Qui a dit « ça va mieux! » ?

Posté par grosmytho le 29 janvier 2018

Vous avez remarqué ? La France va mieux !

Hollande MatchCe n’est pas qu’on a moins de chômeurs, ni qu’on pollue moins… On n’est pas débarrassés du roundup et rien ne laisse supposer que nos politiciens sont soudainement devenus vertueux. Les Balkany courent toujours, Cahuzac aussi, Dassault, Woert, Fillon et consorts se sentent tirés d’affaire… Les supermarchés continuent la traite des paysans, et ces derniers continuent de nous empoisonner au régime de Bruxelles… Les terroristes sont toujours aussi motivés, grâce aux multiples frappes de drones que nos militaires distribuent dans nombre de pays lointains.

Objectivement, rien n’a changé depuis le quinquennat Hollande, ou alors pour s’agraver. Et pourtant, le déclinisme qui s’étalait dans tous les journaux a fait place à un curieux et rafraîchissant optimisme. Si avant, il n’était question que d’entreprises qui fermaient, aujourd’hui il y a partout des start-ups, des entrepreneurs dynamiques, des fermes modèles. A la télé, on nous montre des jeunes habités par un idéal, des vieux heureux de profiter de leur retraite… A l’époque Hollande, chaque jour, la première page de nos feuilles de chou arborait la dernière photobomb de Flamby, tantôt grimaçant un sourire niais, tantôt lisant son discours sous la pluie avec son air de chien puni. A l’ère Macron, on découvre les portraits flatteurs de « Jupiter ».

Un véritable culte de la personnalité

Hollande expressQue s’est-il passé ? Simple : Hollande était pote avec les journalistes, et ceux-ci ne se privaient pas de lui faire des niches. Macron, lui, est pote avec leurs actionnaires. Et ça change tout. Désormais c’est la Pravda contrôlée par le KGB.

Hollande faisait ses blagues et ses bons mots avec des journalistes qu’il avait à la bonne, il leur glissait des confidences en « off ». Ou pas. Leurs collègues moins favorisés, jaloux, se vengeaient. Et puis les plus favorisées, en fin de mandat, trahissaient. Que de gloses (méritées) sur l’inversion de la courbe ! Que de fiel déversé sur les amours présidentielles ! La sinistrose s’est installée presque dès le premier jour et jusqu’à la fin du mandat ça n’a été qu’actes manqués et catastrophes !

Hollande le point

Jupiter le point

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis mai 2017, changement de ton. Non seulement le président est « jupitérien », non seulement il est porté aux nues, mais « en même temps » c’est le pays qui se découvre soudain des atouts, des forces, des perspectives… La différence, c’est qu’au lieu de fricoter avec les journaleux, Macron s’entend avec leurs actionnaires. Et ça, franchement, pour avoir des bons articles, ça vaut mieux.

Cette hypothèse est facile à vérifier en se remémorant le quinquennat Sarkozy : lui aussi était pote avec les patrons de presse (ou alors il les menaçait, ce qui revient au même) et le début de quinquennat a été très similaire à celui de Macron : on lui gommait les bourrelets, on le présentait en « omniprésident » capable de prendre tous les problèmes à bras-le-corps… Ensuite, peu à peu, tout s’est dégradé. Monsieur Sarko avait pris la grosse tête, il s’était disputé avec la plupart de ses amis milliardaires, et ainsi commença sa descente aux enfers.

Macron Obs

 

Affaire à suivre : Jupiter partagera-t-il le sort de ses malheureux prédécesseurs ? Comme dirait son coach de la banque Rotschild : « Tout dépend de toi, Manu, tout dépend de toi… » 

« Tu nous boostes la loi travail, tu nous en remets une couche sur les retraites, tu sucres les APL et tu vires l’ISF… Tu privatises la Poste et la Sneufeu… fais-toi plaisir ! »

   C’est toi le patron, après tout non?

 

 

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L’éternelle question russe

Posté par grosmytho le 18 janvier 2018

La Russie s’apprête à élire pour la quatrième fois Vladimir Poutine. Homme providentiel pour une majorité de Russes, il est un dictateur pire que Pinochet pour l’Occident et une petite frange d’opposants russes. Le point de la situation et des forces en présence en quelques tableaux concoctés par notre correspondant sur place Youri Popoff.

MOSCOU – L’élection présidentielle qui se tiendra en Russie le 11 mars 2018 pose une fois de plus la question, jamais résolue en Russie, du renouvellement du pouvoir central. Si l’alternance a souvent été relativement paisible, comme lorsque Boris Eltsine démissionna à minuit le 1er janvier 2000, elle n’a jamais été simple ni exempte de risques. Déjà à l’époque féodale, peu de tsars mouraient dans leur lit. L’Union soviétique a eu ces secrétaires généraux qui restaient en fonction jusqu’à leur dernier souffle, puis des foires d’empoigne entre successeurs potentiels aussi difficile à dissimuler qu’à éviter. La Russie eltsinienne a tenté de briser cette fatalité en adoptant le modèle français de république présidentielle basée sur l’élection au suffrage universel du chef de l’exécutif.

A deux mois seulement du jour J, la campagne électorale se poursuit dans une relative indifférence. Les Russes savent à quoi s’en tenir : avant même l’annonce définitive de la liste des candidats autorisés à se présenter, on connaît déjà le résultat qui, d’une façon ou d’une autre, sortira des urnes le 11 mars prochain. « La démocratie, c’est quand le processus est déterminé à l’avance mais le résultat incertain. En Russie, le résultat est prédéterminé, c’est le processus pour y parvenir qui varie » dit-on ici.

mikhail gorbatchevCette année, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, on voit un « pluralisme neuf » s’opposer au « pluralisme ancien ». Depuis les années 1990, la politique russe est dominée par une poignée de patriarches qui s’opposent, certains disent pour la galerie, au clan Eltsine-Poutine. Il s’agit principalement de Vladimir Jirinovski (nationaliste), de Guennadi Ziouganov (communiste) et de Grigory Yavlinski (néolibéral). Depuis quelques années, et plus encore ces derniers mois, on voit une « jeune garde » entrer en scène pour défier ces reliques du passé, aux premiers rangs desquels Alexei Navalny et Ksenia Sobtchak. Si l’ancienne garde s’oppose dans un schéma proche de notre opposition droite-gauche, considérant comme entendus les principes de fonctionnement autoritaire de l’Etat russe, ces nouveaux venus veulent remettre en cause ce système lui-même. Alexei Navalny enfourche le cheval de bataille de la lutte contre la corruption et annonce son intention d’établir un Etat de droit, tandis que Ksenia Sobtchak milite pour une Russie moderne, démocratique, respectueuse des valeurs et des codes en vigueur en Europe.  guennadi ziouganov

La Constitution russe, calquée sur le modèle français de la Ve république, en reprend les principales dispositions : Parlement bicaméral, régime présidentiel, élection au suffrage universel des représentants régionaux (législatives) et du chef de l’exécutif (présidentielles). En Russie comme en France, le scrutin présidentiel se joue en deux tours, les deux candidats ayant obtenu les meilleurs scores au premier tour s’affrontant au second. Comme en France, le système des partis fait que différentes familles politiques se partagent les sièges au Parlement et proposent des candidats à la présidentielle. Ce qui distingue la Russie des démocraties « véritables », c’est que la séparation des pouvoirs reste très relative. La dépendance des branches judiciaire et législative vis-à-vis de l’exécutif donne au président russe des pouvoirs plus étendus encore que ceux, déjà excessifs, du président français. Cette concentration des pouvoirs rend très risquée l’élection au suffrage universel, un problème déjà identifié à l’époque par Tocqueville :

alexis de tocqueville« Il est clair que plus le pouvoir exécutif a de prérogatives, plus l’appât est grand; plus l’ambition des prétendants est excitée, plus aussi elle trouve d’appui dans une foule d’ambitions secondaires qui espèrent se partager la puissance après que leur candidat aura triomphé.

