L’encerclement (des cons par les salauds et réciproquement)

Posté par grosmytho le 11 janvier 2016

J’ai regardé sur les conseils d’un pote le documentaire sur les méfaits du capitalisme qui date déjà un peu, puisqu’il est sorti en 2008, appelé l’Encerclement, du Canadien Richard Brouillette.50 years of capitalism

C’est drôle ce documentaire ; comme il donne la parole aux uns et aux autres, on s’aperçoit d’une chose rarement vue (puisqu’on écoute normalement un camp et qu’on déteste l’autre comme la peste). Libertariens et altermondialistes ont peur de la même chose, qu’ils voient arriver de deux côtés opposés.

Leur hantise : qu’on leur prenne leur bien. Mais ils soupçonnent deux entités différentes.

la-crise-financiere-expliquee-aux-nulsLes premiers, les libertariens, ont peur d’un Etat totalitaire, confiscatoire, qui leur « vole », pour le redistribuer à d’autres, aux parasites, le produit de leurs efforts. Les altermondialistes partagent la même peur, en sens inverse : celle des corporations, des monopoles, des monstres mutants du CAC40 qui leur vendent sous forme privatisée, à des prix astronomiques, les services qui étaient autrefois assurés gratuitement ou presque, éducation, santé, etc. Ou qui du moins étaient largement encadrés, modérés par l’Etat, garantis aux plus démunis. Or avec la privatisation de la sncf, de l’électricité, de l’eau, bientôt des logements sociaux, toutes ces garanties s’envolent les unes après les autres.

 

Il est évidemment plus facile de compatir avec les seconds qu’avec les premiers.nature-humaine-capitalisme

D’abord, parce que les premiers ont le vent en poupe. Dans le monde entier l’Etat recule, cède à leurs caprices, le vent du libre-échange et de la privatisation souffle à tout va. Législation, barrières tarifaires, réglementation du travail, tout craque, s’effondre, cède à leurs exigences insatiables. Je m’engage à pleurer sur le sort des riches lorsque le balancier repartira dans l’autre sens, qu’ils seront expropriés et parfois fusillés (les riches lâchent moins volontiers leur magot que les pauvres, qu’il suffit souvent d’effrayer ou de distraire).

 

Deuxièmement parce que la vision des premiers, conformément à leur théorie d’ailleurs, est très simpliste : occupés à faire de l’argent dans leur domaine d’expertise, ils n’ont que peu de temps à consacrer aux rébarbatives études de sociologie et d’économie, aux interactions et aux implications. Ils se contentent d’un slogan simple, qui est « l’Etat me vole pour donner mon argent aux pauvres, l’assistanat ruine le pays ». Alors que les altermondialistes, occupés à être chômeurs ou étudiants, disposent de temps pour aller sur internet, fouiller les forums, échanger des idées, refaire le monde, recalculer etc. D’où un discours bien plus diversifié, fouillé, argumenté, convainquant.

Troisièmement, enfin, parce que les premiers sont peu nombreux, minoritaires, souvent cyniques, brutaux, égomaniaques, tandis que les seconds représentent la foule, le pays, le monde, l’humanité finalement, dans sa diversité et sa touchante stupidité moutonnière.  

néo capitalisme

Reste qu’ils ont peur de la même chose : la perte matérielle, les uns par l’excès d’Etat, par l’insuffisance d’Etat pour les autres. Comment se fait-il que personne ne constate l’évidence ? Qu’il faut trouver un juste milieu ? Marre des balanciers qui tantôt arment les bolcheviks au couteau entre les dents, et tantôt les 200 familles ! Ce qu’il nous faut c’est un Etat fort, redistributeur, libéral avec les petites entreprises, vigilant avec les grosses, capable de tenir la bride des banques et des multinationales, comme de lâcher un peu la grappe aux PME. 

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Petite remarque complotiste pour conclure : comme à chaque fois qu’un film touche une question qui remet en cause la pensée unique, il est réalisé de façon à repousser le public. Plans fixes interminables, noir & blanc, intervenants au saut du lit qui expliquent, hésitent, se reprennent, se grattent le nez… des titres de chapitres et des résumés affichés sur fond noir et accompagnés de grincements sinistres… Jamais une image ou un graphique, un exemple, quelque chose d’autre que ce texte ultra-académique parlé ou écrit. Comme plus récemment Citizen four, il rafle les prix confidentiels du cinéma alternatif, mais n’atteint pas le public plus large. Seuls les altermondialistes les plus convaincus s’infligeront le visionnage intégral de ce monument de soporifisme qui dure 2h40…

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Le pays sans politique

Posté par grosmytho le 11 novembre 2013

 

Ah ces Chinois ! Parlez-leur de foot, parlez-leur de célébrités, parlez-leur de la météo : la conversation s’engage et prend son envol, les banalités prévisibles s’enchaînent, tout se passe au mieux. Essayez d’aborder la politique, comme cela se fait en Europe lorsque les autres sujets sont épuisés, le soufflé retombe. Pays totalitaire et son régime policier : les étrangers en concluent que ce sujet est ici « interdit » et que les gens ont peur de l’aborder. Surtout avec des étrangers !

