 35 heures, lutte contre le travail de nuit, lutte contre le travail le dimanche, lutte contre tout ce qui peut arranger ces salauds de patrons ! Pour ces Jean Jaurès d’opérette, c’est toujours la lutte des classes. Moins de boulot pour le même blé, ça ne sort pas de là…

Ah, que je déteste ce discours de droite qui fait du salarié une bête de somme feignante et simulatrice, trop chère, poule de luxe, toujours susceptible de grève, d’absentéisme, de sabotage et qu’il faut à tout prix remplacer par des machines ou des esclaves du bout du monde. Moins de blé pour le même boulot, voilà leur panacée…

diminution-temps-travailA la jonction des deux, on a Hamon et son revenu universel. Hamon est un personnage historique : l’inventeur de l’ultime trahison des travailleurs par la gauche. Son revenu universel leur donne le coup de grâce : il les transforme en purs consommateurs, en fait des tributaires à de l’aumône publique, ôte leurs derniers arguments à ceux qui luttent pour l’emploi, donne raison à 100% à ceux qui dénoncent les feignants assistés qui « ne veulent pas bosser sinon ils en trouveraient, du boulot ». Sur le front de l’emploi, après tous ceux qui pendant quarante ans ont fait semblant de chercher des solutions, il est celui qui dit « laissons tomber ! »

De ce point de vue, on a raison de dire que la gauche et la droite, c’est kif-kif. Leur erreur est la même : faire du travail l’ennemi. Trop cher pour les uns, trop dur pour les autres, elles se relaient efficacement pour le laminer. Pas étonnant que le chômage augmente, avec l’alternance gauche-droite qui souffle le chaud et le froid ! Unies dans le culte du PIB qui affirme que la croissance seule créera l’emploi. La consommation est au taquet, les gens bardés d’iPhones et de tablettes s’endettent pour acheter leur troisième bagnole. De quelle croissance parle-t-on ? Jusqu’où peut-on accroître la consommation ? Le salarié occidental, déjà surmené au travail, est en plus un marathonien du loisir et un forcené des soldes. Doit-il se doper à la cocaïne-red bull pour faire encore mieux et plus ?

A quand un gouvernement d’extrême-clairvoyance qui lira Piketty et acceptera l’évidence ? La croissance à 3 ou 4 ou 5%, la croissance boostée par la consommation, c’est fini. Apprenons à vivre avec une croissance zéro. Et surtout, qui dépoussiérera ces études déjà plus toutes jeunes sur la sociologie du travail ? Qui redécouvrira que le travail est le meilleur lien social ? Que le lien social est indispensable aux citoyens ? Que ceux-ci, s’ils en sont privés, s’étiolent et végètent ? Deviennent dépressifs ? Agressifs ? Que le travail bien dosé, ni trop ni trop peu, assorti d’un stress modéré et de gratifications équitables, est un facteur de développement personnel, d’estime de soi et d’équilibre psychologique ?  valeur-travail

Trop nombreux sont ceux qui pointent la délocalisation vers les pays à bas salaires et l’automatisation comme des fléaux et des signes avant-coureurs de la fin du monde…

La délocalisation n’est pas, pour nos pays, la catastrophe que l’on nous décrit. Et d’une, elle débarrasse nos salariés de toute une foule de travaux dangereux, salissants, aliénants qu’ils ne peuvent ni ne veulent effectuer. Et de deux, elle a permis de réduire le prix de bien des babioles que peu de gens pourraient se payer si elles étaient fabriquées en France. Et de trois, 80% du prix de détail d’une babiole faite en Chine tombe en moyenne dans des poches françaises, qu’il s’agisse de la grande distribution, de l’Etat (impôts & taxes), des transporteurs, des concepteurs, des publicitaires, des commerciaux, etc. La question est de mieux répartir cette manne qui a tendance à tomber majoritairement dans quelques poches, toujours les mêmes.

L’automatisation et la mécanisation ne sont pas non plus le diable incarné. Il faut les considérer avec lucidité : dans certains cas ils sont néfastes à la santé, destructeurs d’emplois, anxiogènes. C’est par exemple le travail à la chaîne, les bornes automatiques, les horribles centres d’appels. Mais dans d’autres cas ils sont au contraire libérateurs, protecteurs, ergonomiques. Citons les grues et nacelles qui évitent aux maçons de se casser le dos à coltiner des briques ou l’informatisation qui permet de conserver et de brasser efficacement des données. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, automatisons intelligemment.