Les dangers du système d’élection croissent donc en proportion directe de l’influence exercée par le pouvoir exécutif sur les affaires de l’État.»[1]

Le choix fait par la Russie d’élire son président au suffrage universel illustre son côté « europhile » ; le fait de lui donner des pouvoirs de despote procède de son caractère « slavophile ». La Russie est éternellement tiraillée entre son admiration pour l’Europe et son besoin de suivre sa propre pente. D’où ce système politique hybride, ni entièrement démocratique, ni absolument monarchique, où l’on demande son avis au peuple tout en se méfiant de ses foucades. Le renouvellement ne peut s’y faire que par cooptation : Eltsine a nommé en Poutine son successeur, et Poutine, le jour venu, fera de même (il l’a fait en 2008 en nommant Dmitry Medvedev). Ce que l’on observe à l’approche d’une élection, ce n’est pas une campagne électorale à proprement parler, mais plutôt une sorte de prise de position, pour ou contre, de toutes les forces politiques. L’élection propose au peuple de valider et non de choisir. emmanuel todd

Ces périodes d’agitation politique sont perçues, en Russie et ailleurs, comme des périodes de vulnérabilité aux influences étrangères. En Russie, « vieille puissance européenne, la seule force indépendante du système globalisé qui a réussi à se maintenir »[2], le regain de tension avec l’Occident fait craindre le scénario d’une agitation démocratique pilotée de l’étranger sur le modèle des « révolutions de couleur » déjà observé en Géorgie en 2003, puis en Ukraine en 2004 (« révolution orange »), en 2005 avec le coup d’Etat « des tulipes » au Kirghizstan, puis à nouveau l’Ukraine en 2013-14 sur la place Maïdan. Voir la Russie sombrer dans un tel « chaos démocratique », c’est la hantise de Vladimir Poutine et de la « vieille garde » politique. C’est un tel soulèvement démocratique qu’espère ouvertement la « jeune garde ».

Une majorité de l’opinion préfère s’en remettre à un leader paternaliste, voire autoritaire, plutôt que de se risquer à nouveau dans un libéralisme politique qui renouerait avec la tragique expérience démocratique des années 90 accompagnée de la « thérapie de choc » économique. Il est difficile, pour un Occidental qui lisait quotidiennement des louanges sur Gorbatchev le démocrate, puis sur Eltsine le pragmatique, d’imaginer le niveau de ressentiment des Russes envers ces deux dirigeants auxquels ils doivent une des pages les plus sombres de leur histoire. Corruption, népotisme, hyperinflation, chômage, déclassement : l’effondrement économique, politique, social qui accompagna la démocratisation a laissé dans l’opinion une trace comparable à une guerre dont on commence seulement à se relever. Perçu depuis 1999 comme le « serreur de boulons », Vladimir Poutine, 65 ans, a donc beau jeu de se présenter comme la seule alternative au désordre.

clin d'oeilL’ancien chef du FSB (successeur du KGB), nommé Premier ministre en 1999, a fait de la « verticale du pouvoir » son credo. Depuis le premier jour de son règne, son obsession a été d’éliminer tout pouvoir qui ne découle pas en ligne directe de celui du président. Aucune autorité indépendante n’existe plus en Russie : ni la justice, qui est inféodée à l’exécutif dès que les affaires traitées prennent une nature politique, ni la branche législative, qui est sans cesse tenue par une très visible « laisse patriotique », ni même les partis politiques, qui doivent donner, pour être autorisés à fonctionner, toutes sortes de garanties exorbitantes, ni évidemment la télévision, considérée comme le 4e pouvoir. Les autorités se sont convaincues au fil des ans que ni la presse écrite, ni la radio, ni internet ne possèdent ce pouvoir d’influence sur l’opinion publique, c’est pourquoi ces trois types de médias y jouissent d’une liberté de ton similaire à celle qu’ils ont en Occident. Il serait intéressant de procéder à une analyse plus fine de l’attitude des autorités confrontées à l’apparition de blogueurs de plus en plus influents, de leaders d’opinion sur Twitter ou Facebook, et de « chaînes Youtube » suivies par des millions d’internautes. Certains politiciens s’en inquiètent et appellent à un contrôle plus strict des nouveaux médias. Tout cela fait du président, libre de conduire sa politique et maître de l’interprétation qui en est donnée au public, un être exceptionnel auquel personne ne peut réellement se comparer.

C’est bien ainsi que le député indépendant Vladimir Ryzhkov analyse la stratégie électorale probable du chef de l’Etat qui sera candidat pour la quatrième fois à sa propre succession. « Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir sous la casquette de chef militaire inflexible, seul capable de mater l’insurrection tchétchène. En 2004, il incarnait l’ordre républicain et le retour d’une forme de fierté nationale. Passant la main à Dmitri Medvedev, c’est pourtant lui et non le président, qui a géré la crise en Géorgie en 2008. En 2012, il a repris les rênes avec pour objectif de restaurer l’influence internationale de la Russie. Cette année, c’est évident, il va se poser en ‘bon père de famille’ et transformer l’élection en plébiscite. » Dès lors, il est peu probable que des trublions, jeunes ou vieux, parviennent à perturber ce message de conservation des acquis qui sera le thème principal de la consultation : les premiers sondages du Centre Levada le créditent de 53% des intentions de vote, contre 3 à 4% pour ses concurrents les plus sérieux. Ce sera « lui ou le chaos. »  le résistant

« Le chaos, c’est lui » affirme en substance son principal opposant, Alexei Navalny, 41 ans. Ancien bureaucrate devenu entrepreneur, puis juriste blogueur, il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, et son message porté par une carrure athlétique et une voix posée résonne dans une grande partie de l’opinion. Pour mémoire, il avait pu participer aux élections municipales à Moscou en 2013 et obtenu un score plus qu’honorable de 27% des voix. Il est aujourd’hui avec Vladimir Jirinovski l’un des rares politiciens en situation d’organiser des meetings à grande échelle dans toutes les principales villes du pays. Il ne s’en prive pas, malgré les menaces de mort qui lui sont régulièrement adressées. Que ce soit devant les foules de ses admirateurs ou sur son émission hebdomadaire diffusée à 20h18 sur Youtube, il ne mâche pas ses mots. Il martèle son message lors de chacune de ses interventions : « Poutine est le principal pourri », « ce qu’il faut combattre c’est le système Poutine », réfutant l’image traditionnelle du « bon tsar » impuissant à discipliner ses subordonnés.

Pourra-t-il être candidat ? C’est pratiquement exclu, la Commission électorale centrale l’a déjà annoncé de façon informelle. Condamné au pénal, il est frappé d’inéligibilité. C’est là le « paradoxe Navalny » : le pourfendeur de la corruption est lui-même sous le coup de plusieurs poursuites ayant trait à ses activités politico-économiques dans les régions de Kirov et de Yaroslavl. Bien entendu, dans un pays où l’indépendance de la justice est pour le moins relative, il bénéficie d’une immunité quasi-totale dans l’opinion publique, et les autorités judiciaires sont vues comme a priori au service du Kremlin. Certains affirment pourtant qu’il n’a endossé son pourpoint d’opposant politique que pour échapper aux poursuites dont il fait l’objet sur plusieurs dossiers d’enrichissement personnel dont le plus ancien remonte à 2009. D’autres pointent sa participation au programme américain de « Yale world fellow » pour suggérer son affiliation au « parti de l’étranger ».

« Opération mains propres » à l’intérieur, « opération réconciliation » à l’extérieur : sa plateforme électorale remet en cause les grandes orientations géopolitiques de l’époque Poutine. Alexei Navalny préconise une révision douloureuse des budgets militaires, un désengagement sur les théâtres extérieurs et une renégociation du statut de la Crimée. Sur le plan économique en revanche, son approche correspond à celle qui a été suivie jusque-là : non-remise en cause des privatisations de 1991-1996, poursuite de l’intégration à l’économie globalisée par le truchement de l’OMC et des accords multilatéraux.

