Le rêve éveillé

Posté par grosmytho le 9 décembre 2015

Réflexion au saut du lit : l’idéologie politique est aujourd’hui totalement dominée par la droite.Comme on a pu le voir aux élections régionales, c’est désormais FN et LR qui se tirent la bourre, tandis que le PS idéologiquement umpisé leur court après.le-reve-picasso détourné

Nécessité d’équilibrer les comptes de l’Etat, mythe de la réussite financière proportionnelle aux mérites de chacun… C’est ridicule mais ça marche : le bon peuple a complètement intégré le fait que les chômeurs sont des petits saligauds qui cherchent à profiter du système, qu’il faut réduire les impôts des riches sous peine de les voir s’exiler, etc… Incroyable : la gauche, maintenant qu’elle a abandonné toute prétention idéologique, cherche à comprendre, avec ses économistes et ses sociologues, à dépassionner, à analyser rationnellement, mais ses arguments ne portent plus. Todd a été lynché médiatiquement pour son analyse des attentats de janvier, alors que les Sorman, Zemmour et consorts pleurnichent sur toutes les chaînes qu’on veut les faire taire… Piketty a certes connu un succès de librairie, mais c’est l’exception qui confirme la règle.

Le-reve-de-Kush

 

La gauche a eu son heure de gloire. Dans les années 60, c’était Mao qui fascinait la jeunesse. Le rapport de forces était inversé : alors que les communistes se déchaînaient avec leurs expériences stupides et cruelles, ils avaient le soutien de toute l’intelligentsia ! C’était la droite qui ramait à l’époque pour expliquer la nécessité des petites entreprises, du privé, de l’investissement et de la recherche. Le bon peuple se laissait bercer par des fadaises faites de propriété collective des moyens de production et des histoires d’autogestion…ben

 

 

Encore avant, c’était l’Eglise qui faisait recette, contre les représentants de la rationalité et du progrès technique. Superstitions et Bible comme uniques sources d’info, réfutation hystérique de tout ce qui était matériellement observable… Relire les Travailleurs de la mer…Tant que l’Eglise était rigoriste et bottait les culs, assénait du latin et excommuniait, on la suivait. Mais dès qu’elle s’est adoucie, qu’elle a commencé à parler d’un dieu gentil, aimant et pardonnant, de partage et de respect de l’autre, ç’a été le début de la fin !

Comme quoi le populo est et reste une bête. Navigant dans une sorte de rêve éveillé, il préférera toujours celui qui sait raconter à celui qui sait faire.

 

LE REVE AMERICAIN

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Le Super-U du XXè siècle

Posté par grosmytho le 20 décembre 2014

Revenu du SuperU (enfin c’était il y a quelques jours) avec deux bonnes nouvelles qui réchauffent le cœur. C’était mieux avant, certes, mais ce mieux et cet avant repointeraient-ils timidement leurs nez bien amochés ? Je ne m’y attendais pas, mais force est de constater.

Ma montre pas chère, made in China, précise, avec alarme et éclairage, au bracelet caoutchouc curieusement solide (normalement c’est ce qui cède en premier) et au cadran d’une résistance aux rayures étonnante, m’avait tout de même lâché : pas trop grave, c’est l’un de ces petits tuyaux métalliques à ressort qui fixent le bracelet, voyez ? Frappé par une branche que je coupais, il a cédé. Tordu, il ne se remet pas en place. A la caisse de SuperU, la dame m’informe, désolée, que « Non, les bracelets, on ne fait plus… » Mais aussi que « attendez, il m’en reste quelques-uns, de quand on faisait encore, je vais voir si j’ai la bonne taille ». Et de sortir la boîte, et de trifouiller, sans mentir, dix minutes, pour en essayer plusieurs et trouver le bon.montre

La dame n’est plus toute jeune : elle est plus vingtième siècle que vingt-et-unième, voyez ? Elle a le temps, elle le prend, elle cherche à rendre service, transposant un peu de son savoir-vivre civil sur son lieu de travail (ça se faisait au vingtième siècle : prendre un café, discuter un peu, offrir un café, même, que personne ne payait  grâce à la carte personnel du magasin, pas comptabilisée). Au vingt-et-unième siècle, pour chaque centime, c’est l’abus de biens sociaux. Une minute passée avec un client qui n’achète rien, techniquement c’est du vol, du détournement de fonds (temps=argent), du bénévolat non autorisé par la hiérarchie. Alors pensez, dix ! Faute professionnelle, de quoi l’envoyer chez Paul Emploi sans préavis). Bref. Elle me trouve le bitoniau de la bonne taille mais n’arrive pas à l’enfiler.

