« A ceux qui font le jeu du FN » … par Cassandre

Posté par grosmytho le 19 septembre 2015

Des conflits ethniques en France, c’est ça que vous voulez ? L’apartheid ? Des territoires occupés, des murs de séparation ? Une guerre de religion ? Une guerre civile ? Une guerre de civilisation ?

Le monde se divise en pays prospères et en pays bordéliques. Les pays prospères, en gros, sont les pays mono-ethnie, ceux qui se sont formés lentement, et où, à force de siècles de guerres, de génocides et d’arrangements familiaux aristocratiques, on a fini par faire coïncider au mètre près ethnicité et territoire national. Grands ou petits, ils savent qui ils sont et où ils vont. Ils voisinent avec d’autres pays où, là aussi, on sait qui on est et où on va. Les pays bordéliques sont les pays multi-ethniques : en général ce sont les pays récemment formés, parfois à grands traits de règle sur une carte par des puissances totalement étrangères. Les ethnies s’y divisent en majoritaire et minoritaires, et elles se détestent ou se méprisent.

Ça n’existe plus en Europe, les groupes ethniques, enfin plus… ou pas encore. Chaque groupe ethnique dispose depuis quelques décennies au moins des trois éléments-clés : sa langue, son histoire, son territoire. D’où un calme relatif. Les Français sont contents d’être français, les Allemands d’être allemands, etc. A part quelques têtes brûlées (Basques, Corses, peut-être ?), il ne vient plus à l’idée de personne de contester violemment des frontières établies à un prix aussi exorbitant.

L’identité nationale, ou ethnicité, c’est à la fois facile et difficile à définir : c’est instinctif, viscéral, épidermique. C’est la tribu à laquelle vous vous sentez instinctivement appartenir. La tribu pour laquelle vous sentez un pincement au cœur si elle subit un accident d’avion ou perd un match de foot. Toute ethnie repose sur un mensonge fondamental : on définit l’ethnicité comme ce qui se transmet par la naissance (génétique), alors qu’il s’agit d’un caractère acquis (culturellement). Pour paraphraser Simone de Beauvoir, « on ne naît pas (français, arabe, juif, russe, etc), on le devient [à force d’entendre d’autres Français parler de tout ce qui fait le caractère français] ».

C’est l’absence de minorités nationales qui distingue les pays prospères des pays bordéliques : les minorités nationales sont la plaie du reste du monde. Certains pays ont crû trop vite : les tribus périphériques phagocytées n’ont pas eu le temps d’être digérées. D’autres ont été tracés à la diable à grands coups de règle par des gens peu au fait des subtilités locales, d’où minorités nationales étrangères dans leur propre pays et coupées de leurs racines ancestrales. Dans d’autres pays enfin, de douteuses mythologies nationales sont ranimées à grand renfort de budgets marketing débloqués par de mystérieux amis pas forcément toujours bien intentionnés…

Certains pays font très attention à ce que l’identification citoyenne reste la plus forte. Les USA, Cuba, la Chine, l’Iran, d’autres encore, parviennent, parfois difficilement, à sublimer les différences. L’égalité de droit et de traitement, la liberté (même insuffisante mais) également répartie, la conscience d’un danger externe, entretiennent un certain niveau minimal de fraternité.  D’autres, comme la Yougoslavie, l’URSS, le Soudan, le Yémen, cèdent soudain à l’hystérie ethnique et se déchirent en petits morceaux.

Avec vos prophéties auto-réalisatrices, c’est ce qui nous pend au nez. Les Hutus et les Tutsies, c’est ça votre idéal ? La guerre d’Algérie II, c’est ça que vous voulez chez nous demain ?  

L’antidote est pourtant simple. Les accusations et les reproches ne sont recevables que s’ils concernent un fait précis et s’adressent à des personnes précises. « Je reproche à Mohamed X. ces faits circonstanciés et datés » est recevable, « Les Arabes font ça tout le temps et souvent pire » ne l’est pas. « Untel a campé illégalement sur ma propriété de telle date à telle date » est recevable, « les Roms ont vocation à rentrer chez eux » ne l’est pas (quels Roms ? où est « chez eux » ? précisez). Les accusations précises (ou alors contre X lorsqu’on ne connaît pas l’identité du malfaiteur) font le jeu du droit, les accusations vagues et généralistes font le jeu du FN. C’est pourtant simple.

Au lieu de se déchirer entre droit du sol et droit du sang, appliquons le droit tout simplement. N’appelons plus « immigré » celui qui est français depuis trois générations. Cessons de tenir à l’écart ceux que nous invitons à « s’intégrer ». Cessons, en résumé, ces distinctions subtiles que la loi ne reconnait pas.

C’est simple mais c’est trop compliqué pour la majorité de nos concitoyens. Pas seulement les nôtres : la problématique des « étrangers trop nombreux » et des « étrangers qui veulent nous imposer leurs coutumes » est dominante dans tous les pays démocratiques, instrumentalisée dans toutes les élections du globe. C’est plus facile de s’insurger contre des généralités vaguement ressenties que de trouver un fait précis dont on a été victime personnellement. Ce qui tend à prouver que l’hystérie FN est basée sur du vent.