A l’opposé du spectre politique se trouve Guennadi Ziouganov, 73 ans, doyen et indéboulonnable secrétaire du parti communiste, vétéran électoral. Depuis vingt-cinq ans il préside à l’« européisation » de l’ancien parti unique qui a vu son potentiel électoral chuter de plus de 30% à environ 17% des voix aux dernières consultations électorales. Suffisamment autoritaire pour résister à ses opposants en interne, il se réserve depuis 2000 la place de candidat à chaque élection présidentielle. Fort de son image de représentant des travailleurs, de ses mains rugueuses et de sa voix caverneuse, exercé à débiter sur un registre funèbre mais convaincant les doléances du prolétariat, il est tragiquement dépourvu de charisme et incarne bien, par son débit laborieux et la lenteur de ses réparties, le passéisme dont l’accusent ses contradicteurs. Les premiers sondages d’opinion ne lui promettent pour l’instant que 3 à 4% des voix.

On peut en dire presque autant du chef du parti néo-conservateur Yabloko (la pomme), Grigori Yavlinski. Lui aussi vétéran de la politique et chef de parti inamovible depuis le début des années 1990, lui aussi martelant inlassablement les mêmes formules, il n’a cependant pas été candidat en 2008 et en 2012 faute de produire un nombre suffisant de signatures validées par la Commission électorale centrale. « Jeune réformateur » à l’époque Eltsine, il avait frappé les esprits par son « programme des 500 jours », une thérapie de choc inspirée de l’école américaine des Chicago Boys, similaire à celle qui fut mise en œuvre par son rival néo-conservateur Egor Gaïdar et qui avait provoqué faillites, licenciements de masse et hyperinflation. Comme tous les grands idéologues, il voit dans l’échec de sa méthode la preuve de sa justesse. Il propose donc logiquement de la répéter avec plus de rigueur et en augmentant les doses. Il est pour l’instant crédité d’un score inférieur à 1% des voix.

le clown fatigué devenu sageVladimir Jirinovski, 71 ans, troisième mousquetaire de la politique russe, bat tous les records de persévérance puisqu’il s’apprête à participer à sa 6e élection présidentielle. Après avoir obtenu un peu moins de 10% des voix en 2008 et en 2012, il est aujourd’hui crédité d’environ 4% des intentions de vote. Figure qualifiée d’ultra-nationaliste par la presse étrangère, considéré comme un épouvantail à l’époque Eltsine, il s’efface désormais derrière Vladimir Poutine qui a endossé dans les médias occidentaux le rôle du méchant. S’il est peut-être l’un des meilleurs analystes de la situation politique, il est sans conteste le plus redoutable orateur. Habile à mettre les rieurs de son côté par une tirade imprévisible lorsqu’il est désarçonné, il n’a que rarement recours à cet artifice tant c’est lui qui généralement domine les débats de sa voix curieusement criarde, parfois éraillée, grâce à des formules qui font mouche : « Des mécontents, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Citez-moi un pays, une époque où le peuple dit: ‘c’est bon, tout va bien, nous sommes contents, nous avons ce que nous voulons’ ». Il résume assez bien l’opinion générale lorsqu’il dit: « La démocratie n’est pas faite pour nous. La démocratie c’est la rue, la rue c’est l’émeute, l’émeute, c’est le sang et la tragédie. Assez de révolutions ! Assez de tragédies ! Il nous faut un tsar, un patriarche, un chef dont l’autorité morale apaise la politique. »

Mais la vedette de ces élections nouvelle formule est sans conteste Ksenia Sobtchak. A 36 ans, la candidate à la candidature est la cadette et la nouvelle venue, et c’est elle qui fait le buzz. Elle apporte de l’animation à une campagne qui menaçait d’être terne. Si elle peut à première vue passer pour la « Paris Hilton russe », force est de constater qu’elle est bien plus que cela. L’ancienne journaliste politique issue de la téléréalité est la personnalité la plus controversée du spectre politique : en témoignent les premiers sondages du Centre Levada qui la créditent de 1% seulement des intentions de vote, même si « 9% des personnes interrogées n’excluent pas de la soutenir ». Un potentiel intéressant pour la fashionista représentative de la jeunesse dorée du pays qui se pose en héritière morale de son père Anatoly Sobtchak, ancien maire de Saint Pétersbourg, mentor de Vladimir Poutine et père de la Constitution russe. Si son programme reste assez peu détaillé, elle tranche d’ores et déjà avec le reste de l’establishment par ses positions résolument pro-occidentales et pro-démocratiques.  la candidate

C’est ce dernier aspect qui rend ces élections intéressantes: certains analystes les déclarent déjà « historiques ». Même si le débat politique russe a toujours été virulent entre les partisans de plus de libéralisme ou d’un retour au collectivisme, ceux d’une détente avec l’Occident et ceux qui prônaient une politique étrangère plus sourcilleuse, la question n’a jamais été soulevée d’un renoncement au statut de grande puissance au profit d’une intégration à l’Occident. Rendre la Crimée et se ranger aux exigences de la communauté internationale, notamment en matière de standards démocratiques et de droits humains, c’est en gros ce qui filtre pour l’instant du programme de Mme Sobtchak. Riche et célèbre, la « révolutionnaire en vison » est cependant très impopulaire jusque dans les rangs réformateurs où on lui reproche son mode de vie de jet-setteuse et ses déclarations volontiers méprisantes envers les « pouilleux » qu’elle n’aime pas retrouver sur son chemin lors de ses escapades dédiées au shopping, à Londres ou à Monaco. Sa prise de position au sujet de la Crimée a touché un nerf sensible dans l’opinion qui voit majoritairement dans « le retour de la Crimée dans le giron de la Patrie » une première réaffirmation, aussi rare que précieuse, de la capacité de la Russie à défendre ses intérêts vitaux.

sergei udaltsovSergei Udaltsov, un opposant à Poutine proche du PC, la décrit comme un « cheval de Troie du Kremlin ». Il n’est pas le seul à voir dans sa candidature ce que l’on appelle en Russie une « technologie sale », c’est à dire un artifice mis en place par le pouvoir pour manipuler l’opinion. Si c’est le cas, on pourra dire que le Kremlin aura fait d’une pierre deux coups : discréditer l’ensemble du mouvement anti-Poutine par la présence, aux côtés des opposants sincères et idéalistes, pro-démocratie, d’une candidate au profil et aux prises de position clivantes. Deuxièmement, elle pourrait contribuer à attirer vers les urnes les classes moyennes-supérieures, fortement dépolitisées, de l’électorat et ainsi accroître la participation, donc la légitimité du scrutin. D’autres analystes au contraire voient en l’émergence de Ksenia Sobtchak un signe de l’efficacité des sanctions internationales qui frappent surtout cette partie privilégiée de la population. « Les classes moyennes-supérieures sont frappées de plein fouet par les sanctions qui rendent plus difficiles l’obtention de visas et menacent leurs avoirs à l’étranger. Mme Sobtchak, qui propose de renoncer aux attributs de grande puissance de la Russie en échange d’une intégration au camp occidental, leur parle un langage qu’ils comprennent, même si le personnage en lui-même leur est antipathique. » Ivan Vichnievsky, journaliste politique, considère qu’elle « est la seule représentante des valeurs de l’Occident. Elle bénéficie à la fois de soutiens à l’étranger et de sympathies au cœur de l’appareil, et pourrait représenter, si une situation de type Maïdan devait se développer, une figure acceptable par les deux parties ».

Cela dit, l’option d’une réconciliation avec l’Occident est problématique pour une majorité de l’opinion.

