Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

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Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

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« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

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Comment voter sans se trumper ni provoquer l’hillaryté?

Posté par grosmytho le 28 septembre 2016

 

Bien des gens dans le monde considèrent la démocratie comme un système précieux et insurpassable, apanage de quelques peuples supérieurs. Ils devraient considérer d’un peu plus près l’élection présidentielle américaine.

 November 5, 2014

Si l’on en croit la liturgie officielle, le peuple américain est appelé aux urnes pour se choisir un nouveau président, et ainsi définir les grandes orientations de la politique pour les quatre ans à venir. Vraiment ?

 

On peut en douter devant la bataille de gougnafiers qui oppose les deux partis uniques. Certains font remarquer que les deux candidats sont impopulaires dans leurs camps respectifs. N’est-ce pas paradoxal, alors que l’on est en démocratie, que le peuple souverain se retrouve ainsi à choisir entre la peste et le choléra ? N’est-ce pas étonnant, dans un pays rempli de personnalités brillantes et charismatiques, que les seuls candidats restants soient un milliardaire ignorant, raciste et misogyne, et une vieille sorcière rongée par l’ambition ?

 Hillary

S’il n’y avait que les candidats ! Le niveau du débat lui-même est abyssal. Au lieu de discuter des problèmes du pays, dieu sait s’ils sont nombreux, les candidats se jettent à la figure insultes et insinuations. Hillary soupçonne Donald de dissimuler le niveau réel de sa fortune (qui serait en réalité plus importante, ou moins, on ne sait pas trop), Donald accuse Hillary de cacher la vérité sur sa terrible maladie (laquelle ?)

 

Donald Trump se pose en candidat anti-système (un grand classique) qui veut expulser les migrants et réduire la fiscalité des riches. Hillary Clinton, qui campe l’empathie démocrate, entend réduire les impôts des pauvres et aider les étudiants endettés. Mais on sait bien ce qui se passera, quel que soit le vainqueur ! Le républicain veut mettre fin aux guerres ruineuses dans lesquelles le pays se lance et s’embourbe depuis 2001, la démocrate aussi. Mais on sait déjà que, dès janvier 2017, le nouveau leader du monde libre annoncera une campagne de bombardements humanitaires dans quelque nouveau pays musulman assoiffé de démocratie.

 Trumpstupid

Si encore il y avait un processus de réflexion politique… mais toutes les déclarations des candidats sont calibrées dans le but unique de disqualifier l’adversaire et de grappiller quelques voix « indécises. » Jamais, au grand jamais, il ne s’agit de l’annonce réelle d’un programme.

 

Et la presse démocratique dans tout ça ? Joue-t-elle son rôle d’éclairage, de déchiffrage, d’investigation ? Entièrement acquise à la cause d’Hillary, elle semble hypnotisée comme un papillon dans la lumière. Elle a dissimulé avec la dernière énergie la maladie de la candidate avant d’admettre à contrecœur et avec bien du retard, le 11 septembre, qu’elle souffrait d’une « pneumonie. » Elle traîne Trump dans la boue depuis le début de la campagne, le traite de « bouffon » et d’« ignorant », des qualificatifs qu’il mérite, certes, mais qui semblent impuissants à freiner sa progression dans les sondages.

 

Sick & tiredC’est là le côté surprenant de cette campagne : le rouleau compresseur Clinton, qui pensait avoir verrouillé, intimidé ou acheté l’ensemble des forces politiques du pays, qui a dans sa poche les pontes du parti démocrate et une bonne partie de ceux du camp adverse, plébiscité par les milieux économiques, qui se prévaut du vote de pratiquement toutes les minorités, qui dépense des milliards en publicité pour salir l’adversaire républicain, peine à écraser celui qui devait jouer un simple rôle de méchant hollywoodien pour s’effacer théâtralement vers la fin.

 

Comme un os en travers de la gorge, l’épouvantail refuse de tirer sa révérence ! Pire, l’unanimité des experts et des médias qui dénoncent avec suffisance le populisme agace les électeurs. Loin de calmer le jeu, elle attise le vote protestataire dans une Amérique profonde qui, loin des studios de télé où les élites papotent entre elles, balance entre colère et désespoir…      

 GOP-Minimum-Wage

Si le système de manipulation des esprits échoue, recourra-t-on, comme en 2000, à la manipulation des urnes ? C’est là l’unique suspense d’une démocratie usée qui révèle ses mécanismes tordus.

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« A ceux qui font le jeu du FN » … par Cassandre

Posté par grosmytho le 19 septembre 2015

Des conflits ethniques en France, c’est ça que vous voulez ? L’apartheid ? Des territoires occupés, des murs de séparation ? Une guerre de religion ? Une guerre civile ? Une guerre de civilisation ?

Le monde se divise en pays prospères et en pays bordéliques. Les pays prospères, en gros, sont les pays mono-ethnie, ceux qui se sont formés lentement, et où, à force de siècles de guerres, de génocides et d’arrangements familiaux aristocratiques, on a fini par faire coïncider au mètre près ethnicité et territoire national. Grands ou petits, ils savent qui ils sont et où ils vont. Ils voisinent avec d’autres pays où, là aussi, on sait qui on est et où on va. Les pays bordéliques sont les pays multi-ethniques : en général ce sont les pays récemment formés, parfois à grands traits de règle sur une carte par des puissances totalement étrangères. Les ethnies s’y divisent en majoritaire et minoritaires, et elles se détestent ou se méprisent.