Le pays sans politique dans Eco manif

Mais lorsqu’on vit un certain temps en Chine on s’aperçoit bientôt qu’il n’en est rien. Vous avez des amis avec qui vous pouvez parler franchement, vous avez des conversations un peu avinées, vous épiez des conversations sans y prendre part et vous constatez : la politique n’est pas abordée, comme ne l’est pas chez nous la chimie. Ce n’est pas par peur mais parce qu’on n’a strictement rien à en dire.

En Occidentaux pétris de notre suffisance démocratique, nous pensons toujours que les Chinois doivent détester leurs élites corrompues ; mais lorsqu’on leur pose la question, les Chinois répondent toujours quelque chose comme : « Corrompues, éloignées du peuple, nos élites ? Mais bien entendu ! Et alors ? Nos dirigeants font leur boulot, nous faisons le nôtre, et c’est très bien comme ça ! Ils ne se mêlent pas de ma vie, je ne me mêle pas de la leur ! ». On peut difficilement leur donner tort : depuis Deng, on peut dire que les dirigeants chinois sont généralement plus populaires dans leur pays que les nôtres chez nous.

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D’ailleurs la situation chinoise est limpide : les dirigeants du Parti pilotent la politique étrangère et gèrent le pays. Ils le font ni bien ni mal, peu importe : c’est leur job et leur responsabilité. Le peuple n’a pas à s’en mêler : son job à lui est de s’enrichir et de faire bouillir la marmite. Pourquoi se charger d’un fardeau supplémentaire ? D’ailleurs l’économie croît, aucune guerre ne menace, les magasins sont achalandés : motif de grimper sur les barricades ? Les dirigeants savent qu’une grosse bourde de leur part provoquerait remous et ambiance révolutionnaire : leur unique souci est de préserver la stabilité et un progrès lent mais constant et mesurable du niveau de vie. Les citoyens sont contents de la prudence de leurs dirigeants et des progrès accomplis. La méfiance mutuelle conduit à la modération réciproque. Pas d’élections : un processus de renouvellement progressif planifié par le Parti. La politique se fait dans la sérénité et sur le long terme.

C’est à la lumière du système chinois (je ne dis pas qu’il est parfait !) que sautent aux yeux les imperfections et les paradoxes du nôtre.  On nous exhorte sans cesse à participer ! Voter est un devoir ! Il faut connaître les partis politiques et leur programme ! Nous indigner des libertés que prend l’élu avec les promesses du candidat ! Il y a de quoi s’arracher les cheveux ! Suivez la biographie de tous les charlatans qui s’étripent pour une parcelle de pouvoir ! Il le faut ! Etudiez la trajectoire de tous les ambitieux qui vendent père et mère pour atteindre à la magistrature suprême ! Comparez les programmes, soupesez les déclarations ! Il y a de quoi devenir fou ! Lisez dans le Canard enchaîné le récit de leurs bassesses et de leurs turpitudes ! Constatez hebdomadairement l’affolant niveau de la corruption ! Mais, sachez-le, voter et à l’occasion manifester dans la rue, tels sont vos seuls leviers d’action. Choisissez aujourd’hui celui qui vous décevra dès demain ! Jamais vous ne serez invité, jamais consulté, jamais responsabilisé. Regardez, mais ne touchez pas. Spectateur d’un film porno, vous portez une ceinture de chasteté. C’est ça, la démocratie ? C’est ça, le « pouvoir au peuple » ?

« La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde » (Paul Valéry)

On nous dit que le système chinois ne peut pas durer, que ses contradictions internes vont bientôt le faire exploser, qu’au moindre ralentissement économique, les gens vont se révolter, que les ultra-riches vont vouloir prendre part au pouvoir, etc. C’est sûrement vrai, ça se produira un jour.