 

Au bout d’un moment, le XXIème siècle planant, menaçant comme un drone, au-dessus de sa tête, elle me dit : « C’est la bonne taille, je vous le donne, si vous avez la patience, vous pourrez l’installer vous-même ? » et d’aller chercher un bout de scotch (pas facturé, çui-là non plus) pour le fixer au fond de ma montre. Je remercie bien bas, je m’éloigne sourire aux lèvres. Et à la maison, en deux minutes, je l’installe. Réparation gratuite ? Sur le temps de travail de la préposée à l’info ? Je sais, je sais, au vingtième siècle, ça ne surprenait personne. Au vingt-et-unième, c’est carrément de la science-fiction.

Ah oui je disais deux surprises : la seconde c’est au rayon « boîtes de thon ». Je suis fan des boîtes de thon, que je trouve assez réussies esthétiquement, et puis j’en aime la contenance (104 g, juste bien pour un, mais ça peut faire en salade pour deux aussi, voire plus), le goût (j’aime mieux les « à l’huile » que les « au naturel » ; l’huile d’olive a ma préférence, je me dis que poisson + huile d’olive… c’est pratiquement le menu crétois pour 2 Euros – manque la bouteille de vin rouge, quand même). Bref : tout à mon exercice de recherche de la boîte idoine (toutes choses égales par ailleurs, je préfère les « miettes » qui font plus « déchets, si tu prends pas on les jette », que « thon entier » qui m’inspire l’impression « ah bordel aujourd’hui il a fallu en jeter cinq avant d’en avoir un bon »), mais curieusement il arrive (et c’est pas rare) que les miettes soient plus chères au kilo que les entiers… mystère. Est-ce parce que l’huile d’olive est recyclée à base d’hydrocarbures usagées pour les entiers, et première pression, effectuée par une vierge effarouchée, à froid pour les miettes ? Dans ces cas-là, je ne vous dis pas le cas de conscience… mais là, ce jour-là, celui de la bonne nouvelle, mes yeux tombèrent sur une mention qui me remplit d’allégresse (avant que mon allégresse ne se contamine d’une petite dose fielleuse de doute cynique, et vous savez comme moi qu’une goutte de fiel suffit à contaminer toute une barrique d’eau de source…). Bref : la mention dit « pêché à la canne ».

miettes de thonOui, vous m’avez bien entendu. Du vingt-et-unième siècle, celui où l’on arrache, au filet raclant le fond, tout ce qu’un coin d’océan contient de bouffable, avant de faire le tri sur le pont et de rebalancer 90% à la mer, pour garder qui les thons, qui les ailerons de requin et qui les morues, on repasse carrément au XIXème, celui où l’on partait en mer avec des cannes à pêche et des appâts, pour tirer de la flotte des poissons carnivores (thons, espadons, que sais-je, je crois que la morue aussi, à l’époque, se pêchait comme ça). Eh bien si j’en crois l’étiquette de SuperU, cette époque revient, et (ce qui me fait quand même douter un peu) ce n’est même pas plus cher que le thon « normal », celui qu’on sélectionne au milieu de tonnes et de tonnes de poissons comestibles mais rejetés morts parce que, ici et maintenant, c’est du thon qu’on pêche (quotas, etc).

 

Peut-être qu’un jour on renoncera même à l’heure d’hiver (héritage débile et contre-productif d’une période où, le pétrole renchérissant spectaculairement, il fallait bien annoncer quelque mesure elle aussi spectaculaire) ?