Ça n’existe plus en Europe, les groupes ethniques, enfin plus… ou pas encore. Chaque groupe ethnique dispose depuis quelques décennies au moins des trois éléments-clés : sa langue, son histoire, son territoire. D’où un calme relatif. Les Français sont contents d’être français, les Allemands d’être allemands, etc. A part quelques têtes brûlées (Basques, Corses, peut-être ?), il ne vient plus à l’idée de personne de contester violemment des frontières établies à un prix aussi exorbitant.

L’identité nationale, ou ethnicité, c’est à la fois facile et difficile à définir : c’est instinctif, viscéral, épidermique. C’est la tribu à laquelle vous vous sentez instinctivement appartenir. La tribu pour laquelle vous sentez un pincement au cœur si elle subit un accident d’avion ou perd un match de foot. Toute ethnie repose sur un mensonge fondamental : on définit l’ethnicité comme ce qui se transmet par la naissance (génétique), alors qu’il s’agit d’un caractère acquis (culturellement). Pour paraphraser Simone de Beauvoir, « on ne naît pas (français, arabe, juif, russe, etc), on le devient [à force d’entendre d’autres Français parler de tout ce qui fait le caractère français] ».

C’est l’absence de minorités nationales qui distingue les pays prospères des pays bordéliques : les minorités nationales sont la plaie du reste du monde. Certains pays ont crû trop vite : les tribus périphériques phagocytées n’ont pas eu le temps d’être digérées. D’autres ont été tracés à la diable à grands coups de règle par des gens peu au fait des subtilités locales, d’où minorités nationales étrangères dans leur propre pays et coupées de leurs racines ancestrales. Dans d’autres pays enfin, de douteuses mythologies nationales sont ranimées à grand renfort de budgets marketing débloqués par de mystérieux amis pas forcément toujours bien intentionnés…

Certains pays font très attention à ce que l’identification citoyenne reste la plus forte. Les USA, Cuba, la Chine, l’Iran, d’autres encore, parviennent, parfois difficilement, à sublimer les différences. L’égalité de droit et de traitement, la liberté (même insuffisante mais) également répartie, la conscience d’un danger externe, entretiennent un certain niveau minimal de fraternité.  D’autres, comme la Yougoslavie, l’URSS, le Soudan, le Yémen, cèdent soudain à l’hystérie ethnique et se déchirent en petits morceaux.

Avec vos prophéties auto-réalisatrices, c’est ce qui nous pend au nez. Les Hutus et les Tutsies, c’est ça votre idéal ? La guerre d’Algérie II, c’est ça que vous voulez chez nous demain ?  

L’antidote est pourtant simple. Les accusations et les reproches ne sont recevables que s’ils concernent un fait précis et s’adressent à des personnes précises. « Je reproche à Mohamed X. ces faits circonstanciés et datés » est recevable, « Les Arabes font ça tout le temps et souvent pire » ne l’est pas. « Untel a campé illégalement sur ma propriété de telle date à telle date » est recevable, « les Roms ont vocation à rentrer chez eux » ne l’est pas (quels Roms ? où est « chez eux » ? précisez). Les accusations précises (ou alors contre X lorsqu’on ne connaît pas l’identité du malfaiteur) font le jeu du droit, les accusations vagues et généralistes font le jeu du FN. C’est pourtant simple.

Au lieu de se déchirer entre droit du sol et droit du sang, appliquons le droit tout simplement. N’appelons plus « immigré » celui qui est français depuis trois générations. Cessons de tenir à l’écart ceux que nous invitons à « s’intégrer ». Cessons, en résumé, ces distinctions subtiles que la loi ne reconnait pas.

C’est simple mais c’est trop compliqué pour la majorité de nos concitoyens. Pas seulement les nôtres : la problématique des « étrangers trop nombreux » et des « étrangers qui veulent nous imposer leurs coutumes » est dominante dans tous les pays démocratiques, instrumentalisée dans toutes les élections du globe. C’est plus facile de s’insurger contre des généralités vaguement ressenties que de trouver un fait précis dont on a été victime personnellement. Ce qui tend à prouver que l’hystérie FN est basée sur du vent.

Ça ne l’empêchera pas de vaincre. Un billet d’humeur de temps en temps, le mien, le tien, ne peuvent rien contre le matraquage quotidien de TF1 et de M6. Contre tous ces « témoins oculaires par écran interposé » qui ont vu, de leurs yeux vu, et souvent, des salauds basanés commettre toutes sortes de méfaits. D’où la préférence nationale qui se décomplexe, la discrimination qui devient la norme, la stigmatisation et l’exclusion qui deviennent lieux communs, et la division ethnique du pays qui se parachève. Bientôt on aura des quartiers, des commerces, des transports, des discothèques ethniques. Les unes pour les BBR, les autres pour les « minorités visibles ». Plus on évoluera dans un environnement ethniquement séparé, plus facilement circuleront des rumeurs à faire dresser les cheveux sur la tête, plus se multiplieront les légendes urbaines horrifiantes. D’un côté comme de l’autre du mur de séparation, monteront la haine et la peur. La haine et la peur ont déjà leurs chefs tout désignés du côté majoritaire. Il suffit qu’il s’en désigne du côté minoritaire pour que puisse commencer la représentation. Ce vieux théâtre classique, il a toujours eu beaucoup d’acteurs et encore plus de spectateurs. On a souvent comparé ça à un incendie, qui prend ici puis embrase tout. Ou alors à une pièce de théâtre Shakespearien où soudain l’intrigue devient réalité, où tout le monde s’entretue à la fin…

