Pavlov et la liberté d’expression

Posté par grosmytho le 24 mars 2017

L’art moderne qui veut faire réagir le spectateur nous en révèle beaucoup aussi sur ses auteurs. Comme cette résidence d’artistes polonais au Centre Ullens d’art moderne du 798 à Pékin. Ils ont un espace de liberté à remplir d’expression : deux murs blancs immenses plus le sol qui les sépare. Des pinceaux et des pots de peinture sont à la disposition des artistes et du public, et donc les murs se recouvrent de graffiti. 

polonais libres d'expression

Liberté d’expression ? en Chine ? L’expérience aurait pu être intéressante, malheureusement elle est tout de suite tombée dans le banal et le prévisible.

Que font des artistes (donc des provocateurs, des libres-penseurs, des anarchistes) en Chine lorsqu’on leur dit qu’ils sont libres d’agir à leur guise ? Ils commencent par dessiner (ils se sentent surveillés), mais ensuite, rapidement leur pente naturelle est de chercher à marquer les esprits, donc à passer aux slogans et aux caricatures. On aurait pu imaginer (j’ai en tout cas imaginé) que ces ex-communistes allaient montrer cet art subtil de la subversion au second et au troisième degré qui s’est développé à un tel niveau dans leur pays, par des allusions transparentes qui passent sous les radars de la censure instiller le doute dans les esprits préparés. Qu’ils allaient essayer de parler aux citoyens chinois qui vont visiter l’exposition tout en échappant à la vigilance des surveillants chargés de l’ordre public. En affichant, par exemple, des slogans exagérés qui imitent et ridiculisent l’optimisme de commande des systèmes communistes. 

25 years of freedomMais non : leur culture eurocentrée ne comprend rien à la Chine. Loin de chercher à parler aux gens, ils choisissent de jouer de leur immunité diplomatique (leur statut d’étrangers les protège de toute inquiétude) pour asticoter les autorités. Ils se contentent de ces slogans de panurge atlantistes qui ne signifient rien ici. Evidemment il y a l’inévitable « Free Tibet » (ce n’est pas politique, parce que ces gens ne connaissent rien à la problématique tibétaine) ; c’est simplement moutonnier, ça fait partie du jeu. Mais ce pavlovisme se heurte à celui des autorités chinoises : pendant la nuit, le slogan « pro-tibétain » est recouvert de peinture blanche ! Indignation des artistes qui me relatent, mi-excités et mi-indignés que leur astuce ait si bien fait réagir les autorités, le déroulement de l’affaire. « Pourquoi Free Tibet ? » je leur demande, faussement curieux. Pourquoi pas « Free Iraq » ou « Free Afghanistan » ? Je connais la réponse mieux que ces apprentis géopoliticiens qui m’approuvent mollement sans réellement saisir la contradiction : le soft power étasunien est maître dans leurs têtes et ils adhèrent sans réserve au partage officiel du monde en pays gentils et méchants. Le Tibet, pays ‘gentil’ ne peut pas faire partie de la Chine, pays ‘méchant’, et a donc vocation à être « libre » ; alors que les peuples d’Irak ou d’Afghanistan, au contraire, vivant dans des pays ‘méchants’, ne peuvent que bénéficier de la bienveillante tutelle de l’Oncle Sam …

les pinceaux

Plus étonnant, on voit aussi, barbouillé en grosses lettres, « 25 ans de liberté en Pologne ». Vraiment ? Leur enthousiasme démocratique est encore si fort, si jeune, si dépourvu de déconvenues, qu’ils le clament comme au premier jour. Je note : leur nouveau colonisateur leur plaît évidemment mieux que l’ancien : il faut en tenir compte. C’est humain : on est plus facilement consommateur que citoyen. On échange facilement deux barils de choix au supermarché contre un baril de liberté.

Liberté, vraiment ? C’est sûr, on ne risquerait rien (pas même la censure) en Pologne à écrire des slogans du style « US go home » ou bien « Free Irak ». Les autorités savent très bien tolérer l’ultra-minorité humaniste qui souffre et s’indigne (modérément) des crimes que l’on commet en son nom. Mais que se passerait-il s’ils représentaient le petit Jésus en train de sucer la bite du pape, ou la Vierge Marie en train de faire le trottoir ? Est-ce qu’on ne recouvrirait pas ces affreux blasphèmes au nom de la sauvegarde de l’ordre public ? Bien sûr que si. On est toujours fiers de bafouer les tabous des autres, parce qu’on n’a pas de tabous, nous autres. Nous, c’est des valeurs qu’on a. Faut pas confondre ! Et surtout pas question de les bousculer, hein, sinon gare ! 

vue d'ensemble

Où l’on apprend à distinguer la liberté ressentie et la liberté objective. L’adhésion aux thèses du colonisateur fait que l’on renonce à la seconde pour se repaître de la première.

Tiens ça pourrait faire un sujet pour le bac de philo: « La liberté existe-t-elle ou  bien n’est-elle que le choix d’un asservissement consenti ? »

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Quand le storytelling craque de partout…

Posté par grosmytho le 16 décembre 2016

Rue89 vient de publier un article qui fera date. Sous le titre « Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook » on a une journaliste parisienne, Nolwenn Le Blevennec, le cul bien au chaud dans son bureau parisien, qui nous explique placidement que le malheureux Pierre Le Corf, à Alep, ne comprend rien à la situation en Syrie.

