Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

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« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

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Mistral : de Charybde en Scylla

Posté par grosmytho le 8 septembre 2015

Il faut reconnaître à François Hollande deux qualités majeures pour un homme d’Etat : il est persévérant (dans l’erreur) et perfectionniste (dans le fiasco). Grâce à ses soins attentifs, à sa vigilance de tous les instants, à son inventivité créative, à sa clairvoyance sur le long terme, l’affaire des Mistral rivalise désormais avec la campagne de Russie en termes de Berezina de proportions historiques.pédalo

Le Canard enchaîné a révélé les dessous de l’accord calamiteux passé avec les Russes ; le quotidien russe Izvestia se penche quant à lui sur l’avenir sombre des bâtiments que le Président veut croire « pratiquement vendus »…

D’après les données recueillies et compilées par l’hebdomadaire satirique paraissant le mercredi (déjà démenties par l’intéressé mais confirmées sur Sud Radio par le général Norlain), la facture d’1 milliard d’Euros est largement sous-estimée. Il faut compter les frais d’annulation du contrat, la perte du contrat d’entretient sur trente ans, l’annulation des autres contrats en vue pour d’autres systèmes d’armes avec la Russie… Au total, 2,3 milliards au bas mot. Les Russes rient sous cape : remboursés des sommes avancées, ils vont pouvoir construire eux-mêmes, dans leurs chantiers navals, les deux navires qui étaient prévus au titre du transfert de technologie… voire plus : suite à la dévaluation du rouble en raison des sanctions européennes, les 45 milliards de roubles qu’ils ont déboursés ont donné lieu à un remboursement de 60 milliards par la France. Plus l’adaptation des 52 hélicos russes et des quais de la base navale de Vladivostok, royalement remboursés dans la foulée par notre pays qui décidément déborde de liquidités excédentaires.

Mais la catastrophe financière ne s’arrête pas là. Il faudra, apprend-on, compter avec les frais d’entretien, d’assurance et de gardiennage des coques, en attendant leur revente, que des estimations très vagues en provenance de diverses sources situent dans une fourchette allant de 1 à 5 millions d’Euros par mois.

Notre génial stratège élyséen nous annonce que les bâtiments que l’on a refusé de livrer à ses propriétaires légitimes ont déjà trouvé preneur… Deux pays à la pratique démocratique absolument irréprochable auraient d’ores et déjà signifié leur accord pour reprendre les Mistral construits dont la marine française ne veut sous aucun prétexte : l’Egypte et l’Arabie saoudite.

Hélas, comme le souligne le quotidien russe (édition du 31 août) : il ne s’agit que d’une promesse intenable de plus. Premièrement, parce que si la France a effectivement recouvré son droit de propriété sur les coques désarmées, elle n’aura pas pour autant le droit de les fourguer à qui elle veut : la Russie dispose d’un droit de veto, (sans limite de durée, à en croire les Izvestia) dont elle pourra user, voire même abuser, à son gré pour se venger un peu des humiliations subies. Apparemment, le veto est mis pour l’Arabie saoudite mais l’option égyptienne bénéficierait d’un a priori favorable.

Deuxièmement, et c’est plus embêtant encore, le Mistral est un BPC (bâtiment de projection et de commandement) qui, comme son nom l’indique, est prévu pour commander un important groupe naval. Vedettes, destroyers, sous-marins d’attaque, sont censés entourer et défendre le navire-amiral, qui serait vulnérable et inutilisable sans eux… Des équipements que ne possèdent pas le Canada ou le Brésil, souvent cités comme candidats possibles au rachat. On voit mal l’Egypte investir dans ce genre de babioles complémentaires, même à prix cassés.

Il y a donc fort à parier que les deux Mistral vont rester en rade plusieurs mois, voire plusieurs années, avant qu’on ne finisse par leur appliquer la solution, déplorable sur les plans politique et environnemental, qui consiste à les couler ou à les démanteler.

Pas avant 2017, bien sûr, parce que ce serait là le dernier clou dans le cercueil politique de « Moi-Président »…

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Le vrai-faux scoop de John Oliver

Posté par grosmytho le 10 avril 2015

 

 

snowden interviewOn n’est pas toujours à la hauteur de sa réputation. On n’est pas tous les jours en forme. John Oliver, qui expose presque toujours avec talent des problèmes dont les gens devraient se préoccuper un peu plus, a raté son coup. Exprès.

 

A la vue du titre de la vidéo, je me réjouissais de son coup de maître, qui allait remettre un peu d’actualité (le public se lasse si vite des questions difficiles) sur les questions posées par Edward Snowden.

Il soulève quelques interrogations valides…: « existe-t-il un risque de divulguer des infos qui pourraient dans certaines circonstances compromettre la sécurité nationale ? » (exemple du slide ppt que des spécialistes ont pu « décaviarder » et sur lequel se trouvait une info relative à une opération illégale de la CIA au Yémen… mais bon, difficile de supposer qu’Al-Qaeda dispose de services secrets comparables à la NSA, qui collectent, analysent, déchiffrent, synthétisent, corrèlent, en temps réel, toute info qui dépasse…). Son erreur est d’en faire la question centrale de toute la problématique.

assange-zuckerbergOccultant entièrement la VRAIE question centrale : les services secrets sont-ils au-dessus de la loi, ou doivent-ils agir dans le cadre de la loi ?