Tout fait en ce moment « le jeu du FN ». C’est l’accusation ultime : « Il/elle fait le jeu du FN ». Il y a le FN, bien sûr, et ce serait franchement trop lui demander que de ne pas faire son propre jeu. Et puis il y a les ténors « républicains » qui, à force d’accusations collectives, d’histoires invérifiables de pains au chocolat et de racisme anti-blanc, font le jeu du FN. Eux-mêmes accusent les socialistes (avec leurs impôts, leur attitude bisounours, leur bien-pensance, leur boboïtude, entre autres) de « faire le jeu du FN ». Et puis TF1, et puis M6, à force de chercher l’audience en remplaçant le traditionnel « Journal de 20 heures » par « Détective et invective », alimentent la haine et la crispation identitaires, font eux aussi, « le jeu du FN ». Cause ou résultat ? Les électeurs, à chaque élection, flirtent d’un peu plus près avec la tentation de « faire le jeu du FN ».

« Liberté, égalité, fraternité » : ce n’est pas une description mais un objectif. Un horizon, certes un peu idéaliste et un peu naïf. Inatteignable ? Oui, comme l’étoile polaire, qui donne le cap.

Ma prophétie n’est pas auto-réalisatrice, mais malheureusement elle se réalisera, grâce au patient travail de mes destinataires et à l’idiotie de leurs ouailles.

Cassandre, visionnaire

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#Not in my name

Posté par grosmytho le 28 septembre 2014

Des fois je me demande jusqu’où dans l’absurde va se prolonger la glissade de l’inversion des valeurs… verra-t-on la courbe des valeurs se réinverser dans l’autre sens jusqu’à redevenir normale ?

Al#Not in my name dans Propagande la-grosse-manip-300x144ors que les fanatiques de l’EI égorgent un leur troisième victime en quelques jours, l’opinion occidentale semble devenir folle, décapitée elle aussi, on la voit courir comme un poulet sans tête et se heurter à tous les obstacles conceptuels.

Voilà qu’on demande aux musulmans de s’afficher avec le hashtag #Not in my name. Paradoxe bien taclé et souligné par Rue89, qui est pour une fois tout seul contre le flot de louanges et de la bien-pensance du reste de la presse mainstream. A quel niveau de racisme décomplexé sommes-nous tombés s’il faut désormais que les musulmans se désolidarisent publiquement de criminels décapiteurs ? Pas étonnant que Sarko se frotte les mains et parle de revenir ! Quels remugles agitent l’inconscient collectif s’il met dans un même sac l’épicier arabe du coin, l’étudiant algérien dans le bus, et les guerriers de l’EI ? Quelle crise de nerfs traverse le pays s’il croit que toute une partie de la population se réjouit secrètement de crimes qui révulsent la not in my namemajorité ? La dictature de l’opinion en est-elle déjà à exiger l’autocritique des musulmans de France ? Et que fera-t-on à ceux qui ne se prêtent pas à cette mascarade ?

Notre société est-elle si proche de l’explosion ? De la guerre civile ? Faut-il acheter des armes et stocker des vivres ? Ah non, vous voyez bien : les musulmans sortent dans la rue pour protester : ils sont, eux aussi, contre les décapitations. On respire ! Quel soulagement !

Mais… qu’est-ce qui fait qu’on ne respire tout de même pas si bien que ça ? Qu’est-ce qui reste quand même un tout petit peu oppressant ? Ne manque-t-il pas quelque chose à notre bonheur ?

not-in-my-name-what-300x170 drone dans SocioAh j’y suis. Les chrétiens. Quand verra-t-on apparaître des hastags contre les bombardements que nous déversons une fois de plus sur un pays musulman ? Quand verra-t-on les chrétiens de ce pays se réunir et protester, #Not in my name, contre l’usage belliqueux qui est fait de nos impôts ? Contre l’ingérence occidentale qui s’abat sans cesse sur ces pays et les maintient dans une guerre permanente, génératrice de terrorisme ? Irak, Libye, Syrie, mais aussi Afghanistan, Pakistan, Yémen…

slogan-incompris-300x200 guerreParce que bon, barbarie, horreur, abomination… je veux bien. Décapiter des gens, c’est pas sympa. Mais enfin, il s’agit de trois personnes décapitées par une poignée de fanatiques. En gros, trois faits divers. A mettre en perspective, peut-être, un tout petit peu, avec bientôt quinze ans de bombardements quotidiens dans ces pays. Une destruction méthodique, coûteuse, soignée, méticuleuse, pleine de sang-froid et d’ingéniosité scientifique, de tout, infrastructures, fierté nationale, liens amicaux et familiaux, absolument tout ce qui pourrait servir de terreau à un progrès quelconque dans ces sociétés. Que leur a-t-on laissé, en dehors du désespoir ? Que leur reste-t-il, sinon la haine enivrée de religion ? Derrière les discours larmoyants et les considérations sentimentales de nos grands prédicateurs, on ne cesse d’attiser des guerres civiles dans ces pays. Le survol constant des drones, le financement des milices extrémistes, et à l’occasion une petite opération de bombardement humanitaire. Prend-on seulement le temps d’imaginer quel doit être le ressenti sur place ? Et après on fait semblant de s’étonner que les guérilleros qui y prolifèrent soient de plus en plus méchants ? On proteste, la main sur le cœur, après avoir armé et financé ces mouvements ! On pousse de petits cris d’horreur et de dégoût comme si on n’y était pour rien !