Ça ne l’empêchera pas de vaincre. Un billet d’humeur de temps en temps, le mien, le tien, ne peuvent rien contre le matraquage quotidien de TF1 et de M6. Contre tous ces « témoins oculaires par écran interposé » qui ont vu, de leurs yeux vu, et souvent, des salauds basanés commettre toutes sortes de méfaits. D’où la préférence nationale qui se décomplexe, la discrimination qui devient la norme, la stigmatisation et l’exclusion qui deviennent lieux communs, et la division ethnique du pays qui se parachève. Bientôt on aura des quartiers, des commerces, des transports, des discothèques ethniques. Les unes pour les BBR, les autres pour les « minorités visibles ». Plus on évoluera dans un environnement ethniquement séparé, plus facilement circuleront des rumeurs à faire dresser les cheveux sur la tête, plus se multiplieront les légendes urbaines horrifiantes. D’un côté comme de l’autre du mur de séparation, monteront la haine et la peur. La haine et la peur ont déjà leurs chefs tout désignés du côté majoritaire. Il suffit qu’il s’en désigne du côté minoritaire pour que puisse commencer la représentation. Ce vieux théâtre classique, il a toujours eu beaucoup d’acteurs et encore plus de spectateurs. On a souvent comparé ça à un incendie, qui prend ici puis embrase tout. Ou alors à une pièce de théâtre Shakespearien où soudain l’intrigue devient réalité, où tout le monde s’entretue à la fin…

Tout fait en ce moment « le jeu du FN ». C’est l’accusation ultime : « Il/elle fait le jeu du FN ». Il y a le FN, bien sûr, et ce serait franchement trop lui demander que de ne pas faire son propre jeu. Et puis il y a les ténors « républicains » qui, à force d’accusations collectives, d’histoires invérifiables de pains au chocolat et de racisme anti-blanc, font le jeu du FN. Eux-mêmes accusent les socialistes (avec leurs impôts, leur attitude bisounours, leur bien-pensance, leur boboïtude, entre autres) de « faire le jeu du FN ». Et puis TF1, et puis M6, à force de chercher l’audience en remplaçant le traditionnel « Journal de 20 heures » par « Détective et invective », alimentent la haine et la crispation identitaires, font eux aussi, « le jeu du FN ». Cause ou résultat ? Les électeurs, à chaque élection, flirtent d’un peu plus près avec la tentation de « faire le jeu du FN ».

« Liberté, égalité, fraternité » : ce n’est pas une description mais un objectif. Un horizon, certes un peu idéaliste et un peu naïf. Inatteignable ? Oui, comme l’étoile polaire, qui donne le cap.

Ma prophétie n’est pas auto-réalisatrice, mais malheureusement elle se réalisera, grâce au patient travail de mes destinataires et à l’idiotie de leurs ouailles.

Cassandre, visionnaire

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Mariage à Cogolin

Posté par grosmytho le 22 mai 2015

RASSUREZ-VOUS! DETENDEZ-VOUS! RESPIREZ PAR LE NEZ !

Vous avez reçu, j’espère, d’un proche catastrophé, le lien et le récit d’horreur « Mariage à Cogolin », j’espère ? Pas si grave que ça cette histoire…

Maire FN de CogolinCa me paraissait bizarre cette hystérie du « maire obligé contre son gré de marier une sans-papiers ». Moi je me suis marié avec une étrangère et je me rappelle de la paperasse nécessaire. Tout au long du processus on m’a bien répété que rien n’est possible sans avoir produit TOUS LES PAPIERS, copies certifiées, traductions notariées etc etc (je mets des capitales un peu comme les propagateurs de DEMI-VERITES ça fait tout de suite PLUS CONVAINCANT ? PAS VRAI ?).

Quelques recherches rapides sur le site de la mairie et de l’Express qui a mené une enquête fournissent un éclairage un peu différent de l’histoire. Assez rassurant j’espère pour les fans de « la France aux Français » qui se seront une fois de plus monté le bourrichon sur un pet de lapin.

Témoignage d’un proche du dossier:

mariage gris« Je connais parfaitement la personne qui en fait, est arrivée étudiante étrangère et a travaillé à temps partiel, et comme tous les étudiants étrangers, elle a payé ses taxes d’habitation et quand elle a souhaité changer de statut et on le lui a refusé. Elle est arrivée en France à 13 ans et a eu son brevet des collèges, son Bac et sa Licence. Quand un étudiant étranger arrive en France il n’a pas droit à des bourses françaises, donc il est obligé de travailler à temps partiel (comme tout le monde) par contre si jamais il redouble trois fois il est exclu du pays. C’est aussi catégorique que ça. Le problème c’est que l’administration oublie qu’on parle d’êtres humains et un humain crée des liens et une vie familiale et on se rend compte finalement que c’est ça qui est protégé par des lois. C’est de ça dont on parle, d’un maire qui fait une video sur youtube, relayée sur tous les sites patriotes et néo-nazis. Et qui s’offusque car il est obligé de respecter la loi. Il faut savoir qu’avant qu’un vice procureur ne prenne une décision et accorde l’union de deux personnes, il est informé des auditions que le couple a eu avec la police, un interrogatoire, cette femme a eu droit à 2 auditions et rien d’anormal n’a été constaté. C’est un couple NORMAL qui a voulu s’unir avec l’ACCORD ECRIT d’un vice procureur, la seule différence c’est que cette femme avait un titre de séjour expiré depuis 4 mois. Entre vous et moi il y a pire comme cas, des sans-papiers qui le sont depuis des décennies, qui travaillent au black, ne parlent pas un mot de français. Ne mettons pas tous les immigrés dans le même sac, faisons la part des choses et méfions-nous des discours qui poussent à l’amalgame et à la haine comme ceux de Mr Lansade, qu’il aille créer des emplois à Cogolin et redresser sa ville au lieu de perdre du temps à interdire des spectacles de danse orientale et des mariages. »

Publicité mensongère !

Le plus drôle -là c’est de nouveau moi qui cause- c’est qu’à force de lancer ce genre de canular sur le mode « les affreux étrangers viennent facilement et illégalement dans le pays pour tout de suite faire la loi en France », nos chers cons-patriotes risquent de répandre cette croyance dans tout l’internet et que finalement les affreux étrangers, lisant ça dans leur affreux pays natal, vont y croire et venir tenter leur chance !papiers

La France n’est pas une poubelle !