Mais surtout, révisons notre jugement sur le travail. Que l’on soit de gauche ou de droite, il faut évoluer. Le revenu universel ? Ridicule et néfaste : c’est gaspiller notre ressource la plus précieuse, l’énergie et la créativité des gens, pour en faire de purs consommateurs. C’est, par un procédé nouveau, détruire des emplois chez nous pour en créer en Chine.

Une croyance s’est implantée qui dit que seules les entreprises sont créatrices d’emploi. Ce mensonge a coûté assez cher, il faut le faire cesser. L’Etat doit retrouver son rôle d’acteur économique et social. Son job est aussi de créer des emplois. Pas forcément rentables à 100% mais utiles. Utiles à la société, à l’écologie, au lien social, à la culture, au bien-être, à l’agriculture à l’ancienne, à la sécurité routière, à la réinsertion, à la prévention de la délinquance, que sais-je. Cela coûtera toujours moins cher de payer des gens à faire quelque chose d’utile qu’à s’ennuyer. 

Le chômage qui s’étend et se généralise dans certaines catégories de la population engendre la désœuvrance, une maladie mentale qui fait faire les pires conneries à des personnes qui voudraient trouver un sens à leur vie et dépenser cette énergie qui bout dans leurs veines. Tout aussi redoutable est le surmenage et la dépression qui frappent ceux qui « ont la chance de travailler ». Sous prétexte de concurrence sur le marché du travail, on leur impose des conditions de travail inhumaines, des cadences folles, des objectifs inatteignables. Résultat : burning-out, affections liées au boulot, voire suicides chez ces « privilégiés ».

Le travail c’est la santé, apprenons à le cultiver ! La croissance est une drogue, apprenons à nous en passer !

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Démocratie et culte de la personnalité

Posté par grosmytho le 8 novembre 2016

Je viens de discuter élections avec quelques amis américains. Ce qui m’a frappé est à quel point tous croient dur comme fer au pouvoir de leur voix et à l’effet cardinal qu’aura sur le destin de leur pays, du monde et donc leur destin personnel, la victoire de tel ou tel candidat. Dans aucun pays on ne rencontre une telle ferveur populaire. Dans tous les pays, surtout ceux à la démocratie imparfaite, le citoyen conserve une part de doute, de recul, de scepticisme. Pas ici : la candeur est totale.

Image result for election cartoonsL’un est d’origine mexicaine et plaisante (en y croyant à moitié) sur le risque qu’il a d’être déporté de l’autre côté du mur si Mr « Make America great again » l’emporte. L’autre, un Texan de gauche, végétarien et sportif (si, si, ça existe) m’affirme que « chaque voix compte ». Son État va voter GOP comme à chaque consultation depuis 1976. Que les démocrates texans fassent 30 ou 40 ou 49%, les 38 voix représentant le Texas au collège électoral tomberont dans l’escarcelle de M. Trump.

Ce qui étonne dans ce processus électoral, c’est sa capacité d’enthousiasmer ou d’indigner les foules sur des détails insignifiants. C’est plus intense qu’une coupe du monde de football. On se fiche généralement des problèmes du pays, tout est centré sur le candidat que l’on idéalise et qu’on porte aux nues. Deux cultes de la personnalité s’affrontent. On pleure, on rit, on se tord les bras. Des hurlements enthousiastes saluent sa moindre apparition. Huées dès qu’il mentionne son adversaire. Ce n’est plus de la politique-spectacle, c’est de la politique-téléréalité.   Image result for election cartoons

Pendant ce temps, les prisons restent surpeuplées, la population lourdement armée, les flics tirent toujours sur les ados noirs, les anciennes guerres, officielles ou non, se poursuivent, de nouvelles guerres secrètes se préparent. Les labos privés continuent de saigner Medicare et les malades non assurés, les « travailleurs pauvres » continuent de cumuler les jobs bidons à 7$ de l’heure. Après l’avoir longtemps nié, la NSA surveille désormais les citoyens en toute légalité. Les étudiants s’endettent de plus en plus tandis que le niveau des études se dégrade.

Image result for election cartoonsMais on oublie tout ça le temps d’une élection ! Il sera bien temps de retrouver, dès mercredi, les jobs mal payés sans réelle couverture sociale, les retraites non assurées par les entreprises en faillite, la discrimination raciale, l’avidité des banques et le « credit score » généralisé. C’est la fête, y’a des ballons bleu-blanc-rouge, on rase gratis !