iraq-demo-2003-300x187 LibyeAh oui le monde était terrible avec Saddam ! Kadhafi, quel salopard ! Oh et puis Assad, quel affreux jojo ! Mais depuis qu’on les a renversés, depuis qu’on a bombardé les villes et détruit les routes et les ponts, les gares, les ports, depuis qu’on a financé par l’intermédiaire du Qatar et de l’Arabie saoudite des mouvements islamistes, ces pays ont-ils fait beaucoup de progrès vers la démocratie ? Se sont-ils rapprochés de notre mode de vie et de nos valeurs ? Non ? Comme c’est surprenant…

Alors comme d’habitude on nous dit : la recette qui a tout envenimé va tout résoudre cette fois, suffit d’augmenter les doses ! S’ils deviennent fous dans ces pays, c’est parce qu’on ne les a pas suffisamment bombardés. CQFD.

#Not in my name

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Mon cher Vladimir,

Posté par grosmytho le 11 mai 2014

J’habitais à Moscou depuis déjà quelques années lorsque tu as pris le pouvoir en 2000. Je faisais partie de la petite minorité de gens qui étaient catastrophés par ta victoire. Et je reste convaincu que celle-ci était entachée de manœuvres particulièrement cyniques de la part des services secrets que tu dirigeais peu de temps avant. Des attentats utilisés comme prétexte à l’ « opération antiterroriste » en Tchétchénie etc.

Obama UkraineJ’étais à l’époque indigné par la rhétorique de guerre froide que tu déployais, par le serrage de boulons généralisé qui allait à rebours des progrès démocratiques de ton prédécesseur Eltsine. La presse démocratique n’avait pas de mots assez durs pour ton attitude de défi à l’Otan et aux « ONG de défense des droits de l’homme » que tu soupçonnais toujours de noirs desseins…

L’unité territoriale de la Fédération de Russie était ton obsession. Tu n’as pas hésité à organiser des massacres absolument épouvantables en Tchétchénie et ne cessais jamais d’indiquer, par des allusions transparentes, que le séparatisme de la « République d’Itchkérie » bénéficiait du soutien actif de mystérieuses puissances étrangères qui voulaient détruire la Russie. Ta paranoïa envers tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à une ingérence étrangère primait sur tout. Ni la loi, ni le jeu démocratique encore hésitant, ni les libertés individuelles ne pouvaient à tes yeux exister s’il existait le moindre risque qu’ils puissent servir à accroître l’influence étrangère dans le pays. D’où tes campagnes impitoyables contre NTV (la chaîne de télé privée de Gousinski), contre certains oligarques rebelles (Berezovski, Khodorkovski), la censure impitoyable qui s’est abattue sur la presse, les limogeages, les élections truquées ou du moins « arrangées ».

Poutine Ukraine1 Poutine Ukraine2

J’étais scandalisé et je m’indignais. Quel cynisme, quelle paranoïa ! Alors que l’Ouest se réjouissait sous Eltsine des avancées démocratiques, qu’il encourageait comme il pouvait (investissements, ONG, relations diplomatiques, intégration au G8, etc), toi Vladimir tu me semblais le dernier des ingrats !

UkrainePourtant mes amis qui t’admiraient cherchaient à m’ouvrir les yeux : les avancées de l’Otan dans les pays de l’ex-URSS, violant la promesse faite à Gorbatchev en échange de la dissolution du Pacte de Varsovie. La guerre en Yougoslavie (ou plutôt contre la Serbie), malgré les vétos et les mises en garde de la Russie.

C’est au moment de la guerre en Géorgie (en 2008, donc) que j’ai pour la première fois pris la mesure du cynisme occidental envers ton pays. L’Occident démocratique n’hésite pas à fomenter des coups d’Etat et des soulèvements « populaires » dans les pays où passent ses intérêts pétroliers ou autres. Ni à lancer des opérations terroristes et/ou militaires dans des pays souverains tout en accusant les dirigeants en place des pires crimes. En dépit des protestations de la Russie comme en Libye ou en Syrie.russiasputininukraine

C’est à partir de là que j’ai commencé à tout reconsidérer : les révolutions colorées en Ukraine n’étaient pas si idéalistes que ça finalement. Les Timoshenko et Iouchtchenko, à qui l’Ouest avait forgé une image de petits angelots démocratiques, montraient leur vrai visage : celui de dirigeants mafieux occupés à dépecer le pays et désormais à s’entre-déchirer. L’Otan « non agressif » s’apprêtait à installer des batteries de missiles en Pologne et en République tchèque. A intégrer l’Ukraine et la Géorgie. A resserrer, comme un boa constrictor, son étreinte pacifique autour de la Russie…

Poutine Ukraine4Cette dernière crise ukrainienne a fait tomber les masques. On accuse la Russie de « masser des troupes sur son propre territoire proche de l’Ukraine », tandis qu’agents de la CIA, secrétaires d’Etat, agitateurs béhachéliens et personnels militaires étasuniens s’y ébattent en toute quiétude ! Des « observateurs de l’OCDE » se révèlent en fait être des conseillers militaires ! Un putsch organisé et soutenu de l’étranger nous est vendu comme une avancée démocratique, alors que des referenda tenus localement sont quasiment considérés comme des crimes de guerre ! La machine de propagande occidentale, d’habitude si habile à habiller d’oripeaux humanitaires d’inqualifiables ingérences armées a cette fois connu des ratés. Elle est tombée sur un os et révèle ses peu avouables mécanismes !