Et la question subsidiaire, maintenant que nous savons qu’ils agissent effectivement à leur guise, stockent des infos qu’ils sont censés ne pas stocker, écoutent des chefs d’Etat étrangers, y compris alliés, hackent et croisent des infos hors de tout contrôle judiciaire : doit-on mettre en place un contre-pouvoir ou non ? Doivent-ils être encadrés ou non ?

 

monbeaunombriltraitriotL’un des points valides que soulève John est que le public s’en contrebat les valseuses. A un point rarement soupçonné. En dehors d’une poignée d’anarcho-gauchistes (sans doute déjà fichés, cartographiés et mis sur écoute 24/24), les vraies gens ont complètement adopté le principe de Panurge selon lequel « gouvernement totalitaire ou islamo-fascisme, j’ai choisi ». Pire : le public s’en fout, choisissez pour lui, franchement ces questions sont trop sérieuses et complexes pour l’intéresser. Un aspect bien compris par les autorités qui poussent leur avantage exactement aussi loin que le permettent la technologie et l’apathie de leurs ouailles.

Tout de suite après, John recentre la question et pose les limites du débat : Julian Assange est le diable incarné (puisque lui ne se préoccupait pas des conséquences de ses fuites), Snowden peut être éventuellement pardonné (puisqu’il fait très attention à cet aspect). Exit les agissements illégaux des autorités, la menace pour les libertés publiques, les services agissant hors de tout contrôle.

 

don't be google

John Oliver clarifie sa position : ridiculisant Snowden de son ton de censeur pas convaincu, l’interrompant à chaque phrase un peu longue avec des « non, non, non : là je crois entendre l’informaticien de service, je ne comprends rien, je ne veux rien comprendre », rappelant sans arrêt cet exemple (apparemment le seul) d’info « sensible » compromise… finissant avec sa ridicule histoire de photos de bites, il discrédite entièrement la démarche du sonneur d’alerte. Il transforme Edward en gamin turbulent qui a fait une bêtise mais peut être ramené dans le droit chemin.

whistleLe sonneur d’alerte, c’est celui qui, suivant le principe établi par les procès de Nuremberg, alerte le monde sur des agissements et des ordres illégaux venant de sa hiérarchie. Qui sort de l’argument invoqué à l’époque par les fonctionnaires nazis « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » et invalidé par le tribunal. Snowden n’a pas « obéi aux ordres » et a révélé au monde, preuves à l’appui, ce que tout le monde soupçonnait sans preuve. C’est un héros, point. John essaie de le faire passer pour un bouffon, comme l’avaient fait à chaud ses collègues Letterman et Steward (« Snowden avait un bon job, un bon salaire, des perspectives de carrière, et maintenant voyez-le, réfugié dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou : quel idiot ! »).

Blague subtilement reprise par John qui soulève un rideau pour nous montrer le bâtiment du KGB de l’autre côté de la place… d’allusions en humour noir, il donne à son interview un air de rencontre conspirative sur laquelle plane l’ombre du méchant Poutine. Oubliant que Snowden s’est justement réfugié en Russie pour échapper à la persécution qui s’abattrait sur lui dans son pays natal ! Qu’il bénéficie en Russie du statut de réfugié, donc libre de ses mouvements ! Qu’il ne peut pas rentrer sauf à se retrouver en prison à perpétuité ! S’il y a une ombre qui plane, ce serait plutôt celle du méchant Obama !Yes we scan

John Oliver : on ne peut pas toujours avoir raison, on ne peut pas toujours être drôle. Mais cette fois-ci, vous avez été inquiétant.

 

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Les amis vs la famille

Posté par grosmytho le 2 septembre 2014

« On choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille » – oui, enfin ça c’est le cas général : lorsqu’on se marie, lorsqu’on décide d’avoir des enfants, lorsqu’on divorce, on remodèle bien quand même sa famille suivant ses choix. A contrario, quand on est ami avec le parrain de la mafia, on n’a pas toujours le choix, il faut rester pote avec lui… ou aller nourrir les poissons.

Au niveau des Etats, c’est presque pareil. Je vous parlais récemment des choix déchirants à venir entre amis (d’outre-Atlantique) et famille (Russie) pour la France et l’UE. On y est.

Nos amis étasuniens qui n’ont pas d’intérêt économique en Russie (0,5% de leurs échanges) poussent l’Europe à plus de sanctions. Obéissante, l’UE obtempère. Mais à chaque tour de vis supplémentaire, cent articles se demandent plaintivement : « La Russie risque-t-elle de riposter ? Et si elle décrétait un embargo sur nos pommes, nos radis et nos choux ? Aïe, aïe, aïe ».mistral en travers

Nos amis russes, qui n’ont pas tellement la fibre de l’économie, sont moins naïfs que nous en termes de géopolitique. La presse chez eux s’étonne ouvertement de cette mitraille gros calibre que l’Europe semble décidée à s’envoyer dans le pied. Alors que leur pays, pressentant un coup de tabac, prend méthodiquement le rythme d’une économie de guerre froide. OK, certaines marchandises vont faire défaut, certains produits de luxe seront plus chers…   Faire ceinture ? Ils n’ont pas encore complètement perdu l’habitude.

