Le syndrome Gaston

Posté par grosmytho le 9 juin 2013

En rangeant mes albums de BD, je me suis replongé involontairement dans les aventures de Gaston Lagaffe.

Le syndrome Gaston dans Emploi scan10001-188x300

Vous vous rappelez Gaston, bien sûr, le sympathique employé de la rédaction de Spirou, qui a pour idéal de passer sa journée de bureau à dormir et dont l’ingéniosité laborieuse lui sert à échapper à toute tâche relevant de ses responsabilités (le tri du courrier). Il incarne à merveille cette partie de l’électorat qui trouve que les 35 heures ne représentent qu’un premier pas bien timide dans la bonne direction, que le CDI devrait être garanti à tous en dépit de toute considération économique et que licenciements et délocalisations devraient être passibles de prison.

Gaston représente la victoire ultime du prolétariat sur les forces aliénantes du libéralisme économique ; le triomphe de l’oisiveté sur le productivisme ; l’inertie tranquille de l’humanisme écolo-durable tenant tête aux aboiements des adjudants du grand capital. Il se rend encore sur son lieu de travail, non pas pour fournir le service minimum, mais pour y narguer ceux qui ont commis l’erreur de l’ « employer ». Non pas pour gagner sa vie, mais pour la meubler par des expériences de physique amusante, des bricolages dangereux, des initiatives contre-productives, de la recherche culinaire. Non content de dormir pendant les heures de bureau, Gaston se comporte en résistant, sapant et ridiculisant les activités professionnelles de ses collègues. En bande dessinée, c’est hilarant. La preuve, le succès éditorial de Gaston est énorme : 22 millions d’albums ont été vendus ces dernières décennies en France. Une génération entière a fait de Gaston son emblème.

C’est bien là que le bât blesse. De sympathique et attachant personnage de BD, Gaston a fait son chemin dans l’imaginaire populaire jusqu’à représenter un idéal social pour les sympathisants de la gauche. Calamité pour son employeur et ses collègues de bureau dont il complique singulièrement la tâche, Gaston ne se fait pourtant aucun souci pour son avenir dans la rédaction de Spirou. La crainte du licenciement, sans parler de celle du chômage, sont bien loin de troubler son sommeil. Il est le titulaire du CDI absolu, celui qui est libéré de toute contrepartie productive, de toute mesure disciplinaire, de toute contrainte autre que la présence sur le lieu de travail.

Et pourtant, sous la carapace de son apparente bonhomie, on devine un Gaston inévitablement très malheureux, tant il est impossible de faire de la fuite permanente devant les responsabilités le but d’une vie épanouie, à plus forte raison du parasitisme de longue durée une source durable d’estime de soi. Il s’ennuie, il maugrée, il soupire : le monde est mal fait, les gens sont méchants. Sa résistance héroïque aux forces du capital n’est pas reconnue. Son mode de vie jeans-pull-espadrilles ne fait pas d’adeptes ; il s’enfonce dans une exclusion autoproclamée. Loin de l’admirer, ses collègues tantôt amusés, tantôt exaspérés, le tiennent à distance. Ses engagements écolo et pacifiste, certes louables, ne suffisent pas à remplir de sens ses journées. Ses revenus, stables mais maigres, ne suffisent pas à le motiver. Son intelligence, indéniable, est monopolisée par de médiocres tactiques d’évitement. Comment ne pas faire le parallèle avec l’état d’esprit morose, défaitiste et revendicateur d’une bonne partie de nos contemporains ?

On se prend à rêver pour Gaston d’un changement brutal.

Licenciement, délocalisation, liquidation judiciaire ! Qu’il quitte enfin ce CDI où il se morfond, qu’il aille tenter sa chance dans un environnement qui fera meilleur cas de ses multiples talents. On l’imagine volontiers plombier, publicitaire, inventeur, commercial, activiste ONG, artiste de théatre, dresseur d’animaux, chercheur, que sais-je ! A mesure qu’on s’émerveille sur les vastes horizons qui lui sont ouverts, on s’afflige de son auto-enfermement dans une situation médiocre…   Pareil pour les représentants de la génération Gaston ; le CDI est mort, a-t-on envie de leur dire ! Pas plus que le mariage ne rend l’amour durable, le CDI ne peut bétonner pour toujours l’adéquation économique entre employeur & employé. Qu’on le veuille ou non (que le gouvernement le décrète ou pas) la tendance est au CDD, à la définition d’objectifs communs entre employeur & employé sur une période de plus en plus courte. A l’intérim, au free-lance, aux contrats de services négociés de gré à gré. Qui dit tâches ponctuelles plus variées autour d’une compétence centrale, dit recul de l’approche pavlovienne qui enchaîne mentalement le travailleur à sa machine. Celle qui produit ce curieux agrippement de certains salariés à leur emploi pourtant détesté.

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Moins de pavlovisme dans notre société, c’est un peu de liberté en plus. Mais je vous préviens, il va falloir arrêter la télé !

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