Je suis un optimiste prudent (donc caché).

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Le nouveau service de Google

Posté par grosmytho le 1 mars 2014

« Une Américaine agressée parce qu’elle portait des GoogleGlass » titre Bigbrowser. Parce qu’elle les portait ? Ou parce qu’elle les utilisait sur des inconnus dans un bar ? Cet incident indécent soulève toutes les questions de ce début de siècle. Les possibilités techniques augmentent les pouvoirs des personnes et obligent à redéfinir les frontières entre droits et devoirs. google-glass-banned-sign

Imaginez qu’on puisse acheter et piloter un exosquelette métallique d’une puissance et d’une rapidité telles que vous risquez de tuer quelqu’un à la moindre fausse manœuvre. Il faudrait réglementer leur usage, encadrer leur vente et leur entretien, etc. Tiens, justement ça existe déjà : la voiture. Le code de la route, le permis de conduire. La gendarmerie, les alcootests, les radars automatiques.

Joy-of-Tech-Glass-vs-iWatchÇa va faire pareil avec les caméras et les Google glass. On a le droit de filmer dans les lieux publics : ça semble logique. Vous êtes touriste, vous filmez la rue, les monuments, vous-même dans un bar etc. A priori personne ne conteste. Petit distinguo tout de même : la loi parle de sujet principal et de sujets secondaires. Vous filmez la cathédrale, un quidam traverse le parvis, OK. Vous suivez ce quidam avec votre caméra dans les rues pour voir où il va, qui il rencontre, où il habite : pas OK.

L’idée de base, c’est que la rue est à tout le monde. Les gens s’attendent à être vus et éventuellement photographiés. Ils sont habillés et se comportent normalement. Quid dans un bar ? Bourrés, en train de chahuter avec leurs potes ? En train de draguer extra-conjugalement ? Au karaoké, en train de chanter faux ? Il y a des situations limite où on veut bien être vu mais pas filmé par des tiers. Mais il n’y a pas de mécanisme pour l’empêcher. On va dire que cela relève de l’appréciation de chacun.

Ce qui est interdit clairement, c’est la diffusion publique payante. Le droit à l’image, retrouver les quidams pour leur faire signer une autorisation de diffusion, les cinéastes amateurs ou professionnels connaissent bien ça. Photos de manifs, d’accidents : c’est le droit d’informer qui prend le dessus sur le droit à l’image.

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La vraie question, celle qui n’est pas résolue apparemment, c’est la diffusion gratuite. Autorisée ? Interdite ? Qui va empêcher et contrôler la mise de ces vidéos sur Facebook et sur Youtube ?  Le désagrément d’être vu bourré ne justifie probablement pas le fait de passer sa vie à traquer l’apparition de LA vidéo sur internet (d’autant qu’on a chacun quelques dizaines de cas où…). Donc il faut vivre avec ? Apparemment c’est une nouveauté qui ne plaît pas à tout le monde : la fille aux GoogleGlass illustre le cas d’école. Elle filme des gens, les gens lui demandent d’arrêter, l’agressent verbalement, elle poste la vidéo sur internet. Tout en se posant en victime d’ « agression », elle leur donne finalement raison : elle était bel et bien en train de les filmer, et elle a bel et bien posté le film sur internet, sans leur consentement.

Ça va finir comme avec la voiture : avec la généralisation des GG, les altercations de ce type vont disparaître du fait de l’égalisation des pratiques. Une fois que tout le monde filmera, plus personne ne s’indignera. Les gens non équipés seront comme les piétons d’aujourd’hui : on leur ménagera un territoire-alibi, des « trottoirs numériques » et des « cyber-passages cloutés », zones d’ombre où ils pourront se réfugier.  Des cas limite seront définis (relations sexuelles ? exhibitionnisme ? propos racistes ?) et des amendes seront fixées pour leur diffusion. Et puis la main invisible va vous caresser dans le sens du poil : des agences de gestion de votre image numérique vous proposeront leurs services. Vous signez, elles filtrent le net en permanence pour trouver les vidéos compromettantes de vous, elles engagent les procédures, récoltent les amendes et vous en reversent (ou non) une partie…

La protection de votre vie privée : le nouveau service de Google ! Ça va s’appeler GoogleParadox©.