On se dit et se répète « ma voix compte » et « je veux me faire entendre »… mais en fait, loin d’être entendu, c’est le citoyen-électeur qui est gavé de slogans simplistes et de promesses intenables, c’est lui que l’on bombarde de messages incessants, à qui l’on bourre le mou de demi-mensonges et de fausses vérités.

L’électeur se rêve en décideur alors qu’il est lui-même un pion sur l’échiquier. Effrayé par l’épouvantail Trump, il va voter pour la sorcière Clinton. Obéissant. Enthousiaste encore.

Résigné demain.

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« A ceux qui font le jeu du FN » … par Cassandre

Posté par grosmytho le 19 septembre 2015

Des conflits ethniques en France, c’est ça que vous voulez ? L’apartheid ? Des territoires occupés, des murs de séparation ? Une guerre de religion ? Une guerre civile ? Une guerre de civilisation ?

Le monde se divise en pays prospères et en pays bordéliques. Les pays prospères, en gros, sont les pays mono-ethnie, ceux qui se sont formés lentement, et où, à force de siècles de guerres, de génocides et d’arrangements familiaux aristocratiques, on a fini par faire coïncider au mètre près ethnicité et territoire national. Grands ou petits, ils savent qui ils sont et où ils vont. Ils voisinent avec d’autres pays où, là aussi, on sait qui on est et où on va. Les pays bordéliques sont les pays multi-ethniques : en général ce sont les pays récemment formés, parfois à grands traits de règle sur une carte par des puissances totalement étrangères. Les ethnies s’y divisent en majoritaire et minoritaires, et elles se détestent ou se méprisent.

Ça n’existe plus en Europe, les groupes ethniques, enfin plus… ou pas encore. Chaque groupe ethnique dispose depuis quelques décennies au moins des trois éléments-clés : sa langue, son histoire, son territoire. D’où un calme relatif. Les Français sont contents d’être français, les Allemands d’être allemands, etc. A part quelques têtes brûlées (Basques, Corses, peut-être ?), il ne vient plus à l’idée de personne de contester violemment des frontières établies à un prix aussi exorbitant.

L’identité nationale, ou ethnicité, c’est à la fois facile et difficile à définir : c’est instinctif, viscéral, épidermique. C’est la tribu à laquelle vous vous sentez instinctivement appartenir. La tribu pour laquelle vous sentez un pincement au cœur si elle subit un accident d’avion ou perd un match de foot. Toute ethnie repose sur un mensonge fondamental : on définit l’ethnicité comme ce qui se transmet par la naissance (génétique), alors qu’il s’agit d’un caractère acquis (culturellement). Pour paraphraser Simone de Beauvoir, « on ne naît pas (français, arabe, juif, russe, etc), on le devient [à force d’entendre d’autres Français parler de tout ce qui fait le caractère français] ».

C’est l’absence de minorités nationales qui distingue les pays prospères des pays bordéliques : les minorités nationales sont la plaie du reste du monde. Certains pays ont crû trop vite : les tribus périphériques phagocytées n’ont pas eu le temps d’être digérées. D’autres ont été tracés à la diable à grands coups de règle par des gens peu au fait des subtilités locales, d’où minorités nationales étrangères dans leur propre pays et coupées de leurs racines ancestrales. Dans d’autres pays enfin, de douteuses mythologies nationales sont ranimées à grand renfort de budgets marketing débloqués par de mystérieux amis pas forcément toujours bien intentionnés…

Certains pays font très attention à ce que l’identification citoyenne reste la plus forte. Les USA, Cuba, la Chine, l’Iran, d’autres encore, parviennent, parfois difficilement, à sublimer les différences. L’égalité de droit et de traitement, la liberté (même insuffisante mais) également répartie, la conscience d’un danger externe, entretiennent un certain niveau minimal de fraternité.  D’autres, comme la Yougoslavie, l’URSS, le Soudan, le Yémen, cèdent soudain à l’hystérie ethnique et se déchirent en petits morceaux.

Avec vos prophéties auto-réalisatrices, c’est ce qui nous pend au nez. Les Hutus et les Tutsies, c’est ça votre idéal ? La guerre d’Algérie II, c’est ça que vous voulez chez nous demain ?  

L’antidote est pourtant simple. Les accusations et les reproches ne sont recevables que s’ils concernent un fait précis et s’adressent à des personnes précises. « Je reproche à Mohamed X. ces faits circonstanciés et datés » est recevable, « Les Arabes font ça tout le temps et souvent pire » ne l’est pas. « Untel a campé illégalement sur ma propriété de telle date à telle date » est recevable, « les Roms ont vocation à rentrer chez eux » ne l’est pas (quels Roms ? où est « chez eux » ? précisez). Les accusations précises (ou alors contre X lorsqu’on ne connaît pas l’identité du malfaiteur) font le jeu du droit, les accusations vagues et généralistes font le jeu du FN. C’est pourtant simple.