Le deuxième truc le plus drôle c’est à quel point les patriotes de la France aux Français sont faciles à convaincre que le pays (qu’ils prétendent chérir comme la prunelle de leurs yeux) est en réalité une poubelle en décomposition, où les lois sont mauvaises et jamais appliquées, où les affreux étrangers sont partout et détruisent tout en permanence. Franchement, a-t-on envie de leur dire, la France, tu l’aimes ou tu la quittes !

C’était ma minute « la connerie me rend prolixe »

Sinon ça va? Pas de mariage blanc/mixte/forcé/arrangé/illégal/gay en vue près de chez vous ?

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Charlie tu nous manques déjà…

Posté par grosmytho le 8 janvier 2015

C’est affreux cette histoire. GM comme presque tout le monde en France pleure l’assassinat de quelques-uns des esprits les plus brillants et les plus courageux du pays. Des plus nécessaires aussi, parce que franchement on se demande bien qui va les remplacer.

charbUne petite controverse nous avait opposé à Charlie à l’époque. Vous vous rappelez l’affaire Dieudonné-Valls. Valls voulait « faire taire » Dieudo « par tous les moyens ». Et Charlie-la-liberté-d’expression avait pris contre toute attente le parti de Valls-la-dérive-sécuritaire… GM n’avait pas pu s’empêcher de prendre son clavier et d’envoyer un petit mot à Charlie pour s’étonner de ce paradoxe. Charb avait répondu très fermement que non, certaines opinions mortifères doivent être exclues du débat public. Plus curieusement encore, il affirmait que Dieudonné l’antisémite devait lui aussi (en sa qualité d’antisémite) être interdit d’accès aux médias …

Question éternelle : si l’on doit exclure untel ou unautretel du débat parce que ses idées sont mauvaises, où place-t-on la limite ? Qui d’autre doit-on exclure ? Comment sait-on qu’untel-aux-idées-nauséabondes ne va pas aujourd’hui faire amende honorable et se rallier à celles que vous représentez ? La seule réponse possible est donc que toutes les opinions, toutes les expressions, tous les avis doivent être permis. Il faut séparer les actes des paroles. L’appel au meurtre (pour prendre un cas extrême) n’est pas un meurtre. Les délires de Zemmour, les fantasmes de Houellebecq, les blagues de Dieudonné ne sont pas des meurtres. Ils ne sont ni coupables, ni complices, ni inspirateurs de qui ou de quoi que ce soit. Ils font leur job d’humoristes et de romanciers.charb dernier dessin

On avait échangé quelques mails fort polis mais sans réussir à se mettre d’accord. La position de GM était et reste que ce ne sont pas les idées mais les actes qui tuent. Ceux qui ont tué Charb et Charlie Hebdo, ce n’est pas Dieudo, ce ne sont pas les antisémites, pas plus que les islamistes radicaux. Ceux qui ont tué, ceux qui ont du sang sur les mains, ce sont les deux (ou trois?) tueurs et leurs commanditaires, quels qu’ils soient.

Qui sont les commanditaires ?  Le professionnalisme des exécutants suggère des commanditaires professionnels et dotés de moyens importants. Et sans doute d’une stratégie de brouillage des pistes. Entre la carte d’identité oubliée dans la voiture, le terroriste qui se rend à la police mais qui finalement n’en est pas un, les tireurs cernés dans l’est de Paris puis en cavale en Picardie… pas facile d’affirmer quoi que ce soit pour l’instant.

A qui profite le crime ? Aux ennemis de Charlie. Des ennemis, malheureusement, Charlie en avait beaucoup.

Et pas que des islamistes…antimilitariste

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2014 : l’année de la quenelle!

Posté par grosmytho le 22 décembre 2013

Vous avez vu un peu le buzz ? Dieudonné défraie la chronique !quenelle d'or

Insultante, la quenelle ? « L’insulte est un contrat: pour qu’il y ait insulte, il faut accord entre deux parties, nommées insulté et insulteur. L’insulté qui pousse les hauts cris, qui réplique, qui éructe, signe par ces manifestations le contrat qui le lie à l’insulteur et confère au contrat tacite sa validité et son opposabilité aux tiers. L’insulté qui accepte l’insulte se place sur un terrain d’égalité avec l’insulteur : compatibilité d’humeur, de langage et de moyens verbaux employés. Le conflit est alors réputé licite et peut valablement commencer ». (Extrait du Code Civil du Préhau et des Vestiaires art. 163 al. 3)

Donc oui, mais si et seulement si quelqu’un se sent visé. Apparemment il y a des cosignataires: ils se bousculent même au portillon. On (qui?) crie surtout à l’antisémitisme.

Antisémite, la quenelle ? C’est aller un peu vite en besogne : popularisée par Dieudo, lui-même décrété antisémite pour quelques amitiés douteuses et quelques blagues fumeuses (à moins que ce ne soit le contraire), la quenelle tombe-t-elle sous le coup de la loi ? Attention aux raisonnements circulaires : « C’est antisémite puisque c’est Dieudonné qui le fait ». Bientôt sur vos écrans : « Dieudonné est antisémite puisqu’il fait la quenelle ! »

Je ne suis ni spécialement fan, ni spécialement remonté contre Dieudonné. Je le comprends trop pour le blâmer : humoriste, il voulait penser un peu plus loin que l’humour. Dans le PAF il était seul. Il a voulu mélanger, parler de choses dont le PAF ne parle pas. La fatwa est tombée, plus lourde et plus unanime sans doute qu’il ne l’attendait (dans un pays dit « d’expression libre » – on n’est pas en Corée du Nord, tout de même). Il a dit que c’était de l’humour, qu’on l’avait mal compris ; le PAF a rétorqué : c’est de l’humour pas drôle. Tous ses amis d’hier se sont détournés pour protéger leur carrière.