Et ils ont aussi du répondant. Sans parler des mesures extrêmes, comme couper le gaz, il y a les petites mesures vexatoires. L’espace aérien russe nous sépare de nos marchés d’avenir, en Asie, pourrait se fermer. Les négociations laborieuses avec l’Iran ou la Syrie, ou la Corée du Nord, pourraient s’arrêter. Et puis la Russie, c’est quand même un gros débouché pour l’Europe (8,2% des échanges extérieurs de l’UE) et dans certains secteurs, comme l’agroalimentaire ou le tourisme, ça peut faire mal. Ou dans celui du spatial, où l’Euro-GPS vient de subir un sale revers à cause des Russes (l’ont-ils fait exprès ?).

Mais il y a pire.russia-wants-war-look-how-close-they-put-their-country-to-our-military-bases

Il y a les Mistral. Oubliez les indignations vertueuses de nos pucelles effarouchées « on ne peut pas livrer des armes à un pays en guerre ! ». Pipeau. D’abord, on le fait tout le temps. Deuxièmement, les armes (surtout les Mistral) sont en service pendant des décennies, qui peut garantir la paix sur une aussi longue période ?

Oubliez aussi les exposés pseudo-cartésiens de nos économistes diplômés : 3000 emplois, 1,6 milliard d’Euros, emplois induits, etc etc. Pipeau encore.

Le vrai problème, qu’a compris mais pas résolu Molasson 1er, c’est la crédibilité de la France en tant que partenaire géopolitique. Le Mistral, c’est le cas emblématique qu’observent tous les ministres de la défense de tous les pays, et qui va conditionner nos ventes d’armes pour les décennies à venir. Pas convaincus ? Je m’explique.

Lorsqu’on vend des systèmes d’armes complexes, on s’engage sur la durée : opter pour des Mistral ou pour des Rafale, c’est faire le pari que la France sera là pour les pièces détachées, pour les réparations et l’entretien, coûte que coûte, quelle que soit la situation (notamment en situation de crise). A chaque fois qu’un pays organise un appel d’offres pour des avions de chasse, au-delà du prix d’achat et du rapport coût-performance, ce qui importe c’est la viabilité du partenariat stratégique. Si le Brésil, l’Inde, d’autres encore, examinent nos Rafale, ce n’est pas pour leurs formes affutées ni pour leur prix tellement attractif. C’est parce qu’ils seront fournis par un pays, la France, qui n’est pas les USA, et qui sera moins susceptible que ces derniers d’utiliser le chantage (aux pièces détachées, voire pire) pour les contraindre à quelque nouvelle aventure militaire, à quelque deal économique foireux, ou que sais-je. affaires étrangères

Le cas des Rafale illustre bien la situation : si on n’arrive pas à en vendre un seul, c’est tout simplement parce que la France est perçue (par l’Inde, par le Brésil) comme un partenaire peu fiable, trop obéissant à Oncle Sam, trop susceptible de servir de courroie de transmission aux imprévisibles caprices de ce dernier.

Voyez ce que dit l’affaire Mistral sur notre offre en matériel militaire : un contrat signé par la France en 2011, avec acomptes payés rubis sur l’ongle, peut être remis en question sur un simple froncement de sourcils étasunien. Obama fait sa grosse voix, et voilà déjà qu’on pétoche et qu’on cherche des prétextes pour ne pas livrer à nos partenaires ce que l’on s’est engagé à leur fournir.

Quand on vend des armes, on vend bien sûr un produit, mais on vend aussi la politique étrangère qui va avec. C’est pour cela que la Russie a repris la seconde place sur ce marché, que la Chine progresse à grands pas, alors que la France voit ses positions traditionnelles s’effriter. (Attention, les estimations varient grandement d’une source à l’autre. Normal, pour des machins qui se négocient en secret. Mais bon, la tendance reste nette).

 

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Mon cher Vladimir,

Posté par grosmytho le 11 mai 2014

J’habitais à Moscou depuis déjà quelques années lorsque tu as pris le pouvoir en 2000. Je faisais partie de la petite minorité de gens qui étaient catastrophés par ta victoire. Et je reste convaincu que celle-ci était entachée de manœuvres particulièrement cyniques de la part des services secrets que tu dirigeais peu de temps avant. Des attentats utilisés comme prétexte à l’ « opération antiterroriste » en Tchétchénie etc.

Obama UkraineJ’étais à l’époque indigné par la rhétorique de guerre froide que tu déployais, par le serrage de boulons généralisé qui allait à rebours des progrès démocratiques de ton prédécesseur Eltsine. La presse démocratique n’avait pas de mots assez durs pour ton attitude de défi à l’Otan et aux « ONG de défense des droits de l’homme » que tu soupçonnais toujours de noirs desseins…

L’unité territoriale de la Fédération de Russie était ton obsession. Tu n’as pas hésité à organiser des massacres absolument épouvantables en Tchétchénie et ne cessais jamais d’indiquer, par des allusions transparentes, que le séparatisme de la « République d’Itchkérie » bénéficiait du soutien actif de mystérieuses puissances étrangères qui voulaient détruire la Russie. Ta paranoïa envers tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à une ingérence étrangère primait sur tout. Ni la loi, ni le jeu démocratique encore hésitant, ni les libertés individuelles ne pouvaient à tes yeux exister s’il existait le moindre risque qu’ils puissent servir à accroître l’influence étrangère dans le pays. D’où tes campagnes impitoyables contre NTV (la chaîne de télé privée de Gousinski), contre certains oligarques rebelles (Berezovski, Khodorkovski), la censure impitoyable qui s’est abattue sur la presse, les limogeages, les élections truquées ou du moins « arrangées ».