Au lieu de se déchirer entre droit du sol et droit du sang, appliquons le droit tout simplement. N’appelons plus « immigré » celui qui est français depuis trois générations. Cessons de tenir à l’écart ceux que nous invitons à « s’intégrer ». Cessons, en résumé, ces distinctions subtiles que la loi ne reconnait pas.

C’est simple mais c’est trop compliqué pour la majorité de nos concitoyens. Pas seulement les nôtres : la problématique des « étrangers trop nombreux » et des « étrangers qui veulent nous imposer leurs coutumes » est dominante dans tous les pays démocratiques, instrumentalisée dans toutes les élections du globe. C’est plus facile de s’insurger contre des généralités vaguement ressenties que de trouver un fait précis dont on a été victime personnellement. Ce qui tend à prouver que l’hystérie FN est basée sur du vent.

Ça ne l’empêchera pas de vaincre. Un billet d’humeur de temps en temps, le mien, le tien, ne peuvent rien contre le matraquage quotidien de TF1 et de M6. Contre tous ces « témoins oculaires par écran interposé » qui ont vu, de leurs yeux vu, et souvent, des salauds basanés commettre toutes sortes de méfaits. D’où la préférence nationale qui se décomplexe, la discrimination qui devient la norme, la stigmatisation et l’exclusion qui deviennent lieux communs, et la division ethnique du pays qui se parachève. Bientôt on aura des quartiers, des commerces, des transports, des discothèques ethniques. Les unes pour les BBR, les autres pour les « minorités visibles ». Plus on évoluera dans un environnement ethniquement séparé, plus facilement circuleront des rumeurs à faire dresser les cheveux sur la tête, plus se multiplieront les légendes urbaines horrifiantes. D’un côté comme de l’autre du mur de séparation, monteront la haine et la peur. La haine et la peur ont déjà leurs chefs tout désignés du côté majoritaire. Il suffit qu’il s’en désigne du côté minoritaire pour que puisse commencer la représentation. Ce vieux théâtre classique, il a toujours eu beaucoup d’acteurs et encore plus de spectateurs. On a souvent comparé ça à un incendie, qui prend ici puis embrase tout. Ou alors à une pièce de théâtre Shakespearien où soudain l’intrigue devient réalité, où tout le monde s’entretue à la fin…

Tout fait en ce moment « le jeu du FN ». C’est l’accusation ultime : « Il/elle fait le jeu du FN ». Il y a le FN, bien sûr, et ce serait franchement trop lui demander que de ne pas faire son propre jeu. Et puis il y a les ténors « républicains » qui, à force d’accusations collectives, d’histoires invérifiables de pains au chocolat et de racisme anti-blanc, font le jeu du FN. Eux-mêmes accusent les socialistes (avec leurs impôts, leur attitude bisounours, leur bien-pensance, leur boboïtude, entre autres) de « faire le jeu du FN ». Et puis TF1, et puis M6, à force de chercher l’audience en remplaçant le traditionnel « Journal de 20 heures » par « Détective et invective », alimentent la haine et la crispation identitaires, font eux aussi, « le jeu du FN ». Cause ou résultat ? Les électeurs, à chaque élection, flirtent d’un peu plus près avec la tentation de « faire le jeu du FN ».

« Liberté, égalité, fraternité » : ce n’est pas une description mais un objectif. Un horizon, certes un peu idéaliste et un peu naïf. Inatteignable ? Oui, comme l’étoile polaire, qui donne le cap.

Ma prophétie n’est pas auto-réalisatrice, mais malheureusement elle se réalisera, grâce au patient travail de mes destinataires et à l’idiotie de leurs ouailles.