Pour une raison historique : peu de gens croient que l’Occident soit prêt à renoncer à sa russophobie traditionnelle, quels que soient les efforts de la Russie pour se transformer. L’époque Eltsine est encore présente dans les esprits, où la main tendue russe n’a rencontré à l’Ouest que méfiance, voire mépris. L’Otan a profité de la dissolution du Pacte de Varsovie pour avancer ses pions en Europe de l’Est, les multinationales ont profité de l’effondrement économique pour racheter tout ce qui pouvait l’être et tenté de prendre le contrôle d’actifs stratégiques dans le pétrole, le gaz, la défense… A chaque fois que la Russie faisait mine de défendre telle ou telle parcelle de souveraineté, tel ou tel intérêt vital, une rhétorique de guerre froide réapparaissait  immédiatement dans les médias occidentaux pour dénoncer le « retour de l’ours russe » et brandir des menaces de sanctions économiques.

Pour une raison pratique : on voit mal ce que l’Occident aurait à offrir à la Russie en échange de son renoncement au statut de grande puissance. L’Otan ne reviendra pas sur ses avancées ni n’intègrera la Russie, l’UE n’offrira pas de coopération ou investissements sérieux à un pays seulement associé, encore moins ne voudra-t-elle s’encombrer d’un nouveau membre de cette importance. Les États-Unis en profiteront probablement pour prendre pied partout où la Russie laissera le champ libre, que ce soit en Syrie, en Ukraine, au Venezuela ou ailleurs. Le seul résultat tangible serait donc la levée des sanctions économiques, lesquelles ne présentent pas que des inconvénients à l’heure actuelle (redéploiement de l’économie, mobilisation nationaliste de l’opinion), ce qui ferait surtout l’affaire de l’Europe (en recouvrant son accès à son plus important marché d’export agricole).

C’est pourquoi il n’est pas absurde, du point de vue russe, de qualifier la candidature de Ksenia Sobtchak comme le « parti de l’étranger », et c’est là l’avis d’une majorité des analystes politiques. Elle-même ne fait rien pour le réfuter, puisqu’elle a choisi comme directeur de campagne Igor Malachenko, proche du clan Clinton et ancien conseiller de Boris Eltsine (artisan de sa réélection quasi-miraculeuse en 1996), en remplacement d’Alexei Sitnikov, lui aussi très lié aux milieux politiques américains.

Cette élection nous interpelle en tant qu’Européens nés et grandis dans l’idéal démocratique. Les Russes restent des Européens à part : même s’ils partagent avec l’Europe un grand nombre de valeurs et traditions, peu nombreux pourtant sont ceux qui voient dans la démocratie une panacée ou un objectif en soi. La raison en est la descente aux enfers qui a suivi la transition démocratique en 1991, et dont les effets se font encore sentir vingt cinq ans plus tard. Les estimations varient, mais l’ensemble de la classe politique s’accorde à considérer cette période comme un « génocide économique » qui aurait coûté au pays entre 20 et 30 millions de citoyens, suite aux effets cumulés de la surmortalité (libéralisation de la médecine, crise sanitaire, crise économique), du krach démographique et de l’émigration massive.  caricature3

Même si le « ras-le-bol-de-Poutine » existe en Russie, il a été balayé par une vague de patriotisme suite à l’annexion de la Crimée (ici, on dit « le retour de la Crimée dans la patrie »). Ce premier point marqué après une longue série de vexations infligées par l’Occident est venu juste à temps pour légitimer la ligne souverainiste qui a toujours été celle de Poutine. Les sanctions, les Russes sont largement d’avis de les supporter, et nombreuses sont les voix qui affirment que, sous ce prétexte ou un autre, l’Occident les aurait de toute façon mises en place. Depuis 2014, l’opposition à Poutine a du plomb dans l’aile, et la relative unité qu’on observait sur la place Bolotnaya en 2011 s’est dissoute. Les anciens, Kassianov, Kasparov, Koudrine, ont renoncé, jugeant que le jeu n’en valait plus la chandelle. Les jeunes, Navalny, Sobtchak, Udaltsov, se disputent tant sur le programme de l’opposition que sur la stratégie à adopter. Exilé à Londres, le milliardaire Mikhail Khodorkovski observe et soutient l’opposition à Poutine tout en remarquant : « Qu’Alexei Navalny soit ou non autorisé à participer, cette élection n’en sera pas une. Il faut refuser de participer à une farce électorale qui ne fera que légitimer le pouvoir en place. »

emil cioran« Par rapport à l’Occident, tout en Russie se hausse d’un degré » écrivait Cioran[3]. C’est vrai de ces élections aussi : farce pour les uns, étape historique pour les autres, l’hystérie sur les plateaux télé contraste avec la placidité de l’homme de la rue. La Russie est un miroir grossissant où l’Europe peut voir ses propres travers, exagérés. Jusqu’en 1991, elle a pu y admirer les défauts du socialisme privé de contre-pouvoirs, puis de 1991 à 2000 les affres de l’ultra-libéralisme dérégulé… Depuis 2000, la Russie nous joue une parodie qu’on pourrait appeler « la démocratie en état d’urgence ». Comme on aime dire ici, l’homme intelligent apprend de ses erreurs, l’homme sage apprend des erreurs des autres…


[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835

[2] Emmanuel Todd, Ou en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine. Seuil, 2017

[3] Cioran, Histoire et utopie (1960)

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L’arnaque du revenu universel

Posté par grosmytho le 4 février 2017

De même que l’homme fut longtemps en lutte contre la nature avant de finalement se mettre à la protéger, on continue de considérer le travail comme un fléau à éradiquer, avant de s’apercevoir (peut-être, un jour, bientôt ?) qu’il s’agit d’un bien à entretenir. « Moi président » tire sa révérence, les travailleurs fêtent dix ans de régime Dukon à base de couleuvres, et voilà relancée la parade des charlatans experts et des recettes miracles. Qui a raison ? La droite ou la gauche ?  placard

Ah, qu’il me débecte ce discours de gauche inspiré de la Genèse « pour ta punition tu devras travailler et gagner ta croûte à la sueur de ton front ! » 35 heures, lutte contre le travail de nuit, lutte contre le travail le dimanche, lutte contre tout ce qui peut arranger ces salauds de patrons ! Pour ces Jean Jaurès d’opérette, c’est toujours la lutte des classes. Moins de boulot pour le même blé, ça ne sort pas de là…

Ah, que je déteste ce discours de droite qui fait du salarié une bête de somme feignante et simulatrice, trop chère, poule de luxe, toujours susceptible de grève, d’absentéisme, de sabotage et qu’il faut à tout prix remplacer par des machines ou des esclaves du bout du monde. Moins de blé pour le même boulot, voilà leur panacée…

diminution-temps-travailA la jonction des deux, on a Hamon et son revenu universel. Hamon est un personnage historique : l’inventeur de l’ultime trahison des travailleurs par la gauche. Son revenu universel leur donne le coup de grâce : il les transforme en purs consommateurs, en fait des tributaires à de l’aumône publique, ôte leurs derniers arguments à ceux qui luttent pour l’emploi, donne raison à 100% à ceux qui dénoncent les feignants assistés qui « ne veulent pas bosser sinon ils en trouveraient, du boulot ». Sur le front de l’emploi, après tous ceux qui pendant quarante ans ont fait semblant de chercher des solutions, il est celui qui dit « laissons tomber ! »

De ce point de vue, on a raison de dire que la gauche et la droite, c’est kif-kif. Leur erreur est la même : faire du travail l’ennemi. Trop cher pour les uns, trop dur pour les autres, elles se relaient efficacement pour le laminer. Pas étonnant que le chômage augmente, avec l’alternance gauche-droite qui souffle le chaud et le froid ! Unies dans le culte du PIB qui affirme que la croissance seule créera l’emploi. La consommation est au taquet, les gens bardés d’iPhones et de tablettes s’endettent pour acheter leur troisième bagnole. De quelle croissance parle-t-on ? Jusqu’où peut-on accroître la consommation ? Le salarié occidental, déjà surmené au travail, est en plus un marathonien du loisir et un forcené des soldes. Doit-il se doper à la cocaïne-red bull pour faire encore mieux et plus ?