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« Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité. »

Le « jeune Breton » ne prétend pas fournir un tableau d’ensemble, simplement il rend compte de ce que lui disent les Syriens qu’il côtoie. Pleine de mansuétude, la Bretonne beaucoup plus expérimentée, recherche dans la courte biographie du globe-trotteur Le Corf les éléments qui peuvent expliquer sa confondante naïveté. Le jeune Breton, sensible et émotif, est « imprégné malgré lui par la propagande du régime de Damas » affirme la Parisienne, sans s’interroger une seule seconde sur sa propre imprégnation par la propagande du « régime » de Paris.Afficher l'image d'origine

Et pourtant, cinq ans après le début de cette horreur, il serait temps de se poser quelques questions. Le vernis propagandiste craque de toutes parts. On sait depuis des années que le « printemps arabe » syrien est dès le début un soulèvement armé financé par l’Arabie Saoudite et le Qatar avec le soutien des Américains pour une histoire de gazoduc dont Assad n’a pas voulu. Il est clair depuis longtemps que le camp occidental, en dépit de ses échecs et de ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen, souhaite répéter une fois de plus sa stratégie du changement de régime en Syrie. Le flou entretenu par les Américains et les Européens sur leur soutien aux « rebelles modérés » ne tient plus : on comprend depuis au moins un an que les Russes disaient vrai lorsqu’ils affirmaient que l’Occident aidait en armes et en informations Al-Qaeda et Daech en Syrie, tout en prétendant les combattre dans le reste du monde. A partir de là, il est raisonnable de se demander, comme le faisait Poutine, si les préoccupations humanitaires affichées par l’Occident à grand renfort de trémolos, et même sa volonté de combattre le terrorisme à coups de « convois humanitaires », étaient bien sincères.

Des révélations lancées par Wikileaks, Sputnik news, Russia Today, le Canard enchaîné ou le blog d’Olivier Berrurier, remplies d’indices concordants et de faits irréfutables, documentent la déroute de l’information officielle. Toutes ces informations montrent que parmi les dirigeants démocrates, l’obsession anti-Bachar a balayé toute autre considération ; trahisons historiques, victimes civiles, crimes de guerre, mensonges énormes, alliances contre-nature, tout est considéré comme nécessaire, voire souhaitable (on se rappelle de Fabius et le « bon boulot » d’Al-Qaeda en Syrie). Personne ne se pose d’ailleurs sérieusement la question, au-delà de l’objectif de « faire partir Assad », du sort de la Syrie future.

Afficher l'image d'origineLes mensonges officiels s’effondrent les uns après les autres comme un château de cartes, on pourrait s’attendre à un mea-culpa de la part de la presse démocratique similaire à celui qui avait suivi les charniers de Timisoara. C’est le contraire qui se produit. Une offensive propagandiste sans précédent, une sorte de « mère de toutes les batailles » médiatiques, est lancée. Baroud d’honneur ou début d’aveu ?

Le storytelling réagit avec ses armes, montant en épingle des situations ponctuelles (parfois totalement falsifiées, parfois simplement isolées de leur contexte) pour tirer les larmes du public. On a ces tweets de la fille de sept ans qui raconte dans un anglais parfait l’agonie de sa famille dans Alep-Est « bombardée par le régime » ;  on a ces histoires répétitives de « dernier hôpital bombardé » ; on a John Kerry qui en appelle à « la compassion » de Poutine pour qu’il accepte un cessez-le-feu au lieu de mener à son terme la reconquête d’Alep. La propagande de guerre est assiégée à Alep-Est. Va-t-elle se rendre à l’évidence et capituler ?

Voyez cet article surprenant des « Décodeurs » du Monde qui commencent à mettre prudemment un peu d’eau dans leur vin en avouant : « la désinformation n’est pas l’exclusivité d’un camp ou de l’autre. »

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Ce que nous enseigne le conflit syrien

Posté par grosmytho le 16 octobre 2016

Alors que la propagande russe est dénoncée par les médias chargés de la propagande atlantiste, que les « experts » de tout poil échafaudent de hasardeuses hypothèses et que les politiciens de tout bord continuent d’habiller les faits d’éléments de langage, tirons quelques conclusions provisoires de cette boucherie.Afficher l'image d'origine

1)    Un dictateur vaut mieux qu’une guerre civile.

On l’a vu en Irak, en Libye, on le voit en Syrie : un dictateur en place, aussi antipathique soit-il, vaut toujours mieux que la guerre civile. Laissons là le marketing militaire qui suggère qu’après la bienfaisante pluie de frappes démocratiques on verrait fleurir une oasis d’élections pluripartites départageant de charmants politiciens plus modérés et polis les uns que les autres : dans des pays en proie au sous-développement et aux rancunes ethniques, c’est immanquablement la guerre civile qui vient remplacer un pouvoir fort qui était là pour une bonne raison.

D’ailleurs « le régime » de Damas voué aux gémonies par la presse internationale est vu par les malheureux Syriens comme leur seul rempart contre le chaos, et c’est bien vers les zones sous contrôle gouvernemental que fuit l’immense majorité des réfugiés. Le Monde, pourtant viscéralement anti-Assad, l’avoue lui-même, à mots couverts : « cette banlieue de Damas, (…)  Sa population avait été évacuée vers des zones sous contrôle gouvernemental, tandis que les combattants étaient transférés par bus vers Idlib, une autre place forte de la rébellion » Que les terroristes se sauvent vers une autre place forte de la rébellion, OK. Mais quid de cette mystérieuse « évacuation » des civils vers « des zones sous contrôle gouvernemental » ? Evacués par qui ? Pas par les terroristes en déroute, je suppose. Ni par « le régime » qui a d’autres chats à fouetter. Ce sont donc bien les civils eux-mêmes qui se sont réfugiés dans des zones relativement les moins dangereuses.