Cassandre, visionnaire

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Charlie tu nous manques déjà…

Posté par grosmytho le 8 janvier 2015

C’est affreux cette histoire. GM comme presque tout le monde en France pleure l’assassinat de quelques-uns des esprits les plus brillants et les plus courageux du pays. Des plus nécessaires aussi, parce que franchement on se demande bien qui va les remplacer.

charbUne petite controverse nous avait opposé à Charlie à l’époque. Vous vous rappelez l’affaire Dieudonné-Valls. Valls voulait « faire taire » Dieudo « par tous les moyens ». Et Charlie-la-liberté-d’expression avait pris contre toute attente le parti de Valls-la-dérive-sécuritaire… GM n’avait pas pu s’empêcher de prendre son clavier et d’envoyer un petit mot à Charlie pour s’étonner de ce paradoxe. Charb avait répondu très fermement que non, certaines opinions mortifères doivent être exclues du débat public. Plus curieusement encore, il affirmait que Dieudonné l’antisémite devait lui aussi (en sa qualité d’antisémite) être interdit d’accès aux médias …

Question éternelle : si l’on doit exclure untel ou unautretel du débat parce que ses idées sont mauvaises, où place-t-on la limite ? Qui d’autre doit-on exclure ? Comment sait-on qu’untel-aux-idées-nauséabondes ne va pas aujourd’hui faire amende honorable et se rallier à celles que vous représentez ? La seule réponse possible est donc que toutes les opinions, toutes les expressions, tous les avis doivent être permis. Il faut séparer les actes des paroles. L’appel au meurtre (pour prendre un cas extrême) n’est pas un meurtre. Les délires de Zemmour, les fantasmes de Houellebecq, les blagues de Dieudonné ne sont pas des meurtres. Ils ne sont ni coupables, ni complices, ni inspirateurs de qui ou de quoi que ce soit. Ils font leur job d’humoristes et de romanciers.charb dernier dessin

On avait échangé quelques mails fort polis mais sans réussir à se mettre d’accord. La position de GM était et reste que ce ne sont pas les idées mais les actes qui tuent. Ceux qui ont tué Charb et Charlie Hebdo, ce n’est pas Dieudo, ce ne sont pas les antisémites, pas plus que les islamistes radicaux. Ceux qui ont tué, ceux qui ont du sang sur les mains, ce sont les deux (ou trois?) tueurs et leurs commanditaires, quels qu’ils soient.

Qui sont les commanditaires ?  Le professionnalisme des exécutants suggère des commanditaires professionnels et dotés de moyens importants. Et sans doute d’une stratégie de brouillage des pistes. Entre la carte d’identité oubliée dans la voiture, le terroriste qui se rend à la police mais qui finalement n’en est pas un, les tireurs cernés dans l’est de Paris puis en cavale en Picardie… pas facile d’affirmer quoi que ce soit pour l’instant.

A qui profite le crime ? Aux ennemis de Charlie. Des ennemis, malheureusement, Charlie en avait beaucoup.

Et pas que des islamistes…antimilitariste

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Dehors les étrangers !

Posté par grosmytho le 7 novembre 2013

Les misérables petits marchandages de l’affaire Leonarda (elle peut revenir, mais sans sa famille; elle peut revenir avec famille, mais sans son père voleur de poules; elle peut suivre des cours de français par correspondance; etc) ont été tranchés par un sondage: 74% des Français veulent qu’elle reste chez elle!

On les comprend, les pauvres !

Les étrangers sont partout ! C’est bien ça qui les rend insupportables : si encore il y en avait moins… si encore on pouvait, de ci-de là, échapper à leur présence envahissante et à leur haleine fétide… on s’en accommoderait. S’ils restaient l’exception… mais là, partout, nombreux, majoritaires, même, c’est plus possible ! On n’est plus chez soi nulle part !

Bien d’accord avec tous les Valls du monde entier ! Dehors les indésirables ! La preuve qu’ils ont raison, c’est qu’ils disent la même chose dans tous les pays. En Europe, en Asie, en Australie même, un seul slogan se décline dans toutes les langues, avec des variations, mais dont le sens général reste le même : « la barque est pleine, fermez les écoutilles ». De gauche comme de droite, en France comme en Angleterre ou en Russie, écoutez-les rivaliser de fermeté, inventer chaque jour des mesures plus radicales pour débarrasser le monde de ce fléau !

Dehors les étrangers ! dans Propagande valls

Endiguer les flux migratoires, parquer et policer les étrangers, renvoyer dans leurs pénates ces indésirables qui prolifèrent, réglementer sévèrement la métèque-attitude qui menace nos belles traditions : les voici, les thèmes universels de toute élection démocratique !

etrangers-en-prison chômage dans Psycho

Quoique… il existe un pays où l’on ignore pratiquement la notion d’étranger.

securite corruption dans Socio

Justement ça tombe bien, c’est un pays sans campagnes électorales. Peut-être est-ce lié ? Ou alors est-ce parce qu’il s’agit DU pays qui compte le plus grand nombre compatriotes, et par voie de conséquence, fait face au plus petit nombre d’étrangers ? Avec 1,3 milliard de Chinois, la Chine n’a à faire face qu’à 6 étrangers par citoyen. Autant dire rien ! Comparez ce chiffre aux 112 étrangers qui menacent et encerclent chaque Français, et vous comprendrez mieux pourquoi on est hystérique ici et flegmatique là…