A quand un gouvernement d’extrême-clairvoyance qui lira Piketty et acceptera l’évidence ? La croissance à 3 ou 4 ou 5%, la croissance boostée par la consommation, c’est fini. Apprenons à vivre avec une croissance zéro. Et surtout, qui dépoussiérera ces études déjà plus toutes jeunes sur la sociologie du travail ? Qui redécouvrira que le travail est le meilleur lien social ? Que le lien social est indispensable aux citoyens ? Que ceux-ci, s’ils en sont privés, s’étiolent et végètent ? Deviennent dépressifs ? Agressifs ? Que le travail bien dosé, ni trop ni trop peu, assorti d’un stress modéré et de gratifications équitables, est un facteur de développement personnel, d’estime de soi et d’équilibre psychologique ?  valeur-travail

Trop nombreux sont ceux qui pointent la délocalisation vers les pays à bas salaires et l’automatisation comme des fléaux et des signes avant-coureurs de la fin du monde…

La délocalisation n’est pas, pour nos pays, la catastrophe que l’on nous décrit. Et d’une, elle débarrasse nos salariés de toute une foule de travaux dangereux, salissants, aliénants qu’ils ne peuvent ni ne veulent effectuer. Et de deux, elle a permis de réduire le prix de bien des babioles que peu de gens pourraient se payer si elles étaient fabriquées en France. Et de trois, 80% du prix de détail d’une babiole faite en Chine tombe en moyenne dans des poches françaises, qu’il s’agisse de la grande distribution, de l’Etat (impôts & taxes), des transporteurs, des concepteurs, des publicitaires, des commerciaux, etc. La question est de mieux répartir cette manne qui a tendance à tomber majoritairement dans quelques poches, toujours les mêmes.

L’automatisation et la mécanisation ne sont pas non plus le diable incarné. Il faut les considérer avec lucidité : dans certains cas ils sont néfastes à la santé, destructeurs d’emplois, anxiogènes. C’est par exemple le travail à la chaîne, les bornes automatiques, les horribles centres d’appels. Mais dans d’autres cas ils sont au contraire libérateurs, protecteurs, ergonomiques. Citons les grues et nacelles qui évitent aux maçons de se casser le dos à coltiner des briques ou l’informatisation qui permet de conserver et de brasser efficacement des données. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, automatisons intelligemment.

Mais surtout, révisons notre jugement sur le travail. Que l’on soit de gauche ou de droite, il faut évoluer. Le revenu universel ? Ridicule et néfaste : c’est gaspiller notre ressource la plus précieuse, l’énergie et la créativité des gens, pour en faire de purs consommateurs. C’est, par un procédé nouveau, détruire des emplois chez nous pour en créer en Chine.

Une croyance s’est implantée qui dit que seules les entreprises sont créatrices d’emploi. Ce mensonge a coûté assez cher, il faut le faire cesser. L’Etat doit retrouver son rôle d’acteur économique et social. Son job est aussi de créer des emplois. Pas forcément rentables à 100% mais utiles. Utiles à la société, à l’écologie, au lien social, à la culture, au bien-être, à l’agriculture à l’ancienne, à la sécurité routière, à la réinsertion, à la prévention de la délinquance, que sais-je. Cela coûtera toujours moins cher de payer des gens à faire quelque chose d’utile qu’à s’ennuyer. 

Le chômage qui s’étend et se généralise dans certaines catégories de la population engendre la désœuvrance, une maladie mentale qui fait faire les pires conneries à des personnes qui voudraient trouver un sens à leur vie et dépenser cette énergie qui bout dans leurs veines. Tout aussi redoutable est le surmenage et la dépression qui frappent ceux qui « ont la chance de travailler ». Sous prétexte de concurrence sur le marché du travail, on leur impose des conditions de travail inhumaines, des cadences folles, des objectifs inatteignables. Résultat : burning-out, affections liées au boulot, voire suicides chez ces « privilégiés ».

Le travail c’est la santé, apprenons à le cultiver ! La croissance est une drogue, apprenons à nous en passer !

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L’encerclement (des cons par les salauds et réciproquement)

Posté par grosmytho le 11 janvier 2016

J’ai regardé sur les conseils d’un pote le documentaire sur les méfaits du capitalisme qui date déjà un peu, puisqu’il est sorti en 2008, appelé l’Encerclement, du Canadien Richard Brouillette.50 years of capitalism

C’est drôle ce documentaire ; comme il donne la parole aux uns et aux autres, on s’aperçoit d’une chose rarement vue (puisqu’on écoute normalement un camp et qu’on déteste l’autre comme la peste). Libertariens et altermondialistes ont peur de la même chose, qu’ils voient arriver de deux côtés opposés.

Leur hantise : qu’on leur prenne leur bien. Mais ils soupçonnent deux entités différentes.

la-crise-financiere-expliquee-aux-nulsLes premiers, les libertariens, ont peur d’un Etat totalitaire, confiscatoire, qui leur « vole », pour le redistribuer à d’autres, aux parasites, le produit de leurs efforts. Les altermondialistes partagent la même peur, en sens inverse : celle des corporations, des monopoles, des monstres mutants du CAC40 qui leur vendent sous forme privatisée, à des prix astronomiques, les services qui étaient autrefois assurés gratuitement ou presque, éducation, santé, etc. Ou qui du moins étaient largement encadrés, modérés par l’Etat, garantis aux plus démunis. Or avec la privatisation de la sncf, de l’électricité, de l’eau, bientôt des logements sociaux, toutes ces garanties s’envolent les unes après les autres.

 

Il est évidemment plus facile de compatir avec les seconds qu’avec les premiers.nature-humaine-capitalisme

D’abord, parce que les premiers ont le vent en poupe. Dans le monde entier l’Etat recule, cède à leurs caprices, le vent du libre-échange et de la privatisation souffle à tout va. Législation, barrières tarifaires, réglementation du travail, tout craque, s’effondre, cède à leurs exigences insatiables. Je m’engage à pleurer sur le sort des riches lorsque le balancier repartira dans l’autre sens, qu’ils seront expropriés et parfois fusillés (les riches lâchent moins volontiers leur magot que les pauvres, qu’il suffit souvent d’effrayer ou de distraire).

 

Deuxièmement parce que la vision des premiers, conformément à leur théorie d’ailleurs, est très simpliste : occupés à faire de l’argent dans leur domaine d’expertise, ils n’ont que peu de temps à consacrer aux rébarbatives études de sociologie et d’économie, aux interactions et aux implications. Ils se contentent d’un slogan simple, qui est « l’Etat me vole pour donner mon argent aux pauvres, l’assistanat ruine le pays ». Alors que les altermondialistes, occupés à être chômeurs ou étudiants, disposent de temps pour aller sur internet, fouiller les forums, échanger des idées, refaire le monde, recalculer etc. D’où un discours bien plus diversifié, fouillé, argumenté, convainquant.

Troisièmement, enfin, parce que les premiers sont peu nombreux, minoritaires, souvent cyniques, brutaux, égomaniaques, tandis que les seconds représentent la foule, le pays, le monde, l’humanité finalement, dans sa diversité et sa touchante stupidité moutonnière.  

néo capitalisme

Reste qu’ils ont peur de la même chose : la perte matérielle, les uns par l’excès d’Etat, par l’insuffisance d’Etat pour les autres. Comment se fait-il que personne ne constate l’évidence ? Qu’il faut trouver un juste milieu ? Marre des balanciers qui tantôt arment les bolcheviks au couteau entre les dents, et tantôt les 200 familles ! Ce qu’il nous faut c’est un Etat fort, redistributeur, libéral avec les petites entreprises, vigilant avec les grosses, capable de tenir la bride des banques et des multinationales, comme de lâcher un peu la grappe aux PME. 

affiche_crisecapitalisme

Petite remarque complotiste pour conclure : comme à chaque fois qu’un film touche une question qui remet en cause la pensée unique, il est réalisé de façon à repousser le public. Plans fixes interminables, noir & blanc, intervenants au saut du lit qui expliquent, hésitent, se reprennent, se grattent le nez… des titres de chapitres et des résumés affichés sur fond noir et accompagnés de grincements sinistres… Jamais une image ou un graphique, un exemple, quelque chose d’autre que ce texte ultra-académique parlé ou écrit. Comme plus récemment Citizen four, il rafle les prix confidentiels du cinéma alternatif, mais n’atteint pas le public plus large. Seuls les altermondialistes les plus convaincus s’infligeront le visionnage intégral de ce monument de soporifisme qui dure 2h40…

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Le blaireau qui valait 100 milliards

Posté par grosmytho le 30 décembre 2015

Tim Cook devrait prendre exemple sur François Hollande : lorsqu’on a le charisme d’un blaireau, il vaut mieux la fermer, parce que tout ce que vous dites finit par se retourner contre vous.