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La démocratie en référé

Posté par grosmytho le 2 août 2013

Finalement la liberté est ce qui se glisse entre les rouages imparfaits & grinçants de la société. Ce n’est pas la démocratie, mais l’imperfection, acceptée & assumée, de la société, qui produit la liberté. Et la super-démocratie qu’on nous prépare n’a rien d’utopique. 

La démocratie en référé dans Emploi big-data-mining

Avec Prism, Hadopi et autres ACTA, nos chères sociétés tendent vers la démocratie parfaite, ultime, où les lois parfaitement démocratiques et respectueuses des libertés constitutionnelles seront exécutées avec une efficacité parfaite (sans retards ni exceptions). On n’en est pas si loin déjà ! Sarkollande (leurs politiques sont si semblables qu’il est impossible de détacher ces frères siamois) y travaillent : Hadopi, écoutes téléphoniques, tolérance zéro, caméras & radars partout, bientôt drones au-dessus des cités. Tout va vers une collecte de plus en plus exhaustive et une analyse de plus en plus fine de nos faits & gestes. Quelle société nous prépare-t-on ?

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Imaginons que l’effort sécuritaire en cours atteigne ses objectifs : qu’obtiendrait-on une fois que toutes les infos de tous les ordinateurs/portables/smartphones/etc seront piratées par les services secrets ? La plus grosse collection de porno de l’histoire, OK. Mais encore?

On ne pourra pas éradiquer le terrorisme. Quand ils ne sont pas cornaqués par les services secrets (alliés ou ennemis ? allez donc vous y retrouver, vous !), les terroristes sont le plus souvent des illuminés suicidaires agissant seuls et sans prévenir. Des psychopathes difficiles à repérer avant leur passage à l’acte. On va enfermer préventivement 100 gugusses qui se promènent sur les sites conspirationnistes et le lendemain, le 101ème, qui n’avait ni internet, ni portable, ni même profil FesseBouc, attaquera une caserne à la kalachnikov.

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En revanche ce sera la fin des micro-infractions. Suivre vos moindres faits et gestes a un coût, il faudra bien un jour rentabiliser cette activité (avant de la privatiser). Un km/h au-dessus de la vitesse limite, votre compte est débité de la somme de l’amende. Un e-mail vous expose (photos à l’appui) les circonstances de votre délit. Vos déclarations d’impôt sont magiquement majorées de tous les petits détails que vous aviez oublié de mentionner. A chaque fois que vous écoutez une musique que vous aimez, une obole est prélevée sur votre compte pour entretenir les majors du disque (pardon, la « création artistique ») ; idem chaque fois que vous copiez un article ou une photo sur internet. Chaque fois que vous brûlez une voiture ou graffitez un mur, la somme correspondant aux dommages occasionnés, majorés des amendes, pénalités, taxes et frais de dossier, est retirée de votre compte.

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Ça se perfectionnera de plus en plus ! Chaque fois que vous discriminez à l’embauche ou à la location, votre décision est renversée et vous êtes pénalisé d’un mois de salaire ou de loyer (ah ben oui, les électeurs UMP, qu’est-ce que vous croyiez ? Que toutes les lois sont en votre faveur ? Dans votre pays super-démocratique, il y a des lois pour absolument tout). Les policiers qui arrêtent et mettent en garde à vue au faciès sont démis de leurs fonctions dans la seconde qui suit. Pareil pour les passages à tabac de suspects. Les banquiers voleurs et les politiciens corrompus voient leurs émoluments confisqués instantanément et sans possibilité de recours.

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Plus de juges, plus d’avocats, plus de procédures contradictoires longues & coûteuses. Tout cela peut et doit être automatisé pour aller plus vite et économiser les deniers publics. Ça devient techniquement faisable : toutes les lois s’appliquent immédiatement et idéalement. Amende pour tous les délits, prison dès que le solde de votre compte ne suffit plus. La prison elle-même remplit tous les critères légaux : cellule individuelle, traitement conforme à la loi et aux droits de l’homme.