Poutine Ukraine1 Poutine Ukraine2

J’étais scandalisé et je m’indignais. Quel cynisme, quelle paranoïa ! Alors que l’Ouest se réjouissait sous Eltsine des avancées démocratiques, qu’il encourageait comme il pouvait (investissements, ONG, relations diplomatiques, intégration au G8, etc), toi Vladimir tu me semblais le dernier des ingrats !

UkrainePourtant mes amis qui t’admiraient cherchaient à m’ouvrir les yeux : les avancées de l’Otan dans les pays de l’ex-URSS, violant la promesse faite à Gorbatchev en échange de la dissolution du Pacte de Varsovie. La guerre en Yougoslavie (ou plutôt contre la Serbie), malgré les vétos et les mises en garde de la Russie.

C’est au moment de la guerre en Géorgie (en 2008, donc) que j’ai pour la première fois pris la mesure du cynisme occidental envers ton pays. L’Occident démocratique n’hésite pas à fomenter des coups d’Etat et des soulèvements « populaires » dans les pays où passent ses intérêts pétroliers ou autres. Ni à lancer des opérations terroristes et/ou militaires dans des pays souverains tout en accusant les dirigeants en place des pires crimes. En dépit des protestations de la Russie comme en Libye ou en Syrie.russiasputininukraine

C’est à partir de là que j’ai commencé à tout reconsidérer : les révolutions colorées en Ukraine n’étaient pas si idéalistes que ça finalement. Les Timoshenko et Iouchtchenko, à qui l’Ouest avait forgé une image de petits angelots démocratiques, montraient leur vrai visage : celui de dirigeants mafieux occupés à dépecer le pays et désormais à s’entre-déchirer. L’Otan « non agressif » s’apprêtait à installer des batteries de missiles en Pologne et en République tchèque. A intégrer l’Ukraine et la Géorgie. A resserrer, comme un boa constrictor, son étreinte pacifique autour de la Russie…

Poutine Ukraine4Cette dernière crise ukrainienne a fait tomber les masques. On accuse la Russie de « masser des troupes sur son propre territoire proche de l’Ukraine », tandis qu’agents de la CIA, secrétaires d’Etat, agitateurs béhachéliens et personnels militaires étasuniens s’y ébattent en toute quiétude ! Des « observateurs de l’OCDE » se révèlent en fait être des conseillers militaires ! Un putsch organisé et soutenu de l’étranger nous est vendu comme une avancée démocratique, alors que des referenda tenus localement sont quasiment considérés comme des crimes de guerre ! La machine de propagande occidentale, d’habitude si habile à habiller d’oripeaux humanitaires d’inqualifiables ingérences armées a cette fois connu des ratés. Elle est tombée sur un os et révèle ses peu avouables mécanismes !

Poutine Ukraine3

Le Monde titre « Entre apaisement et démonstration de force, à quoi joue Poutine ? ». Il joue à défendre l’intérêt de la Russie contre les agissements violents et illégaux de l’UE et des USA en Ukraine.

C’est toi qui avais raison, Vladimir. Pas sur les homos, pas sur le contrôle des médias. Mais sur la géopolitique. Le monde occidental est en guerre contre ton pays et ce dernier ne peut avoir de priorité plus haute que de sauvegarder coûte que coûte sa souveraineté et son indépendance.   

Une position d’ailleurs énoncée avec clarté, même si elle est un peu longuette (pour faire la place à tous les arguments, citations, références au droit international et comparaisons historiques), dans ton discours du 18 mars devant les deux chambres du Parlement russe. Le Monde et Marie Jégo (qui certainement dormait) n’y ont vu que « mise en scène du triomphe » et des « salves anti-occidentales », là où en fait il y avait a) un cours magistral de géopolitique qui met l’Occident devant ses contradictions ; b) un rappel des faits qui mentionne les agissements irresponsables et illégaux des puissances occidentales en Ukraine ; c) des assurances formulées sur l’avenir  de la Crimée et des relations avec l’Ukraine ; d) un appel aux Occidentaux à respecter le droit international, assorti il est vrai d’une mise en garde tout de même assez modérée.

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Obama, Hollande et les bastonours

Posté par grosmytho le 10 avril 2014

Hollande et Obama nous le promettent : cette fois, trop, c’est trop ! Poutine est allé trop loin, il va s’en mordre les doigts ! On va enfin découvrir cette fermeté chantée par les poètes épiques, si habilement dissimulée jusqu’ici par Molasson 1er et Barack-le-compromis-bipartisan.