Afficher l'image d'origineC’est un secret de polichinelle savamment entretenu : si demain la Syrie devait voter, Assad l’emporterait largement, et non pas d’illusoires « rebelles modérés. »

2)    Les rebelles modérés n’existent pas.

Magie du marketing militaire : on accole deux termes antinomiques pour faire naître un concept vague mais enchanteur qui arrange tout le monde. Prendre les armes pour combattre, faire la guerre, tuer, même si l’objectif final est le triomphe de la paix, ce n’est pas être modéré. Les Américains le comprennent parfaitement mais maintiennent cette fable officielle complaisamment reprise par toute la presse démocratique.

Afficher l'image d'origineQui sont-ils, ces « modérés » ? Ceux que l’on a vu sur une vidéo égorger un soldat de l’armée syrienne capturé, avant de lui arracher le cœur et de mordre dedans à pleines dents ? Qui est modéré en Syrie ? Les groupes armés salafistes-jihadistes ? Ceux financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar peut-être ? Ou alors cette force de 5000 hommes, formés et équipés par les Américains, qui a fait défection en quasi-totalité pour rejoindre Al-Nusra (autrefois Al-Qaeda, désormais rebaptisée Jabhat Fatah al-Sham) ?

On a beau chercher, arguer, insinuer, chipoter : il n’y a pas en Syrie d’opposition démocratique armée, pas plus qu’il n’y a de terroristes modérés. Les calembredaines du début se transforment de plus en plus ouvertement en mensonges. Qui nous ment et pourquoi ?

3)    Le cynisme de nos dirigeants démocratiques ne connaît pratiquement pas de limites.

Terroristes modérésLa guerre, pour un dirigeant démocratique entravé par toutes sortes de limites et de contre-pouvoirs, c’est un ballon d’oxygène. Oui, certes, il y a des victimes et des morts, mais vous connaissez le premier principe de la politique « on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. » Et l’omelette est délicieuse ! Une opposition muselée par l’impératif patriotique ! Un recours au secret-défense à chaque fois qu’une question embarrassante est posée ! Une menace terroriste savamment attisée qui tétanise l’opinion ! Le chef martial se pose là dans les sondages, auréolé de ses échecs qui lui font comme de vénérables blessures de guerre. Sans compter le soutien des milieux d’affaires pour qui la guerre est une aubaine. Bush a eu sa guerre, Sarkozy a eu sa guerre, et Hollande en serait privé ?

Pas de conclusion optimiste en vue puisque de partout, c’est le parti de la guerre qui l’emporte. Hillary-la-fauconne aux USA, Juppé ou Hollande chez nous, les « Amis de la [guerre en] Syrie » semblent devoir conserver le pouvoir. On va encore entendre ces bouchers se lamenter sur le sort des veaux syriens qu’ils font charcuter par d’autres depuis six ans.

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Comment voter sans se trumper ni provoquer l’hillaryté?

Posté par grosmytho le 28 septembre 2016

 

Bien des gens dans le monde considèrent la démocratie comme un système précieux et insurpassable, apanage de quelques peuples supérieurs. Ils devraient considérer d’un peu plus près l’élection présidentielle américaine.

 November 5, 2014

Si l’on en croit la liturgie officielle, le peuple américain est appelé aux urnes pour se choisir un nouveau président, et ainsi définir les grandes orientations de la politique pour les quatre ans à venir. Vraiment ?

 

On peut en douter devant la bataille de gougnafiers qui oppose les deux partis uniques. Certains font remarquer que les deux candidats sont impopulaires dans leurs camps respectifs. N’est-ce pas paradoxal, alors que l’on est en démocratie, que le peuple souverain se retrouve ainsi à choisir entre la peste et le choléra ? N’est-ce pas étonnant, dans un pays rempli de personnalités brillantes et charismatiques, que les seuls candidats restants soient un milliardaire ignorant, raciste et misogyne, et une vieille sorcière rongée par l’ambition ?

 Hillary

S’il n’y avait que les candidats ! Le niveau du débat lui-même est abyssal. Au lieu de discuter des problèmes du pays, dieu sait s’ils sont nombreux, les candidats se jettent à la figure insultes et insinuations. Hillary soupçonne Donald de dissimuler le niveau réel de sa fortune (qui serait en réalité plus importante, ou moins, on ne sait pas trop), Donald accuse Hillary de cacher la vérité sur sa terrible maladie (laquelle ?)

 

Donald Trump se pose en candidat anti-système (un grand classique) qui veut expulser les migrants et réduire la fiscalité des riches. Hillary Clinton, qui campe l’empathie démocrate, entend réduire les impôts des pauvres et aider les étudiants endettés. Mais on sait bien ce qui se passera, quel que soit le vainqueur ! Le républicain veut mettre fin aux guerres ruineuses dans lesquelles le pays se lance et s’embourbe depuis 2001, la démocrate aussi. Mais on sait déjà que, dès janvier 2017, le nouveau leader du monde libre annoncera une campagne de bombardements humanitaires dans quelque nouveau pays musulman assoiffé de démocratie.

 Trumpstupid

Si encore il y avait un processus de réflexion politique… mais toutes les déclarations des candidats sont calibrées dans le but unique de disqualifier l’adversaire et de grappiller quelques voix « indécises. » Jamais, au grand jamais, il ne s’agit de l’annonce réelle d’un programme.