Explosion des incarcérations, privatisation du système pénitentiaire : un gisement d’emplois en prime ! Choc de compétitivité : avec 3 millions de détenus en plus, on pourra relocaliser l’assemblage des iPhones, des sex-toys et autres babioles.

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La démocratie en référé ! C’est le paradis sarkoziste ! Comme tous les utopistes, Nicolas a rêvé d’un monde d’où les faiblesses et les égarements humains sont bannis.  Où le système est si parfaitement ajusté qu’il oblige tout le monde à être parfait. Où la vidéoprotection finit par protéger chacun en permanence de lui-même, jusque dans les chiottes. Où l’Etat devient le surmoi collectif qui rappelle à chacun ses devoirs.

George Orwell a eu raison trop tôt : pour des raisons techniques, 1984 arrivera en 2014.

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Gros Mytho Déteste … la télé

Posté par grosmytho le 12 juin 2013

Grâce à l’Europe, la Grèce est en train de devenir un paradis. Et les Grecs, au lieu de nous remercier, montent sur les barricades! Regardez-les réclamer leur dose de propagande comme des camés en manque!

Interruption brutale des programmes! Ecran noir! On ne sait pas qui cette mesure de provocation effraie le plus: les bureaucrates de Bruxelles ou les cons sommateurs? En tout cas, ce qui reste de gouvernement grec a décidé de les envoyer les uns contre les autres comme deux locomotives en folie!

Déjà, de partout, la presse monte au créneau. « Arrêt brutal » de la télé pour LeMonde.fr, « Atteinte sans précédent contre la liberté d’expression » pour tel pontificateur sur France Info… Alors que Gros Mytho, lui, se prend à rêver: en Grèce, déjà qu’ils ont le soleil et la mer, en plus libérés de la télé! Ce pays pourrait devenir un paradis pur & simple.

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Je hais la télé comme l’ex-comateux hait son coma, pour toutes ces heures perdues alors que j’aurais pu dormir, lire, parler à quelqu’un, réfléchir, étudier, jouer au foot, voyager, ou vivre, tout simplement. Pour tous ces souvenirs factices et sans valeur qui encombrent ma cervelle, aussi polluants et imputrescibles que des bouteilles en plastique jetées dans le fossé au bord de la route.

 

Je hais la télé parce que c’est elle, finalement, qui aura la peau de la démocratie. La démocratie se nourrit d’information. Or une majorité de nos contemporains se contentent des informations télévisées pour comprendre et évaluer le monde. Les actualités télé ne sont pas de l’information (au sens de faits et analyses indiscutables parce que démontrables) mais un récit de fiction illustrée basé sur des faits réels mis en scène par les télés, entreprises privées financées par leurs annonceurs. C’est elle, en décrivant une France en proie à l’anarchie de bandes d’immigrés hors la loi se livrant à toutes sortes de dangereux trafics, qui a fait gagner Sarkozy en 2007. C’est elle qui désormais endort le public de merveilleuses fables sur les extraordinaires qualités entrepreneuriales de ses propriétaires et de leurs amis milliardaires créateurs d’emplois (qui en réalité sont presque tous des héritiers plus ou moins oisifs et corrompus) et fustige la gabegie de l’assistanat des RMIstes et des RSAstes paresseux et fraudeurs (alors que le volume de ces fraudes, bien réel, reste infinitésimal par rapport à celui de la fraude et de l’optimisation fiscale de ces mêmes ploutocrates).

Coluche résumait à l’époque : « On ne peut pas dire la vérité à la télé … il y a trop de monde qui regarde ! »

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La liberté d’expression, me direz-vous! Quid de Gros Mytho défenseur farouche de l’expression libre? La télé, c’est pas pareil?