Comme tous les grands mollassons, ils choisissent pour leur inattendu coming-out l’adversaire le plus redoutable, le plus féroce, le plus dur, le plus impitoyable. Poutine, vraiment ? Avouons qu’ils ne manquent pas d’air, nos apprentis-Matamore ! On aurait pu croire qu’ils allaient commencer par s’entraîner sur quelque roitelet africain, sur quelque dictateur chauve et édenté du proche-Orient, sur le dirigeant inexpérimenté d’un pays facilement contournable. Mais non ! Quelle n’est pas la surprise de leurs aficionados qui voient leurs deux picadors favoris descendre dans l’arène dans leur costume de lumière, pour attraper par les cornes le toro le plus retors, le plus féroce et le plus expérimenté. Ils jouent leur va-tout.Russie crimée

Désolé, malgré tout mon patriotisme occidental, je ne mise pas sur le duo de clowns contre la bête féroce.

Washington a mis en garde contre la violation du droit international que constitue le référendum en Crimée. « Le référendum sur l’avenir de la Crimée viole la Constitution ukrainienne et le droit international. Toute discussion sur l’avenir de l’Ukraine doit inclure le gouvernement légitime » du pays, a affirmé Barack Obama lors d’une brève intervention à la Maison Blanche. Légitime ? Un gouvernement composé dans l’urgence des coups de feu, un gouvernement qui fait plus de place aux vœux de la diplomatie étasunienne qu’à ceux des Ukrainiens ?

Crimée

Désolé, cher Barack : l’Ukraine ne possède pas aujourd’hui de gouvernement légitime. Dans ces conditions, chacun des peuples & territoires qui la composent doivent réfléchir, pacifiquement, aussi démocratiquement que possible, à leur avenir.

Les appels des Etats-Unis ont ceci de particulier qu’ils reviennent toujours à réajuster les principes du droit international aux intérêts des USA contre ceux de ses rivaux, en particulier de la Russie, de la Chine, de l’Iran, du Venezuela, des pays arabes : du reste du monde, quoi. Dans le cas de la Yougoslavie, l’urgence était de découper le pays en petites républiques indépendantes (91-00). Dans la crise géorgienne (2008), au contraire, il était capital de conserver le pays intact. Dans le cas du Soudan du Sud, il fallait partitionner (2010 ?). Cette fois en Ukraine, le mot d’ordre est à nouveau l’intégrité territoriale. Et à chaque fois, c’est au nom du droit international. Pourquoi ?

Le droit international comprend deux principes potentiellement contradictoires : il y a d’un côté le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et d’un autre l’inviolabilité de la souveraineté nationale. Le droit des gens, et le droit des Etats.

Lorsque ces deux principes cohabitent, tout va bien : le peuple x vit heureux dans les frontières du pays x et l’Etat se charge, dans le respect le plus absolu des droits de l’homme et du citoyen, de faire respecter la souveraineté et l’indépendance nationales.

Crimée 1945 2014Malheureusement, ce cas est relativement rare. Dès que cohabitent plusieurs peuples aux langues et aux cultures différentes, dès que des minorités veulent faire entendre une différence, ces deux principes entrent en conflit. Un conflit potentiellement violent.

Ces principes se contredisent dans de nombreux pays : minorités aspirant à l’autonomie, voire à la sécession ; mouvements révolutionnaires (terroristes/résistants) réprimés ou tolérés par les autorités en place ; minorités privées de territoire lorgnant vers un rattachement aux minorités du pays voisin. C’est indémerdable si les populations sont mélangées ; c’est explosif si elles sont concentrées dans différentes parties du territoire.

Le problème n’est pas le droit international (qui comprend les deux principes) mais son interprétation. Lequel des deux doit prendre l’ascendant sur l’autre ? Privilège de la domination médiatique : la réponse est toujours fournie par les USA, en fonction de leurs intérêts ; réponse reprise en chœur par leurs alliés occidentaux. C’est pour cela que l’on a eu la partition de la Yougoslavie, puis de la Serbie (alliés proches de la Russie), celle du Yémen, celle du Soudan, etc. Si au contraire c’est une partition qui arrange la Russie, on entonne le chant de « l’intégrité territoriale », comme avec le cas de la Crimée.

Ce serait drôle si ce n’était pas si tragique : les pays occidentaux doivent leur belle unité territoriale à mille ans de guerres et de génocides qui ont uniformisé les peuples et redessiné les frontières. D’autres pays plus récents n’ont pas cette « chance » : leurs frontières encore fraîches n’ont pas eu le temps de cicatriser. Elles traversent des territoires et des régions ethniquement semblables, ignorent des minorités locales, méprisent des réalités incontournables sur le terrain. Le processus qui nous paraît si inacceptable chez les autres se produisait chez nous voici à peine quelques décennies. Il s’agissait des fameuses « heures sombres » de notre histoire. Si sombres qu’on a parfois du mal à croire qu’elles ont réellement existé…

La Crimée devait bientôt être rebaptisée: avec les larmes et les trémolos qu’elle suscite, on va l’appeler désormais la Lacrymée.

 

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Crimée : tous à poil !

Posté par grosmytho le 18 mars 2014

C’est le printemps, il fait beau, et on a envie de chanter, avec JF Copé : tous à poil ! A poil l’Ukraine ! A poil l’UE ! A poil les USA ! A poil la presse !

crimea

 

L’aventure criméenne est un test en plusieurs dimensions.