Poutine Ukraine3

Le Monde titre « Entre apaisement et démonstration de force, à quoi joue Poutine ? ». Il joue à défendre l’intérêt de la Russie contre les agissements violents et illégaux de l’UE et des USA en Ukraine.

C’est toi qui avais raison, Vladimir. Pas sur les homos, pas sur le contrôle des médias. Mais sur la géopolitique. Le monde occidental est en guerre contre ton pays et ce dernier ne peut avoir de priorité plus haute que de sauvegarder coûte que coûte sa souveraineté et son indépendance.   

Une position d’ailleurs énoncée avec clarté, même si elle est un peu longuette (pour faire la place à tous les arguments, citations, références au droit international et comparaisons historiques), dans ton discours du 18 mars devant les deux chambres du Parlement russe. Le Monde et Marie Jégo (qui certainement dormait) n’y ont vu que « mise en scène du triomphe » et des « salves anti-occidentales », là où en fait il y avait a) un cours magistral de géopolitique qui met l’Occident devant ses contradictions ; b) un rappel des faits qui mentionne les agissements irresponsables et illégaux des puissances occidentales en Ukraine ; c) des assurances formulées sur l’avenir  de la Crimée et des relations avec l’Ukraine ; d) un appel aux Occidentaux à respecter le droit international, assorti il est vrai d’une mise en garde tout de même assez modérée.

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Crimée : tous à poil !

Posté par grosmytho le 18 mars 2014

C’est le printemps, il fait beau, et on a envie de chanter, avec JF Copé : tous à poil ! A poil l’Ukraine ! A poil l’UE ! A poil les USA ! A poil la presse !

crimea

 

L’aventure criméenne est un test en plusieurs dimensions.

Test avant tout pour l’Ukraine : son aptitude à évoluer vers la démocratie. Depuis son indépendance c’est le pays d’ex-URSS où l’expérience démocratique était la plus profonde mais aussi la plus chaotique. Contrairement aux pays baltes qui ont pris le pli assez facilement et sans grosses déconvenues, de l’intégration-éclair dans l’Otan à l’intégration dans l’UE, voire même pour l’Estonie et la Lettonie l’adoption de l’Euro. Contrairement aux « stans » (Kazakhstan, Kyrgizstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) qui ont tous opté pour des formes de dictature assez dure et généralement peu éclairée par les anciens chefs du PC régional reconvertis au capitalisme autocratique. Comme en Russie, en Arménie, en Géorgie, la démocratie se cherche en Ukraine. Il y a des germes et il y a des rechutes. Des élections généralement entachées de fraude et de coups de théâtre, des bagarres au parlement, les populismes toujours à fleur de peau. C’est un test d’aptitude de l’Ukraine à l’indépendance politique (envers la Russie, mais aussi l’Otan, l’UE), économique (gaz, aide internationale). Un test d’aptitude de l’Ukraine à cicatriser ses blessures territoriales et à reprendre une vie équilibrée après.

Un test pour la Russie. Oubliez ces histoires de minorités menacées : en Russie comme en Crimée, les deux minorités les plus importantes sont les Ukrainiens et les Tatars. Ces gens cohabitent depuis des siècles, en Russie, en Crimée, en Ukraine. La langue non plus n’est pas le problème : tous parlent russe (mais se réclament de cultures nationales différentes). Les questions sont autres. La Russie réussira-t-elle à intégrer rapidement la Crimée avec laquelle elle n’a pas de frontière terrestre ? Que se passera-t-il à Kharkov et à Donetsk ? Où passe réellement la frontière entre les peuples de Kiev et de Moscou ?

Sur ce test s’en greffent d’autres. La Crimée nous ramène à une véritable conférence de Yalta. La Russie vient à nouveau de gagner un coup de poker (après l’affaire géorgienne en 2008, après le sauvetage in extremis de la Syrie en 2013) : elle renaît donc en grande puissance capable de défendre ses intérêts contre la volonté d’une communauté mondiale soudée. L’Occident va-t-il prendre acte de ce changement et accepter la Russie comme acteur incontournable ? Ou va-t-il (comme c’est apparemment le cas aujourd’hui) la ranger dans la catégorie des Etats-parias contre lesquels on empile sanctions et menaces (Cuba, Corée du Nord, Iran, Syrie, Chine etc) ? Ces Etats que l’on n’ose pas attaquer militairement et contre lesquels on défoule une vertueuse et permanente indignation ?