L’expression libre est écrite (ou dite à la radio, c’est pratiquement pareil) parce qu’elle permet d’exposer des arguments de manière civilisée (par opposition au poing sur la gueule) et loyale – permettant la réfutation point par point sur le même support, journal ou livre ou blog (par opposition à la télé).

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La télé est déloyale parce que

-c’est elle qui cause et personne ne peut répondre (il faut pour passer à la télé soit être membre de l’élite télévisuelle habituée des plateaux, soit l’abruti de service choisi par la télé pour délivrer un message d’un soir sans espoir d’y revenir). Gérant les questions et les réponses, elle crée un monde virtuel qui s’applique à tous.

-sous prétexte de «temps limité» la télé ne cesse de saucissonner / censurer ce que les gens ont a dire. Tout message qui ne tient pas en cinq secondes est anti-télégénique. Donc passe à la trappe. La pub est parfaitement télégénique, ça tombe bien, en plus c’est elle qui paie les salaires du monde de la télé. Elle a droit à 13 minutes par heure.

-au-delà de ce qui est dit, la télé crée un contexte qui exprime au besoin le contraire exact de ce qui est dit. Par exemple on verra un gars crier en étranger «Bande de salauds !» et le message télévisuel sera au choix (selon les besoins du moment): « cet homme est la victime d’une injustice scandaleuse » ou alors « cet homme est un dangereux fanatique qui menace la société » ou alors « cet homme est un alcoolique qui bat sa femme ». De toute façon il braille en patagon et a l’air vraiment méchant, alors allez savoir. Le message délivré par la personne qui parle à la télé est emballé et conditionné par le présentateur (et le monteur) qui donne le ton et impose sa vision du monde. Tout en se dédouanant hypocritement : n’a-t-il pas donné la parole à un témoin direct ?

-elle met (littéralement) les rieurs de son côté, avec ces affreux rires enregistrés et ces acclamations sur commande qui saupoudrent les plus insipides émissions et tournent en ridicule les rares interventions sensées qui arrivent à s’y glisser.

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Certes, il faut distinguer entre télé de gauche et télé de droite.

La télé de gauche, c’est la télé publique, celle du monopole étatique, celle qui véhicule la version officielle et entrelarde ses actualités d’émissions culturelles, de vulgarisation scientifique et de cours de langues. La télé de droite c’est celle du temps de cerveau disponible. « On donne aux gens ce qu’ils demandent », entendez des infos anxiogènes, de la télé-réalité, des histoires de people calibrées et prévisibles… et de la pub. Paradoxe : en France c’est un gouvernement de gauche qui a enterré la télé de gauche et ouvert la voie à la télé de droite. Et c’est un gouvernement de droite qui a relancé la pratique de la mainmise de l’Etat sur la propagande des infos.

A tout prendre, je déteste moins la première (mais elle a déjà perdu la partie) que la seconde (victoire à la Pyrrhus : elle sera bientôt phagocitée par la pub). La publicité télévisée, la publicité en général, est tout simplement scandaleuse. Loin d’être l’inoffensive poésie ou le charmant sophisme enjôleur que certains optimistes veulent y voir, elle est une insulte permanente à l’intelligence doublée d’une pollution toxique des esprits. Elle est la négation de toute tentative d’élever le niveau culturel, la perversion de toute culture. Elle transforme les sonates de Chopin en signal pavlovien pour acheter un dentifrice et dégrade les aphorismes de Mark Twain en slogans bêtifiants pour stimuler la vente de smartphones dernière génération.

tv8 PIB

La Fontaine, décrivant les intrigues de cour, prédit Star-Ac :

« …Qu’ici-bas maint talent n’est que pure grimace,
Cabale, et certain art de se faire valoir,
Mieux su des ignorants que des gens de savoir… »

(La Fontaine, Le lion, le singe et les deux ânes)

Balzac, parlant de l’avenir du théatre, entrevoit la télé-réalité :

« Quand tout le monde aura de la gloire, comment pourra-t-on se distinguer ?  demanda Gazonal

- La gloire… ? Ce sera d’être un sot, lui répondit Bixiou ».