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Moi, je me demande lequel des deux systèmes craquera le premier : la démocratie aussi est mal en point. Partout on voit les régimes démocratiques écartelés par des forces contradictoires qui ne dépendent pas d’eux : la politique fiscale se désagrège parce que la mondialisation fait fuir les richesses, l’Etat endetté dépend des banques qui lui dictent leurs quatre volontés, notamment en termes de détricotage social et de libéralisation du capital. Cercle vicieux. L’électeur voit cela et ne peut rien y faire : tout dirigeant, aussitôt élu, se retrouve dans la même cage que son prédécesseur. Le gérant d’un McDO peut-il changer les recettes et se convertir à la nourriture saine ? Le présentateur météo peut-il changer le temps qu’il fait ? Le président nouvellement élu peut-il empêcher les entreprises de délocaliser, les riches de frauder le fisc et les banques de réclamer leur dû ? L’électeur se sent trompé, et le pire, c’est qu’il a raison. Il n’a le droit que de changer celui qui annonce les mauvaises nouvelles. De plus en plus furieux, il zappe, zappe, zappe encore ! Les nouvelles restent les mêmes : chômage, dette, CAC40 en hausse, impôts nouveaux…

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Des racines économiques du racisme

Posté par grosmytho le 3 novembre 2013

Maintenant que je vous ai rappelé l’édifiante histoire de la RDA, rappelons-nous celle, non moins surprenante, de la RFA.

Il y avait autrefois un pays appelé la RFA. Il avait gagné, grâce à ses excellents produits made in Germany, le cœur et l’âme de ses frères ennemis, de l’autre côté du mur. La RDA avait baissé pavillon pour accéder aux précieux Deutsche Mark. Le mur de séparation est tombé, tout le monde est devenu, au terme d’une nuit de liesse, citoyens du même pays, démocratiques, libres et égaux en droit. Happy end ?

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Hélas ! On a rapidement découvert que se développait, dans le pays fraîchement réunifié, un racisme aussi ouvert et décomplexé que celui qui sévit aujourd’hui en France. Exactement le même que celui qui s’attaque, chez les Français-ras-le-bol, aux Roms, aux Arabes, aux ‘miséreux-du-monde-qui-viennent-jusque-dans-nos-bras’ etc, etc. Seule petite différence, ce racisme ordinaire, nourri de mépris et de clichés mais n’allant pas jusqu’au passage à l’acte, se dressait contre des personnes qui,  40 ans avant, étaient citoyennes du même pays ! Qui parlaient la même langue ! Séparés par quelques km et un peu plus d’une génération, vous pouviez les entendre lancer des anathèmes style «on ne peut pas les intégrer ! » « ils ne veulent pas s’intégrer ! » « ils menacent l’unité nationale ! ». C’est un peu comme si on voyait les partisans de l’Algérie française d’hier dire aujourd’hui « les Algériens ne seront jamais des Français ». (Ah bon, ils le disent ?)

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Comme quoi le racisme n’est vraiment pas difficile. Climat propice, terreau nourricier ? Tu parles ! L’intolérance se nourrit vraiment de n’importe quoi. Marx avait raison: c’est la lutte des classes qui détermine tout.

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Les optimistes diront hourra ! C’est signe que le racisme est avant tout l’expression d’un égoïsme purement économique. Donc relativement facile à résoudre ? Voyez les USA: le racisme a reculé maintenant que les Noirs sont moins pauvres. D’ici que les Chinois et les Africains s’enrichissent un peu, on les aimera mieux?

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Les pessimistes diront horreur ! C’est donc un ressort qui sera toujours à la disposition des dirigeants machiavéliques, de droite, de gauche, du centre, et des extrêmes ? Valls, Le Pen, Copé, même combat ? On pourra toujours trouver (et notamment à l’intérieur de nos frontières) des pauvres à mépriser, à stigmatiser, à clouer au pilori !

Avouez qu’il est difficile de trouver un pays démocratique où l’immigré n’est pas au centre du débat électoral. De mon côté je n’en vois pas.

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Souveraineté et compétitivité

Posté par grosmytho le 30 octobre 2013

Il y avait autrefois, il y a fort longtemps, un pays fort lointain, qui a un jour brusquement cessé d’exister. Comment ? Pourquoi ?

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Il n’a pas été envahi par un voisin belliqueux (son armée était réputée bien entraînée et motivée, équipée de matériel dernier cri). Il ne fut pas non plus noyauté par la CIA (le contre-espionnage de ce pays faisait l’envie et l’admiration des autres pays de la région). En crise économique, ce pays a baissé pavillon. Pas compétitif, il a préféré se suicider.