Dieudonné est le symptôme des deux problèmes de la liberté d’expression à la française : premier problème, la liberté d’expression n’est pas absolue, donc où mettre les limites ? La diffamation ? L’appel au meurtre ? OK. Mais les lois mémorielles ! Telle catastrophe historique est sacrée, telle autre ne l’est pas. On peut rire de la répression à Madagascar, mais pas dire qu’il n’y a pas eu de génocide arménien. On peut faire des blagues sur les mains coupées de Léopold au Congo, mais pas sur les camps de concentration allemands. Deux poids deux mesures. Dieudo n’est pas en phase avec ça, il proteste, et il a raison.la malédiction de la quenelle

L’autre problème, c’est la solidarité un peu trop absolue des médias et de la classe politique. On a une presse pluraliste, et plein de chaînes de télé concurrentes ? Sur certains problèmes et sur certaines questions, on dirait qu’une autorité supérieure dit à tous ce qu’il faut dire et surtout ce qu’il faut penser. Dieudo est exclu à vie du PAF, interdit d’antenne, et même Valls, qui tenait des propos DLC dépassée sur les Roms, en fait une affaire personnelle.

Que peut faire Dieudonné ? S’enfoncer dans l’outrance et la caricature pour essayer de faire le buzz sur internet malgré l’omerta. Puisqu’on ne l’invite plus à la rubrique idées, il flirte avec la rubrique faits divers.

  quenelle géante  

C’est dommage, parce qu’il a des choses à dire et des gens pour l’écouter. Mais qu’il arrête de déguiser ça pour de l’humour : c’est beaucoup plus sérieux.

Que dit Dieudo ? Que, concernant les catastrophes et les grands crimes, les médias se tiennent à une affligeante politique de doubles standards. Les victimes appartenant au monde occidental ont un prix cent fois, mille fois plus élevé que les victimes appartenant au Tiers-monde. Y a-t-il du racisme ou de l’antisémitisme à constater cela ? Y a-t-il de la mauvaise foi ou de l’exagération à le dénoncer ? Faut-il faire taire le seul  qui contredit à la télé tous les Zemmour, les Bruckner, tous ces anti-flagellationnistes qui se trouvent sans cesse à la limite du révisionnisme historique ?

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quenelle mode d'emploi

Césaire ne disait pas autre chose. Dans son Discours sur le colonialisme il met sur le même plan colonialisme et nazisme ; il voit dans le second l’inévitable punition du premier ; les méthodes appliqués aux non-Européens se répètent sur un peuple européen. Il proteste : c’était acceptable dans les colonies, c’est criminel en Europe ? 

quenelle made in France      quenelle made in USA

Vous me direz: la colonisation, c’est le passé. Arrêtons de ressasser les crimes anciens et essayons de dépasser tout ça. Oui, mais les attitudes de double standard se perpétuent et finiront par nous retomber sur la gueule. Que dira Obama le jour où un drone pakistanais larguera une bombe sur un immeuble aux USA ? Que dira Nétanyahou le jour où l’un de ses voisins annexera la moitié de son territoire ?

Tout ça et bien d’autres rebondissements encore plus inattendus, c’est pour bientôt ! 2014, année de la quenelle ?

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Dehors les étrangers !

Posté par grosmytho le 7 novembre 2013

Les misérables petits marchandages de l’affaire Leonarda (elle peut revenir, mais sans sa famille; elle peut revenir avec famille, mais sans son père voleur de poules; elle peut suivre des cours de français par correspondance; etc) ont été tranchés par un sondage: 74% des Français veulent qu’elle reste chez elle!

On les comprend, les pauvres !

Les étrangers sont partout ! C’est bien ça qui les rend insupportables : si encore il y en avait moins… si encore on pouvait, de ci-de là, échapper à leur présence envahissante et à leur haleine fétide… on s’en accommoderait. S’ils restaient l’exception… mais là, partout, nombreux, majoritaires, même, c’est plus possible ! On n’est plus chez soi nulle part !

Bien d’accord avec tous les Valls du monde entier ! Dehors les indésirables ! La preuve qu’ils ont raison, c’est qu’ils disent la même chose dans tous les pays. En Europe, en Asie, en Australie même, un seul slogan se décline dans toutes les langues, avec des variations, mais dont le sens général reste le même : « la barque est pleine, fermez les écoutilles ». De gauche comme de droite, en France comme en Angleterre ou en Russie, écoutez-les rivaliser de fermeté, inventer chaque jour des mesures plus radicales pour débarrasser le monde de ce fléau !

Dehors les étrangers ! dans Propagande valls

Endiguer les flux migratoires, parquer et policer les étrangers, renvoyer dans leurs pénates ces indésirables qui prolifèrent, réglementer sévèrement la métèque-attitude qui menace nos belles traditions : les voici, les thèmes universels de toute élection démocratique !

etrangers-en-prison chômage dans Psycho

Quoique… il existe un pays où l’on ignore pratiquement la notion d’étranger.

securite corruption dans Socio

Justement ça tombe bien, c’est un pays sans campagnes électorales. Peut-être est-ce lié ? Ou alors est-ce parce qu’il s’agit DU pays qui compte le plus grand nombre compatriotes, et par voie de conséquence, fait face au plus petit nombre d’étrangers ? Avec 1,3 milliard de Chinois, la Chine n’a à faire face qu’à 6 étrangers par citoyen. Autant dire rien ! Comparez ce chiffre aux 112 étrangers qui menacent et encerclent chaque Français, et vous comprendrez mieux pourquoi on est hystérique ici et flegmatique là…