(Balzac, Les comédiens sans le savoir)

Nabilla répond

« Blazak me traite de conne ? Cé ki çui-là? Nan mais allô quoi ! On n’a pas été à la ferme des célébrités ensemble, a c’que je susse ? »

(Nabilla, Les Anges de la Téléréalité)

La télé : une auto-parodie. Un bêtisier érigé en grille de programmes. Une course aux sommets de la nullité ; chasse infatigable du record d’idiotie.

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La prolifération télévisuelle est double : ubiquité des écrans, multiplication des chaînes et des programmes.

La pandémie s’étend. On achète des écrans plats, on en met dans les cuisines et les chambres à coucher, les restaurants, les salles d’attente, les ascenseurs. Bientôt aux plafonds, sur les portables et dans les cagoinces.

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En France, on aime mieux la télé que le boulot : 3 h 47 min en moyenne PAR PERSONNE et PAR JOUR (Médiamétrie données 2011)! Pire que la grippe aviaire, que le réchauffement planétaire, que la crise monétaire ! Une véritable pandémie. Imaginez ces 83 milliards d’heures annuelles (j’arrondis – mais c’est plus que les heures travaillées) consacrées à quelque tâche utile, voire productive : 1,68 fois le PIB français en plus ! Lui qui peine à croître de 0.5% par an, il pourrait doubler d’un coup !

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Encore un petit effort : ces chiffres effarants ne représentent pas une limite indépassable ! « Aux USA (& demain en Chine, après-demain chez nous) 28 heures passées devant le téléviseur par semaine pour les enfants de 6 à 11 ans, et même 32 heures pour les 2 à 5 ans (soit une moyenne de 4 heures et 4 heures 30 respectivement). Ces chiffres, tels que relevés aux Etats Unis par Nielsen, représentent un record au cours des 8 dernières années d’après l’institut.

Sur 32 heures par semaine passées devant l’écran pour les plus petits, 25 vont d’après Nielsen à regarder la télévision classique, un peu plus de 5 à visionner des DVD ou des cassettes vidéo, et une heure et quart à jouer sur des consoles. Pour les plus âgés, les chiffres qui ressortent sont respectivement à 22 heures, un peu moins de 3 heures, et 2 heures et demi ». Dernière minute : les chiffres 2011 annoncent que la barrière psychologique des 5 heures quotidiennes est franchie ! Rien d’impossible donc pour ce média qui bientôt ne se gênera plus pour nous réveiller la nuit et nous accompagner jusque dans les chiottes et dans la voiture.

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Parasitage du temps de veille, pollution intellectuelle ne sont rien. Ajoutez à ce diagnostic le formatage étasunien des esprits, comme le souligne l’extrait suivant :

« La télé vicie l’identité nationale, chère à nos élites de droite. « Vos petits « rebeus » en mal d’intégration, « baby-terroristes en devenir », sont des purs produits du terroir média-politico-financier français. Ils se prennent pour des Blacks Panthers américains qui luttent contre l’esclavage. Ils dealent, ils volent, ils braquent, ils brûlent, ils agressent en jurant à tour de bras. Tout cela au nom de ce que l’on a fait à leurs parents. Leur icône : Tony Montana. Scarface. Superproduction américaine. Leur musique : 50 Cent, Eminem, Marvin Gaye… Leur resto préféré : le McDo. Tu parles de rebelles, de terroristes… ils sont labélisés depuis leur caleçon jusqu’à leur ceinturon. Ils sont américains.

Et c’est un peu normal quand on sait que la seule activité qu’on leur proposait, enfants, en dehors de l’école ou de la rue, c’était la télé. Leur communautarisme grandissant n’est que l’écho de la mosaïque éclatée qui sévit à Harlem, à Watts, dans le Bronx. D’ailleurs nous sommes tous américains. Nos élites intellectuelles et artistiques, quand elles ne vivent pas à New York, même lorsqu’elles se revendiquent labélisées « Terroir de France », oublient tout dès qu’un contrat, un studio, une interview leur sont proposées à l’Ouest. » (tribune Idées sur le Monde.fr, de Mounir Berkane)

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