Force est de le constater : la Chine est le pays où les étrangers sont le mieux traités (bon là c’est fini, vous n’allez plus me croire ni même me lire – cette fois GM-la-provoc’ a dépassé toutes les bornes pourtant assez extensibles du persiflage et les limites bien mal délimitées du sophisme au rabais. J’en conviens volontiers ! Mais laissez-moi encore le bénéfice d’un petit paragraphe, j’essaie de toutes mes forces de me racheter). En Chine on reçoit les étrangers avec une stupéfiante indifférence. Il n’y sont pas traités du tout. On n’y trouve (en général, hein : le pays est grand et tous les cas de figure se produisent à l’occasion) ni cette obséquiosité un peu nourrie d’arrière-pensées qu’on rencontre parfois dans les pays pauvres ou touristiques, qui fait du racisme à l’envers. Où l’on pare l’étranger de toutes les vertus et le compatriote de toutes les verrues. Ni cette condescendante « tolérance » qui dans nos pays accueille l’étranger en lui suggérant de repartir, qui « accepte la différence » tout en le sommant de s’en débarrasser, qui veut « qu’ils s’intègrent » tout en les tenant à l’écart.

brice droitisation

Ni favoritisme, ni ostracisme. Etrangers et concitoyens sont logés (en gros) à la même enseigne : celle du chacun pour soi, certes, celle du capitalisme pur & dur, celle où il n’y a pas vote des étrangers parce qu’il n’y a pas non plus vote des nationaux, celle où il n’y a pas d’assistanat pour les uns parce qu’il n’y en a pas non plus pour les autres.

france-aux-racistes étrangers

Rien de tout ça ici : « Vous êtes étranger ? Grand bien vous fasse, je m’en fous ». Tout au plus cherchera-t-on ici ou là à profiter un peu de votre pouvoir d’achat supposé supérieur à la moyenne en gonflant un peu le prix de départ. Ou de votre infériorité dans la maîtrise de la langue de Confucius pour aménager quelque peu les conditions de la vente. C’est de bonne guerre (économique). Pas de racisme là-dedans, juste un peu d’opportunisme commercial.

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(Sur)vive l’école laïque et républicaine…

Posté par grosmytho le 24 juillet 2013

J’allais l’autre jour à l’école récupérer les rejetons de la cousine du beau-frère de l’oncle de ma… enfin bref, peu importe. Des bons petits, bien élevés, qui apprennent leurs leçons et font leurs devoirs. 

Comme on approchait les vacances, j’étais là à suer sous le cagnard (tiens, ça devait pas être cette année, alors). Et puis j’observais les parents qui commençaient à se masser devant la grille d’entrée. Rien que du beau monde. Il faut vous dire que cette école primaire est sise au centre-ville. Pas dans une zone de non-droit ni un repaire à racailles, si vous voyez ce que je veux dire. Les parents arrivent, donc, les uns après les autres, qui à pied (on est en zone piétonne), qui en poussette. Rien que du BBR, dites voir.  (Sur)vive l'école laïque et républicaine... dans Emploi photo-de-classe-bbr

Pas une personne même vaguement basanée… Il faut vous dire que, histoire d’être sûre de garder à quai les hordes de l’immigration incontrôlée, cette école est en plus privée, et catholique. Ou alors catholique, et privée. Je ne sais pas si vous sentez la contradiction, ici, mais passons.

J’en étais donc là de mes réflexions, au milieu des parents de bonne famille, qui échangeaient à mi-voix des conseils boursiers, des adresses de docteur et ces petits sous-entendus qu’on échange entre gens de bonne compagnie. Moi je tournais doublement de l’œil : à cause du soleil (oui, nous les gros, on a toujours un problème avec la chaleur : on sue comme des morses) et à cause des phéromones toxiques de la pensée UMPFN qui se distillaient dans l’air. Je me sentais mal au milieu de ces gens bien.

photo-de-classe différence dans SocioSoudain, à la faveur d’un léger mouvement de je ne sais plus qui, je découvris un bras noir, appartenant à une jolie jeune fille sans doute « issue de l’immigration ». « Ah, me dis-je : tout de même UNE ! Vient-elle chercher son frère ou sa sœur ? Cette école décidément antipathique ajouterait-elle à la liste de ses péchés celui de la discrimination positive ? Ou celui de l’élève-alibi ? (un Rom, un handicapé, un pauvre, tares cumulables au demeurant) ?».   