Force est de le constater : la Chine est le pays où les étrangers sont le mieux traités (bon là c’est fini, vous n’allez plus me croire ni même me lire – cette fois GM-la-provoc’ a dépassé toutes les bornes pourtant assez extensibles du persiflage et les limites bien mal délimitées du sophisme au rabais. J’en conviens volontiers ! Mais laissez-moi encore le bénéfice d’un petit paragraphe, j’essaie de toutes mes forces de me racheter). En Chine on reçoit les étrangers avec une stupéfiante indifférence. Il n’y sont pas traités du tout. On n’y trouve (en général, hein : le pays est grand et tous les cas de figure se produisent à l’occasion) ni cette obséquiosité un peu nourrie d’arrière-pensées qu’on rencontre parfois dans les pays pauvres ou touristiques, qui fait du racisme à l’envers. Où l’on pare l’étranger de toutes les vertus et le compatriote de toutes les verrues. Ni cette condescendante « tolérance » qui dans nos pays accueille l’étranger en lui suggérant de repartir, qui « accepte la différence » tout en le sommant de s’en débarrasser, qui veut « qu’ils s’intègrent » tout en les tenant à l’écart.

brice droitisation

Ni favoritisme, ni ostracisme. Etrangers et concitoyens sont logés (en gros) à la même enseigne : celle du chacun pour soi, certes, celle du capitalisme pur & dur, celle où il n’y a pas vote des étrangers parce qu’il n’y a pas non plus vote des nationaux, celle où il n’y a pas d’assistanat pour les uns parce qu’il n’y en a pas non plus pour les autres.

france-aux-racistes étrangers

Rien de tout ça ici : « Vous êtes étranger ? Grand bien vous fasse, je m’en fous ». Tout au plus cherchera-t-on ici ou là à profiter un peu de votre pouvoir d’achat supposé supérieur à la moyenne en gonflant un peu le prix de départ. Ou de votre infériorité dans la maîtrise de la langue de Confucius pour aménager quelque peu les conditions de la vente. C’est de bonne guerre (économique). Pas de racisme là-dedans, juste un peu d’opportunisme commercial.

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Des racines économiques du racisme

Posté par grosmytho le 3 novembre 2013

Maintenant que je vous ai rappelé l’édifiante histoire de la RDA, rappelons-nous celle, non moins surprenante, de la RFA.

Il y avait autrefois un pays appelé la RFA. Il avait gagné, grâce à ses excellents produits made in Germany, le cœur et l’âme de ses frères ennemis, de l’autre côté du mur. La RDA avait baissé pavillon pour accéder aux précieux Deutsche Mark. Le mur de séparation est tombé, tout le monde est devenu, au terme d’une nuit de liesse, citoyens du même pays, démocratiques, libres et égaux en droit. Happy end ?

Des racines économiques du racisme dans Propagande racisme

Hélas ! On a rapidement découvert que se développait, dans le pays fraîchement réunifié, un racisme aussi ouvert et décomplexé que celui qui sévit aujourd’hui en France. Exactement le même que celui qui s’attaque, chez les Français-ras-le-bol, aux Roms, aux Arabes, aux ‘miséreux-du-monde-qui-viennent-jusque-dans-nos-bras’ etc, etc. Seule petite différence, ce racisme ordinaire, nourri de mépris et de clichés mais n’allant pas jusqu’au passage à l’acte, se dressait contre des personnes qui,  40 ans avant, étaient citoyennes du même pays ! Qui parlaient la même langue ! Séparés par quelques km et un peu plus d’une génération, vous pouviez les entendre lancer des anathèmes style «on ne peut pas les intégrer ! » « ils ne veulent pas s’intégrer ! » « ils menacent l’unité nationale ! ». C’est un peu comme si on voyait les partisans de l’Algérie française d’hier dire aujourd’hui « les Algériens ne seront jamais des Français ». (Ah bon, ils le disent ?)

sondage démocratie dans Psycho

Comme quoi le racisme n’est vraiment pas difficile. Climat propice, terreau nourricier ? Tu parles ! L’intolérance se nourrit vraiment de n’importe quoi. Marx avait raison: c’est la lutte des classes qui détermine tout.

zebres différence dans Socio

Les optimistes diront hourra ! C’est signe que le racisme est avant tout l’expression d’un égoïsme purement économique. Donc relativement facile à résoudre ? Voyez les USA: le racisme a reculé maintenant que les Noirs sont moins pauvres. D’ici que les Chinois et les Africains s’enrichissent un peu, on les aimera mieux?

panda-pas-raciste étrangers

Les pessimistes diront horreur ! C’est donc un ressort qui sera toujours à la disposition des dirigeants machiavéliques, de droite, de gauche, du centre, et des extrêmes ? Valls, Le Pen, Copé, même combat ? On pourra toujours trouver (et notamment à l’intérieur de nos frontières) des pauvres à mépriser, à stigmatiser, à clouer au pilori !

Avouez qu’il est difficile de trouver un pays démocratique où l’immigré n’est pas au centre du débat électoral. De mon côté je n’en vois pas.

discotheque PIB

 

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Non, la France n’est pas accueillante

Posté par grosmytho le 26 octobre 2013

Je ne sais pas pour vous mais moi, la France, en ce moment me fait gerber. Au lieu de la lettre de Guy Moquêt, au lieu de l’abrutissant discours de la colonisation revue & positivée par Sarkozy, en antidote à la Valls des expulsions, lisez ou relisez les « Propos sur le colonialisme » d’Aimé Césaire (d’une actualité brûlante en 1950 comme aujourd’hui), faites-lui ce dernier plaisir, à lui qui nous a récemment faussé compagnie & nous regarde désormais de là-haut. « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde ». Un texte féroce qui remue sans pitié nos consciences tranquilles. Un texte qui redéfinit la civilisation avec une impitoyable précision. Il inverse le sens du verbe civiliser. Aimé Césaire – le nègre civilisateur.

Non, la France n'est pas accueillante dans Fiches de lecture aime-cesaire-300x164

Une civilisation moribonde, voilà ce qu’est devenue la France. Sarkozy avait lancé le mouvement, lui, issu de l’immigration et doutant de ses racines, avec sa stupide « Identité nationale ». Valls, immigré de première génération, poursuit sur la même lancée. Admiratif de la stratégie de Sarkozy en 2007, il veut faire pareil en 2017. Et le pire est qu’ils ont raison : les Français sont si faciles à entraîner dans cette galère !