Qu’a dit le nouveau patron d’Apple ? Dans une récente interview, il s’est affirmé prêt à rapatrier le magot de 100 milliards de dollars qui dort dans les paradis fiscaux, le jour où l’imposition US qui serait aujourd’hui de 40% tomberait en dessous de 10%.Tim Cook

Ajoutant comme argument imparable que « le système fiscal est né de l’ère industrielle, il est inadapté à l’ère d’internet »… Ce que Tim Cook fait, par cette interview, c’est une proposition aux autorités fiscales étasuniennes : « je veux bien payer ce que je vous dois, si vous me consentez une ristourne de 75 à 80%. »

Son argument tient-il la route ? Je dis que non, et je diagnostique chez Monsieur Cook un syndrome psychiatrique : il se prend pour dieu.

Lorsqu’il dit « le système fiscal vient de l’ère industrielle » il a raison. A l’ère industrielle, on a vu des gens employer des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, les maintenir à un niveau de tout-juste subsistance, et amasser des fortunes colossales. Il a bien fallu inventer, mettre au point un système de redistribution pour permettre à l’Etat d’exercer son rôle et aussi de fournir les services que ces capitaines d’industrie ne fournissaient pas à leurs employés : retraites, écoles, routes, etc. Cela dit, les industries aussi redistribuaient directement une partie de leurs profits : employant des milliers de travailleurs, la masse salariale (même si elle était maigre) entretenait une grande partie de la population. Souvent les usines construisaient des logements, conduisaient des programmes de charité ou de bienfaisance.

apple poorQuid de l’ère internet selon Monsieur Cook ? Ressemble-t-elle à un système de type agraire, où la redistribution était automatique et donc l’impôt, inutile ? Bien au contraire, on arrive à une époque où plus rien n’est redistribué. C’est moins vrai pour Apple, qui a encore un pied dans l’industriel et qui fournit du hardware. C’est plus vrai pour Google, Twitter, LinkedIn, Amazon etc : des petits génies brevettent une idée, la mettent en œuvre par des contrats de service, font mouliner des algorithmes, font travailler gratuitement les internautes par le « crowdsourcing », et finalement bâtissent en dix ou quinze ans des empires pesant des centaines de milliards de dollars.Apple-Taxes

Des génies ? Certes. Des dieux ? N’exagérons pas. Certes ils sont génialement parvenus à mettre en place des systèmes qui emploient des centaines de milliers de personnes (très peu de salariés, surtout des prestataires), et à capter les sous de centaines de millions de clients. Formidable, génial, admirable, tout ce que l’on voudra. Mais leur système fonctionne parce que la société est là, développée, technologique, que des gens ont été alphabétisés, que des systèmes informatiques ont été inventés et mis au point par des programmes de recherche financés sur fonds publics, des infrastructures de télécoms sont en place, etc.

Et ils voudraient, Tim Cook, et ses copains actionnaires, être les seuls bénéficiaires ? Ils affirment sans rougir que leur idée et leurs 10 ans de travail valent 100 milliards de dollars, tandis que le reste, la société, l’Etat, les centaines de millions de gens qui travaillent gratuitement (à déchiffrer des captcha, liker, commenter, produire des contenus), les milliards de personnes qui cèdent gratuitement leurs données personnelles, tout cela compte pour du beurre ?

Monsieur Cook devrait s’estimer heureux, et non pas lésé, d’être imposé au tarif industriel. Si j’étais à la place du fisc américain, je serais moins tendre et je ferais passer ce taux à 80%.  

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Le Super-U du XXè siècle

Posté par grosmytho le 20 décembre 2014

Revenu du SuperU (enfin c’était il y a quelques jours) avec deux bonnes nouvelles qui réchauffent le cœur. C’était mieux avant, certes, mais ce mieux et cet avant repointeraient-ils timidement leurs nez bien amochés ? Je ne m’y attendais pas, mais force est de constater.

Ma montre pas chère, made in China, précise, avec alarme et éclairage, au bracelet caoutchouc curieusement solide (normalement c’est ce qui cède en premier) et au cadran d’une résistance aux rayures étonnante, m’avait tout de même lâché : pas trop grave, c’est l’un de ces petits tuyaux métalliques à ressort qui fixent le bracelet, voyez ? Frappé par une branche que je coupais, il a cédé. Tordu, il ne se remet pas en place. A la caisse de SuperU, la dame m’informe, désolée, que « Non, les bracelets, on ne fait plus… » Mais aussi que « attendez, il m’en reste quelques-uns, de quand on faisait encore, je vais voir si j’ai la bonne taille ». Et de sortir la boîte, et de trifouiller, sans mentir, dix minutes, pour en essayer plusieurs et trouver le bon.montre

La dame n’est plus toute jeune : elle est plus vingtième siècle que vingt-et-unième, voyez ? Elle a le temps, elle le prend, elle cherche à rendre service, transposant un peu de son savoir-vivre civil sur son lieu de travail (ça se faisait au vingtième siècle : prendre un café, discuter un peu, offrir un café, même, que personne ne payait  grâce à la carte personnel du magasin, pas comptabilisée). Au vingt-et-unième siècle, pour chaque centime, c’est l’abus de biens sociaux. Une minute passée avec un client qui n’achète rien, techniquement c’est du vol, du détournement de fonds (temps=argent), du bénévolat non autorisé par la hiérarchie. Alors pensez, dix ! Faute professionnelle, de quoi l’envoyer chez Paul Emploi sans préavis). Bref. Elle me trouve le bitoniau de la bonne taille mais n’arrive pas à l’enfiler.

 

Au bout d’un moment, le XXIème siècle planant, menaçant comme un drone, au-dessus de sa tête, elle me dit : « C’est la bonne taille, je vous le donne, si vous avez la patience, vous pourrez l’installer vous-même ? » et d’aller chercher un bout de scotch (pas facturé, çui-là non plus) pour le fixer au fond de ma montre. Je remercie bien bas, je m’éloigne sourire aux lèvres. Et à la maison, en deux minutes, je l’installe. Réparation gratuite ? Sur le temps de travail de la préposée à l’info ? Je sais, je sais, au vingtième siècle, ça ne surprenait personne. Au vingt-et-unième, c’est carrément de la science-fiction.