Test avant tout pour l’Ukraine : son aptitude à évoluer vers la démocratie. Depuis son indépendance c’est le pays d’ex-URSS où l’expérience démocratique était la plus profonde mais aussi la plus chaotique. Contrairement aux pays baltes qui ont pris le pli assez facilement et sans grosses déconvenues, de l’intégration-éclair dans l’Otan à l’intégration dans l’UE, voire même pour l’Estonie et la Lettonie l’adoption de l’Euro. Contrairement aux « stans » (Kazakhstan, Kyrgizstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) qui ont tous opté pour des formes de dictature assez dure et généralement peu éclairée par les anciens chefs du PC régional reconvertis au capitalisme autocratique. Comme en Russie, en Arménie, en Géorgie, la démocratie se cherche en Ukraine. Il y a des germes et il y a des rechutes. Des élections généralement entachées de fraude et de coups de théâtre, des bagarres au parlement, les populismes toujours à fleur de peau. C’est un test d’aptitude de l’Ukraine à l’indépendance politique (envers la Russie, mais aussi l’Otan, l’UE), économique (gaz, aide internationale). Un test d’aptitude de l’Ukraine à cicatriser ses blessures territoriales et à reprendre une vie équilibrée après.

Un test pour la Russie. Oubliez ces histoires de minorités menacées : en Russie comme en Crimée, les deux minorités les plus importantes sont les Ukrainiens et les Tatars. Ces gens cohabitent depuis des siècles, en Russie, en Crimée, en Ukraine. La langue non plus n’est pas le problème : tous parlent russe (mais se réclament de cultures nationales différentes). Les questions sont autres. La Russie réussira-t-elle à intégrer rapidement la Crimée avec laquelle elle n’a pas de frontière terrestre ? Que se passera-t-il à Kharkov et à Donetsk ? Où passe réellement la frontière entre les peuples de Kiev et de Moscou ?

Sur ce test s’en greffent d’autres. La Crimée nous ramène à une véritable conférence de Yalta. La Russie vient à nouveau de gagner un coup de poker (après l’affaire géorgienne en 2008, après le sauvetage in extremis de la Syrie en 2013) : elle renaît donc en grande puissance capable de défendre ses intérêts contre la volonté d’une communauté mondiale soudée. L’Occident va-t-il prendre acte de ce changement et accepter la Russie comme acteur incontournable ? Ou va-t-il (comme c’est apparemment le cas aujourd’hui) la ranger dans la catégorie des Etats-parias contre lesquels on empile sanctions et menaces (Cuba, Corée du Nord, Iran, Syrie, Chine etc) ? Ces Etats que l’on n’ose pas attaquer militairement et contre lesquels on défoule une vertueuse et permanente indignation ?

L’Occident va devoir réévaluer la place de la Russie dans les affaires du monde, et cela peut conduire à une forme de découplage. Les USA vont sûrement refuser de prendre en compte les intérêts de la Russie en Europe de l’Est et continuer d’avancer leurs pions avec l’Otan : Kiev est la prochaine pièce à prendre sur cet échiquier. Mais l’Europe va retrouver ses choix déchirants d’autrefois entre amis (d’outre-Atlantique) et famille (Russie). Fin de la leçon d’anglais : on retrouve les réalités du gaz, des marchés en croissance, des opportunités de coopération technologique, militaire et même politique. L’Allemagne a la première compris cela – elle ne votera pas les sanctions.

La presse occidentale va elle aussi devoir évoluer ! Notre presse n’est libre que dans les limites qui vont de l’atlantisme modéré à extrême. Dans le cas de la Crimée, on l’a vue hésiter ; le challenge propagandistique était trop gros. Lisez les articles du Monde, et ensuite déroulez les commentaires : quand la ficelle est trop grosse, les contradictions trop évidentes, le public ne suit plus. Poutine n’est pas Hitler, les Criméens ne sont pas les Sudètes, un référendum n’est pas un crime contre l’humanité. Allons plus loin : les inquiétudes étasuniennes ne sont pas démocratiques mais géostratégiques ; le gouvernement putschiste de Kiev largement coopté par Washington n’est pas légitime ; la lumière doit être faite sur ces mystérieux snipers qui tiraient sur la foule et sur la police sur la place Maïdan.

Le cas criméen braque le projecteur sur les contradictions du monde occidental qui se voit toujours en chevalier blanc démocratique, parce que soudain les rôles sont renversés. C’est la Russie qui intervient et l’Occident qui se trouve face au fait accompli. Le droit des peuples à l’autodétermination fonctionnerait pour tous (l’Ecosse prépare un référendum en septembre), sauf lorsqu’ils choisissent la Russie ? L’intervention militaire dans des pays souverains serait toujours morale (Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Libye, Mali, Centrafrique, la liste est trop longue) et légitime, sauf quand c’est la Russie ?

Aujourd’hui la Russie, demain la Chine, après-demain le Brésil et l’Inde : le monde est redevenu multipolaire. La réunion du G8 de Sotchi ne sera pas annulée : elle va servir de nouveau Yalta.

 DERNIERE MINUTE: le dossier le plus détaillé à lire pour ceux qui veulent vraiment comprendre la situation ukrainienne est là avec texte, vidéos, infographies et tout.

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Gros Mytho sauve la Syrie et distribue les Nobel !