La civilisation est avant tout un mécanisme d’exclusion des non-civilisés. Vous ne me croyez pas ? Ah oui, c’est à cause de ces longs trémolos que l’on lit à longueur de colonne dans la presse ‘rue centrale’ sur ‘la France, terre d’accueil depuis toujours’ ? Ou bien parce que vous vous rappelez ce refrain d’un certain Michel Rocard (sorti de son contexte puis répété depuis, avec la caution morale du vieux, par tous les salopards que compte la politique française !*) : « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! ». Que veut-on nous faire croire ? Que nous sommes généreux ? Que nous accueillons les déshérités internationaux en grand nombre ? Lisez si vous en avez le cœur, le rapport annuel de l’OFPRA (Office de protection des réfugiés & apatrides) qui fait état d’une baisse de 50% des demandes (en réalité, des dossiers instruits. Mais admirez au passage la superbe langue de bois) depuis que cet organisme est passé sous la tutelle du nouveau ministère des Expulsions & des Quotas. 50 000 demandes par an environ avant 2005, 25 000 depuis. Et toujours 80% de demandes rejetées… après une instruction qui dure en moyenne un an ! Elle est jolie, la civilisation !

refugies démocratie dans Socio

Mais apparemment, les gens sont d’accord. L’internet passe quasiment sous silence les manifs étudiantes (il est vrai que les étudiants, on les fait manifester chaque année sous des prétextes assez variés, et à chaque fois ils croient que ça va être mai 68) ; en revanche on vous matraque ce sondage : 75% des Français sont favorables à ce que Leonarda reste chez elle. Et dire que Valls venait de parler des Roms, inintégrables et ingérables parce que soi-disant pas scolarisés… Faudrait savoir.

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* Ce que tout le monde a oublié, en citant Rocard, c’est la fin de sa phrase: « … toute la misère du monde, mais elle DOIT faire sa part. »

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Les parois extérieures de la civilisation

Posté par grosmytho le 23 octobre 2013

La civilisation ! Rentré à Pékin hier de bon matin j’ai rarement éprouvé un tel soulagement de retrouver mes chères pénates d’adoption & pour une fois, ce n’est pas un effet de style : ce week-end je me suis heurté aux limites extérieures de la civilisation.

Ça aurait pu être n’importe où. Ce fut à Novosibirsk où je faisais escale pour aller voir des potes à Tomsk que j’ai, bien malgré moi, fait une visite hors des limites du monde dit civilisé. Des limites, moins géographiques que conceptuelles d’ailleurs, que je viens de sonder pour vous. Figurez-vous que je me lançai samedi, par le vol de minuit, vers une aventure qui aurait bien pu signer la fin de ces petits carnets qui vous amusent tant. Une brève excursion hors de l’atmosphère confinée de la civilisation.

Les parois extérieures de la civilisation dans Propagande novosib

Ah, la civilisation ! Y a-t-il dans les petit Robert et autres Larousse mot plus galvaudé ? Moins compris, plus employé ? Comment la définiriez-vous ?

Un ensemble de valeurs partagées ? La conviction que la vie, la santé et la dignité de l’individu sont au-dessus de tout ? L’égalité des personnes devant le droit, la solidarité entre congénères humains ? Détrompez-vous mes chers amis. Rien de tout cela n’existe dans le monde réel. Ce que nous appelons la ‘civilisation’ n’est en réalité qu’un club de riches dont vous possédez de naissance la carte. Votre vie, votre santé et votre dignité ne sont reconnus qu’en échange d’espèces sonnantes & trébuchantes (ou du moins votre capacité à accéder à celles-ci). Retrouvez-vous comme moi ce samedi dans une ville où vous ne connaissez personne, sans argent, et vous verrez : la civilisation pour vous cesse d’exister. Je vous dis cela sans amertume et sans jugement moral ; mais vous ferez bien, comme moi à l’avenir, d’y regarder à deux fois avant de tenir pour acquise votre appartenance à la civilisation. Ses portes se ferment plus facilement et plus impitoyablement que vous ne le pensez. D’ailleurs si la civilisation s’est construite au fil des siècles, le chemin inverse est infiniment plus rapide : j’ai depuis longtemps la conviction que tout dandy n’ayant pas mangé ni dormi pendant trois jours retrouve sans coup férir les manies et la façon de penser de l’homme des cavernes.

automne-siberien chômage dans SocioL’autre jour je pris donc l’avion pour Novosibirsk, d’où je méditais de rejoindre Tomsk (deux charmantes bourgades sibériennes éloignées de 300 km environ l’une de l’autre) en bus (aucun avion ne connecte Tomsk, sauf à repasser par Moscou – regardez sur une carte, c’est le délire). Bref ; arrivé à six heures du mat’ après une nuit fort courte, je me mis en devoir de pomper un peu de cash au distributeur de l’aéroport. Le cerveau engourdi par le manque de sommeil, j’ai le malheur de composer trois fois un code pin erroné. Et me voilà parti pour des aventures passionnantes : coincé à Novosib, ville d’une glaciale modernitude, sans presque un rond en poche, CB kéblo. Je rejoins le centre ville grâce aux quelques roubles qui traînaient dans mon portemonnaie, j’avise l’hôtel ‘Novosibirsk’ (les noms d’hôtel brillent rarement par leur originalité en Russie : il y en a un qui porte le nom de la ville, un autre celui de la région (Sibir’), le troisième, celui de la rivière ou du fleuve local (l’Ob’) ; les autres ont le choix entre Sovietskaya, Yubileynaya et Tsentralnaya). Je vous passe les tracasseries, démarches, négociations et supplications diverses pour dresser le bilan en début de soirée :

Le verre est à moitié plein parce que :

-j’ai un billet de bus pour Tomsk pour le lendemain ; j’y rejoins mes potes avec qui il y aura moyen de s’arranger

-mon téléphone fonctionne

-je suis en communication avec le Crédit Agricole qui est ouvert -courtesy décalage horaire

-le lobby de l’hôtel est chauffé et fournit le wifi gratos (d’où recherche possible de numéros de téléphone etc).

centre-ville-300x181 démocratie

D’abord amusé par cette situation à la McGiver (ce GM, vous allez me dire, un rien l’amuse) je commence à déchanter alors que je découvre la moitié vide du verre :

-potes absents de chez eux et injoignables au portable (mauvais numéro ?)