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Ses habitants, qui bénéficiaient de l’école, l’université, du logement et de la santé gratuits, n’étaient pas satisfaits. Ils auraient préféré du Coca et de la pornographie payants ! Las, ces biens et services si éminemment désirables & nécessaires, le Parti communiste refusait absolument de les leur fournir. C’est le dilemme de toute société socialiste : ses industries sont peu compétitives et ses produits de consommation, médiocres. On peut à la rigueur les importer, mais l’hémorragie de devises finit par mettre le pays sur la paille. On essaie de les interdire, mais on s’aperçoit qu’on provoque alors une hémorragie de citoyens. Les habitants du pays ont tellement envie de ces babioles qu’ils partent vendre leur âme au capitalisme étranger : déserter, quitter le navire, s’établir à l’étranger, à tout prix, illégalement s’il le faut, quitte à y faire des sales boulots, tout ça pour bouffer avec Ronald McDonald et conduire une bagnole étrangère ! Que voulez-vous, l’être humain est ainsi fait.

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C’est ce qui s’est passé en RDA, puis dans tous les autres pays socialistes d’Europe de l’Est. C’est ce qui se passe à Cuba. Et c’est ce qui se passera, forcément, en Corée du Nord.

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En Chine, on a trouvé la parade : puisque les citoyens communistes sont prêts à se prostituer et à entrer en esclavage à l’étranger capitaliste, et que l’étranger capitaliste a de moins en moins envie de leur donner des visas, on invite les sociétés étrangères à se délocaliser. Comme ça tout le monde y gagne : le citoyen chinois peut travailler comme un esclave pour Apple et se payer un iPhone comme les prolétaires capitalistes les plus aliénés. Le pays, couvert d’usines à capital et technologie étrangers, devient super-compétitif. Il ne se suicide plus faute de devises étrangères : il les accumule jusqu’à ce qu’un jour, ce soient ses débiteurs qui demandent grâce.

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Abolissons les étrangers !

Posté par grosmytho le 17 juin 2013

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Il est une race de nuisibles incontestablement perverse et dangereuse. Une de celles dont l’apparition fait frissonner les honnêtes gens et dont la prolifération fait lever une lippe vengeresse aux politiciens les plus courageux ; une qui inspire des tirades bien senties aux moralistes de tous bords & de tous pays ; une qui fait l’unanimité mondiale contre elle, tant elle est indéniablement vicieuse & malfaisante !
etranger2-150x150 démocratie dans PsychoPas d’chez nous

 

Il y en a des riches. Oh ce qu’ils sont insupportables, ceux-là, avec leurs petits airs suffisants, leurs bonnes manières hypocrites et leur pitié bien-pensante ! Ils sont presqu’aussi répugnants que leurs ennemis héréditaires : les pauvres ! Ah ces salauds de pauvres, qui veulent à la fois nous attendrir par leur mine piteuse et nous intimider par leur mine patibulaire ! Et puis, entre les deux, tous ces pseudo-pauvres dont la seule ambition est de nous retirer le pain de la bouche avec cet assistanat auquel la loi leur donne droit et qui finiront par réduire à la mendicité les millionnaires eux-mêmes ! Renvoyons-les chez eux, dos à dos, ils nous insupportent autant les uns que les autres ! Et pour faire bonne mesure, ajoutons à notre liste noire des nuisibles :

etranger1-150x150 différence dans Socio Etranger aussi

 

-ceux qui travaillent sans en avoir le droit

-ceux qui chôment parce qu’ils n’ont pas le droit de travailler

-ceux qui refusent de manger le corps du Christ et encore plus celui du porc

-ceux qui voyagent de parkings en décharges municipales

-ceux qui écorchent de leurs barbarismes acérés la belle langue locale

… Ça en fait du monde, vous allez me dire.

etranger4-150x150 étrangers Etranger dans la plupart des pays

 

Une véritable légion en rangs serrés. Cette catégorie des individus antipathiques se regroupe sous un seul et même terme générique : les étrangers !

Les étrangers, convenez-en avec moi, sont trop nombreux !

etranger6-150x150 fatalité Etranger pratiquement partout

 

Les étrangers, qui le niera, sont partout ! C’est bien ça qui les rend insupportables : si encore il y en avait moins… si encore on pouvait, de ci-de là, échapper à leur présence envahissante et à leur haleine fétide… on s’en accommoderait. S’ils restaient l’exception… mais là, partout, nombreux, majoritaires, même, c’est plus possible ! On n’est plus chez soi nulle part !