Ah oui je disais deux surprises : la seconde c’est au rayon « boîtes de thon ». Je suis fan des boîtes de thon, que je trouve assez réussies esthétiquement, et puis j’en aime la contenance (104 g, juste bien pour un, mais ça peut faire en salade pour deux aussi, voire plus), le goût (j’aime mieux les « à l’huile » que les « au naturel » ; l’huile d’olive a ma préférence, je me dis que poisson + huile d’olive… c’est pratiquement le menu crétois pour 2 Euros – manque la bouteille de vin rouge, quand même). Bref : tout à mon exercice de recherche de la boîte idoine (toutes choses égales par ailleurs, je préfère les « miettes » qui font plus « déchets, si tu prends pas on les jette », que « thon entier » qui m’inspire l’impression « ah bordel aujourd’hui il a fallu en jeter cinq avant d’en avoir un bon »), mais curieusement il arrive (et c’est pas rare) que les miettes soient plus chères au kilo que les entiers… mystère. Est-ce parce que l’huile d’olive est recyclée à base d’hydrocarbures usagées pour les entiers, et première pression, effectuée par une vierge effarouchée, à froid pour les miettes ? Dans ces cas-là, je ne vous dis pas le cas de conscience… mais là, ce jour-là, celui de la bonne nouvelle, mes yeux tombèrent sur une mention qui me remplit d’allégresse (avant que mon allégresse ne se contamine d’une petite dose fielleuse de doute cynique, et vous savez comme moi qu’une goutte de fiel suffit à contaminer toute une barrique d’eau de source…). Bref : la mention dit « pêché à la canne ».

miettes de thonOui, vous m’avez bien entendu. Du vingt-et-unième siècle, celui où l’on arrache, au filet raclant le fond, tout ce qu’un coin d’océan contient de bouffable, avant de faire le tri sur le pont et de rebalancer 90% à la mer, pour garder qui les thons, qui les ailerons de requin et qui les morues, on repasse carrément au XIXème, celui où l’on partait en mer avec des cannes à pêche et des appâts, pour tirer de la flotte des poissons carnivores (thons, espadons, que sais-je, je crois que la morue aussi, à l’époque, se pêchait comme ça). Eh bien si j’en crois l’étiquette de SuperU, cette époque revient, et (ce qui me fait quand même douter un peu) ce n’est même pas plus cher que le thon « normal », celui qu’on sélectionne au milieu de tonnes et de tonnes de poissons comestibles mais rejetés morts parce que, ici et maintenant, c’est du thon qu’on pêche (quotas, etc).

 

Peut-être qu’un jour on renoncera même à l’heure d’hiver (héritage débile et contre-productif d’une période où, le pétrole renchérissant spectaculairement, il fallait bien annoncer quelque mesure elle aussi spectaculaire) ?

Je suis un optimiste prudent (donc caché).

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Un centenaire bien mal en point…

Posté par grosmytho le 22 octobre 2014

impotsLes commémorations ont du bon : elles permettent de mettre le nez sur des choses auxquelles on ne fait pas attention normalement. En 2014, on commémore les 100 ans de la Grande guerre… et aussi de l’impôt sur le revenu !

Ce n’est pas anodin, de mettre    en place un truc pareil. Imaginez un peu : jusque-là, votre salaire était à vous. Pas épais, sans seuil minimal, mais au moins vous pouviez le boire en bonne conscience. Le produit de votre travail, la France était encore largement agricole, était maigre, peut-être, mais il était à vous. C’était pour ça qu’on avait fait 1789 : le droit de propriété, la fin des privilèges, l’abolition de la taille et de la gabelle. Dans la France des 200 familles, aux inégalités plus fortes qu’aujourd’hui, il y avait un impôt sur le patrimoine (la fameuse taxe sur les portes et les fenêtres). Mais le revenu était sacré ! La sueur de votre front ! En donner la moitié à l’Etat ? Pas fou, non ? Il aura fallu les Boches, les fleurs au fusil, l’ivresse patriotique pour instaurer ça.

Apparemment l’Etat y avait déjà un peu réfléchi. Lorsque les Allemands sont arrivés, la défense des frontières, pas prête, a été enfoncée, mais l’impôt sur le revenu, lui, il est sorti flambant neuf des cartons. Fin prêt à l’emploi !

augmentation des impôtsEt aujourd’hui, comment se porte-t-il, l’ancêtre ? Disons que ça ne va pas bien fort, mais il n’a pas l’air de vouloir casser sa pipe de sitôt. D’une part, tout le monde a admis qu’il est nécessaire et normal de verser à l’Etat une partie de son revenu, pour payer les routes et les écoles (de moins en moins) et rembourser la dette (de plus en plus).

D’autre part, l’IRPP (Impôt sur le revenu des personnes physiques), enjeu de toutes les batailles politiques, n’a cessé depuis cent ans de se complexifier. Tous les intérêts corporatistes, toutes les politiques natalistes, toutes les péripéties régionales ou sociétales ont laissé leur empreinte, sous la forme d’une loi ou au moins d’un décret d’application, dans le Code des impôts. D’une exonération, d’un abattement, d’un plafond, d’une déduction, d’une réintégration, d’une majoration différée, d’une décote, enfin bref d’une des centaines de petites conduites dérivées qui font la magnifique usine à gaz que nous connaissons aujourd’hui. L’Impôt sur le revenu est l’encyclopédie des revendications et des batailles catégorielles de ces cent dernières années.

impôts-hollandeProgressif dans son esprit, dégressif dans la réalité, vous lirez Piketty pour plus de détails. Progressiste dans ses intentions (l’impôt se veut redistributif), réactionnaire dans son essence (l’ « inquisition fiscale » qui frappe les classes moyennes). Je ne vous livre qu’un chiffre, celui qui m’a abasourdi. Excédé par tous les arguments de tous les tenants du moins d’impôt, fatigué par les jérémiades des tenants du « mieux d’impôt », je me suis procuré le chiffre de tous les revenus en France (salaires, dividendes, retraites etc) que j’ai divisé par la somme que l’impôt sur le revenu rapportait aux caisses de l’Etat. Tenez-vous bien, ça secoue : le taux moyen d’imposition, en France, toutes catégories de revenu confondues, est d’environ 4%.

déclarationComparez ça à ce que vous payez, et posez-vous les questions qui se bousculent forcément. Mais surtout imaginez : si l’on payait tous, chacun, qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’on aime ça ou pas, 10% de ce que l’on gagne. Milliardaires, pauvres, sans distinction de race, de couleur de cheveux ou de quotient intellectuel. Raisonnable, non ? Et surtout, le produit de l’IRPP serait multiplié par 2,5. Elle serait pas belle, la vie ? 

Plus de casse-tête des déclarations ! Plus de jalousies de classe ! Plus d’accusations d’assistanat ! Et, cerise sur le gâteau: le budget de l’Etat, rééquilibré, recevrait les louanges mérités de Bruxelles…

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Obama, Hollande et les bastonours

Posté par grosmytho le 10 avril 2014

Hollande et Obama nous le promettent : cette fois, trop, c’est trop ! Poutine est allé trop loin, il va s’en mordre les doigts ! On va enfin découvrir cette fermeté chantée par les poètes épiques, si habilement dissimulée jusqu’ici par Molasson 1er et Barack-le-compromis-bipartisan.

Comme tous les grands mollassons, ils choisissent pour leur inattendu coming-out l’adversaire le plus redoutable, le plus féroce, le plus dur, le plus impitoyable. Poutine, vraiment ? Avouons qu’ils ne manquent pas d’air, nos apprentis-Matamore ! On aurait pu croire qu’ils allaient commencer par s’entraîner sur quelque roitelet africain, sur quelque dictateur chauve et édenté du proche-Orient, sur le dirigeant inexpérimenté d’un pays facilement contournable. Mais non ! Quelle n’est pas la surprise de leurs aficionados qui voient leurs deux picadors favoris descendre dans l’arène dans leur costume de lumière, pour attraper par les cornes le toro le plus retors, le plus féroce et le plus expérimenté. Ils jouent leur va-tout.Russie crimée

Désolé, malgré tout mon patriotisme occidental, je ne mise pas sur le duo de clowns contre la bête féroce.

Washington a mis en garde contre la violation du droit international que constitue le référendum en Crimée. « Le référendum sur l’avenir de la Crimée viole la Constitution ukrainienne et le droit international. Toute discussion sur l’avenir de l’Ukraine doit inclure le gouvernement légitime » du pays, a affirmé Barack Obama lors d’une brève intervention à la Maison Blanche. Légitime ? Un gouvernement composé dans l’urgence des coups de feu, un gouvernement qui fait plus de place aux vœux de la diplomatie étasunienne qu’à ceux des Ukrainiens ?

Crimée

Désolé, cher Barack : l’Ukraine ne possède pas aujourd’hui de gouvernement légitime. Dans ces conditions, chacun des peuples & territoires qui la composent doivent réfléchir, pacifiquement, aussi démocratiquement que possible, à leur avenir.