Un frisson parcourut la foule : ça y est, les petits étaient lâchés et progressaient sagement vers la grille. Je cherchai des yeux l’intrus(e). Hélas ! Aucun des élèves ne présente le plus petit trait de parenté avec la belle personne. Il fallut se rendre à l’évidence : la petite noire, c’était la nounou.

photo-de-classe-1986 droitisationphoto-de-classe-1956 étrangers

Ils ont désormais des cours de morale, des cours d’éducation civique. Bientôt des cours de Marseillaise, de politesse et sûrement un jour de patriotisme. Mais les travaux pratiques laissent à désirer. Dans les écoles du centre-ville, on croirait voir l’assemblée nationale quand ils étaient enfants. Dans celles des périphéries, on dirait plutôt la brigade de nettoyage des vestiaires quand ils étaient petits.

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Ordre ou liberté: pourquoi l’Occident choisit l’ordre

Posté par grosmytho le 11 juin 2013

Il y a deux livres qu’il faut lire absolument : comme vous n’avez pas le temps, je me permets de me fendre d’une petite fiche de lecture comparée. Vous allez vous tailler un franc succès lors du prochain cocktail du comité d’entreprise en exposant avec brio les thèses iconoclastes de ces deux penseurs contemporains.

A ma droite, Michel Schneider, psychiatre, qui écrit son pamphlet Big mother en 2002 pour s’attaquer à l’inquiétante infantilisation du public et analyser avec férocité cet «Etat interactif qui incite, impulse, initie», cette société qui est malade de sa mère, l’Etat Big Ordre ou liberté: pourquoi l'Occident choisit l'ordre dans Fiches de lecture big-motherMother, plus aimante que prévoyante, qui s’empresse de dilapider les deniers publics et d’endetter le pays pour apaiser un moment ses capricieux rejetons.

C’est l’Etat «ne s’emparant de tout que pour tout laisser en plan».

Il cite Jacques Chirac qui en 1998 a cette formule : «Les Français attendent tout de l’Etat et n’en espèrent rien». Il cite Tocqueville qui avait prévu cette évolution : «La plupart estiment que le gouvernement agit mal ; mais tous pensent que le gouvernement doit sans cesse agir et mettre à tout la main». Et sa synthèse d’analyste : «Assistance, sécurité et assurance sont les fonctions maternelles premières. La substitution d’un mode de contrôle social à l’ancien mode autoritaire, le traitement du déviant en malade, le remplacement de la punition par la réhabilitation médicale, l’emprise des professions d’assistance sur la famille et la société, tous ces traits s’inscrivent dans la croyance que tous les conflits peuvent se résoudre par une assistance maternelle publique qui partout absout l’individu de toute responsabilité morale et le traite comme une victime des conditions sociales. (…) la politique est représentée comme une vaste police d’assurance «tous risques».» michel-schneider1-150x150 big mother dans Socio

C’est incontestable : alors que l’Etat occidental se désengage de ses rôles traditionnels, sous-traite au privé des pans entiers du service public, réduit les dépenses et les effectifs, privatise les infrastructures, bref se retire de notre vie quotidienne, le public le harcèle de demandes de plus en plus incongrues. A en croire les activistes les plus virulents, l’Etat doit prendre en charge non seulement l’ordre public, la défense nationale, l’éducation et la santé, mais encore fournir des emplois, augmenter le niveau de vie de la population et… donner un sens à leur vie.

Ce malentendu est douloureux pour ceux qui le vivent, mais assez cocasse vu de loin : on dirait un couple en désamour, dont l’un dit «je suis venu te dire que je m’en vais, et tes larmes n’y pourront rien changer… » tandis que l’autre répond «ne me quitte pas, tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà, les malentendus et le temps perdu à chercher pourquoi».
C’est le mélodrame permanent : à peine élu, le dirigeant populaire voit sa popularité chuter; le peuple qui l’a porté aux nues hier se met aujourd’hui à le détester. Pourquoi?

C’est que, analyse Michel Schneider, la société démocratique suit un mouvement qui va à rebours du «processus de maturation» qui est celui de l’enfant qui grandit et devient adulte. Celui qui va «de la dépendance totale vers l’indépendance relative puis l’indépendance assumée» et qui requiert de «passer de l’illusion vers la désillusion».