L’Occident va devoir réévaluer la place de la Russie dans les affaires du monde, et cela peut conduire à une forme de découplage. Les USA vont sûrement refuser de prendre en compte les intérêts de la Russie en Europe de l’Est et continuer d’avancer leurs pions avec l’Otan : Kiev est la prochaine pièce à prendre sur cet échiquier. Mais l’Europe va retrouver ses choix déchirants d’autrefois entre amis (d’outre-Atlantique) et famille (Russie). Fin de la leçon d’anglais : on retrouve les réalités du gaz, des marchés en croissance, des opportunités de coopération technologique, militaire et même politique. L’Allemagne a la première compris cela – elle ne votera pas les sanctions.

La presse occidentale va elle aussi devoir évoluer ! Notre presse n’est libre que dans les limites qui vont de l’atlantisme modéré à extrême. Dans le cas de la Crimée, on l’a vue hésiter ; le challenge propagandistique était trop gros. Lisez les articles du Monde, et ensuite déroulez les commentaires : quand la ficelle est trop grosse, les contradictions trop évidentes, le public ne suit plus. Poutine n’est pas Hitler, les Criméens ne sont pas les Sudètes, un référendum n’est pas un crime contre l’humanité. Allons plus loin : les inquiétudes étasuniennes ne sont pas démocratiques mais géostratégiques ; le gouvernement putschiste de Kiev largement coopté par Washington n’est pas légitime ; la lumière doit être faite sur ces mystérieux snipers qui tiraient sur la foule et sur la police sur la place Maïdan.

Le cas criméen braque le projecteur sur les contradictions du monde occidental qui se voit toujours en chevalier blanc démocratique, parce que soudain les rôles sont renversés. C’est la Russie qui intervient et l’Occident qui se trouve face au fait accompli. Le droit des peuples à l’autodétermination fonctionnerait pour tous (l’Ecosse prépare un référendum en septembre), sauf lorsqu’ils choisissent la Russie ? L’intervention militaire dans des pays souverains serait toujours morale (Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Libye, Mali, Centrafrique, la liste est trop longue) et légitime, sauf quand c’est la Russie ?

Aujourd’hui la Russie, demain la Chine, après-demain le Brésil et l’Inde : le monde est redevenu multipolaire. La réunion du G8 de Sotchi ne sera pas annulée : elle va servir de nouveau Yalta.

 DERNIERE MINUTE: le dossier le plus détaillé à lire pour ceux qui veulent vraiment comprendre la situation ukrainienne est là avec texte, vidéos, infographies et tout.

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Les 4 vérités qu’on ne dira pas à Obama

Posté par grosmytho le 24 janvier 2014

Qu’un responsable politique s’envole pour la Chine, et la presse française lui imprime systématiquement une feuille de route : « Tibet, droits de l’homme, yuan sous-évalué, prisonniers politiques, vous devez dire à Xi Jinping ses quatre vérités ». La Chine est menaçante, la Chine est agressive, la Chine est dangereuse : la presse française instruit en permanence contre la Chine le procès qu’elle n’ose pas faire aux USA.

Caporal Pieds dans l'platLe 11 février, c’est un François Hollande à la situation sentimentale clarifiée (espérons) qui s’envolera pour les Etats-Unis. Voici les quatre vérités que François Hollande doit dire à Barack Obama. Pour que la France reste un allié inconditionnel des Etats-Unis, il faut que ce pays :

Renoue avec le respect du droit international. Depuis 2003 et l’invasion de l’Irak qui s’asseyait sur les résolutions de l’ONU, la politique étrangère des Etats-Unis semble avoir complètement occulté ce paramètre. Décomplexé par sa supériorité technologique et son prix Nobel, le pays multiplie les bombardements humanitaires et les frappes chirurgicales dans des pays souverains. Quand la Chine rappelle au monde le principe de non-ingérence, on s’indigne et on crie au cynisme. Comme si les aventures militaires occidentales de la dernière décennie avaient permis, au moins parfois, au moins partiellement, de rétablir la paix civile dans les pays visés ! A chaque fois, le volontarisme humanitaire affiché a précipité une catastrophe que les civils continuent de payer dix ans plus tard. Il est temps pour nos alliés de tirer les leçons de ces échecs et de ramener leur politique internationale dans le giron de la légalité.

Respecte les Droits de l’homme. La victoire du candidat Barack Obama, juriste, spécialiste du droit constitutionnel, avait suscité bien des espoirs pour la cause des droits de l’homme aux Etats-Unis. Il allait mettre fin au scandale des prisons extra-territoriales, des enlèvements et des détentions arbitraires, peut-être même au scandale d’être le seul pays démocratique pratiquant la peine capitale. Malheureusement, la réalité est juste à l’opposé. En 2011, le président Obama a prorogé pour une période de quatre ans le tristement célèbre Patriot Act qui autorise les détentions arbitraires et que dénoncent toutes les ONG de défense des droits. Il vient de prendre une position plus que lénifiante sur le scandale PRISM et les écoutes systématiques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, de dirigeants alliés aussi bien qu’ennemis. Ici encore, le charisme du président nobélisé, son habileté rhétorique, masquent et justifient des pratiques indiscutablement illégales.