Les appels des Etats-Unis ont ceci de particulier qu’ils reviennent toujours à réajuster les principes du droit international aux intérêts des USA contre ceux de ses rivaux, en particulier de la Russie, de la Chine, de l’Iran, du Venezuela, des pays arabes : du reste du monde, quoi. Dans le cas de la Yougoslavie, l’urgence était de découper le pays en petites républiques indépendantes (91-00). Dans la crise géorgienne (2008), au contraire, il était capital de conserver le pays intact. Dans le cas du Soudan du Sud, il fallait partitionner (2010 ?). Cette fois en Ukraine, le mot d’ordre est à nouveau l’intégrité territoriale. Et à chaque fois, c’est au nom du droit international. Pourquoi ?

Le droit international comprend deux principes potentiellement contradictoires : il y a d’un côté le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et d’un autre l’inviolabilité de la souveraineté nationale. Le droit des gens, et le droit des Etats.

Lorsque ces deux principes cohabitent, tout va bien : le peuple x vit heureux dans les frontières du pays x et l’Etat se charge, dans le respect le plus absolu des droits de l’homme et du citoyen, de faire respecter la souveraineté et l’indépendance nationales.

Crimée 1945 2014Malheureusement, ce cas est relativement rare. Dès que cohabitent plusieurs peuples aux langues et aux cultures différentes, dès que des minorités veulent faire entendre une différence, ces deux principes entrent en conflit. Un conflit potentiellement violent.

Ces principes se contredisent dans de nombreux pays : minorités aspirant à l’autonomie, voire à la sécession ; mouvements révolutionnaires (terroristes/résistants) réprimés ou tolérés par les autorités en place ; minorités privées de territoire lorgnant vers un rattachement aux minorités du pays voisin. C’est indémerdable si les populations sont mélangées ; c’est explosif si elles sont concentrées dans différentes parties du territoire.

Le problème n’est pas le droit international (qui comprend les deux principes) mais son interprétation. Lequel des deux doit prendre l’ascendant sur l’autre ? Privilège de la domination médiatique : la réponse est toujours fournie par les USA, en fonction de leurs intérêts ; réponse reprise en chœur par leurs alliés occidentaux. C’est pour cela que l’on a eu la partition de la Yougoslavie, puis de la Serbie (alliés proches de la Russie), celle du Yémen, celle du Soudan, etc. Si au contraire c’est une partition qui arrange la Russie, on entonne le chant de « l’intégrité territoriale », comme avec le cas de la Crimée.

Ce serait drôle si ce n’était pas si tragique : les pays occidentaux doivent leur belle unité territoriale à mille ans de guerres et de génocides qui ont uniformisé les peuples et redessiné les frontières. D’autres pays plus récents n’ont pas cette « chance » : leurs frontières encore fraîches n’ont pas eu le temps de cicatriser. Elles traversent des territoires et des régions ethniquement semblables, ignorent des minorités locales, méprisent des réalités incontournables sur le terrain. Le processus qui nous paraît si inacceptable chez les autres se produisait chez nous voici à peine quelques décennies. Il s’agissait des fameuses « heures sombres » de notre histoire. Si sombres qu’on a parfois du mal à croire qu’elles ont réellement existé…

La Crimée devait bientôt être rebaptisée: avec les larmes et les trémolos qu’elle suscite, on va l’appeler désormais la Lacrymée.

 

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Souveraineté et compétitivité

Posté par grosmytho le 30 octobre 2013

Il y avait autrefois, il y a fort longtemps, un pays fort lointain, qui a un jour brusquement cessé d’exister. Comment ? Pourquoi ?

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Il n’a pas été envahi par un voisin belliqueux (son armée était réputée bien entraînée et motivée, équipée de matériel dernier cri). Il ne fut pas non plus noyauté par la CIA (le contre-espionnage de ce pays faisait l’envie et l’admiration des autres pays de la région). En crise économique, ce pays a baissé pavillon. Pas compétitif, il a préféré se suicider.

consommateurs-ou-cons-tout-court chômage dans Propagande

Ses habitants, qui bénéficiaient de l’école, l’université, du logement et de la santé gratuits, n’étaient pas satisfaits. Ils auraient préféré du Coca et de la pornographie payants ! Las, ces biens et services si éminemment désirables & nécessaires, le Parti communiste refusait absolument de les leur fournir. C’est le dilemme de toute société socialiste : ses industries sont peu compétitives et ses produits de consommation, médiocres. On peut à la rigueur les importer, mais l’hémorragie de devises finit par mettre le pays sur la paille. On essaie de les interdire, mais on s’aperçoit qu’on provoque alors une hémorragie de citoyens. Les habitants du pays ont tellement envie de ces babioles qu’ils partent vendre leur âme au capitalisme étranger : déserter, quitter le navire, s’établir à l’étranger, à tout prix, illégalement s’il le faut, quitte à y faire des sales boulots, tout ça pour bouffer avec Ronald McDonald et conduire une bagnole étrangère ! Que voulez-vous, l’être humain est ainsi fait.

capitalistes-ou-communistes démocratie dans Socio

C’est ce qui s’est passé en RDA, puis dans tous les autres pays socialistes d’Europe de l’Est. C’est ce qui se passe à Cuba. Et c’est ce qui se passera, forcément, en Corée du Nord.

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En Chine, on a trouvé la parade : puisque les citoyens communistes sont prêts à se prostituer et à entrer en esclavage à l’étranger capitaliste, et que l’étranger capitaliste a de moins en moins envie de leur donner des visas, on invite les sociétés étrangères à se délocaliser. Comme ça tout le monde y gagne : le citoyen chinois peut travailler comme un esclave pour Apple et se payer un iPhone comme les prolétaires capitalistes les plus aliénés. Le pays, couvert d’usines à capital et technologie étrangers, devient super-compétitif. Il ne se suicide plus faute de devises étrangères : il les accumule jusqu’à ce qu’un jour, ce soient ses débiteurs qui demandent grâce.

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Villages de Potemkine et/ou presse censurée ?

Posté par grosmytho le 10 juillet 2013

Corruption généralisée, bureaucratie, népotisme et favoritisme, atlantisme servile : on croyait avoir tout vu en Europe. Il manquait les villages de Potemkine, les devantures repeintes et la fausse prospérité pour donner aux leaders l’illusion qu’ils dirigent un pays à l’économie florissante. C’est désormais chose faite : Fermanagh et Dublin (Irlande) investissent dans les PME et le petit commerce de proximité, avec des affiches taille réelle collées sur les devantures des magasins fermés. Ils ont fait illusion le temps que passent les limousines du G8.

Villages de Potemkine et/ou presse censurée ? dans Eco fake-shop fake-shop2 censure dans Emploi

C’est drôle parce que ces pauvres subterfuges, qui avaient cours dans les dernières années de faillite du système communiste en Roumanie ou en Russie, ne faisaient pas illusion même à l’époque, malgré la presse censurée et alors que n’existait pas internet. On se moquait des gazons peints en vert et des arbres morts sur lesquels on agrafait de fausses feuilles vertes pour Ceaucescu sans même avoir vu les photos ! Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir l’internet pour avoir tous les détails !

fake-shop3 chômage dans Propagande  fake-shop4 corruption dans Socio

Comment ça vous n’en avez pas entendu parler ?

Hé oui, le scoop ce n’est pas le G8 qui a recours aux méthodes de Ceaucescu, c’est que la presse libre se transforme en Pravda ! Silence assourdissant de la presse libre : tapez ‘G8 fausses devantures’ et toutes les variantes possibles dans le moteur de recherche du Monde ou du Figaro ou de Libération… On vous répond « Aucun résultat trouvé ». On nous fait le coup du mépris. Pas une info. Un non-événement. C’est quand même surprenant, non ?

Imaginez la même chose en Chine ou en Iran ou en Corée du Nord ? Les gros titres pendant une semaine ?

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