 

Et la presse démocratique dans tout ça ? Joue-t-elle son rôle d’éclairage, de déchiffrage, d’investigation ? Entièrement acquise à la cause d’Hillary, elle semble hypnotisée comme un papillon dans la lumière. Elle a dissimulé avec la dernière énergie la maladie de la candidate avant d’admettre à contrecœur et avec bien du retard, le 11 septembre, qu’elle souffrait d’une « pneumonie. » Elle traîne Trump dans la boue depuis le début de la campagne, le traite de « bouffon » et d’« ignorant », des qualificatifs qu’il mérite, certes, mais qui semblent impuissants à freiner sa progression dans les sondages.

 

Sick & tiredC’est là le côté surprenant de cette campagne : le rouleau compresseur Clinton, qui pensait avoir verrouillé, intimidé ou acheté l’ensemble des forces politiques du pays, qui a dans sa poche les pontes du parti démocrate et une bonne partie de ceux du camp adverse, plébiscité par les milieux économiques, qui se prévaut du vote de pratiquement toutes les minorités, qui dépense des milliards en publicité pour salir l’adversaire républicain, peine à écraser celui qui devait jouer un simple rôle de méchant hollywoodien pour s’effacer théâtralement vers la fin.

 

Comme un os en travers de la gorge, l’épouvantail refuse de tirer sa révérence ! Pire, l’unanimité des experts et des médias qui dénoncent avec suffisance le populisme agace les électeurs. Loin de calmer le jeu, elle attise le vote protestataire dans une Amérique profonde qui, loin des studios de télé où les élites papotent entre elles, balance entre colère et désespoir…      

 GOP-Minimum-Wage

Si le système de manipulation des esprits échoue, recourra-t-on, comme en 2000, à la manipulation des urnes ? C’est là l’unique suspense d’une démocratie usée qui révèle ses mécanismes tordus.

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L’encerclement (des cons par les salauds et réciproquement)

Posté par grosmytho le 11 janvier 2016

J’ai regardé sur les conseils d’un pote le documentaire sur les méfaits du capitalisme qui date déjà un peu, puisqu’il est sorti en 2008, appelé l’Encerclement, du Canadien Richard Brouillette.50 years of capitalism

C’est drôle ce documentaire ; comme il donne la parole aux uns et aux autres, on s’aperçoit d’une chose rarement vue (puisqu’on écoute normalement un camp et qu’on déteste l’autre comme la peste). Libertariens et altermondialistes ont peur de la même chose, qu’ils voient arriver de deux côtés opposés.

Leur hantise : qu’on leur prenne leur bien. Mais ils soupçonnent deux entités différentes.

la-crise-financiere-expliquee-aux-nulsLes premiers, les libertariens, ont peur d’un Etat totalitaire, confiscatoire, qui leur « vole », pour le redistribuer à d’autres, aux parasites, le produit de leurs efforts. Les altermondialistes partagent la même peur, en sens inverse : celle des corporations, des monopoles, des monstres mutants du CAC40 qui leur vendent sous forme privatisée, à des prix astronomiques, les services qui étaient autrefois assurés gratuitement ou presque, éducation, santé, etc. Ou qui du moins étaient largement encadrés, modérés par l’Etat, garantis aux plus démunis. Or avec la privatisation de la sncf, de l’électricité, de l’eau, bientôt des logements sociaux, toutes ces garanties s’envolent les unes après les autres.

 

Il est évidemment plus facile de compatir avec les seconds qu’avec les premiers.nature-humaine-capitalisme

D’abord, parce que les premiers ont le vent en poupe. Dans le monde entier l’Etat recule, cède à leurs caprices, le vent du libre-échange et de la privatisation souffle à tout va. Législation, barrières tarifaires, réglementation du travail, tout craque, s’effondre, cède à leurs exigences insatiables. Je m’engage à pleurer sur le sort des riches lorsque le balancier repartira dans l’autre sens, qu’ils seront expropriés et parfois fusillés (les riches lâchent moins volontiers leur magot que les pauvres, qu’il suffit souvent d’effrayer ou de distraire).

 

Deuxièmement parce que la vision des premiers, conformément à leur théorie d’ailleurs, est très simpliste : occupés à faire de l’argent dans leur domaine d’expertise, ils n’ont que peu de temps à consacrer aux rébarbatives études de sociologie et d’économie, aux interactions et aux implications. Ils se contentent d’un slogan simple, qui est « l’Etat me vole pour donner mon argent aux pauvres, l’assistanat ruine le pays ». Alors que les altermondialistes, occupés à être chômeurs ou étudiants, disposent de temps pour aller sur internet, fouiller les forums, échanger des idées, refaire le monde, recalculer etc. D’où un discours bien plus diversifié, fouillé, argumenté, convainquant.

Troisièmement, enfin, parce que les premiers sont peu nombreux, minoritaires, souvent cyniques, brutaux, égomaniaques, tandis que les seconds représentent la foule, le pays, le monde, l’humanité finalement, dans sa diversité et sa touchante stupidité moutonnière.  

néo capitalisme

Reste qu’ils ont peur de la même chose : la perte matérielle, les uns par l’excès d’Etat, par l’insuffisance d’Etat pour les autres. Comment se fait-il que personne ne constate l’évidence ? Qu’il faut trouver un juste milieu ? Marre des balanciers qui tantôt arment les bolcheviks au couteau entre les dents, et tantôt les 200 familles ! Ce qu’il nous faut c’est un Etat fort, redistributeur, libéral avec les petites entreprises, vigilant avec les grosses, capable de tenir la bride des banques et des multinationales, comme de lâcher un peu la grappe aux PME. 