Posté par grosmytho le 13 octobre 2013

On n’y croyait plus ! Gros Mytho avait-il disparu de la circulation, mystérieusement enlevé par les sbires de la DGSE aux ordres de la NSA ? Avait-il succombé à un AVC du nourrisson, comme son médecin l’en avait prévenu au vu de son embonpoint (BMI 31 tout rond) et son addiction aux oursons multicolores en gélatine de porc ? Pire ! Cent fois pire ! C’est bien simple, vous n’allez pas me croire ! Enfin si l’explication ci-dessous n’a pas l’heur de vous plaire, contentez-vous d’une des deux précédentes. Et pourtant ce qui suit est la pure vérité vraie.

Gros Mytho sauve la Syrie et distribue les Nobel ! dans Propagande groooos-mytho-300x126

Figurez-vous que je reçois l’autre jour un coup de fil de M. Poutine, Vladimir, en personne. J’étais aussi surpris que vous, croyez-moi, mais il semblerait que ce soit son pote Assad, Bachar-el, qui lui ait recommandé de m’appeler. Il faut dire que depuis que j’ai sauvé la Syrie d’une intervention éléphant-dans-un-magasin-de-porcelainesque …

oursons-de-gelatine-300x199 drone dans Propagande

Ah oui, je m’aperçois que vous avez loupé quelques épisodes. Bref je résume ces dernières semaines d’absence en quelques lignes. Vous vous rappelez cet article estampillé GM qui préconisait d’essayer sur la Syrie la diplomatie du 4×4, eh bien figurez-vous qu’il n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde (la NSA étant réputée pour l’extrême finesse de ses oreilles) !

 

Recueillie, décryptée, traduite, résumée, ma bafouille avait fini par atterrir sur le bureau de John Kerry le 23 août (un peu plus de deux mois donc après sa publication). Et ledit John sembla trouver l’idée simple et géniale, puisqu’il s’empressa de concocter une note à l’attention de sa chef de cabinet pour en évaluer la faisabilité. Parallèlement, il en touchait un mot à son chef, M. Obama, pour  lui demander d’attendre les résultats de l’étude de faisabilité avant de déclencher l’opération « Flying Carpet Bombing » (bombardement de Damas aux sous-munitions et au phosphore) en riposte à la ligne rouge qui venait d’être franchie toutes sirènes hurlantes par on-ne-sait-pas-trop-qui-ni-quand. Bref, Barack promet à John de faire patienter le monde qui retient son souffle, et surtout le petit Français rondouillard qui, au lieu de traîner les pieds comme d’habitude à l’annonce d’une nouvelle aventure militaire, semble au contraire piaffer et trépigner d’impatience, voire même à menacer d’y aller seul.

Malheureusement, l’étude de faisabilité a donné des résultats plus que mitigés. Si GM et Chrysler se montraient enthousiastes et prêts à fournir des guimbardes de qualité en quantités industrielles, les militaires quant à eux faisaient la tronche et refusaient tout net (sous divers prétextes plus alambiqués les uns que les autres) de prêter les avions gros porteurs nécessaires à l’opération. A les en croire, la diplomatie du 4×4 n’annonçait rien de bon, on risquait de se voir aspiré dans une spirale incontrôlable de violence et de surenchère, la démocratie pouvait tarder à émerger du processus, bref on prenait, enfin, des risques inconsidérés à jouer comme ça les apprentis-sorciers dans une région aussi stratégique et instable. Alors que la diplomatie de la canonnière, convenons-en, est parfaitement rodée et maîtrisée, elle a fait ses preuves.

Bref, le 28 août, la décision a été prise de temporiser et de freiner les ardeurs de François-je-vais-punir-la-Syrie.

Pendant tout ce temps, les émissaires de John Kerry me bombardaient d’e-mails (heureusement pas avec des drones Predator) pour me demander des détails et des suggestions de présentation pour cette fameuse « diplomatie du 4×4 ». Je me fendais donc de petits modes d’emploi marketing format powerpoint quasiment quotidiens (je voudrais bien les mettre en ligne, mais bon, pour ma sécurité personnelle je préfère attendre l’avis de déclassification par le Pentagone, ce qui risque de prendre quelques années), ce qui explique mon manque de temps pour alimenter votre blog préféré.

ppt-4x41-300x208 marketing

 

 

Mais bon, depuis qu’Assad a obtenu le prix Nobel de la paix (enfin pas lui mais presque : ceux qui supervisent la destruction de l’arsenal chimique syrien), évidemment, toute l’administration Obama est fumasse et je crains que ma brillante idée des 4×4 parachutés sur Damas ne soit enterrée pour de bon. Vladimir, lui, m’appelait pour savoir si je pouvais lui obtenir le prochain Nobel de la paix. Je lui ai dit que non, à moins qu’il ne se décide à bombarder massivement la Syrie et l’Iran. Il m’a dit qu’il allait y réfléchir, mais je crois que là non plus il n’y a pas beaucoup d’espoir.

poutine-telephone Nobel

Enfin à quelque chose malheur est bon : je retrouve mon blog et on repart de plus belle. D’ailleurs comme je me relocalise à Pékin, attendez-vous à y trouver de succulentes news laquées.

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Des bombardements humanitaires, vite !