Ce paradoxe n’est qu’apparent. Permettez-moi de vous présenter à ma gauche, Raffaele Simone, qui écrit en 2006 Le Monstre doux qui prend pour cible «la droite nouvelle», la droite décomplexée, celle qui dans les sociétés capitalistes ne s’embarrasse plus de fioritures pour prendre le contrôle des cœurs et des esprits. raffaele-simone droitisation

Le sous-titre du Monstre doux est «L’Occident vire-t-il à droite ?» mais il devrait être «Pourquoi l’Occident vire à droite» tant la tendance décrite par lui est implacable et apparemment irréversible. M. Simone montre que l’évolution démographique, le hold-up des banquiers sur les pouvoirs publics, la rapacité des baby-boomers qui se taillent la part du lion de la richesse nationale, ne sont que des aspects finalement marginaux de la déroute généralisée de la gauche au profit de la droite que l’on constate partout en Europe et ailleurs. La victoire de la droite est universelle ; lorsque c’est un candidat étiqueté «de gauche» (cf Obama ou Hollande) qui l’emporte, celui-ci se met brusquement à virer casaque et poursuit scrupuleusement la politique ses prédécesseurs contre laquelle il avait été élu. Il ne s’agit donc pas d’une affaire de personnes mais bien d’une tendance lourde dans la société occidentale. C’est le court-termisme, la régression progressive de l’horizon économique, l’infantilisation paradoxale de la société pourtant vieillissante, qui sont en cause. M. Simone énumère 4 niveaux de changement dans la société : dissolution de la classe ouvrière, récupération de l’esprit de gauche dans des catégories sociales qui votent à droite, désengagement politique quasi-total des jeunes, et surtout le triomphe (à tous les étages) d’une culture consumériste individualiste qui sape, dissout et annule les ambitions collectives. le-monstre-doux le monstre doux

Finalement, explique Raffaele Simone, la défaite historique de la gauche vient de ce qu’elle est artificielle, par opposition à la droite, naturelle. Ce que la gauche gravit à force de sacrifices et d’efforts, la droite le dévale dans l’ivresse de la vitesse.

La gauche ne cesse de se projeter dans l’avenir, avec des projets grandioses & irréalistes. La droite ne fait qu’administrer le présent. Si la gauche ambitionne naïvement d’améliorer l’homme, les rapports sociaux, l’égalité entre les personnes, la droite ne cesse de se référer à l’ordre naturel, à la «main invisible», à l’intérêt particulier. La gauche tente d’institutionaliser la solidarité et la générosité, la droite préfère flatter l’égoïsme et l’individualisme.

Il est donc parfaitement logique que, malgré de petites réussites ici ou là, on constate la déroute généralisée de la gauche et le triomphe inconditionnel de la droite. On peut s’en alarmer et redouter la fin du voyage, subodorer qu’un arrêt aussi brutal que catastrophique nous attend à brève échéance. On peut aussi, avec Henri Queuille (1884-1970), se dire que « Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne finisse par résoudre ».

Ce que M. Simone dénonce sous le terme de Monstre doux, c’est cette tyrannie largement acceptée de la modernité, du fun, du divertissement, de l’insouciance et de l’immédiat. L’Etat et les citoyens vivent à crédit et croulent sous des dettes qu’il sera bientôt impossible de rembourser. Le savoir, la culture et la connaissance, rébarbatifs, sont remplacés par des ersatz kitsch ludiques.

Gauche-droite ? C’est amusant de voir que, même si leurs origines sont différentes et leurs points de vue opposés, MM. Simone et Schneider partagent une même admiration pour l’inspiration visionnaire de Tocqueville (que l’un comme l’autre citent abondamment) et dénoncent le même cercle vicieux : les pouvoirs démocratiques flattent et entretiennent les pulsions égoïstes et court-termistes du public, public qui n’écoute et n’élit les plus habiles bonimenteurs que pour être ensuite cruellement déçu de les démasquer comme tels. «Tous pourris, tous pareils», telle est l’expression du dépit des citoyens pour la politique. «Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent» leur répondent les politiciens les plus avisés.

Qu’est-ce qui vaut mieux ? La dictature du prolétariat (dirigeants occupés à épier les exigences irréalistes et contradictoires de leurs ouailles pour faire semblant de les satisfaire) ou le prolétariat de la dictature (classe politique non élue mais cooptée, redoutant & prévenant les mystérieuses sautes d’humeur de la population) ?
Pas facile, parce que l’ordre et la liberté sont deux grandeurs nécessaires mais contradictoires. «Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs.» (Tocqueville, De la démocratie en Amérique).

A lire donc !

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