Bien d’accord avec tous les politiciens du monde ! Dehors les indésirables ! La preuve qu’ils ont raison, c’est qu’ils disent la même chose dans tous les pays. En Europe, en Asie, en Australie même, un seul slogan se décline dans toutes les langues, avec des variations, mais dont le sens général reste le même : « la barque est pleine, fermez les écoutilles ». De gauche comme de droite, en France comme en Angleterre ou en Russie, écoutez-les rivaliser de fermeté, inventer chaque jour des mesures plus radicales pour débarrasser le monde de ce fléau !

 

etrangere2-150x150 frontières Etrangère pas d’chez nous

 

Endiguer les flux migratoires, parquer et policer les étrangers, renvoyer dans leurs pénates ces indésirables qui prolifèrent, réglementer sévèrement la métèque-attitude qui menace nos belles traditions : les voici, les thèmes universels de toute élection démocratique !

Et pourtant… Simone de Beauvoir aurait eu raison de dire : on ne naît pas étranger, on le devient (alors que son histoire de genre, elle, prête franchement à discussion). Etre étranger, c’est être traité injustement. C’est réagir, c’est s’indigner, c’est lutter contre une fatalité. La fatalité fondamentale d’être né ailleurs. La fatalité fondamentale d’être .

etrangere5-150x150 métèque Etrange étrangère

 

Il y a ceux qui comme Bernard Arnault, ont eu le malheur de naître milliardaires dans un pays qui taxe la richesse. Ou comme Yazid Zarour, de naître pauvres dans un pays où il n’y a pas de boulot. Ou comme Triton, de naître romantiques dans un pays où tout est réglé d’avance. Ou comme Razzak de naître dans un pays où règnent la mafia & les exécutions extra-judiciaires. Ou comme la famille Barlagne, parce que leur fille est handicapée, de « représenter un fardeau excessif pour la société ». On devient, on grandit, on se découvre étranger; on le devient avec l’énergie du désespoir, on grandit étranger avec l’énergie de l’espoir, on se découvre étranger avec la conviction que, si l’on ne peut pas changer le monde, on peut du moins changer de monde. Aujourd’hui, demain, un jour (sommes-nous déjà si formatés pour accepter l’inqualifiable et nous résigner à l’inévitable) ? Dites-moi, n’avez-vous jamais été étranger? N’avez-vous jamais caressé le secret désir de le devenir ?

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Le monde est globalisé et se globalise encore plus : comme jadis les histoires de clocher, les histoires bêtement nationales sont aujourd’hui comiques et caduques.

Il fait mieux vivre ici que là ? Tout le monde se précipite du pays A vers le PIB ? Tant mieux : le pays B partage sa richesse, enseigne sa recette du succès, offre des opportunités à plus de monde. Il rayonne, il est admiré, envié, copié. Il bénéficie d’une main-d’œuvre pas chère, motivée par la promotion géographique. Voyez l’exemple étasunien : attracteur depuis des siècles de tout ce que le monde compte d’inventeurs, d’enthousiastes et de créatifs, il donne sa chance à chacun et prend sous son aile, sans trop maugréer (sauf en période électorale…) des millions de nouveaux citoyens chaque année. Le brassage permet la confrontation, l’émulation, la pollinisation. Qui osera nier que les Etats-Unis, avec leur tradition du melting-pot, et par-delà tous leurs autres défauts et problèmes, constituent le plus grand réservoir mondial d’optimisme et d’énergie, d’innovation et de créativité ?

Le monde est globalisé, que diable ! Globalisons un peu les esprits. Avec internet, les voyages en avion au prix d’un repas pris dans une gargote populaire, la liberté de circulation des personnes (en théorie) et des biens (en pratique), nous sommes tous, forcément, l’étranger de quelqu’un.

Reconnaître cette évidence, « nous sommes tous étrangers », c’est abolir la notion même d’étranger. Si tout le monde l’est, c’est qu’en fait, personne ne l’est.

Personne n’est étranger a priori : on ne le devient que sous le regard hostile des autres.

A l’heure où les étrangers en situation irrégulière font tout le sale boulot (nettoyage, construction, restauration, racolage téléphonique) en sus de leur emploi à plein temps de bouc émissaire, il faut qu’un Spartacus apparaisse parmi eux qui dise : « Etrangers de tous les pays, nous qui sommes majoritaires, déclarons-nous citoyens ! »

etrangere4-150x150 politiciens Etrangère d’origine mystérieuse

 

Qu’un Victor Hugo déclare venue « cette minute extrême où une détresse veut devenir une catastrophe ». Où les étrangers, qui tiennent à bout de bras l’économie mondiale, feront grève et seront enfin entendus.