Cesse de manipuler le dollar. C’est bien l’imprudence monétaire des Etats-Unis et non le yuan manipulé qui menace la finance mondiale d’une crise sans précédent. On est passé très près de la catastrophe en 2008-2009, et rien n’a été fait depuis pour réduire les risques. Les Etats-Unis ont décuplé leur production monétaire au lieu de chercher à réduire leur déficit. Résultat : un endettement record qui ne sera jamais remboursé et des échanges internationaux libellés en assignats. Le jour où les USA feront défaut, un tsunami monétaire aux conséquences encore imprévisibles s’abattra sur le monde. N’attendons pas la catastrophe pour sortir de la logique « le dollar, c’est notre monnaie et votre problème ». Il faut trouver enfin des solutions équitables au niveau mondial. Yes we scan

Renonce à persécuter les whistleblowers. En 2007, le candidat Obama avait invité les personnes qui en avaient connaissance à s’élever contre les actions illégales de l’administration. Dénoncer les errements de son pays pour qu’on puisse y remédier, c’est une façon positive d’être patriote. Et pourtant Manning, Snowden, Assange, tous ceux qui se sont indignés des violations par les Etats-Unis de leurs principes fondateurs sont désormais recherchés ou emprisonnés pour trahison, comme les dissidents et les activistes politiques le sont dans des pays non démocratiques.

Il ne s’agit pas de diaboliser les Etats-Unis ni d’en faire le Grand Satan. Ce grand pays et cette grande démocratie ont un rôle éminent à jouer dans le concert des nations. Mais notre allié d’outre-Atlantique jouera d’autant mieux sa partition qu’il aura pris le temps de réaccorder un peu son piano.

Ces principes de liberté, de légalité, d’équité, ont fait sa force et la nôtre. Ce sont ces principes qui donnaient au camp occidental son autorité et son aura auprès des pays en développement. Il est à notre portée de renouer avec eux.

Voici ce que François Hollande ne dira pas à Barack Obama. Mais il va sans doute s’expliquer sur le scandale Closer.

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2014 : l’année de la quenelle!

Posté par grosmytho le 22 décembre 2013

Vous avez vu un peu le buzz ? Dieudonné défraie la chronique !quenelle d'or

Insultante, la quenelle ? « L’insulte est un contrat: pour qu’il y ait insulte, il faut accord entre deux parties, nommées insulté et insulteur. L’insulté qui pousse les hauts cris, qui réplique, qui éructe, signe par ces manifestations le contrat qui le lie à l’insulteur et confère au contrat tacite sa validité et son opposabilité aux tiers. L’insulté qui accepte l’insulte se place sur un terrain d’égalité avec l’insulteur : compatibilité d’humeur, de langage et de moyens verbaux employés. Le conflit est alors réputé licite et peut valablement commencer ». (Extrait du Code Civil du Préhau et des Vestiaires art. 163 al. 3)

Donc oui, mais si et seulement si quelqu’un se sent visé. Apparemment il y a des cosignataires: ils se bousculent même au portillon. On (qui?) crie surtout à l’antisémitisme.

Antisémite, la quenelle ? C’est aller un peu vite en besogne : popularisée par Dieudo, lui-même décrété antisémite pour quelques amitiés douteuses et quelques blagues fumeuses (à moins que ce ne soit le contraire), la quenelle tombe-t-elle sous le coup de la loi ? Attention aux raisonnements circulaires : « C’est antisémite puisque c’est Dieudonné qui le fait ». Bientôt sur vos écrans : « Dieudonné est antisémite puisqu’il fait la quenelle ! »

Je ne suis ni spécialement fan, ni spécialement remonté contre Dieudonné. Je le comprends trop pour le blâmer : humoriste, il voulait penser un peu plus loin que l’humour. Dans le PAF il était seul. Il a voulu mélanger, parler de choses dont le PAF ne parle pas. La fatwa est tombée, plus lourde et plus unanime sans doute qu’il ne l’attendait (dans un pays dit « d’expression libre » – on n’est pas en Corée du Nord, tout de même). Il a dit que c’était de l’humour, qu’on l’avait mal compris ; le PAF a rétorqué : c’est de l’humour pas drôle. Tous ses amis d’hier se sont détournés pour protéger leur carrière.

Dieudonné est le symptôme des deux problèmes de la liberté d’expression à la française : premier problème, la liberté d’expression n’est pas absolue, donc où mettre les limites ? La diffamation ? L’appel au meurtre ? OK. Mais les lois mémorielles ! Telle catastrophe historique est sacrée, telle autre ne l’est pas. On peut rire de la répression à Madagascar, mais pas dire qu’il n’y a pas eu de génocide arménien. On peut faire des blagues sur les mains coupées de Léopold au Congo, mais pas sur les camps de concentration allemands. Deux poids deux mesures. Dieudo n’est pas en phase avec ça, il proteste, et il a raison.la malédiction de la quenelle

L’autre problème, c’est la solidarité un peu trop absolue des médias et de la classe politique. On a une presse pluraliste, et plein de chaînes de télé concurrentes ? Sur certains problèmes et sur certaines questions, on dirait qu’une autorité supérieure dit à tous ce qu’il faut dire et surtout ce qu’il faut penser. Dieudo est exclu à vie du PAF, interdit d’antenne, et même Valls, qui tenait des propos DLC dépassée sur les Roms, en fait une affaire personnelle.