affiche_crisecapitalisme

Petite remarque complotiste pour conclure : comme à chaque fois qu’un film touche une question qui remet en cause la pensée unique, il est réalisé de façon à repousser le public. Plans fixes interminables, noir & blanc, intervenants au saut du lit qui expliquent, hésitent, se reprennent, se grattent le nez… des titres de chapitres et des résumés affichés sur fond noir et accompagnés de grincements sinistres… Jamais une image ou un graphique, un exemple, quelque chose d’autre que ce texte ultra-académique parlé ou écrit. Comme plus récemment Citizen four, il rafle les prix confidentiels du cinéma alternatif, mais n’atteint pas le public plus large. Seuls les altermondialistes les plus convaincus s’infligeront le visionnage intégral de ce monument de soporifisme qui dure 2h40…

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Le rêve éveillé

Posté par grosmytho le 9 décembre 2015

Réflexion au saut du lit : l’idéologie politique est aujourd’hui totalement dominée par la droite.Comme on a pu le voir aux élections régionales, c’est désormais FN et LR qui se tirent la bourre, tandis que le PS idéologiquement umpisé leur court après.le-reve-picasso détourné

Nécessité d’équilibrer les comptes de l’Etat, mythe de la réussite financière proportionnelle aux mérites de chacun… C’est ridicule mais ça marche : le bon peuple a complètement intégré le fait que les chômeurs sont des petits saligauds qui cherchent à profiter du système, qu’il faut réduire les impôts des riches sous peine de les voir s’exiler, etc… Incroyable : la gauche, maintenant qu’elle a abandonné toute prétention idéologique, cherche à comprendre, avec ses économistes et ses sociologues, à dépassionner, à analyser rationnellement, mais ses arguments ne portent plus. Todd a été lynché médiatiquement pour son analyse des attentats de janvier, alors que les Sorman, Zemmour et consorts pleurnichent sur toutes les chaînes qu’on veut les faire taire… Piketty a certes connu un succès de librairie, mais c’est l’exception qui confirme la règle.

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La gauche a eu son heure de gloire. Dans les années 60, c’était Mao qui fascinait la jeunesse. Le rapport de forces était inversé : alors que les communistes se déchaînaient avec leurs expériences stupides et cruelles, ils avaient le soutien de toute l’intelligentsia ! C’était la droite qui ramait à l’époque pour expliquer la nécessité des petites entreprises, du privé, de l’investissement et de la recherche. Le bon peuple se laissait bercer par des fadaises faites de propriété collective des moyens de production et des histoires d’autogestion…ben

 

 

Encore avant, c’était l’Eglise qui faisait recette, contre les représentants de la rationalité et du progrès technique. Superstitions et Bible comme uniques sources d’info, réfutation hystérique de tout ce qui était matériellement observable… Relire les Travailleurs de la mer…Tant que l’Eglise était rigoriste et bottait les culs, assénait du latin et excommuniait, on la suivait. Mais dès qu’elle s’est adoucie, qu’elle a commencé à parler d’un dieu gentil, aimant et pardonnant, de partage et de respect de l’autre, ç’a été le début de la fin !

Comme quoi le populo est et reste une bête. Navigant dans une sorte de rêve éveillé, il préférera toujours celui qui sait raconter à celui qui sait faire.

 

LE REVE AMERICAIN

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Moutons à deux pattes

Posté par grosmytho le 25 novembre 2015

« La première victime du terrorisme, c’est la vérité. La seconde, c’est la liberté »

cabaleC’était assez extraordinaire de lire en janvier dans Charlie Hebdo (hebdo, rappelons-le, satirique) cette curieuse réfutation par avance, par présomption d’antisémitisme, de toute version non accréditée officiellement (voir ci-dessous). En novembre, c’est cette fois Rue 89 qui s’empresse de sauter à pieds joints dans le plat pour se moquer de leurs « théories du complot préférées ».

Alter-Info, de son côté, faisait la liste des hasards de calendrier et des coïncidences troublantes avant et après les attentats parisiens du 13 novembre.

conspiracy

Où l’on voit que le choc et la peur provoquent, chez les uns et les autres, deux réactions opposées. Complotistes et versionofficialistes.

 

Théories du complot : évidemment, des recoupements bizarres sont faits, des chronologies suspectes pointées, des hypothèses farfelues échafaudées. Notre esprit a besoin d’un continuum et les trous de notre matrice informationnelle doivent être colmatés. C’est humain. On sait de façon certaine que A, et on apprend soudain que B… manque le lien, notre cerveau est fait pour relier nos certitudes entre elles par des connexions logiques. Bien sûr, ces connexions sont plus ou moins inventives, plus ou moins détaillées, plus ou moins étayées par d’autres infos. Mais c’est normal d’échafauder un pont logique entre les événements. C’est le réflexe d’un mathématicien ou d’un mécanicien qui constate que le système étudié donne un résultat inattendu. On forme l’hypothèse mais comme il manque la possibilité de vérification expérimentale, on reste coincé dans le probable invérifiable.  

 

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L’autre réaction est plus bizarre mais tout aussi naturelle : c’est la ruée vers le bunker idéologique. Retour à la Bible et au curé, ou dans le contexte moderne, faire table rase de tout ce qui n’a pas été annoncé depuis le sommet de l’Etat, voire même de certains messages et lapsus officiels, s’ils contredisent la thèse autorisée d’ensemble.  Balayer d’un revers de main toutes les incohérences de la parole autorisée, les passeports ignifugés, contexte géostratégique pourtant bien connu, les petites manigances largement documentées.