Posté par grosmytho le 20 juin 2013

C’est bizarre cette unanimité des éditoriaux pour bombarder la Syrie, ou du moins armer les rebelles ! BHL et Glucksmann, nos deux éditorialistes va-t-en guerre habituels, mis au chômage technique, boudent et se taisent.

C’est quand même paradoxal : les islamistes que nous combattons au Mali, il faut les soutenir en Syrie ? Ah oui – parce qu’Assad, aka le boucher de Damas, n’a pas été choisi par nous, alors que Monsieur Traoré, le Bienfaiteur du Mali, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat suivi de manigances internationales en Avril 2012, si.
Des bombardements humanitaires, vite ! dans Propagande hollande-et-traore-300x150
Double paradoxe : une fois de plus ce ne sont pas les politiciens qui doivent s’expliquer et tresser une rhétorique tortueuse, harcelés et poussés dans leurs derniers retranchements par la presse d’investigation. Non, c’est la presse qui leur sert d’avocat et de porte-parole ! C’est la presse qui relaie comme parole d’évangile leurs mensonges et soumet au crible du doute les quelques infos sensées qui filtrent çà et là. Rassurez-moi : ça ne peut pas être parce que la presse appartient dans notre pays aux groupes de l’armement, Lagardère, Dassault, Bouygues, Alstom ? Ni parce que les entreprises du CAC40, principaux annonceurs, préfèrent à tout prendre la guerre à l’encalminage ? Ni parce que la guerre est une promesse de gros titres par opposition à la paix ?

La guerre civile a fait 100 000 morts en Syrie. D’où vient ce chiffre, ressassé en boucle par tous les médias ? D’où vient, surtout, le fait qu’on a pour la Syrie des chiffres précis qui sont publiés jour après jour, alors qu’on n’a que des données controversées dans les pays où l’Occident promeut déjà, avec le succès qu’on sait, la démocratie ? Combien de morts dans la guerre civile en Irak ? Dans le bourbier afghan ? Dans la guerre civile en Libye ?

Poutine-le-cynique résume parfaitement la situation dans son discours au G8 : « En ce qui concerne la livraison d’armes au gouvernement Assad. Au sujet de la question de savoir qui a du sang sur les mains, et notamment le sang de civils et d’enfants, je pense que personne parmi vous ne va nier que les deux camps ont du sang sur les mains. [temps d’arrêt, cherchant les yeux de Cameron à côté de lui, qui reste coi en faisant semblant de ne pas entendre] Dans ces cas se pose toujours la question de savoir : A qui la faute ? Je ne pense pas que vous allez nier qu’on ne peut sûrement pas aider des gens qui non seulement tuent des gens, mais découpent le corps de leurs victimes pour manger leurs organes. Qui font cela en public et devant la caméra. Ce sont eux, les gens que vous voulez aider ? Ce sont eux, les gens que vous voulez armer ? Dans ce cas, ce n’est probablement pas des valeurs humanitaires que l’Europe met en avant depuis des siècles, qu’il est question ici. En tout cas nous, en Russie, nous ne pouvons pas imaginer une telle situation.

Maintenant, si on laisse de côté les émotions, et si on se concentre sur une approche purement pragmatique, je souhaite attirer votre attention sur le fait que la Russie livre des armes au gouvernement légal de la Syrie, en conformité absolue avec les normes du droit international. Nous ne faisons rien d’illégal, je veux le souligner. Rien-du-tout. Et j’appelle nos partenaires à faire de même. »
poutine Assad dans Propagande assad-300x166 censure

Cette dernière allusion a trait aux livraisons d’armes et au soutien occidental à la rébellion. Tout le monde sait que l’Occident livre déjà armes et conseillers aux insurgés par l’intermédiaire du Qatar. Mais personne ne souhaite trop s’étendre sur ce sujet puisqu’il s’agit d’actions clandestines et parfaitement illégales.

Poutine est cynique, cela n’est plus a démontrer. Mais dans le cas de la Syrie, il est aussi celui qui arrache les masques à ses collègues les super-cyniques occidentaux. Qui participent déjà depuis deux ans, sans avoir l’air d’y toucher, à la guerre civile syrienne. Qui fournissent armes, soutient matériel et informationnel, à tous les extrémistes qu’ils peuvent trouver. Et qui ont sur la conscience la moitié au moins des victimes du conflit, qui sans leur aide serait depuis longtemps terminé. Au profit du méchant Bachar, le boucher de Damas, certes.

Mais dites-moi: à qui profite le conflit actuel qui s’éternise, alors qu’Assad n’a pas l’air disposé à se laisser égorger sur un capot de 4×4 comme son ex-collègue ? Qui compose la bande organisée qui, contente de son hold-up sur le pétrole libyen, veut désormais en découdre en Syrie?

Si vous étiez préoccupé de démocratie, vous demanderiez aux Syriens, aux Irakiens et aux Afghans : « Que préférez-vous? La dictature du tyran connu de longue date, ou la sollicitude droit-de-l’hommiste des Occidentaux ? Les geôles de Saddam ou les bombardements humanitaires anglo-étasuniens ? La corruption de Karzaï ou les drones du Nobel de la Paix ? »

salopards démocratie  corrompus Libye

En termes de cynisme, on se demande qui, des dictateurs au couteau entre les dents ou des présidents démocratiquement élus la bouche en cul-de-poule, ont des leçons à prendre chez les autres.

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