Qu’un Lénine demande: « A qui la faute ? Que faire ? ». Et que l’on s’accorde à dire que personne n’est responsable de son lieu de naissance et que chacun a le droit, pour son épanouissement personnel, d’aller vivre et travailler où bon lui semble.

Qu’un nouveau Karl Marx clame: « Etrangers de tous les pays, unissez-vous! ».

C’est ce dernier point qui sera le plus difficile. Verra-t-on des riches et des pauvres s’entraider ? Des gens d’origines différentes se comprendre ? Des groupes de personnes transgresser l’éternelle logique ethnico-tribale et aller à la rencontre les uns des autres ?

etrangere3-150x150 tolérance Etrangère d’ailleurs

 

Pas de sitôt, je vous l’accorde. J’ai parfois comme vous de ces accès de misanthropie où j’écrase une larme silencieuse en me disant que l’être humain est décidément une bien vilaine bête. Mais à ces moments-là je me rappelle que l’on a vu, au plus fort de la première guerre mondiale, des fraternisations entre boches et poilus. Des troufions assis dans la même gadoue et refusant de se tirer dessus. Décrétant l’armistice pour le soir de noël, à l’encontre des ordres de l’Etat-major. Partageant, en attendant d’être fusillés chacun de leur côté pour trahison, un saucisson et un verre de vin.

etranger5-150x150 Etranger pas d’ici

 

Si c’était possible il y a cent ans, ça sera possible demain. Malgré les politiciens qui jettent de l’huile sur le feu et soufflent avec gourmandise sur les braises du conflit des civilisations, on verra fraterniser les gens de tous les pays.

Et disparaître les étrangers, par auto-abolition ! De leur propre volonté, ils cesseront d’exister ! Couleur de peau, dialecte exotique, traditions bizarres : la tare qui fait montrer du doigt deviendra signe distinctif et fierté de chacun.

On mettra en commun nos problèmes presque insondables et nos ressources presque infinies, et on fraternisera.

etrangere1-150x150 Elle est pas chez elle ici

 

Evidemment c’est une utopie. Evidemment, c’est impossible. Pensez : sans étrangers, il n’y aurait plus personne pour endosser la responsabilité de tout ce qui va mal. Plus de campagne électorale possible, donc. Et les élections sont par définition toujours à l’horizon…

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Gros Mytho Déteste … la télé

Posté par grosmytho le 12 juin 2013

Grâce à l’Europe, la Grèce est en train de devenir un paradis. Et les Grecs, au lieu de nous remercier, montent sur les barricades! Regardez-les réclamer leur dose de propagande comme des camés en manque!

Interruption brutale des programmes! Ecran noir! On ne sait pas qui cette mesure de provocation effraie le plus: les bureaucrates de Bruxelles ou les cons sommateurs? En tout cas, ce qui reste de gouvernement grec a décidé de les envoyer les uns contre les autres comme deux locomotives en folie!

Déjà, de partout, la presse monte au créneau. « Arrêt brutal » de la télé pour LeMonde.fr, « Atteinte sans précédent contre la liberté d’expression » pour tel pontificateur sur France Info… Alors que Gros Mytho, lui, se prend à rêver: en Grèce, déjà qu’ils ont le soleil et la mer, en plus libérés de la télé! Ce pays pourrait devenir un paradis pur & simple.

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Je hais la télé comme l’ex-comateux hait son coma, pour toutes ces heures perdues alors que j’aurais pu dormir, lire, parler à quelqu’un, réfléchir, étudier, jouer au foot, voyager, ou vivre, tout simplement. Pour tous ces souvenirs factices et sans valeur qui encombrent ma cervelle, aussi polluants et imputrescibles que des bouteilles en plastique jetées dans le fossé au bord de la route.

 

Je hais la télé parce que c’est elle, finalement, qui aura la peau de la démocratie. La démocratie se nourrit d’information. Or une majorité de nos contemporains se contentent des informations télévisées pour comprendre et évaluer le monde. Les actualités télé ne sont pas de l’information (au sens de faits et analyses indiscutables parce que démontrables) mais un récit de fiction illustrée basé sur des faits réels mis en scène par les télés, entreprises privées financées par leurs annonceurs. C’est elle, en décrivant une France en proie à l’anarchie de bandes d’immigrés hors la loi se livrant à toutes sortes de dangereux trafics, qui a fait gagner Sarkozy en 2007. C’est elle qui désormais endort le public de merveilleuses fables sur les extraordinaires qualités entrepreneuriales de ses propriétaires et de leurs amis milliardaires créateurs d’emplois (qui en réalité sont presque tous des héritiers plus ou moins oisifs et corrompus) et fustige la gabegie de l’assistanat des RMIstes et des RSAstes paresseux et fraudeurs (alors que le volume de ces fraudes, bien réel, reste infinitésimal par rapport à celui de la fraude et de l’optimisation fiscale de ces mêmes ploutocrates).