Tout cela est oublié, et les dirigeants irresponsables dont les petits jeux dangereux nous ont pété à la figure se drapent dans une autorité renforcée. Nous expliquent les sacrifices auxquels nous allons devoir consentir.

Tout se passe comme si notre capitaine de pédalo et son équipage nous avaient depuis toujours convaincus de leur absolue compétence et de leur sincérité inébranlable. Ils peuvent compter une fois de plus sur le réflexe moutonnier des foules apeurées.

Comme autrefois les chrétiens qui se barricadaient dans la foi de charbonnier en un dieu tout-puissant infiniment bon aux voies impénétrables, même et d’autant plus lorsque frappaient le malheur et l’injustice.

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D’un côté une imagination boostée par la panique, une bouffée d’adrénaline créative, une recherche un peu brouillonne d’explications… de l’autre, une volonté farouche de se raccrocher à l’autorité de l’Etat, faisant fi des complicités, des culpabilités et des irresponsabilités pourtant connues.

Mi-humains, mi-moutons, finalement.

 

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« A ceux qui font le jeu du FN » … par Cassandre

Posté par grosmytho le 19 septembre 2015

Des conflits ethniques en France, c’est ça que vous voulez ? L’apartheid ? Des territoires occupés, des murs de séparation ? Une guerre de religion ? Une guerre civile ? Une guerre de civilisation ?

Le monde se divise en pays prospères et en pays bordéliques. Les pays prospères, en gros, sont les pays mono-ethnie, ceux qui se sont formés lentement, et où, à force de siècles de guerres, de génocides et d’arrangements familiaux aristocratiques, on a fini par faire coïncider au mètre près ethnicité et territoire national. Grands ou petits, ils savent qui ils sont et où ils vont. Ils voisinent avec d’autres pays où, là aussi, on sait qui on est et où on va. Les pays bordéliques sont les pays multi-ethniques : en général ce sont les pays récemment formés, parfois à grands traits de règle sur une carte par des puissances totalement étrangères. Les ethnies s’y divisent en majoritaire et minoritaires, et elles se détestent ou se méprisent.

Ça n’existe plus en Europe, les groupes ethniques, enfin plus… ou pas encore. Chaque groupe ethnique dispose depuis quelques décennies au moins des trois éléments-clés : sa langue, son histoire, son territoire. D’où un calme relatif. Les Français sont contents d’être français, les Allemands d’être allemands, etc. A part quelques têtes brûlées (Basques, Corses, peut-être ?), il ne vient plus à l’idée de personne de contester violemment des frontières établies à un prix aussi exorbitant.

L’identité nationale, ou ethnicité, c’est à la fois facile et difficile à définir : c’est instinctif, viscéral, épidermique. C’est la tribu à laquelle vous vous sentez instinctivement appartenir. La tribu pour laquelle vous sentez un pincement au cœur si elle subit un accident d’avion ou perd un match de foot. Toute ethnie repose sur un mensonge fondamental : on définit l’ethnicité comme ce qui se transmet par la naissance (génétique), alors qu’il s’agit d’un caractère acquis (culturellement). Pour paraphraser Simone de Beauvoir, « on ne naît pas (français, arabe, juif, russe, etc), on le devient [à force d’entendre d’autres Français parler de tout ce qui fait le caractère français] ».

C’est l’absence de minorités nationales qui distingue les pays prospères des pays bordéliques : les minorités nationales sont la plaie du reste du monde. Certains pays ont crû trop vite : les tribus périphériques phagocytées n’ont pas eu le temps d’être digérées. D’autres ont été tracés à la diable à grands coups de règle par des gens peu au fait des subtilités locales, d’où minorités nationales étrangères dans leur propre pays et coupées de leurs racines ancestrales. Dans d’autres pays enfin, de douteuses mythologies nationales sont ranimées à grand renfort de budgets marketing débloqués par de mystérieux amis pas forcément toujours bien intentionnés…

Certains pays font très attention à ce que l’identification citoyenne reste la plus forte. Les USA, Cuba, la Chine, l’Iran, d’autres encore, parviennent, parfois difficilement, à sublimer les différences. L’égalité de droit et de traitement, la liberté (même insuffisante mais) également répartie, la conscience d’un danger externe, entretiennent un certain niveau minimal de fraternité.  D’autres, comme la Yougoslavie, l’URSS, le Soudan, le Yémen, cèdent soudain à l’hystérie ethnique et se déchirent en petits morceaux.

Avec vos prophéties auto-réalisatrices, c’est ce qui nous pend au nez. Les Hutus et les Tutsies, c’est ça votre idéal ? La guerre d’Algérie II, c’est ça que vous voulez chez nous demain ?  

L’antidote est pourtant simple. Les accusations et les reproches ne sont recevables que s’ils concernent un fait précis et s’adressent à des personnes précises. « Je reproche à Mohamed X. ces faits circonstanciés et datés » est recevable, « Les Arabes font ça tout le temps et souvent pire » ne l’est pas. « Untel a campé illégalement sur ma propriété de telle date à telle date » est recevable, « les Roms ont vocation à rentrer chez eux » ne l’est pas (quels Roms ? où est « chez eux » ? précisez). Les accusations précises (ou alors contre X lorsqu’on ne connaît pas l’identité du malfaiteur) font le jeu du droit, les accusations vagues et généralistes font le jeu du FN. C’est pourtant simple.

Au lieu de se déchirer entre droit du sol et droit du sang, appliquons le droit tout simplement. N’appelons plus « immigré » celui qui est français depuis trois générations. Cessons de tenir à l’écart ceux que nous invitons à « s’intégrer ». Cessons, en résumé, ces distinctions subtiles que la loi ne reconnait pas.