Que peut faire Dieudonné ? S’enfoncer dans l’outrance et la caricature pour essayer de faire le buzz sur internet malgré l’omerta. Puisqu’on ne l’invite plus à la rubrique idées, il flirte avec la rubrique faits divers.

  quenelle géante  

C’est dommage, parce qu’il a des choses à dire et des gens pour l’écouter. Mais qu’il arrête de déguiser ça pour de l’humour : c’est beaucoup plus sérieux.

Que dit Dieudo ? Que, concernant les catastrophes et les grands crimes, les médias se tiennent à une affligeante politique de doubles standards. Les victimes appartenant au monde occidental ont un prix cent fois, mille fois plus élevé que les victimes appartenant au Tiers-monde. Y a-t-il du racisme ou de l’antisémitisme à constater cela ? Y a-t-il de la mauvaise foi ou de l’exagération à le dénoncer ? Faut-il faire taire le seul  qui contredit à la télé tous les Zemmour, les Bruckner, tous ces anti-flagellationnistes qui se trouvent sans cesse à la limite du révisionnisme historique ?

quenelle175

quenelle mode d'emploi

Césaire ne disait pas autre chose. Dans son Discours sur le colonialisme il met sur le même plan colonialisme et nazisme ; il voit dans le second l’inévitable punition du premier ; les méthodes appliqués aux non-Européens se répètent sur un peuple européen. Il proteste : c’était acceptable dans les colonies, c’est criminel en Europe ? 

quenelle made in France      quenelle made in USA

Vous me direz: la colonisation, c’est le passé. Arrêtons de ressasser les crimes anciens et essayons de dépasser tout ça. Oui, mais les attitudes de double standard se perpétuent et finiront par nous retomber sur la gueule. Que dira Obama le jour où un drone pakistanais larguera une bombe sur un immeuble aux USA ? Que dira Nétanyahou le jour où l’un de ses voisins annexera la moitié de son territoire ?

Tout ça et bien d’autres rebondissements encore plus inattendus, c’est pour bientôt ! 2014, année de la quenelle ?

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Chine: arrêtons les procès d’intention

Posté par grosmytho le 14 décembre 2013

Alors que la Chine vient de faire alunir son « Lapin de jade », je guette les articles dénonçant l’impérialisme spatial de l’Empire du milieu. Où sont les articles alertant l’Occident que la Chine est sur le point de déclarer la lune sa propriété inaliénable ? Ça serait logique, après tout : l’argument qu’on lui oppose dans le cas des Diaoyu/Senkaku est qu’elle n’occupait pas les îlots qu’elle revendique. Personne ne récuse le fait que la Chine les a découverts en premier, en 1372. Alors, c’est sûr, les Chinois vont établir une base lunaire, puis déclarer la lune « territoire chinois ». Aux Etasuniens qui voudront faire valoir leur droit de premier occupant ils rétorqueront : « Premier occupant ? Mais vous n’y êtes pas retournés depuis 1972 ? Partagez-vous les Diaoyu avec vos amis les Japonais, et fichez-nous la paix ».

 lapin de jade

Est-ce l’approche des fêtes de noël ? Je suis surpris par l’insouciance d’une presse libre qui est normalement plus vigilante. Qui nous a dressés à trouver menaçant le moindre geste chinois, et à nous alarmer encore plus de chacun de ses non-gestes. A chaque fois que la Chine signe un contrat en Afrique, on a droit aux gros titres sur le « néo-colonialisme chinois ». A chaque fois que la dette des USA auprès de la Chine franchit une nouvelle barrière psychologique on a droit au couplet « les USA à la merci de la Chine ». Baptême du porte-avions, manœuvres militaires, lancement  d’un satellite, il ne se passe pas un jour sans que ne paraisse un article dénonçant l’agressivité ou l’impérialisme de la Chine.

impérialisme chinois C’est souvent amusant de constater comment la presse libre fait à la Chine le procès qu’elle n’ose pas faire aux USA. Elle accuse d’avance la Chine, future première puissance mondiale, d’un impérialisme… pour l’instant hypothétique ! Dans le même temps elle feint de ne pas remarquer l’impérialisme parfaitement observable et mesurable des Etats-Unis. On a envie de dire que la méthode douce qu’a la Chine pour nous imposer sa dictature contraste agréablement avec les façons musclées des USA pour asséner la démocratie aux pays qui n’en sont pas pourvus. Si c’est ça son agressivité impérialiste, admettons au moins qu’elle ne force pas trop sur les drones et les invasions militaires. Qu’elle fait preuve de retenue sur les sanctions économiques.

L'UE NE LÈVE PAS IMMÉDIATEMENT SON EMBARGO SUR LES ARMES À LA CHINE

Agressive ? Impérialiste ? Je trouve au contraire qu’elle reste (pour l’instant) étonnamment fidèle à son principe de modestie sur le plan international (« profil bas et dissimulation »). Son refus de soutenir une intervention internationale en Syrie a été présentée comme le comble du cynisme alors qu’il reflète simplement l’approche chinoise de la « non-ingérence dans les affaires d’un pays souverain ». Principe chinois ? Il se trouve que c’est aussi celui du droit international.

On pourrait s’indigner si l’ingérence occidentale était souvent, ou même seulement  parfois, couronnée d’un succès au moins relatif. Mais les catastrophes en Libye, en Irak, en Afghanistan, où à chaque fois l’intervention avait été présentée comme un urgentissime devoir moral, doivent ou devraient inciter tout le monde à la même prudence que les Chinois.

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