Coluche résumait à l’époque : « On ne peut pas dire la vérité à la télé … il y a trop de monde qui regarde ! »

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La liberté d’expression, me direz-vous! Quid de Gros Mytho défenseur farouche de l’expression libre? La télé, c’est pas pareil?

L’expression libre est écrite (ou dite à la radio, c’est pratiquement pareil) parce qu’elle permet d’exposer des arguments de manière civilisée (par opposition au poing sur la gueule) et loyale – permettant la réfutation point par point sur le même support, journal ou livre ou blog (par opposition à la télé).

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La télé est déloyale parce que

-c’est elle qui cause et personne ne peut répondre (il faut pour passer à la télé soit être membre de l’élite télévisuelle habituée des plateaux, soit l’abruti de service choisi par la télé pour délivrer un message d’un soir sans espoir d’y revenir). Gérant les questions et les réponses, elle crée un monde virtuel qui s’applique à tous.

-sous prétexte de «temps limité» la télé ne cesse de saucissonner / censurer ce que les gens ont a dire. Tout message qui ne tient pas en cinq secondes est anti-télégénique. Donc passe à la trappe. La pub est parfaitement télégénique, ça tombe bien, en plus c’est elle qui paie les salaires du monde de la télé. Elle a droit à 13 minutes par heure.

-au-delà de ce qui est dit, la télé crée un contexte qui exprime au besoin le contraire exact de ce qui est dit. Par exemple on verra un gars crier en étranger «Bande de salauds !» et le message télévisuel sera au choix (selon les besoins du moment): « cet homme est la victime d’une injustice scandaleuse » ou alors « cet homme est un dangereux fanatique qui menace la société » ou alors « cet homme est un alcoolique qui bat sa femme ». De toute façon il braille en patagon et a l’air vraiment méchant, alors allez savoir. Le message délivré par la personne qui parle à la télé est emballé et conditionné par le présentateur (et le monteur) qui donne le ton et impose sa vision du monde. Tout en se dédouanant hypocritement : n’a-t-il pas donné la parole à un témoin direct ?

-elle met (littéralement) les rieurs de son côté, avec ces affreux rires enregistrés et ces acclamations sur commande qui saupoudrent les plus insipides émissions et tournent en ridicule les rares interventions sensées qui arrivent à s’y glisser.

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Certes, il faut distinguer entre télé de gauche et télé de droite.

La télé de gauche, c’est la télé publique, celle du monopole étatique, celle qui véhicule la version officielle et entrelarde ses actualités d’émissions culturelles, de vulgarisation scientifique et de cours de langues. La télé de droite c’est celle du temps de cerveau disponible. « On donne aux gens ce qu’ils demandent », entendez des infos anxiogènes, de la télé-réalité, des histoires de people calibrées et prévisibles… et de la pub. Paradoxe : en France c’est un gouvernement de gauche qui a enterré la télé de gauche et ouvert la voie à la télé de droite. Et c’est un gouvernement de droite qui a relancé la pratique de la mainmise de l’Etat sur la propagande des infos.

A tout prendre, je déteste moins la première (mais elle a déjà perdu la partie) que la seconde (victoire à la Pyrrhus : elle sera bientôt phagocitée par la pub). La publicité télévisée, la publicité en général, est tout simplement scandaleuse. Loin d’être l’inoffensive poésie ou le charmant sophisme enjôleur que certains optimistes veulent y voir, elle est une insulte permanente à l’intelligence doublée d’une pollution toxique des esprits. Elle est la négation de toute tentative d’élever le niveau culturel, la perversion de toute culture. Elle transforme les sonates de Chopin en signal pavlovien pour acheter un dentifrice et dégrade les aphorismes de Mark Twain en slogans bêtifiants pour stimuler la vente de smartphones dernière génération.