C’est simple mais c’est trop compliqué pour la majorité de nos concitoyens. Pas seulement les nôtres : la problématique des « étrangers trop nombreux » et des « étrangers qui veulent nous imposer leurs coutumes » est dominante dans tous les pays démocratiques, instrumentalisée dans toutes les élections du globe. C’est plus facile de s’insurger contre des généralités vaguement ressenties que de trouver un fait précis dont on a été victime personnellement. Ce qui tend à prouver que l’hystérie FN est basée sur du vent.

Ça ne l’empêchera pas de vaincre. Un billet d’humeur de temps en temps, le mien, le tien, ne peuvent rien contre le matraquage quotidien de TF1 et de M6. Contre tous ces « témoins oculaires par écran interposé » qui ont vu, de leurs yeux vu, et souvent, des salauds basanés commettre toutes sortes de méfaits. D’où la préférence nationale qui se décomplexe, la discrimination qui devient la norme, la stigmatisation et l’exclusion qui deviennent lieux communs, et la division ethnique du pays qui se parachève. Bientôt on aura des quartiers, des commerces, des transports, des discothèques ethniques. Les unes pour les BBR, les autres pour les « minorités visibles ». Plus on évoluera dans un environnement ethniquement séparé, plus facilement circuleront des rumeurs à faire dresser les cheveux sur la tête, plus se multiplieront les légendes urbaines horrifiantes. D’un côté comme de l’autre du mur de séparation, monteront la haine et la peur. La haine et la peur ont déjà leurs chefs tout désignés du côté majoritaire. Il suffit qu’il s’en désigne du côté minoritaire pour que puisse commencer la représentation. Ce vieux théâtre classique, il a toujours eu beaucoup d’acteurs et encore plus de spectateurs. On a souvent comparé ça à un incendie, qui prend ici puis embrase tout. Ou alors à une pièce de théâtre Shakespearien où soudain l’intrigue devient réalité, où tout le monde s’entretue à la fin…

Tout fait en ce moment « le jeu du FN ». C’est l’accusation ultime : « Il/elle fait le jeu du FN ». Il y a le FN, bien sûr, et ce serait franchement trop lui demander que de ne pas faire son propre jeu. Et puis il y a les ténors « républicains » qui, à force d’accusations collectives, d’histoires invérifiables de pains au chocolat et de racisme anti-blanc, font le jeu du FN. Eux-mêmes accusent les socialistes (avec leurs impôts, leur attitude bisounours, leur bien-pensance, leur boboïtude, entre autres) de « faire le jeu du FN ». Et puis TF1, et puis M6, à force de chercher l’audience en remplaçant le traditionnel « Journal de 20 heures » par « Détective et invective », alimentent la haine et la crispation identitaires, font eux aussi, « le jeu du FN ». Cause ou résultat ? Les électeurs, à chaque élection, flirtent d’un peu plus près avec la tentation de « faire le jeu du FN ».

« Liberté, égalité, fraternité » : ce n’est pas une description mais un objectif. Un horizon, certes un peu idéaliste et un peu naïf. Inatteignable ? Oui, comme l’étoile polaire, qui donne le cap.

Ma prophétie n’est pas auto-réalisatrice, mais malheureusement elle se réalisera, grâce au patient travail de mes destinataires et à l’idiotie de leurs ouailles.

Cassandre, visionnaire

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Mistral : de Charybde en Scylla

Posté par grosmytho le 8 septembre 2015

Il faut reconnaître à François Hollande deux qualités majeures pour un homme d’Etat : il est persévérant (dans l’erreur) et perfectionniste (dans le fiasco). Grâce à ses soins attentifs, à sa vigilance de tous les instants, à son inventivité créative, à sa clairvoyance sur le long terme, l’affaire des Mistral rivalise désormais avec la campagne de Russie en termes de Berezina de proportions historiques.pédalo

Le Canard enchaîné a révélé les dessous de l’accord calamiteux passé avec les Russes ; le quotidien russe Izvestia se penche quant à lui sur l’avenir sombre des bâtiments que le Président veut croire « pratiquement vendus »…

D’après les données recueillies et compilées par l’hebdomadaire satirique paraissant le mercredi (déjà démenties par l’intéressé mais confirmées sur Sud Radio par le général Norlain), la facture d’1 milliard d’Euros est largement sous-estimée. Il faut compter les frais d’annulation du contrat, la perte du contrat d’entretient sur trente ans, l’annulation des autres contrats en vue pour d’autres systèmes d’armes avec la Russie… Au total, 2,3 milliards au bas mot. Les Russes rient sous cape : remboursés des sommes avancées, ils vont pouvoir construire eux-mêmes, dans leurs chantiers navals, les deux navires qui étaient prévus au titre du transfert de technologie… voire plus : suite à la dévaluation du rouble en raison des sanctions européennes, les 45 milliards de roubles qu’ils ont déboursés ont donné lieu à un remboursement de 60 milliards par la France. Plus l’adaptation des 52 hélicos russes et des quais de la base navale de Vladivostok, royalement remboursés dans la foulée par notre pays qui décidément déborde de liquidités excédentaires.

Mais la catastrophe financière ne s’arrête pas là. Il faudra, apprend-on, compter avec les frais d’entretien, d’assurance et de gardiennage des coques, en attendant leur revente, que des estimations très vagues en provenance de diverses sources situent dans une fourchette allant de 1 à 5 millions d’Euros par mois.