-carte bleue bloquée définitivement

-la banque contactée ne peut la remplacer sans que je passe personnellement à l’agence

-l’hôtel ne peut pas me fournir de chambre sans prépaiement

-la Sberbank Novosib ne peut me délivrer de l’argent déposé à la Sberbank Moscou (si, mais ça prend plusieurs jours, c’est le WE, etc)

-je ne connais personne à Novosib

-il fait -5°C dehors (température clémente pour la saison, mais bon).

Tout en hochant la tête en mimant une infinie compassion, les divers membres du chœur de cette tragi-comédie grecque répètent chacun à leur tour et à leur façon le refrain « oui, certainement, je vous comprends, mais malheureusement je ne peux pas vous aider. Essayez de demander à … [votre banque, votre hôtel, etc] ». Sans mettre en doute ma sincérité, ni éluder les conséquences inacceptables de leur refus, tous ces charmants personnages se réfugiaient derrière leur statut de simple rouage d’un système qui les dépasse pour se défausser sur quelque hypothétique tierce personne. Mention particulière au Crédit Agricole dont je dois reproduire ici quelques répliques :

-vous comprenez, ça ne va pas être possible (je les mets en demeure de débloquer immédiatement cette putain de carte), notre système doit assurer la sécurité des dépôts…

-même si cela met en danger la sécurité physique de vos déposants ? sans argent, je suis bon pour passer la nuit dehors, c’est l’hiver, il fait -10°

-ah ben là oui, malheureusement… c’est un cas de figure assez rare…

Ah, la civilisation. Si vous ne pouvez pas vous passer d’elle, sachez qu’elle ne demande qu’à se passer de vous. Il vous suffit de vous retrouver, pour une raison x, y ou z, dans l’impossibilité de prouver votre qualité de civilisé (le solde de votre compte en banque) au moment où cela vous est demandé, pour être aussitôt rejeté comme un corps étranger. Son système immunitaire est réglé de façon à empêcher les intrusions, tant pis s’il faut de temps à autre accepter qu’un passager légitime soit jeté par-dessus bord…

vue-de-la-fenetre-du-8e-300x175 étrangers

Je m’installai donc dans le lobby du fameux hôtel pour profiter des quelques infrastructures gratuites disponibles de jour (chiottes, chauffage, fauteuil, prise de courant, wifi) et donc rester civilisé encore quelques heures avant de me voir signifier par le vigile (qui commence déjà à effectuer des cercles de plus en plus rapprochés autour de mon QG) « vous comprenez Monsieur, ici on fait dans le gîte payant, le camping est interdit ». A tout hasard je dressai la liste des deux bars 24h/24 de la ville en les repérant sur une carte (pas trop loin à pied, je suis au centre ville) où je pourrai éventuellement faire durer trois ou quatre cafés jusqu’au matin. Pas brillant le plan d’action alors que j’ai peu dormi et que je me sens déjà piquer du nez à 10 h du soir. Je crains le moment où il me faudra quitter la tiède quiétude de l’hôtel pour affronter les rues nocturnes. Le plus gros risque étant (paradoxalement peut-être pour vous les civilisés?) la police. Police qui trouve sa pitance dans les situations semi-légales (pas d’enregistrement du lieu de villégiature) et difficilement explicables (« comment ça sans un sou en poche ? un grand étranger comme vous ? allons au poste voir ça si vous voulez bien »). Et donc écume tous les endroits chauffés et gratuits de la nuit (halls de gare, etc) à la recherche de cas sociaux à détrousser.

Ici comme chez nous, la civilisation est avant tout un mécanisme d’exclusion des non-civilisés.

Allez, je vous fais l’épilogue, je vous vois prêts à tourner de l’œil ! Je finis par téléphoner systématiquement, par ordre alphabétique, à tous mes potes, collègues, etc susceptibles d’avoir un contact local. A la cinquième tentative, je fais mouche : mon ancien collègue m’indique l’adresse de sa vieille mère qui (coup de bol) habite à deux pas de là. Pendant que j’affronte le blizzard et que je tourne autour des patés de maisons identiques à la recherche du bon pod’ezd, il l’appelle pour l’enjoindre de m’ouvrir la porte et de me soigner comme si j’étais son propre fils retrouvé après une longue absence : douche, repas, plumard, tout. Ah, chère Raissa Emelyanovna ! Si vous saviez : ce soir-là, à vous seule, vous avez remplacé pour moi toute cette saloperie de civilisation.

En guise de morale de cette brève nouvelle, cette traduction approximative d’un proverbe russe : « aie cent poteaux, pas cent euros » (ça rime en russe aussi).

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A potasser pour la rentrée !

Posté par grosmytho le 29 juillet 2013

Ah, l’école. Pas un quinquennat qui n’ambitionne pas de la réformer de fond en comble. Et toutes ces réformes ambitieuses qui se soldent invariablement par de ridicules histoires d’horaire, de cantine ou de date des vacances !

 A potasser pour la rentrée ! dans Fiches de lecture le-verbe-contre-la-barbarie A tous ceux qui la vouent aux gémonies ou au contraire la parent de toutes les vertus, je conseille la lecture d’un livre qui n’a pas pour sujet l’école, mais qui pourtant aborde de façon très intéressante son rôle, ses possibilités, et aussi quelques-unes des missions impossibles dont on l’accable.