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La Fontaine, décrivant les intrigues de cour, prédit Star-Ac :

« …Qu’ici-bas maint talent n’est que pure grimace,
Cabale, et certain art de se faire valoir,
Mieux su des ignorants que des gens de savoir… »

(La Fontaine, Le lion, le singe et les deux ânes)

Balzac, parlant de l’avenir du théatre, entrevoit la télé-réalité :

« Quand tout le monde aura de la gloire, comment pourra-t-on se distinguer ?  demanda Gazonal

- La gloire… ? Ce sera d’être un sot, lui répondit Bixiou ».

(Balzac, Les comédiens sans le savoir)

Nabilla répond

« Blazak me traite de conne ? Cé ki çui-là? Nan mais allô quoi ! On n’a pas été à la ferme des célébrités ensemble, a c’que je susse ? »

(Nabilla, Les Anges de la Téléréalité)

La télé : une auto-parodie. Un bêtisier érigé en grille de programmes. Une course aux sommets de la nullité ; chasse infatigable du record d’idiotie.

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La prolifération télévisuelle est double : ubiquité des écrans, multiplication des chaînes et des programmes.

La pandémie s’étend. On achète des écrans plats, on en met dans les cuisines et les chambres à coucher, les restaurants, les salles d’attente, les ascenseurs. Bientôt aux plafonds, sur les portables et dans les cagoinces.

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En France, on aime mieux la télé que le boulot : 3 h 47 min en moyenne PAR PERSONNE et PAR JOUR (Médiamétrie données 2011)! Pire que la grippe aviaire, que le réchauffement planétaire, que la crise monétaire ! Une véritable pandémie. Imaginez ces 83 milliards d’heures annuelles (j’arrondis – mais c’est plus que les heures travaillées) consacrées à quelque tâche utile, voire productive : 1,68 fois le PIB français en plus ! Lui qui peine à croître de 0.5% par an, il pourrait doubler d’un coup !

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Encore un petit effort : ces chiffres effarants ne représentent pas une limite indépassable ! « Aux USA (& demain en Chine, après-demain chez nous) 28 heures passées devant le téléviseur par semaine pour les enfants de 6 à 11 ans, et même 32 heures pour les 2 à 5 ans (soit une moyenne de 4 heures et 4 heures 30 respectivement). Ces chiffres, tels que relevés aux Etats Unis par Nielsen, représentent un record au cours des 8 dernières années d’après l’institut.

Sur 32 heures par semaine passées devant l’écran pour les plus petits, 25 vont d’après Nielsen à regarder la télévision classique, un peu plus de 5 à visionner des DVD ou des cassettes vidéo, et une heure et quart à jouer sur des consoles. Pour les plus âgés, les chiffres qui ressortent sont respectivement à 22 heures, un peu moins de 3 heures, et 2 heures et demi ». Dernière minute : les chiffres 2011 annoncent que la barrière psychologique des 5 heures quotidiennes est franchie ! Rien d’impossible donc pour ce média qui bientôt ne se gênera plus pour nous réveiller la nuit et nous accompagner jusque dans les chiottes et dans la voiture.

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Parasitage du temps de veille, pollution intellectuelle ne sont rien. Ajoutez à ce diagnostic le formatage étasunien des esprits, comme le souligne l’extrait suivant :

« La télé vicie l’identité nationale, chère à nos élites de droite. « Vos petits « rebeus » en mal d’intégration, « baby-terroristes en devenir », sont des purs produits du terroir média-politico-financier français. Ils se prennent pour des Blacks Panthers américains qui luttent contre l’esclavage. Ils dealent, ils volent, ils braquent, ils brûlent, ils agressent en jurant à tour de bras. Tout cela au nom de ce que l’on a fait à leurs parents. Leur icône : Tony Montana. Scarface. Superproduction américaine. Leur musique : 50 Cent, Eminem, Marvin Gaye… Leur resto préféré : le McDo. Tu parles de rebelles, de terroristes… ils sont labélisés depuis leur caleçon jusqu’à leur ceinturon. Ils sont américains.

Et c’est un peu normal quand on sait que la seule activité qu’on leur proposait, enfants, en dehors de l’école ou de la rue, c’était la télé. Leur communautarisme grandissant n’est que l’écho de la mosaïque éclatée qui sévit à Harlem, à Watts, dans le Bronx. D’ailleurs nous sommes tous américains. Nos élites intellectuelles et artistiques, quand elles ne vivent pas à New York, même lorsqu’elles se revendiquent labélisées « Terroir de France », oublient tout dès qu’un contrat, un studio, une interview leur sont proposées à l’Ouest. » (tribune Idées sur le Monde.fr, de Mounir Berkane)

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