Notre génial stratège élyséen nous annonce que les bâtiments que l’on a refusé de livrer à ses propriétaires légitimes ont déjà trouvé preneur… Deux pays à la pratique démocratique absolument irréprochable auraient d’ores et déjà signifié leur accord pour reprendre les Mistral construits dont la marine française ne veut sous aucun prétexte : l’Egypte et l’Arabie saoudite.

Hélas, comme le souligne le quotidien russe (édition du 31 août) : il ne s’agit que d’une promesse intenable de plus. Premièrement, parce que si la France a effectivement recouvré son droit de propriété sur les coques désarmées, elle n’aura pas pour autant le droit de les fourguer à qui elle veut : la Russie dispose d’un droit de veto, (sans limite de durée, à en croire les Izvestia) dont elle pourra user, voire même abuser, à son gré pour se venger un peu des humiliations subies. Apparemment, le veto est mis pour l’Arabie saoudite mais l’option égyptienne bénéficierait d’un a priori favorable.

Deuxièmement, et c’est plus embêtant encore, le Mistral est un BPC (bâtiment de projection et de commandement) qui, comme son nom l’indique, est prévu pour commander un important groupe naval. Vedettes, destroyers, sous-marins d’attaque, sont censés entourer et défendre le navire-amiral, qui serait vulnérable et inutilisable sans eux… Des équipements que ne possèdent pas le Canada ou le Brésil, souvent cités comme candidats possibles au rachat. On voit mal l’Egypte investir dans ce genre de babioles complémentaires, même à prix cassés.

Il y a donc fort à parier que les deux Mistral vont rester en rade plusieurs mois, voire plusieurs années, avant qu’on ne finisse par leur appliquer la solution, déplorable sur les plans politique et environnemental, qui consiste à les couler ou à les démanteler.

Pas avant 2017, bien sûr, parce que ce serait là le dernier clou dans le cercueil politique de « Moi-Président »…

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Nucléaire iranien : qui ment ?

Posté par grosmytho le 4 juillet 2015

trustLe même jour deux articles publiés dans le monde, aussi parfaitement sérieux et renseignés l’un que l’autre, exposent sans passion excessive les enjeux sur le dossier du nucléaire iranien.    

L’un par Yves-Michel Riols, journaliste du Monde, qui reprend les principales données fournies, depuis une douzaine d’années de laborieuses tractations, par les membres occidentaux du groupe 5+1. Le second, par François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique, beaucoup plus bref, reprend point par point les questions qui restent en suspens alors qu’un accord doit être signé dans quelques jours.

peaceful

 

Le problème est que ces deux articles se contredisent sur un point capital, essentiel, crucial ! Alors que le premier explique que la méfiance occidentale envers l’Iran, la réticence française à lever les sanctions (même en cas d’accord) et plus généralement l’âpreté des négociations est due à des manœuvres de dissimulation de l’Iran (installations cachées révélées en 2009, enrichissement militaire récent, refus de visites de l’AIEA, etc), le second nous apprend que « on s’accorde (qui ?) pour estimer que l’Iran a cessé toute activité nucléaire militaire » depuis… 2003.

Qui ment ? Qui dit la vérité ?

Ces deux articles sont inestimables car chacun résume une des deux vérités possibles (mais incompatibles) qui circulent dans le public privé d’accès au dossier. La vérité officielle, occidentale, atlantiste, qui consiste à présenter l’Iran comme un pays-voyou aux intentions maléfiques, heureusement encerclé par la « communauté internationale solidaire » et ligoté par les « sanctions économiques ». Sanctions économiques qui malheureusement souffrent un peu de la cupidité de certains pays et entreprises qui cherchent à mettre la main sur les milliards de pétrodollars iraniens qui dorment alors que le pays a besoin de tout après des décennies de blocus.iran deal

 

 

Et puis la vérité officieuse, iranienne, tiers-mondiste : les négociations ne seraient en fait rien d’autre que l’euphémisme diplomatique qui décrit un processus de paix négociée avec l’Iran, assiégé, encerclé, affamé par l’embargo décrété sur des prétextes plus ou moins fantaisistes. Une tentative par les Anglo-Américains, qui ont perdu avec la révolution iranienne (1979) le contrôle du pétrole et du gaz iraniens, de reprendre un pied victorieux sur ce pays, de l’écraser de nouveau sous des traités et des limitations de souveraineté (contrôle des installations militaires, interdiction du programme nucléaire, contrôles AIEA « renforcés »). De récupérer le fabuleux marché iranien, non seulement du pétrole et du gaz, mais aussi des infrastructures, des équipements (flotte aérienne commerciale, armes, informatique, que sais-je) qui ne manquera pas de s’ouvrir après 10 ans de guerre et 25 ans d’embargo.

Les deux cas de figure sont envisageables et cohérents, mais séparément : c’est l’un ou l’autre. Soit l’Iran a effectivement tenté, jusqu’à récemment, de berner l’Occident et de poursuivre des ambitions nucléaires, soit il a depuis 2003 accepté le principe d’une « normalisation » dont il essaie désormais d’adoucir un peu les conditions.

knock knockQui ment ? Qui cherche à nous berner ?

Les perfides dirigeants iraniens, ou nos charmants dirigeants occidentaux légitimement élus ? Aussi antipathiques que me sont les premiers avec leur bigoterie anti-féminine et leurs principes religieux d’un autre âge, mon intuition me suggère que pour cette fois ce sont eux qui disent vrai… Au bénéfice du doute bien sûr pour nos valeureux présidents démocratiques.

years of distrust

On attend les révélations à venir de Wikileaks pour trancher.

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