Le verbe contre la barbarie d’Alain Bentolila, prof de linguistique à Paris-V, tente une approche chronologique de la façon dont l’enfant acquiert les compétences linguistiques dont il aura besoin dans la vie… en même temps Alain Bentolila examine ce qui se produit lorsque l’école, qui avait pour objectif de former 25% d’une classe d’âge préparée et sélectionnée pour cela, se voit brusquement confier l’ensemble de cette classe d’âge… avec la même mission et les mêmes moyens. alain-bentolila-300x164 chômage dans Socio

Il décrit l’insécurité linguistique des enfants dont le vocabulaire appauvri par la télé et les récentes évolutions sociétales (familles monoparentales, disparition des grands-parents du cercle familial, ghettoïsation des immigrés, etc) ne leur permet pas de faire face à l’apprentissage mis au point dans un contexte totalement différent. Encore et surtout, Alain Bentolila souligne ce qui est oublié à force d’être évident : la maîtrise du langage est un pouvoir, et sa non-maîtrise un esclavage. Le verbe contre la barbarie, c’est comment la parole souple et précise permet de résoudre les problèmes de la vie en société, et comment son absence mène inéluctablement à la confrontation physique.

Parler à ceux que l’on aime ne suffit pas : il faut apprendre à parler à ceux que l’on n’aime pas, construire une argumentation solide et faire valoir légalement ses droits. Ceux qui, faute d’une préparation adéquate à l’âge pré-scolaire, et faute d’un suivi adapté à l’école, se retrouvent en état de détresse linguistique, sont désarmés dans la société moderne. Marché du travail, code civil, administrations, tout leur semble conçu exprès pour les perdre et les embrouiller, d’où révolte qui ne peut s’exprimer que par la violence. Brûler des voitures ou caillasser des voitures de police : moyens d’expression spectaculaires mais peu efficaces, qui sont reçus avec mépris par les autorités.

Le pouvoir ne se donne pas, il se prend, c’est bien connu. Sauf à l’école « laïque et républicaine », où (pour l’instant) on veut encore le distribuer à tous équitablement.

Et le pouvoir (politique) est avant tout le pouvoir de la parole (à la télé). M. Bentolila décrypte le discours politicien : une simple analyse grammaticale permet de détecter une proportion anormale de phrases formulées au passif (sur le modèle « toutes les promesses faites seront tenues »), conçues pour noyer le poisson et éluder les questions précises (quelles promesses ? faites par qui ? tenues par qui et quand ?). La langue de bois alterne habilement avec le « moi je » et « moi seul » du bonimenteur de foire. Encore un exemple de la vertu émancipatrice du langage : questionnons les politiciens sur leur programme et leur bilan, au lieu d’entrer dans leur jeu de la télé-réalité axés sur la mise en scène du fait divers.

Bref la lecture de l’été, au lieu et en place de la télé.

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(Sur)vive l’école laïque et républicaine…

Posté par grosmytho le 24 juillet 2013

J’allais l’autre jour à l’école récupérer les rejetons de la cousine du beau-frère de l’oncle de ma… enfin bref, peu importe. Des bons petits, bien élevés, qui apprennent leurs leçons et font leurs devoirs. 

Comme on approchait les vacances, j’étais là à suer sous le cagnard (tiens, ça devait pas être cette année, alors). Et puis j’observais les parents qui commençaient à se masser devant la grille d’entrée. Rien que du beau monde. Il faut vous dire que cette école primaire est sise au centre-ville. Pas dans une zone de non-droit ni un repaire à racailles, si vous voyez ce que je veux dire. Les parents arrivent, donc, les uns après les autres, qui à pied (on est en zone piétonne), qui en poussette. Rien que du BBR, dites voir.  (Sur)vive l'école laïque et républicaine... dans Emploi photo-de-classe-bbr

Pas une personne même vaguement basanée… Il faut vous dire que, histoire d’être sûre de garder à quai les hordes de l’immigration incontrôlée, cette école est en plus privée, et catholique. Ou alors catholique, et privée. Je ne sais pas si vous sentez la contradiction, ici, mais passons.

J’en étais donc là de mes réflexions, au milieu des parents de bonne famille, qui échangeaient à mi-voix des conseils boursiers, des adresses de docteur et ces petits sous-entendus qu’on échange entre gens de bonne compagnie. Moi je tournais doublement de l’œil : à cause du soleil (oui, nous les gros, on a toujours un problème avec la chaleur : on sue comme des morses) et à cause des phéromones toxiques de la pensée UMPFN qui se distillaient dans l’air. Je me sentais mal au milieu de ces gens bien.

photo-de-classe différence dans SocioSoudain, à la faveur d’un léger mouvement de je ne sais plus qui, je découvris un bras noir, appartenant à une jolie jeune fille sans doute « issue de l’immigration ». « Ah, me dis-je : tout de même UNE ! Vient-elle chercher son frère ou sa sœur ? Cette école décidément antipathique ajouterait-elle à la liste de ses péchés celui de la discrimination positive ? Ou celui de l’élève-alibi ? (un Rom, un handicapé, un pauvre, tares cumulables au demeurant) ?».   

Un frisson parcourut la foule : ça y est, les petits étaient lâchés et progressaient sagement vers la grille. Je cherchai des yeux l’intrus(e). Hélas ! Aucun des élèves ne présente le plus petit trait de parenté avec la belle personne. Il fallut se rendre à l’évidence : la petite noire, c’était la nounou.

photo-de-classe-1986 droitisationphoto-de-classe-1956 étrangers

Ils ont désormais des cours de morale, des cours d’éducation civique. Bientôt des cours de Marseillaise, de politesse et sûrement un jour de patriotisme. Mais les travaux pratiques laissent à désirer. Dans les écoles du centre-ville, on croirait voir l’assemblée nationale quand ils étaient enfants. Dans celles des périphéries, on dirait plutôt la brigade de nettoyage des vestiaires quand ils étaient petits.

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